I. lilue Hook, C-47L5, pp. 389 cl UO
■2. Blue liook. C-4715, p. \i~.
lain et son fidèle Jesse Collins se mirent à déplorer, avec des larmes patriotiques, la ruine du paysan et la disparition de ces vaillants yeomen, de ces hobereaux au noble cœur, dont la force et le courage avaient été la pierre angulaire de la puissance anglaise. « We hâve to secure an improvement on the condition of ihe agricullural labourer*; 1 prefer considération of the interests of the agricultural labourers; the English peatant and the Scottish tenant should hâve their turn », devinrent leurs refrains les plus ordinaires '. Il fallait sauver à tout prix cette classe menacée. Il fallait rendre à la terre ses justes profits, pour que la terre put toujours donner à l'Etat de vaillants citoyens. De là sortit l'unionisme — c'est-à-dire exactement : l'alliance entre le nouveau radicalisme des Midlands et le nouveau torysme des comtés agricoles, entre les industriels du fer, qui se ruinaient, et les propriétaires fonciers qui voulaient s'enrichir — pour assurer, aux dépens de l'Etat, la fortune des uns et des autres et pour jeter « l'Angleterre nouvelle » dans les voies de l'impérialisme et de la protection.
Les alliés scellèrent leur entente dans le sang de l'Irlande, puis ils marchèrent à la conquête du pouvoir. Il leur fallut dix ans d'efforts : de 1885 à 1895, la vieille Angleterre libérale se défendit. Le commerce lui restait fidèle. Le seul mot de Free Trade suffisait encore à enlever les suffrages de la masse... Mais bientôt la crise prolongée sapa lentement les convictions. Dès 1890, plus d'un commençait à tenir le langage qu'en 1885 certaines Chambres de navigation avaient balbutié : « Le libre- échange est désirable, sans doute : c'est le meilleur régime, à condition qu'il
1. Libéral Union Club, 14 juin 1887; Birmingham. 28 mai 1888.
soit effectif et que nos voisins ne cherchent pas, après l'avoir supprimé chez eux, à le vicier encore chez nous. Il ne faut pas le supprimer, à coup sur; mais il faut l'améliorer : il faut en assurer le jeu normal en Angleterre même. Puisque la France et l'Allemagne établissent des primes à la navigation et à l'exportation de certains produits, l'Angleterre doit annuler l'effet de ces primes en frappant de droits équivalents les marines et les produits qui les perçoivent1. »
C'est, comme on voit, une sorte de compromis entre le Fair Trade de Birmingham et le Free Trade de Manchester : c'est la doctrine du libre-échange amélioré et compensé, du « Plus Libre » Echange, Freer Trade. A partir de l§90, les Chambres de commerce s'y rallient une à une, et leur Association générale s'y convertit. Pour en assurer le triomphe, le puissant comité de cette Association vient installer ses bureaux derrière Westminster, en face du Parlement qu'il contrôle et qu'il veut influencer. Dans ses meetings annuels à Londres et dans ses congrès à travers les grandes villes du royaume, l'Association réclame pour le commerce l'appui de l'Etat. Il n'est question d'abord que d'un appui diplomatique au sujet de renseignements consulaires et de tarifs étrangers et coloniaux. Puis l'impérialisme la pénètre peu à peu. A chaque élection parlementaire, de ISS.") à 1895, les villes commerciales élisent avec de plus fortes majorités des candidats unionistes. L'Association se tourne vers le prophète de Birmingham, vers a- grand .1. Chamberlain, dont les Midlands attendent le salut. Elle réclame de lui soit une V{-i\r-
[. Blue Book, C-4797, p. 229 et suiv.
ration Impériale en vue des intérêts commerciaux de l'Empire *, soit l'Union commerciale entre les colonies et la métropole 2 : l'Empire ou le Zollverein. Ellemême, dans la mesure de ses forces, veut commencer cette Fédération : elle prend l'habitude de réunir en congrès périodiques les délégués des Chambres de commerce de tout l'Empire.
Dans le premier de ces congrès, dès 1886, la Chambre de Londres avait montré le but : elle proposait de voter « une requête pour que les gouvernements coloniaux fussent immédiatement consultés sur les meilleurs plans de Fédération Impériale »; mais le congrès resta indifférent : le Free Trade triomphait. Au second congrès, en 1892, nouvel effort: mais « les vieux préjugés de libre-échange contre protection et l'amour des mots semblaient encore faire perdre de vue les besoins d'union. Lord Farrer alla jusqu'à dire qu'il était immoral de remettre en discussion les principes libre-échangistes 3. Néanmoins, en gens pratiques, qui devaient vivre non avec des principes et des mots, mais avec le monde réel 4 », le congrès finit par proclamer qu'une union commerciale sur la base du Freer Trade assurerait la prospérité de l'Empire. Le troisième congrès, en 1896, a vu le triomphe du Fair Trade et de « l'Angleterre nouvelle ». Les unionistes, maîtres de la politique depuis les élections de 1895, le présidaient dans la personne de J. Chamberlain. Et Joe a promis au commerce que l'Empire allait être établi et aménagé