‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 22 sur 149 · Bentham, édit. Bowring, VIT, p · texte numérisé non relu

Bentham, édit. Bowring, VIT, p

respect temporaire des privilèges établis. Mais, s'ils respectaient le privilège chez les autres, jamais ils ne songèrent à le conquérir ou à le fonder pour euxmêmes. Ils croyaient, avec Payne, « qu'un lord ne perd rien à devenir un homme, mais qu'un homme perd tout à devenir un lord ». Si, fabricants de vis, ils avaient débuté dans une ville où tout le monde avait le droit d'en fabriquer aussi, ils n'auraient pas employé tous les moyens, — que la loi permet peut-être et que l'honorabilité commerciale approuve, mais que leur conscience eût désapprouvés, — pour se créer un monopole et fonder leur fortune sur la misère de beaucoup. L'honorabilité ne leur suffisait pas; jamais le crayon satirique, mais fidèle, de la caricature n'aurait pu les montrer se souriant devant leur glace et se disant à eux-mêmes : « Vous, Joe, vous êtes un accapareur! You, Joe, are a monopolist *. »

Ils travaillaient pour toute la communauté, pour toute l'humanité, dont ils se proclamaient solidaires. Et cette solidarité, non bornée par les frontières, n'était pas bornée davantage par le temps ou la mort : ils se déclaraient solidaires de toutes les générations passées et futures. Ils n'admettaient pas que le service des intérêts présents engageât ou compromît les intérêts de l'avenir. Ils n'auraient jamais admis qu'en politique « la seule loi est, pour chaque génération, de résoudre ses propres problèmes et de mener à bien ses propres réformes, le seul devoir de traiter la question du moment 5 ». Ils connaissaient des problèmes éternels, des devoirs immuables et des questions survivant aux intérêts passagers. Car le

Page 1