‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 142 sur 149 · Cf. Repietc ofReviews, janvier 1895, p · texte numérisé non relu

Cf. Repietc ofReviews, janvier 1895, p

saint Paul sur le suffrage des femmes. Il calcule la fin prochaine du monde et l'absorption non moins prochaine de la Russie par la Chine, ou l'avenir du cannibalisme, ou l'union de la chrétienté, ou la fédération panbritannique. 11 se demande pourquoi on ne laisse pas l'Allemagne annexer l'Argentine et l'Espagne reprendre l'Aquitaine, ou ce que dirait Jésus en débarquant à Charing-Cross. Surtout, il combine les plans de défense contre l'invasion française qu'il attend tous les malins...

Mais les sports ont encore ses préférences. Il passe des heures à suivre el à critiquer, d'après son journal, les péripéties d'une partie de foot-ball ou de cricket. 11 médite, de longs dimanches, les conseils de Sandow pour devenir un homme fort. Quelques-uns pourtant, dans l'intervalle des laborieuses digestions de ces longs dimanches, ouvrent parfois un livre, mais un seul. Car il leur arrive de mettre leur hobby (dada) — et il est sélect d'avoir son hobby — à se proclamer l'homme de Ruskin, ou de Carlyle, ou de Shakespeare, et à ne parler que de leur auteur et par citations même de leur auteur : » Rien n'est plus fatal à la vie de l'esprit, dit un autre Américain l, que l'Angleterre actuelle. L'existence extérieure ne pivote qu'autour du plaisir de tuer ou de voir tuer des choses, comme on dit. La vie intime n'est que club et dîners. Les maisons de campagne qui pourraient être des centres de vie intellectuelle ne sont que mode, sport et gastronomie. La perte du temps. In routine des engagements sociaux, la tyrannie des opinions reçues oe laissent ni loisir ni place pour la méditation. » Et la Contemporury Review, tirant la

i. Norlh American Review, férrier 1^'M.

morale des événements actuels, conclut : « De la crise présente, rien ne ressort autant que l'infériorité profonde au point de vue intellectuel de ce peuple fort et vigoureux, bien trempé moralement, mais si pauvre dans toutesles branches du travail de l'esprit, de ce peuple de brutes, a nation of muddlers l. »

En faisant la part de l'exagération, on peut dire que, si l'éducation et la vie françaises produisent des dilettantes et des fonctionnaires, l'éducation et toute la vie anglaises ne vont à produire que d'admirables bêtes humaines, des hommes de luxe et de course, aux muscles et au tempérament solides, mais d'un entretien coûteux et d'un rapport minime. De part et d'autre, mais en Angleterre surtout, la nation n'a pas encore réalisé que la science est la première arme offensive et défensive de l'humanité nouvelle et que l'utilité sociale est la seule valeur de l'individu démocratique.

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