Londres, il novembre lS9o
Sa prédication fut ardente. Il avait le zèle d'un néophyte, n'étant venu qu'assez tard à la nouvelle religion. Durant ses ministères libéraux, il reconnaît lui-même que sans adhérer complètement au principe de Manchester : « La paix à tout prix », il pensait, comme Gladstone et ses lieutenants, que les réformes intérieures sont urgentes , nombreuses, difficiles, et qu'il faut d'abord achever l'Angleterre démocratique avant de songer à une Angleterre impériale1. Pourtant, son vieil ami J. Bright avait l'habitude de dire que ce jeune homme était le seul jinge du cabinet Gladstone, et cette boutade est maintenant répétée par ses adversaires. Mais le jingoîsme et l'impérialisme à sa façon ne sont pas choses identiques ni seulement comparables. En réalité, le jingoïsme était tory et cet impérialisme est radical. Le jingoïsme, à son origine, n'avait été que l'explosion bravache des colères de John Bull. Le mot et la chose avaient pris cours durant la dernière guerre des Balkans, lorsque les victoires de la Russie arrachèrent à John cet estate de Constantinople, dont il disposait presque à son gré depuis un demi-siècle. John, battu et dépité, n'osa pas risquer la lutte ouverte; mais, pour couvrir la retraite de sa flotte engagée jusqu'au Bosphore, il se mit à célébrer dans les cafés-concerts sa propre vaillance et sa force invincible. C'est alors qu'il inventa l'hymne de Saint- Jingo :
[l'avons,
Nous ne voulons pas la guerre; mais, par Jingo2, si nous
Noua avons des canons, nous avons des vaisseaux,
Et nous avons des hommes...