‹ L'Angleterre et les AnglaisChapitre 10 sur 70 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des causes qui font naître la sensation de Mélancolie et de Lassitude. — Nous en sommes délivrés avec l^âge. — La philosophie de l^ôisiveté ; sa tristesse. — Une des raisons pour lesquelles nous sommes un peuple religieux.

Le ton de la société que j^ai essayé de décrire est Torigined^une de nos plus profondes sensatiotis nationales , je yeux dire de cette mélancolie vague et mêlée d^ennui qui est à la fois philosophique et poétique. Ce sentiment triste et intérieur ne se trouve que dans le caractère des Anglais et dans celui des Allemands; et chez les deux nations il est produit par les mêmes causes ; chez toutes deux il est le résultat d^une âme ardente placée dans un cercle uniforme et décoloré. Dans les petites villes d^Allemagne, si la société offre plus de sagesse qu^en Angleterre , elle n'a pas pour cela plus de charmes. Une lassitude d*esprit s'empare de nous , et la nullité du monde produit à peu près le même résultat moral que la va* nité de la science. C'est à cela qu'il faut attribuer cette soif de voyages qui chez nous tourmente les personnes riches d*un esprit un peu supérieur aux autres. Des désirs non satisfaits qu'elles ne savent point analyser les poussent k fuir les usages « rebattu an6i.stkkrb. 7. I. l9

tus et sans profit » de leur pays natal. Chez aucun autre peuple on ne rencontre un aussi grand nombre de riches mécontents. Cette tournure d^esprit, si malheureuse pour celui qui la possède , n^est pas défavorable à la poésie , et quoiqu'elle doive son origine aux causes les plus futiles , elle jette souvent de Fintérét et de la noblesse sur le caractère. Mais elle est principalement bornée aux jeunes gens : elle nous quitte après un certain âge ; Pâme s'accoutume au moulin , et suit machinalement la route dans laquelle elle était entrée avec répugnance.

Mais s'il existe une sensation plus triste que toute autre, tant qu'elle se prolonge, c'est la conviction que Tout est Vanité dans ce qui provient de la philosophie de l'Oisiveté ; c'est ce besoin d'une sympathie que nous n'obtenons jamais , cette inquiétude causée par les affections étouffées et l'esprit mutilé, dans un cercle où ni les affections ni l'esprit ne peuvent s'exercer. Les désirs mesquins des petits cercles irritent l'âme sans pouvoir absorber ses capacités. Une des raisons pourquoi nous nous attachons plus que les autres peuples aux consolations de la religion, c'est parce que nous noua livrons si peu aux plaisirs du monde.

De même que les hommes n'ont fait des progrès dans la Navigation qu'à mesure qu'ils ont appris à connaître les étoiles , de même aussi , afin de nous diriger avec prudence sur l'océan de la vie , avons-nous fixé nos cœurs sur les objets plus sublimes et plus éloignés que nous apercevons dans le ciel.

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