Fortnightly Review, 1877, p
En juillet 1895, la nouvelle administration se constitua : ministères des Colonies (125000 francs) et de la Marine (112 oOO francs), présidence du Conseil privé (50000 francs\ chancellerie de Lancastre (50000 francs), sous-secrétariat de l'intérieur (37 500 francs], secrétariat des finances à la guerre (37 500 francs), sous-secrétariat des colonies (37 500 francs), sollicitor gênerai (150000 francs), les amis du peuple et de Joe étaient bien pourvus, et son fils, J. Austen Chamberlain, devenait à trente ans Lord civil de l'Amirauté (25000 francs). Le vieux torysme cria au scandale et l'un des grognards de Derby et de Disraeli prit la parole :
Si l'on eût consulté les vieilles gens, qui se tenaient devant Salomon, ils auraient donné leur avis comme firent jadis les vieilles gens à Rohoboam. Mais on est allé trouver les jeunes gens de Birmingham et, sans daigner même expliquer clairement leurs projets, ils ont dit : « Mon petit doigt en sait plus long que tous vos pères... » Il y avait pourtant un programme et des traditions, avant que Ton allât se fournir de législation constructive à Birmingham. Quand Joseph fut appelé au gouvernement... de TÉgypte, il apporta aussi une politique de constructions et son premier soin fut de faire venir tous ses frères, de les implanter dans les meilleures terres du pays, dans le canton de Goschen. Et le second soin de Joseph fut de dépouiller les Égyptiens de toute leur monnaie, de tous leurs troupeaux, de leurs terres et finalement de leur liberté, pour en faire les esclaves, les alliés de Pharaon, c'est-à-dire de Joseph*... »
J. Chamberlain, comme toujours, semble donc avoir asservi à son radicalisme ses prétendus alliés.
1. M. Th. Gibson Bowles, à la Chambre des Communes, 13 avril 18^6. M. Goschen, libéral-unioniste, est ministre de la Marine.
44 L'ANGLETERRE ET L*1MPÉRIALISME
Le parti libéral avait été pour son peuple et pour lui « le grand instrument de paix et de progrès » ; cette formule, qui revenait autrefois dans tous ses discours, n'avait pas été vaine, car, de la mairie de Birmingham, elle Pavait fait progresser lui-même jusqu'au ministère. Le parti unioniste sera pour lui et pour son peuple le grand instrument de profit et de prospérité. Paix^ Loi, Ordre, disait l'ancienne Union Politique sur l'un de ses cachets; Liberté, Unité, Prospérité, disait-elle sur l'autre. J. Chamberlain ne fait que remplir les deux parts du vieux programme àrummagem. C'est pour l'unité et la prospérité qu'il travaille aujourd'hui, dans un Cabinet unioniste, au Ministère des Colonies, comme autrefois c'était pour la liberté et pour la paix qu'il travaillait dans un Cabinet libéral, aux Ministères du Commerce ou de l'Intérieur. Après un demi-siècle de réformes, la paix sociale et la liberté politique lui semblent assurées, pour quelque temps du moins. Mais l'Union est menacée au dedans entre les trois royaumes, et TUnité n'est pas établie au dehors entre les morceaux de l'Empire. De même la Prospérité semble menacée au dehors et au dedans : après cinquante années d'une fortune inouïe, voici que le commerce et l'industrie de l'Angleterre noire semblent en péril. De terribles concurrents se dressent partout, Allemands, Japonais et Américains. La chute des vieux empires et le protectionnisme des vieux pays lui ferment, un à un, ses meilleurs débouchés. Suivant son habitude, elle s'est donc tournée vers ses chefs radicaux ; elle leur a demandé de faire leur métier de législateurs, c'est-à-dire « de chercher les causes de ce mal et, si possible, de les supprimer par une législation adéquate, afin d'as-
surer le plus grand bonheur du plus grand nombre * ». J. Chamberlain s'est mis à Tœuvre : comme toujours, il a trouvé le remède dans une alliance, Talliance de tous les pays anglo-saxons, la fédération « panbritannique », — on sait ce que dans sa bouche alliance veut dire.
Mais on ne comprendra vraiment cette partie de son œuvre qu'après avoir, sur place, étudié Tétat de rindustrie dans le Pays Noir et Tétat du commerce à Liverpool. Dès aujourd'hui, pourtant, on doit saisir, sous l'apparente variété des allures et des moyens, radmirable unité de cette carrière toute consacrée au service de son ambition et aux intérêts de Birmingham : « Par eau, par route ou par voie ferrée, on peut poursuivre le même voyage », disait-il un jour. Radical, libéral, ou unioniste, il a toujours marché vers le même but : le bonheur de son peuple. Sa route politique a eu trois grandes étapes : municipale (1870-1876), nationale (1876-1887), impériale aujourd'hui; elle n'a jamais eu qu'un terme : la fortune et la grandeur de son peuple par sa grandeur et sa fortune personnelles... La première étape lui a valu un médaillon sur une fontaine de sa ville; la seconde un buste; il travaille pour la statue.
Et de même on doit saisir l'admirable unité de cet esprit si fertile, si remuant et pourtant si simple. Il n'a jamais rien vu, rien étudié, rien compris que par rapport à Birmingham. Chaque fois qu'un problème s'est posé devant lui, il a cherché ce qu'en diraient et ce qu'en récolteraient les gens de Birmingham. Il a « transporté toutes les questions à domicile » et il les a toutes « illustrées par des exemples domesti-