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Programme unioniste de

obscurantistes : lord Salisbury, « qui pense, disait Joe en 1877, que l'ignorance doit être encouragée1 », a fait voter une loi d'instruction populaire, la plus démocratique que l'on ait proposée. Ils ont dû renoncer à leur monopole de grands terriens et préparer, par une loi d'allotements, la venue des petits propriétaires. Ils ont dû renoncer à la transmission intacte des grands héritages et établir une taxe de transmission qui entame el rongera les grosses fortunes. Enfin ils ont dû se plier au contrôle du peuple et tourner toute leur politique, — c'est-à-dire toute leur diplomatie, puisque les affaires extérieures sont toujours leur souci principal, — vers les intérêts du peuple, vers la poursuite du bonheur populaire, vers l'établissement de cet Empire qui doit restaurer la fortune des Mïdtands.

Pour établir ce contrôle du peuple, l'ancienne machine radicale, le caucus, ne pouvait convenir. Conforme à la nature du parti libéral et aux habitudes des whigs, ce procédé de délibérations publiques et de libres discussions ne cadrait ni avec les nécessités du parti unioniste, ni avec les habitudes des tories. Oui dit union dit avant tout discipline, donc centre d'autorité et minimum de discussion, et d'autre part les tories ont toujours préféré aux meetings populaires les conférences de salons ou de cabinet. J. Chamberlain ne pouvait pas amener son peuple tout entier dans le cabinet et dans les salons unionistes. Mais il y entra pour tenir la place et le rôle du peuple, et il y fit entrer les amis du peuple, c'est-à-dire ses amis personnels. Une fois entré, il exigea pour le peuple, c'est-à-dire pour lui-même, la plus forte part.

i. Fortnightly Revieic, 1877, p. 75.

En juillet 1895, la nouvelle administration se constitua : ministères des Colonies (125 000 francs) et de la Marine (112 500 francs), présidence du Conseil privé (50 000 francs , chancellerie de Lancastre (50 000 francs;, sous-secrétariat de l'intérieur ('37 500 francs, secrétariat des finances à la guerre (37500 francs), sous-secrétariat des colonies '37 500 francs), solliciter gênerai (150000 francs), les amis du peuple et de Joe étaient bien pourvus, et son fils, J. Austen Chamberlain, devenait à trente ans Lord civil de l'Amirauté (25 000 francs;. Le vieux torysme cria au scandale et l'un des grognards de Derby et de Disraeli prit la parole :

Si l'on eût consulté les vieilles gens, qui se tenaient devant Salomon, ils auraient donné leur avis comme firent jadis les vieilles gens à Ruhoboam. Mais on est allé trouver les jeunes gens de Birmingham et, sans daigner même expliquer clairement leurs projets, ils ont dit : « Mon petit doigt en sait plus long que tous vos pères... » Il y avait pourtant un programme et des traditions, avant que Ton allât se fournir de législation constructive à Birmingham. Quand Joseph fut appelé au gouvernement... de l'Egypte, il apporta aussi une politique de constructions et son premier soin fut de faire venir tous ses frères, de les implanter dans les meilleures terres du pays, dans le canton de Goschen. Et le second soin de Joseph fut de dépouiller les Égyptiens de toute leur monnaie, de tous leurs troupeaux, de leurs terres et finalement de leur liberté, pour en faire les esclaves, les alliés de Pharaon, c'est-à-dire de Joseph '... »

J. Chamberlain, comme toujours, semble donc avoir asservi à son radicalisme ses prétendus alliés.

1. M. Th. Gilison Bowles, à la Chambre des Communes, 13 avril 18j6. M. Goschen, libéral-unioniste, est ministre de la Marine.

Le parti libéral avait été pour son peuple et pour lui « le grand instrument de paix et de progrès » ; cette formule, qui revenait autrefois dans tous ses discours, n'avait pas été vaine, car, de la mairie de Birmingham, elle l'avait fait progresser lui-même jusqu'au ministère. Le parti unioniste sera pour lui et pour son peuple le grand instrument de profit et de prospérité. Pair, Loi. Ordre, disait l'ancienne Union Politique sur l'un de ses cachets; Liberté, Unité, Prospérité, disait-elle sur l'autre. J. Chamberlain ne fait que remplir les deux parts du vieux programme brummagem. C'est pour l'unité et la prospérité qu'il travaille aujourd'hui, dans un Cabinet unioniste, au Ministère des Colonies, comme autrefois c'était pour la liberté et pour la paix qu'il travaillait dans un Cabinet libéral, aux Ministères du Commerce ou de l'Intérieur. Après un demi-siècle de réformes, la paix sociale et la liberté politique lui semblent assurées, pour quelque temps du moins. Mais l'Union est menacée au dedans entre les trois royaumes, et l'Unité n'est pas établie au dehors entre les morceaux de l'Empire. De même la Prospérité semble menacée au dehors et au dedans : après cinquante années d'une fortune inouïe, voici que le commerce et l'industrie de l'Angleterre noire semblent en péril. De terribles concurrents se dressent partout, Allemands, Japonais et Américains. La chute des vieux empires et le protectionnisme des vieux pays lui ferment, un à un, ses meilleurs débouchés. Suivant son habitude, elle s'est donc tournée vers ses chefs radicaux ; elle leur a demandé de faire leur métier de législateurs, c'est-à-dire « de chercher les causes de ce mal et, si possible, de les supprimer par une législation adéquate, afin d'as-

surer le plus grand bonheur du plus grand nombre * ».- J. Chamberlain s'est mis à l'œuvre : comme toujours, il a trouvé le remède dans une alliance, l'alliance de tous les pays anglo-saxons, la fédération « panbritannique », — on sait ce que dans sa bouche alliance veut dire.

Mais on ne comprendra vraiment cette partie de son œuvre qu'après avoir, sur place, étudié l'état de l'industrie dans le Pays Noir et l'état du commerce à Liverpool. Dès aujourd'hui, pourtant, on doit saisir, sous l'apparente variété des allures et des moyens, l'admirable unité de cette carrière toute consacrée au service de son ambition et aux intérêts de Birmingham : « Par eau, par route ou par voie ferrée, on peut poursuivre le môme voyage », disait-il un jour. Radical, libéral, ou unioniste, il a toujours marché vers le même but : le bonheur de son peuple. Sa route politique a eu trois grandes étapes : municipale (1870-1876), nationale (1876-1887), impériale aujourd'hui; elle n'a jamais eu qu'un terme : la forlune et la grandeur de son peuple par sa grandeur il sa fortune personnelles... La première étape lui a Aalu un médaillon sur une fontaine de sa ville; la seconde un buste; il travaille pour la statue.

Et de même on doit saisir l'admirable unité de cet esprit si fertile, si remuant et pourtant si simple. Il n'a jamais rien vu, rien étudié, rien compris que par rapport à Birmingham. Chaque fois qu'un problème s'est posé devant lui, il a cherché ce qu'en diraient et ce qu'en récolteraient les gens de Birmingham. Il a « transporté toutes les questions à domicile » et il les a toutes « illustrées par des exemples domesti-

i. Birmingham, 7 juin 1881.

ques1 ». Parmi les hommes, il n'a jamais eu de sympathies que pour ceux de Birmingham et de leur sorte, jamais de haine que contre ceux qui en différaient2. Chaque fois qu'il s'éloigne de son peuple, il en emporte comme une réduction dans la personne de son féal Jesse Gollins. C'est son unique confident, son intime conseiller, son Birmingham de poche. Il l'emmène partout avec lui : au Parlement, en Suède, en Egypte, au Ministère, chez les Libéraux et chez les Unionistes. De cet honnête Brummagem, il a fait un sous-secrétaire d'Etat. Partout il lui faut son Jesse sous la main, pour lui servir de poids et de mesure. Quand Jesse paraît, tout le monde aujourd'hui sait que Joe est par derrière. Mais, d'ordinaire, Joe va devant. Ce long et maigre chevalier ne redoute ni les fier-à-bras, ni les hosteliers perfides, — « il est avec la bière », — et Jesse fidèle le suit, béatement bercé sur quelque sinécure, car le temps n'est plus où chevaliers errants et fidèles écuyers ne songeaient qu'à l'honneur et qu'à leur dame : « Je suis un homme pratique, et non pas un hâbleur constamment engagé à la poursuite d'idéals impossibles3. »

Aujourd'hui, cet homme pratique est l'arbitre de la situation. Ministre des Colonies, c'est lui qui, par la force des choses autant que par la force de son ambition, impose les mesures les plus graves. Un ministère conservateur, voulant toucher le moins possible aux questions du dedans, se tourne toujours vers les Affaires étrangères. A cette heure, toute la politique extérieure de l'Angleterre est une politique coloniale, car le Foreign-Office ne se sent plus de taille à lutter

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