‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 123 sur 149 · Annual Séries, n · texte numérisé non relu

Annual Séries, n

concurrents; ils savent où porter leurs attaques. Mais surtout leur seule présence a opéré une immense révolution dans le commerce international. Jusqu'alors seuls grands exportateurs et voituriers de marchandises, les Anglais avaient imposé au monde leur propre langue : l'univers commercial, ne pouvant se passer d'eux, avait dû parler anglais. Les clerks allemands incitèrent et habituèrent la clientèle anglaise à se servir de ses propres idiomes. Au nom de leurs patrons anglais, ils faisaient à chaque peuple des offres en sa langue : la Cité vit arriver, en français, en allemand, en espagnol, en italien, en russe, en turc même et en arabe, les réponses et les commandes qui jusqu'alors ne lui arrivaient qu'en anglais. Tant que les clerks allemands étaient là pour déchiffrer ces grimoires et pour y répondre, le patron anglais ne s'aperçut pas du changement. Mais, les Allemands partis, on se trouva en face d'une clientèle qui désonnais avait la prétention et l'habitude d'être comprise en sa langue indigène. On essaya vainement de la remettre au pas. Elle ne voulut plus reprendre les anciens errements. Quittant l'ancien fournisseur qui ne se donnait pas la peine de la comprendre, elle s'en alla vers qui la comprenait, c'est-à-dire à ces anciens clerks devenus patron^ en Allemagne, qui maintenant, ayant son adresse, lui faisaient, par des prospectus en sa langue ou par des commis voyageurs parlant sa langue, des offres de service. L'anglais n'est plus le seul idiome des affaires. Chaque peuple a la prétention aujourd'hui de trafiquer dans sa langue. Or, seul, le commerce allemand écrit et parle toutes les langues de l'univers.

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Après l'Angleterre, les clerks explorèrent et, pour tout dire, espionnèrent l'univers entier. Au sortir de l'école et de l'apprentissage, avant rétablissement définitif, ils prirent l'habitude des tours d'Europe et du monde. Partout le consul anglais les signale étudiant les besoins et les ressources, les habitudes et les goûts, les manies et les faiblesses, les monnaies et les échéances de leurs futurs clients, ramassant échantillons et modèles qu'ils exposeront ensuite aux fabricants de leurs villes natales, cherchant les voies de transports les plus rapides et les moins coûteuses, collectionnant et méditant les tarifs douaniers pour éviter ou tourner les droits, combinant les emballages pour diminuer les frets et la douane, etc. Le consul anglais de Stettin décrit l'une de ces associations fondées par le commerce allemand pour envoyer des jeunes gens à l'étranger : « Après 1871, l'Allemagne eut toutes raisons de croire que l'Europe allait jouir d'une longue paix, et partout on rêva d'entreprises industrielles et commerciales. Stettin démolit alors ses murailles, et dix-neuf de ses commerçants fondent un syndicat d'études pour le développement ou plutôt la création du commerce transatlantique. On part de cette double conception : 1° il nous faut une meilleure éducation de nos jeunes gens, employés ou patrons; 2° il nous faut des missionnaires pour étudier les marchés du monde et nous créer des relations1. •> Partout ils ont procédé de môme : un syndicat d'études forme un projet; des émissaires vont en vérifier les données; puis tout le monde se met à l'œuvre suivant un plan concerté et bien défini. Chacun de ces missionnaires est choisi

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