‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 96 sur 156 · CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVRIL-DECEMBRE

franchir le Rhin; le 30, il lut prévenu par les Français, et dut battre en retraite, parce qu'au même moment trente mille hommes de son armée furent appelés en Italie.

Le bruit courut aussitôt que le Directoire cherchait à sonder les intentions de 1 Autriche par 1 entremise d'un certain marquis de Poterat; une correspondance fut échangée entre les ambassades française et impériale en Suisse :

« Je n'ai jamais douté que le Directoire ne renouvelât ses offres ù la cour de Vienne après ses victoires en Italie; aussi ne suis-je nullement surpris de la réponse (de M. Barthélémy au baron de Degelmann); mais jrai tout lieu de croire qu'il va maintenant élever ses prétentions et exiger un sacrifice dans le Milanais. La vérité est que ces propositions sont illusoires et ne sont destinées qu'à gagner du temps; leur but est d'amener la cour de Vienne à se relâcher dans ses efforts, jusqu'à ce que l'on ait conclu une alliance offensive avec la cour de Turin : c'est maintenant le grand

objet, et je crains sérieusement qu'on n'y réussisse L'invasion

en Allemagne sera accompagnée de l'envoi de plénipotentiaires pour t rai 1er avec les petits princes, celui de Hesse-Darmstadt en particulier; mais la Porte, Berlin, la Suède et la Pologne sont toujours le véritable objet de leurs efforts, comme l'Angleterre est celui de leurs spéculations. Il n'est pas un soldatdans l'armée qui ne soit persuadé qu'il aura la paix sur le continent et une part dans le pillage de Londres avant l'hiver '... »

Encore fallait-il expliquer le rôle de l'Autriche; Wickham se fit l'écho de quelques rumeurs peu flatteuses pour le baron de Thugut :

» Je n'ai jamais fait grande attention à ce que l'on a dit et généralement cru au sujet de M. de Thugut et de la pension qu'il avait reçue de la France, quand il était à Constantinople, quoique je sois tenté de croire que ce bruit est fondé. Mais l'on m'a assuré récemment d'une façon qui ne permet pas de douter, qu'il existeou qu'il a existé une correspondance, soit de M.deSaint-Priest, soit de M. de Vergennes, datée de Constantinople et qui compromet très-sérieusement M. de Thugut vis-à-vis de sa cour, et plus encore

1 Wickham à lord Grenville, Berne, 15 juin 1796. — Reçu à Londres le 4 juillet.

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vis-à-vis de la Russie. Les employés des bureaux français disent positivement que cette correspondance est entre leurs mains; qu'on a offert de l'argent pour la reprendre; que l'offre a été rejetée; que M. de Thugut a été souvent menacé de sa publication; que ces menaces ont souvent produit l'effet désiré. D'autre part, on dit que cette correspondance, si elle a jamais existé, a été détruite ou emportée avec les autres pièces secrètes du comte de Broglie, et j'avoue que cela me paraît bien plus probable, tant parce que c'est un fait connu que la plupart de ces pièces ont été détruites, que parce que, s'il en était autrement, M. de Thugut n'aurait pas osé jouer le rôle qu'il a eu en mainte occasion. Votre Seigneurie se souviendra que Poterat, à son retour de Vienne, déclara positivement que M. de Thugut était vendu aux Anglais1. »

Livré aux Français ou vendu aux Anglais, Thugut, et après lui l'Autriche, commençait à croire qu'il n'y avait pas grand intérêt à continuer la guerre; la campagne d'Italie prenait fort mauvaise tournure, et les ministres autrichiens n'étaient pas éloignés de trouver certains charmes à la paix que Ion faisait miroiter devant leurs yeux; de là une prudente réserve à l'égard de la Grande-Bretagne, si universellement détestée en France qu'elle pourrait peut-être devenir un impedtmentum magnum à la conclusion d'un traité.

Un rapport adressé de Bâle à Wickham par un de ses espions, le 12 mars 179G, contient une assertion des plus curieuses. Poterat avait ordre de se rendre à Vérone, si ses offres de paix étaient accueillies à Vienne; le Directoire « s'occupait de la royauté » . Poterat aurait dit aussi que le Directoire avait envoyé un agent à l'armée de Condé. Pourtant, à cette époque, on ne pouvait guère suspecter le gouvernement français de visées royalistes.

Après un second voyage à Vienne, à la suite duquel avait eu lieu l'échange de notes entre Barthélémy et Degelmann, Poterat était venu s'établir en Suisse, muni de pleins pouvoirs pour traiter avec tous les émigrés qui pourraient et voudraient

! Wickham à lord Grenville, 13 juillet 1796. — Reçu à Londres le 15 août.

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