‹ L'Angleterre et l'impérialisme: Avec 1 ct. en couleur hors texteChapitre 97 sur 143 · I.E PANBRITANNI8MË · texte numérisé non relu

I.E PANBRITANNI8MË

ont été exportées : le prix de la fonte, dans TAlabama et le Tennessee, est de 6 à 10 shillings inférieur à celui des fontes anglaises. Une autorité américaine affirme même que, sans la grève des mécaniciens anglais, les ventes de fonte américaine en Angleterre eussent atteint un chiffre double. Les exportations de fers et aciers des États-Unis ont atteint, pendant les exercices 1895-1896 et 1896-1897, 41 160 877 dollars, et 57 499 305 dollars. De son côté, Vlron Age de New-York annonce que la firm Riter et Couley, à Pittsburg et AUeghany, a obtenu en Europe des commandes pour environ 150000 dollars, qu'elle est en pourparlers pour un grand nombre d'autres commandes et qu'elle établira sous peu des succursales dans divers pays européens.

Les prévisions du journal anglais se sont entièrement vérifiées. L'année 1898 a vu la réussite des fers américains sur tous les marchés du monde, et leur ' entrée dans le Royaume-Uni. Et elle a vu l'expulsion des produits européens aux États-Unis. Le seul ferblanc anglais garde encore quelque clientèle dans les États du Pacifique; mais cette année, dit le journal du Board of Trade^ est sans doute la dernière où nos fersblancs de Galles pénétreront encore ; les industriels américains se sont mis en mesure de fournir tout le marché K Le rapport annuel de V « Association Américaine pour le Fer et F Acier », est éloquent :

Les exportations de fer et d'acier et de produits manufacturés en fer et en acier, des États-Unis, ont atteint, en 1898, 428 756 629 francs, contre 324 978 955 francs en 1897, et 252 111 729 francs en 1896 : l'augmentation a donc été de plus de 70 0/0 en deux ans. Dans les exportations de 1898 sont comprises : 253 057 tonnes de fonte ; 291 038 tonnes de rails d'acier ; 28 600 tonnes de lingots, blooms et billettes ; 18 510 tonnes de machines d'acier; 24195 tonnes d'autres aciers en barres ; -27 075 tonnes de tôles; 74665 tonnes de fils; 15 735 tonnes de clous et pointes fabriqués avec de la

!• Board of Trade Journal, octobre 1898.

tôle; 43 714 tonnes de clous et pointes fabriqués avec du fll; 34 038 tonnes de fers et aciers pour construction^. Il a été exporté également 580 locomotives. Les instruments d'agriculture ne sont pas compris dans la valeur indiquée ci-dessus.

Inversement, les importations de produits sidérurgiques aux États-Unis ont considérablement diminué. Â Texception du fer-blanc, dont l'importation est encore facilitée par un drawback, les Etats-Unis achètent maintenant fort peu de produits européens. En 1880, ils importaient pour 416 695 615 francs de fers et aciers bruts ou manufacturés, et en exportaient pour 78 511721 francs. En 1898, les exportations ont atteint 428 756 629 francs, et les importations sont tombées à 64 613 439 francs, c'est-à-dire qu'en huit ans, le rapport des importations aux exportations se trouve renversé.

En 1897, en 1898 et surtout pendant les premiers mois de 1899, les maîtres de forges et constructeurs anglais ont été fort émus par ce commencement de la formidable concurrence américaine sur leur propre marché où ils n'avaient subi jusqu'alors que le caprice de la concurrence continentale. 11 a été embarqué directement pour le Royaume- Uni des quantités considérables de fonte, de billettes, de rails, de tôles, de poutrelles, de machines et de fils en acier ainsi que de tuyaux en fonte. Plus récemment, il a été commandé aux Etats-Unis 40 locomotives pour deux des grandes compagnies de chemins de fer d'Angleterre et d'Ecosse, le « Midland » et le « Great Northern ». Le gouvernement anglais lui-même a commandé à un établissement américain le pont à sept travées de 150 pieds (45 mètres) chacune, pour la traversée de la rivière Atbara dans le Soudan égyptien. Des rails et des locomotives ont été récemment embarqués pour les Indes et l'Australie. Les ateliers Baldwin, à Philadelphie, exécutent une commande de quarante locomotives pour les Indes.

Il n'est pas douteux que les États-Unis continueront à exporter dans le Royaume-Uni et dans les colonies anglaises

t. II s^agit de tonnes de 1 016 kilogrammes.

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tous les produits indiqués ci-dessus et d*autre3 encore. Les importations anglaises aux États-Unis, du l^^'^ juillet 1897 au 30 juin 1898 (fer-blanc compris) Représentent une valeur de 43 355 905 francs et les exportations des mêmes produits d'Amérique en Angleterre ont atteint, pour la même période, 66 055 442 francs; si on considère seulement les produits dont le poids est indiqué, on trouve qu'il a été importé aux États-Unis (fer-blanc compris) H9189 tonnes et qu'il a été exporté en Angleterre 118 232 tonnes. Les États-Unis, il y a quelques années, étaient le principal client de la Grande-Bretagne pour les produits sidérurgiques : ils vont maintenant vendre sur le marché anglais autant de fer et d'acier qu'ils lui en achètent.

L'avenir immédiat de cette exportation est assuré, quelle que soit la hausse des prix. Quoi qu'il arrive, les États-Unis continueront à exporter en grandes quantités au Canada, au Mexique, aux Indes occidentales et dans l'Amérique centrale. L'excellente qualité des produits américains en fer et en acier et la rapidité des industriels à exécuter les ordres contribueront à maintenir leur commerce en tous produits sidérurgiques, rails, billettes, locomotives et machines, etc. Le jour n'est pas éloigné non plus où les États-Unis construiront pour toutes les nations maritimes les navires de guerre et de commerce en fer et en acier : ils ont déjà bien débuté en construisant des cuirassés de premier rang pour la Russie et le Japon. La prospérité de l'industrie sidérurgique dans tous les pays, au cours de ces dernières années, a été accompagnée d'un relèvement général des prix. Seuls, les États-Unis ont eu une tendance nette à la baisse, ce qui a eu pour effet de confirmer aux industriels américains la possession des marchés lointains, dont ils s'étaient emparés.

Pour Tannée 1899 et 1900, l'officiel Board of Trade Journal (Journal du Ministère du Commerce anglais) est plein de semblables nouvelles. En Angleterre, les Américains ont importé pour 338 mille livres sterling de fers et aciers bruts en 1897, pour 339 mille livres en 1898, et pour 508 mille livres en 1899. A Melbourne,

ils obtiennent une commande de 30 000 tonnes de rails acier; en Chine, ils placent 16 locomotives; dans rinde, ils envoient 8 chargements de machines. Les Baldtmn Works de Philadelphie ont une commande de 150 locomotives pour les Indes, les Antilles et l'Amérique du Sud. Ces Baldwin Works, avec leur organisation du travail jour et nuit, peuvent fabriquer aujourd'hui 1 000 locomotives par an; les quatre plus grandes maisons anglaises réunies, Neilson, Dûbs, Stewart et Kitson, n'atteignent pas 720. Aussi partout où les commandes pressent, France, Egypte, Tunisie, etc., s'adresse-t-on de préférence à eux. Dans l'Afrique australe, les Américains vendent rails, fils et tuyaux à 20 0/0 meilleur marché que les Anglais; leurs importations y ont presque doublé en une seule année. Dans l'Ouganda, ils enlèvent 36 machines à leurs concurrents d'Ecosse et d'Angleterre. En Birmanie, ce sont eux qui construisent le viaduc de Gokteik, qui sera l'un des plus grands du monde, 2 260 pieds de long, 320 pieds de haut : on estime à 5 000 tonnes la quantité d'acier nécessaire. Le chemin de fer de lord Kitchener vers Khartoum est pourvu de 250 wagons américains. Bicyclettes, tramways électriques, machines agricoles, outils, ils vendent en Russie, en Norvège, en Allemagne, en France, tous les articles que l'Angleterre fournissait autrefois *. Au mois d'août 1899, il y a sur les chantiers américains 50 navires de guerre, d'une valeur de 200 millions de francs (non compris la cuirasse- et l'armement) et plus de 200 navires de commerce; tous les constructeurs américains ont des commandes pour plusieurs années*.

1 . Boavdof Trade Journal, 1 899, p.229, 645, 641, 605, 653; 1900, p.79.

2. Pour ces chiffres et lessuiv., Annual Statementa ofthe Trade^

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On ne saurait trop réfléchir sur Timportance de ces faits. Cet extraordinaire développement n'est pas particulier aux industries de Tacier et du fer. Les États-Unis ont aujourd'hui les plus riches mines de cuivre et d'argent : tôt ou lard, ils annexeront aussi le travail de ces deux métaux; ils chasseront, devant leurs articles, les articles similaires de Birmingham ou de Sheffield. Les États-Unis ont les plus grands champs de coton du monde : leur industrie cotonnière naissante expulse peu à peu les fils et tissus de Manchester qui entraient pour près de 5 400 000 livres en 1872 (130 à 135 millions de francs), et qui ne figurent plus aujourd'hui que pour 2 600 000 livres (65 millions de francs) :

Importations de cotonnades anglaises aux États-Unis ^

(en milliers de livres sterling).

Seuls, les lainages anglais ont encore là-bas une nombreuse clientèle, et, bien que leurs importations aient baissé beaucoup depuis 1872, elles se maintiennent encore à un niveau assez élevé :

Importations de lainages anglais

(en milliers de livres sterling).

La baisse énorme de 1882, due à la crise générale des affaires, la hausse encore plus énorme de 1895, due à Tattente de nouveaux droits sur les lainages étrangers, n'empêchent pas de constater la continuité, mais aussi la lenteur de cette baisse...

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