Annual Séries, n0' 1933, 1864, 1860, 1901. 2064, 2029, 1m
savent parler et agir pour plaire : ils n'ont pas les manières brusques et cassantes, le ton raide et même rogue de nos représentants... L'Allemand, écrit le consul de Riga, saisit toutes les occasions de plaire à sa clientèle. Il a vu que les scies anglaises ne convenaient pas à nos exploitants : il en a fabriqué pour eux sur dessins spéciaux. Il a vu que le moindre clou ou ornement de cuivre entraînait en douane de grosses contestations ou difficultés pour nos importateurs; il a supprimé le cuivre dans tous ses articles. Il a suivi pour les transports et pour les échéances toutes les indications, tous les désirs de notre place. Il a fait ses catalogues en langue, poids et monnaies russes... Les tailleurs et marchands de confections allemands, écrit le consul de Stettin, ont constitué un musée de poupées et de modèles habillés à la mode de tous les pays. Pour chaque peuple, ils fabriquent aujourd'hui le costume national ou habituel, dans les étoffes et les couleurs que tels et tels clients préfèrent. Ils ne présentent les modes allemandes que si on les leur réclame : ils ne mettent aucun point d'honneur à ne point copier les modes française ou anglaise... Voulez-vous un exemple de l'habileté allemande? écrit le consul du Havre. Les Allemands ont obtenu la fourniture de l'école industrielle d'Elbeuf. Ils ont fourni toute la machinerie à un prix dérisoire. Ils ne l'ont fait payer que pour la forme. Et ils ont donné gratuitement tous les produits nécessaires au laboratoire. Ils ont ainsi gagné le bon vouloir de la ville, et ce cadeau leur sera amplement payé par la clientèle future de tous les élèves sortis de cette école et habitués aux articles, procédés, outils et tours de main allemands... L'Allemand, écrit le consul de ïénériffe, a pris pour règle de contenter les goûts, les convenances et la bourse de ses clients. Que ces goûts lui semblent barbares, inexplicables, déraisonnables, n'importe : il pliera toujours sa fabrication aux demandes les plus fantastiques. Quant aux convenances, il s'acharne à supprimer toute peine et même tout ennui à son client. Il catalogue et facture toutes ses marchandises franco à domicile, frets et douanes compris, dans la monnaie du pays et au cours de la place. Le client
ne peut jamais avoir de surprise désagréable sur le prix de revient. Pour les échéances, l'Allemand fera volontiers quatre, six et même douze mois de crédit : en temps de crise ou d'accident, il renouvellera ses traites. Il ménage la poche de tous, se dérange pour la moindre commande, commence avec de petites affaires et de petits profits* abaisse ses prix au fur et à mesure de ses bénéfices : il tache de fournir à chacun ce que chacun peut payer.
Sur tous les marchés du globe, l'article allemand a copié les modes et trop souvent contrefait, « piraté -, disent les Anglais, les modèles et marques indigènes ou en vogue (car cette Germanie n*a pas toutes les vertus); le commerce allemand, se faisant tout à tous, a sollicité et sans hésitation accepté tous les ordres, petits et grands, fructueux ou à peine rémunérateurs; ii s'est adressé partout aux foules et non à l'élite: en conséquence, ii a dû fournir beaucoup et à très bon marché et, pour les paiements, faciliter les longs crédits; bref, l'Allemagne est devenue en cette fin de siècle démocratique le grand bazar populaire du monde : c'est elle qui remplace Birmingham, la boutique à joujoux de l'univers./Les deux succès, à un siècle de dislance, sont le produit des mêmes puissances éternelles. « La force, disait autrefois Birmingham, n'est un remède à aucun mal » et ce n'est la source d'aucun bien. L'Angleterre des radicaux, après avoir créé par la science de ses grands inventeurs les moyens d'action, vapeur, gaz, fer, railways, bateaux, etc., des siècle- nouveaux, s'était pénétrée, à l'école de sa philosophie utilitaire et de son christianisme dissident, des véritables devoirs de l'humanité nouvelle cl de l'idéal démocratique de paix, de justice, de fraternité, de solidarité nationale et humaine. La
force et la discipline allemandes n'ont pas eu, en réalité, d'autres sources que cette même science inventive et cette même solidarité pacifique. Lorsque Joe conseille à son peuple de méditer l'exemple allemand, il ne semble pas se douter quelle conséquence immédiate pour son influence personnelle et pour sa folie impérialiste devrait avoir cette méditation.
La première cause de nos revers commerciaux n'est peut-être pas la supériorité de nos concurrents, de leurs méthodes ou de leurs marchandises. iMais, presque absolument et indubitablement, c'est l'apathie et l'arrogance de 1'iaduslriel anglais.
Le consul anglais à Varsovie, Annual Séries, n° 213"..
C'est notre paresse plus que toute autre chose qui a livré notre clientèle aux Allemands. Que nous soyons battus par nos propres aimes, battus par une équipe qui lut notre élève et notre pupille, voilà un état de choses qui disparaîtrait sans grand etïbrt, si l'entreprise britannique voulait s'en donner la peine.
Le consul anglais à Saint-Pétersbourg, Annual Séries n° 1198.
En méditant les premiers revers de la guerre sudafricaine, la presse britannique ! en a cru trouver deux causes principales : d'abord, l'ignorance où l'on était du pays, des hommes, des ressources, des positions, des routes, des caries même; ensuite, le manque de