‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 50 sur 149 · Price-Collier, Forum, décembre 1 b0 i · texte numérisé non relu

Price-Collier, Forum, décembre 1 b0 i

et confortable Hollande du xvne siècle, ils s'endormirent un peu à la tiédeur de leurs poêles et de leurs pipes, et ils cherchèrent dans l'alliance anglaise ce que les Anglais cherchent aujourd'hui dans l'alliance américaine, un oreiller pour leurs digestions. Guillaume III réalisa pour sa Hollande ce que J. Chamberlain rêve aujourd'hui pour ses Midlands...

Ces Messieurs, sans hâte, venaient à leurs bureaux. Ils suivaient, tout le long de la route d'Hagley, au front des façades de briques roses, les verdures des jardinets, les gazons des pelouses et les feuillages éternels des sapins, des lierres, des lauriers et des houx. Quelques bouleaux dénudés pouvaient trahir l'automne et Tannée finissante : ces Messieurs se mirent à songer que la saison de Brighton allait s'ouvrir et qu'ils iraient là-bas voir de loin les duchesses que Joe connaît pour eux... Tout le long de la route, les façades des cottages leur parlaient de cette vieille Angleterre, dont ils sont maintenant membres et parties. Leurs pères étaient radicaux et vivaient dans le présent, avec la haine du passé d'oppression, avec le mépris des castes inutiles et la confiance dans le libre travail et dans l'effort. Ces Messieurs sont unionistes : ils appuient leurs privilèges conquis de bourgeois et d'accapareurs aux vieux privilèges hérités de la noblesse et de l'Église. Leurs façades neuves ont des baies en ogives et des pignons crénelés ; leurs fenêtres ont des croisillons de pierre ; les ornements perpendiculaires de tout leur néo-gothique font de leurs résidences, à eux les parvenus d'hier, les exactes et ridicules copies des vieux manoirs. Ces Messieurs sont à l'aise dans ces vieilles choses. Ce matin, sous l'arche romane de sa boutique, près des gigots pendus entre les meneaux, le gros boucher, tout gonflé de

sang rouge, étalait sa fierté d'être un Anglais de la vieille Angleterre...

Ces Messieurs se sont assis à leurs bureaux. Leur courrier les attendait. Quelques lettres de correspondants lointains leur ont donné de l'humeur. Un quincaillier des îles Hawaï se plaint de n'avoir pas encore reçu, app's neuf mois d'attente, les boulons qu'il demandait pour une entreprise du gouvernement1 : ces gens des antipodes sont toujours pressés! il faudrait, pour leur plaire, ne jamais penser qu'à eux!... « Vos scies, écrit un boutiquier des Bahamas, sont trop chères et trop vieilles. Vous ne m'envoyez que des modèles inusités chez nous. Mal ficelés dans du papier gris, vos articles se rouillent pendant la traversée ou font piètre figure à mon étalage. Vos concurrents américains ont pris l'habitude de m'expédier leurs serrures en de jolies boîtes de carton ou de bois, qui tentent mes clients et m'épargnent, à moi, beaucoup de pertes et de soins2. » Des boîtes pour serrures! a-t-on jamais, depuis que Birmingham existe, empaqueté autrement qu'en du papier gris? ces nègres des Bahamas sont vraiment trop naïfs s'ils se figurent qu'on va changer pour eux les vieilles habitudes!... « Je vous retourne vos lampes, écrit un en dépositaire de la Trinité. Nous ne vendons plus de lampes à huile, et le pétrole américain amène aussi les lampes américaines, qui sont plus commodes, moins lourdes, de formes plus nouvelles et plus variées que les vôtres3. » Pour plaire à ces métis, ne faudrait-il pas chaque matin changer ses modèles et inventer quelque chose! o 11 n'y a plus rien à faire

i. Animal Séries, n 1000.

■2. lllue Book, C-8449, p. 131.

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