Elue Book, C-iTQT, pp. 104 et suiv
trafics qui jadis passaient par nos mains. Prenez, pour exemple, le thé. Autrefois nous avions d'énormes connaissements de thé chargé en Chine, amené en Angleterre et réexporté vers la Russie, vers Saint-Pétersbourg. Depuis quelques années déjà, je n'ai pas vu un seul de ces connaissements. Mais je sais que des chargements énormes arrivent directement de Ceylan ou de la Chine à Odessa. Prenez encore l'exemple de la soie. J'avais autrefois des relations importantes et fréquentes avec les marchés de l'Inde, avec Burhampoure surtout. La soie brute venait en Angleterre. Londres était le grand marché des soies, qui ensuite étaient réexportées vers le continent, vers Lyon surtout et vers Milan. Dans ces trois ou quatre dernières années, les soies ne sont plus arrivées jusqu'à nous : elles ont débarqué à Venise ou à Marseille, et ces deux ports sont devenus les distributeurs pour le Continent... Voulezvous encore l'exemple du coton? Liverpool, autrefois, pour toutes les usines de l'Europe, recevait le coton brut de toutes les cotonnières du monde. Aujourd'hui les industries russe, turque, italienne et espagnole se fournissent dans l'Inde, grâce au Canal, sans passer par notre intermédiaire...
— Alors, vous considérez que l'ouverture du Canal a grandement nui aux intérêts maritimes de ce pays?
— Assurément. La route du Cap était toute à notre avan- . La traversée, étant très longue, exigeait de nombreux
et solides bateaux, que seuls nous possédions Aujourd'hui, la moindre Compagnie française ou autrichienne peut nous faire concurrence avec une flotte peu nombreuse et médiocre. Nous avions le monopole. Le Canal a rendu la concurrence possible. Puis les primes à la navigation, établies par les gouvernements italien »■! français, ont favorisé cette concurrence et les Compagnies étrangères se sont mieux outillées...
Ainsi parlaient, dès 1885, les plus avisés ou 1<'> pessimistes. Néanmoins, grâce à son charbon et à son outillage incontestablement supérieurs, grâce aussi
aux habitudes acquises, aux relations établies, aux
préjugés et aux préférences de chacun, l'Angleterre garda la plus grosse part de ce nouveau trafic transméditerranéen. Mais ce ne fut plus Liverpool qui, gsairement, en profitait : Londres et son avantport sur la Manche, Southampton. étaient plus proche-, plus commodes d'accès, mieux situés aussi pour la distribution des marchandises importées, soit qu'elles restassent dans le royaume, soit quelles allassent plus loin, vers les demandes de l'étranger. Liverpool demeura donc le grand port transatlantique: mais Londres et Southampton devinrent les grands ports transméditerranéens. Dès lors, il y eut partage. Les deux Amériques sont encore aujourd'hui le domaine de Liverpool1 :
Liverpool Londres Royaume-Uni
Commerce avec Entrées Sorties Entrées Sorties Entrées Sorties
Le Canada 556 408 114 160 2 061 1631
Le» Ltats-Unis 2 943 2 450 1352 1 021 7 102 6 143
L'Amérique Centrale.. 47 204 5 31 $9 436
L'Amérique du sud... 296 410 61 68 594 1517
(Sauf Argentine.) Milliers de tonneaux.
Londres et Southampton ont. par la Méditerranée,
le monde asiatique et océanien :
Londres - juthampton
■erpool
Royaume-Uni
Commerce avec Les Indes. .
L'Australie.
La Chine...
Le Japon.. .
Entrées
Sorties
Entré:
îs Sorties
Entrées Sorties