‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 94 sur 156 · CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE

conclusions. Reste à savoir s'il convient aux intérêts des alliés et de l'Europe de l'encourager à agir sur ces nouvelles bases, d'autant que les insurgés du Cher ont été bientôt dispersés, d'ayant reçu qu'un tiers de la somme envoyée par Wickham ; les deux autres tiers ont servi aux spéculations d'un banquier de Lvon1. II v a peu à faire pour le moment.

« Mon opinion sur la situation actuelle des affaires publiques, considérée dans sa connexion avec l'espoir de frapper un coup sérieux sur nos ennemis de l'intérieur de la France, est à cette heure très-peu favorable.

u II semble que tout espoir s'évanouisse d'obtenir le succès en Italie, ou de voir de ce côté les bostilités reprises avec activité et promptitude ; ainsi que de jeter le prince de Condé de l'autre côté du Rhin, et de gagner non-seulement Picbegru, mais Pichegru avec son armée (ce qui eût été le seul moyen d'effectuer une contrerévolution, et en même temps d'écraser les partis et les factions en leur imposant silence). J'ai le regret d'ajouter, d'une part, que les entretiens que nous avons eus avec les ministres confidentiels du

Roi n'ont pas été de nature à nous donner satisfaction ni

confiance...; de l'autre, que ma connaissance des idées de M. de Précy ne me permet guère de douter qu'après notre dernière conférence, il renonce à agir, à cause des récents désastres d'Italie. Il n'échappera pas à l'attention de Votre Seigneurie que l'ennemi n'a pas même eu besoin d'une route pour faireentrer en Italie l'armée des Alpes, ce qui prouve sa résolution de laisser cette armée dans le pays pour contenir les efforts de l'intérieur2 »

Pichegru ne vint pas en Brisgau. Des conseils furent cependant tenus avec Condé, La Vauguyon, d'Avaray et de Jaucourt;

1 C'était la troisième fois que semblable mésaventure arrivait à Wickham; chose curieuse, les coupables étaient souvent des personnes qui avaient consacré aux royalistes une partie de leur propre fortune. Wickham attribuait cette » dépravation et ce manque absolu de principes » à la Révolution, et surtout à l'usage du papier-monnaie (dépêche du 5 mai 1796). Il serait plus équilabie de faire également peser la responsabilité d'un tel état de choses sur les intrigues corruptrices que 'Wickham et les émigrés multipliaient de tous côtés.

s "Wickham à lord Grenville, Riegel, 5 mai 1796. — Reçu à Londres le 19 mai.

à plusieurs reprises, Wickham et Crawfurd y assistèrent, mais Iévêque d'Arras, décidément tombé en défaveur, en était tou- i jours exclu. Wickham ne ménageait pas la sévérité de sa critique sur les conseillers de Louis XYIII ; quant au roi luimême, il inspirait quelque sympathie, et l'on croyait deviner j chez lui une certaine largeur de vue, qu'il s'efforçait d'ailleurs de cacher pour plaire à son entourage.

« Le colonel Crawfurd et moi, nous avons les plus fortes raisons de croire que le Roi lui-même est disposé à adhérer à toutes les conditions raisonnables venant de Paris, mais qu'il craint d'exprimer aussi ouvertement son opinion. Il n'est que juste de déclarer que tout ce qui vient de ce malheureux souverain en personne nous a causé la plus vive satisfaction. Ses principes semblent très-modérés et conciliants, son jugement sûr; et il n'est évidemment pas trompé par les rapports exagérés qui lui sont faits, bien que, pour d'autres raisons, il paraisse y ajouter foi pour le moment1. »

Ce n'est là qu'une impression que Wickham ne justifia jamais par des preuves certaines ; mais son jugement sur Louis XVIII paraît fondé. Avec un grand culte du passé, ce prince était certainement plus libéral que ses partisans; mais son libéralisme ne devenait efficace que lorsque le favori sous la domination duquel il se plaçait était lui-même dans ce courant d'idées : le pétulant d Avarav rendait son maitre réactionnaire et violent, quoique Louis XYIII montrât, sur quelques points au moins, et peut-être plus pour la forme que dans le fond, une certaine soumission aux conseils de Wickham.

A part sa pétulance, qui, au point de vue politique, pouvait offrir maint péril, d'Avaray était un parfait gentilhomme, «trèsrespectable ». Son affection pour Louis XYIII était réelle, et la conduite des Autrichiens à Innsbruck l'avait profondément blessé : de là son animosité contre la cour de Vienne, animosité que partageaient tous les royalistes. On avait été vivement irrité, par exemple, de ce que Thugut et les officiers

1 Wickham à lord Grenville, 5 mai 1790.

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