ETAT DB L KDDGATION DANS LS8 CLASSES MOYENNES
La Religion est plus enseignée dans les écoles à Pasage des classes moyennes que dans celles des hautes classes. — Mais les Sciences morales sont également négligées. — Le Collège du Roi et TUniverslté de Londres.
Je D^aurai pas besoin de m^étendre longuement sur cette partie de mon sujet : les classes moyennes , par lesquelles j^entends principalement les marchands en boutique et autres , jouissent , comme de raison , d^une éducation plus généralement égale que les classes au-dessus ou au-dessous de la leur. Cette éducation exige moins de temps que celle de Paristocratie; elle embrasse moins d^objets; sa discipline est en général plus sévère ; elle comprend le latin , mais pas trop ; Tarithmétique et la calligraphie , objets qui ne sont enseignés que nominalement à Faristocratie ^ sont , comme de raison , des points importants pour des personnes qui se destinent an commerce. Des thèmes anglais entrent aussi d^ordinaire dans leur éducation , et remplacent les vers latins ; mais une critique judicieuse ne venant point éclairer et élever les leçons , tout ce qu^ils acquièrent est un style assez conforme à la grammaire. On s^occupe de religion , et toutes les semaines on a coutume d^expliquer Ja Bible. Les différentes écoles ont naturellement, soas
ce rapport , des systèmes difTérents , mais , k font prendre, celles qui sont destinées à former des marchands s^occupent plus de )a religion que celles dans lesquelles les gentilshommes sont élevés. On n^y eiplique peut-être pas la religion en détail , mais on s^altache à son esprit , et c^est déjà beaucoup ; aussi rélève continue-t-il dans le cours de sa vie à la respecter abstraitement , quoique dans la presse de ses affaires de commerce il en néglige souvent les principes. De là vient qu^en Angleterre les classes moyennes ont plus de respect pour la religion que les autres ; cVst à cela aussi qu^il faut attribuer leur tendance , souvent erronée , à la charité , en leur qualité dMnspecteurs des pauvres et de marguilliers ; et le désir , si ardent chez elles , quoique si fort affaibli dans les autres classes, de sanctifier le dimanche ; et leur enthousiasme pour répandre Tinstruction religieuse parmi les nègres; et enfin la facilité avec laquelle les sectes dissidentes , plus sévères , trouvent parmi elles des prosélytes.
Mais si dans Féducation de ces classes Tesprit de la religion est mieux conservé , la science de la morale , dans ses principes plus larges et plus abstraits , est entièrement négligée. La philosophie de la morale ne fait aucunement partie de Tinstruction générale celles n^apprennenl point, comme la jeunesse de TAllemagne , à penser et à réfléchir , de manière que le bien puisse en quelque sorte pénétrer dans leurs âmes et se répandre sur toutes leurs actions , sans se borner seulement à obtenir déciles un Vïigue respect. De là vient que leurs vues en morale sont
étroites, et les font souvent tomber, quand elles avancent en âge , dans la grande erreur qui les ca^ ractérise spécialement , savoir, de mettre plus d^im-^ portance aux apparences qu^à la réalité des vertus. ** Cest dans la vue de rendre Téducation plus générale dans les classes moyennes que Ton a fondé en dernier lieu V Université' de Londres et le Collège du Roi. La première étant destinée indistinctement à toutes les religions , toute instruction religieuse en est bannie , et c^est là la cause d^une des plus grandes difficultés contre lesquelles elle ait à combattre et de Topposition qu -elle a rencontrée. Son capital effectif était de 158, 883 I. st. lOscb. (3,972,0(M> fr.); mais cette somme, toute considérable qu'elle est, n'a pas été sulÏÏsante pour mettre FUniversité au-dessus des plus grands embarras. Dans son rapport du mois de février de cette année, elle expose l'état de sa situation péeunîaire, d'après lequel elle calcule qu'au mois d'octobre prochain elle sera en déBcit de 5,715 1. st. (92,000 fr). Le conseil se mon tue charmé des progrès de l'Université en tout , excepté en finances. Il demande de nouvelles avances aux fondateurs , sans quoi il déclare qu'il sera obligé d'annoncer k que l'institution ne pourra pas rouvrir sous la forme actuelle, n El quel est le secours qoe le conseil réclame? quelle est la somme qui doit sauver l'Université , qui doit fixer cette grande source d'instruction , au sein de la plus riche et de la plus vaste capitale du monde , pour l'avantage des corps de dissidents les plus honorables de la communauté chrétienne? Mille livres sterling de plu» par anl C'est
pour cette faible somme que le coDseil çst tourmenté, et 80 voit obligé dVn appeler aux fondateurs. Yoyeas «e que c^est que de ne pas avoir un gouvernement paternel et prévoyant ! Dans tout autre pays, le gou^ vernement comblerait à Tinstant même le déficit. Le Collège du Roi , établi sur un plan plus vaste , et mieux doté , se montre également affligé quand it est question de la partie des livres et des sous. Il est dans la nécessité d^achever la façade qui donne sur la rivière ; il réclame pour cela des fondateurs, un nouvel emprunt de dix pour cent , et Pemploî de feur crédit pour lui procurer de nouvelles souscription». La somme demandée est de 8,000 1. st. Comme il ne s^agit que d^un emprunt dont on promet le prompt remboursement , un gouvernement qiù mettrait quelque importance à Téducation publique ne se- montrelrait pas moins généreux envers le Collège du Roi qu'envers l'Université de Londres.
Bans ces deux institutions , la classe de médecine est la plus suivie. Voici l'état du Collège- dti Roi au mois d'avril 1833 :
Etudiants réguliers pour tout le cours
d'éducation 109
. Étudiants de passage pour diverses f ^^
branches de science et de littérature. . 196
Étudiants réguliers pour tout le cours de l'éducation médicale. . . . . . 77
Étudiants de passage pour diverses / ^^^
branches de la science médicale. . . 233
Total général *'6Ï5
ai.
On m^a assuré aussi que, parmi les cours géuéraui, c^élait celui de chimie qui était le plus fréquenté.
A rUnÎTersité de Londres , TOlci quelle était, au mois de février 1835 , la proportion en faveur dea sciences médicales :
Facultés des arts et du droit 148
Faculté .de médecine 383
Total .431
Le nombre des étudiants en médecine s^est accru progressivement.
On se plaint avec raison , à TUniversité de Londres, de Pindifférence du public pour les sciences dont la connaissance n^est pas profitable à ceux qui les cultivent sous un point de vue pécuniaire , bien quMles eiercent une grande influence sur la prospérité générale de la société ; telles que la Philosophie morale, PÉconomie politique et la Jurisprudence. « Le principal but dans lequel cette Université a été fondée, dit le conseil , a été de procurer aux habitants de PAngleterre Toccasion de se livrer à Tétude de ces sciences , et de leur assurer les facilités que Ton rencontre pour cela dans les universités étrangères. L^avantage de ces études se trouvant plut6t dans leur action graduelle sur la société que dans aucun bénéfice direct qui en résulte pour celui qui s*j livre , il est nécessaire d'en créer le goût enjaisant connaître au public, ainsi qu'à V étudiant , la nature de ces avantages. »
N^esl-ce pas là, monsieur, le fond de vos argu-
menu en faveur des dotations ; je veux dire qu^il faut que Pétude des sciences soit imposée smi hommes*, qui ne les recherchent jamais d^eux-mémes ? mais cette espèce de contrainte ne saurait être Fouyragede particuliers, elle doit émaner du Gouvernement.
Au Collège du Roi il n^y a point de chaire de Philosophie morale; on y regarde cette étude comme synonyme de Théologie. Dans mon examen de Fétat de la morale , je croîs que je serai en état de prouver que rien ne saurait être plus funeste et pour les bonnes mœurs et pour la saine religion.
Des écoles sont attachées à ces deux universités, et je pense qu'elles auront un succès plus immédiat que les collèges.
£n ce moment (avril 1835) il y a déjà 319 élèves à récole attachée au Collège du Roi , et il y en avait 249 à celle de PUniversité de Londres au mois de février dernier.
A Pécole du Collège du Roi , le travail de chaque jour commence par la prière et la lecture de la Bible. On y a adopté du reste le système ordinaire des grandes écoles publiques.
A Pécole de PUniversité de Londres , il règne une grande et peut-être prudente timidité dans les essais de nouveaux systèmes d'éducation ; pourtant on y apprend moins par cœur que dans les autres écoles, et Pon y a adopté le résultat coinmun et sage de tous les nouveaux systèmes , savoir , de poser des questions précises et fréquentes.
Dans les deux écoles , on remarque également que Pon s'abstient de toute punition corporelle.
Le motif qui a fait que les deux écoles ont biea mieux réussi que les collèges , c'est que Téducation s'y termine à seize ans , précisément quand l'autre commence , et la plupart des élèves étant destinés au commerce , les parents les retirent. Si cela continue, les écoles finiront par supplanter entièrement les collèges , et l'expérience que l'on a voulu faire sera manquée.
Il est bon de remarquer qu'à ces universités , oit pour mieux dire aux écoles qui y sont attachées , les prix sont assez modérés pour ne pas être au-dessus des moyens de la bourgeoisie. 11 en coûte au Collège du Roi quinze guinées quand l'élève est nommé par un fondateur, et 18 1. st. 11 . sch. quand il ne l'est pas. A l'Université de Londres , il n'y a qu'un seul prix pour tout le monde , qui est de 15 1. st.