‹ L'Angleterre et les AnglaisChapitre 16 sur 70 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

BB L'BDDGâTION DU PBUPLB.

Les Gouvernements ont besoin de force afin de pouvoir se dispenser de violence. — État de TÉducation du peuple en Angleterre. — Rapport de la commission de lord Brougham. — Il y a des écoles dont les pauvres sont iAjustement privés. — D*autres d*oii ils sont expulsés. — Ce qu*était anciemement TÉducation du peuple en Angleterre.

— Comment eHe a été corrompue. — Progrès des Écoles du dimanche et des Écoles Lancastriennes. — Zèle bienfaisant du Clergé. — La Religion est nécessaire aux pauvres.

— La Proportion des individus qui reçoivent de Téducation est plus grande que Ton ne pense ; mais quelle éducation !

— Dépositions à ce sujet. — Livres de classe dans les écoles de Saxe-Weimar. — Examen comparatif de Téducation du peuple^n Prusse , etc.

Je ne chercherai point à démontrer les avantages d^une éducation générale y je regarderai la chose comme avouée. A mon avis , la nécessité de Péducation a été décidée il y a un grand nombre de siècles par un seul aphorisme de Sénèque : u Nous pouvons apprendre le vice de nous-mêmes , mais la vertu et la sagesse ont besoin de nous être enseignées^ » Si

Ton D^admet pas ce principe, on peut encore citer celui-ci : « Nous ne discutons pas , dit lord Brougham, pour savoir si le peuple doit être instruit ou non ; cette question a été décidée il y a fort longtemps ; mais s^il doit être bien on mal enseigné. »

Je me contenterai de poser ces deux maximes , et désirant éviter tout exorde superflu , je vais pénétrer sur-le-champ dans le fond de mon sujet (1).

Si jamais le peuple anglais peut se convaincre qu^un bon gouvernement doit être fort et non pas faible.

(1) Il f a des personnes qui soutiennent que réducatioo n*améliorant point les individus, réducation générale > devient inutile ; mais à ces personnes il faudra répondre que, de même que le christianisme et la cmltsation, réducation générale agit plus sur les masses que sur les individus. C*est ainsi que Livlngston, le publiciste américain, nous apprend qu'à Boston , oti depuis dix ans plus de trente mille personnes ont été élevées dans les écoles primaires , pas une seule de celles qui y ont reçu leur éducation n'a été arrêtée pour un crime, k New-York , le résultat a été le même. Sur tant de milliers dindividus élevés dans les écoles publiques de cette ville, et qui pour la plupart appartiennent aux classes les plus pauvres , il n'y a jamais eu qu'une seule personne d'arrêtée pour un délit peu important. Faites ensuite, par simple curiosité, la comparaison suivante. Il existe certain peuple dont on disait, il y a un grand nombre d'années , a Aux noces de village , aux marchés , aux enterrements , et dans d'autres réunions publiques de ce genre , hommes et femmes sont toujours ivres, et ne cessent de jurer, de blasphémer et de se battre. » Or quel est ce peuple ? Ceiui d'Ecosse • maintenant si

prévoyant et non pas cédant ; qa^il ne doit jamais se laiaser surprendre par des maux iualtendus, ni s^occuper d^expédients temporaires ; si jamais nous avons le bonheur de voir poindre ce jour , alors je pense qu^un des premiers axiomes que nous établirons sera que tout ce qui regarde Tavantag^e du peuple ne doit point être abandonné au hasard , mais administré avec soin par les tuteurs de la nation. Alors, monsieur, nous aurons ce que la Prusse et la Hollande possèdent déjà et ce que la France ne tardera pas à avoir... une éddoation nationale. Pour que les institutions publiques répondent à leur but , il faut quelles soient Tobjet d'une surveillance perpétuelle.

Jamais cette vérité n^a été plus évidente que dans rétat de Téducation {primaire en Angleterre. Contemplez les nombreuses écoles de charité répandues sur toute la face du pays. Quels fruits ont-elles rapportés? Fondées avec les intentions les plus pures , combien on en a abusé ! 11 n^y a point de pays où des individns aient plus fait pour Féducation du peuple, et pourtant elle est manquée ; pourquoi ? Parce qu^ii n^y a point de pays où le gouvernement sVn soit moins occupé. Consultez les volumineux rapports <, résultant de Tenquéte faite il y a seize ans par lord Brougham sur les écoles de la charité. Quelle profusion de dotations ! quelle masse d^iniquités ! Qu'on me permette

moral <, si sobre, si rangé ! Mais c^est qu'aujourd'hui les Écos^s reçoivent une éducation dont ils étaient privés du temps de Flekcfaer de Saltoao, dont Je viens de citer les^ paroles.

de tirer encore une fois du juste oubli dans lequel elle était tombée la triste école de Pocklingtpn. Exemple sur lequel on a beaucoup raisonné, mais que Ton n^a jamais réfuté. Cette école est largement dotée ; elle est tombée en décadence : le maître jouissait d^un traitement de 900 1, st, par an ; el combien dVnfants pensez- vous quMl instruisait pour cela? Un seul! Qu^est devenue Técole elle-même ? Elle n^existe plus; et le maître ? Il se cacbe pour éviter les poursuites de ses créanciers. Juste ciel L Et n^y a-t-il donc personne qui soit chargé de remédier àces abus criants? Sans doute, monsieur , les inspecteurs de cette école sont le principal et les membres du collège de Saint- Jean à Cambridge (1). Maintenant passons à Berkhampstead ; c^est encore là une école richement dotée , le maître n^enseigue qu^un seul élève , et le sousmaître habite le comté de Southampton.

Ce ne sont là que deux faits pris au milieu d^une masse innombrable , mais qui doivent servir à démontrer que les dotations sont inutiles toutes les fois que la nation n^exerce pas une surveillance générale el vigilante; on commence par en abuser et elles finisêejA par tomber dans une décadence complète.

(1) Il parait pourtant, par une lettre adressée à sir William Scott , que la conduite du principal et des membres de Saiot-Jean doit être attribuée moins à de la négligence de leur part qu'à Tincertitude où ils étaient quant à leur droit d'inspection ; mais dans un cas de cette importance., cette incertitude même ji'esft-èlle pas un abus intolérable ?

Mais M les panvres ont été ainsi privés parla fraude d^oM dasae d^éoaJes, ils oot été eipalsés d^une autre classe. Certaines grandes écoles, qui servent maintenant à ^éducation de la noblesse , des riches propriétaires el du haut eommerce, avaient été dans Porîgine fondées par nos ancêtres piour Tavantage des pauvrea. Ghartev-'Haiiee ^ Winchester, le collège dn Roi, avaient tous été fondés pro pattperes et indigent tes scholares^ £n Tan 156â, il y avait, à cette aneienneécoby 141 fils d'habitants de Shrewshury, dont 1S5 étaient au-dessous du rang d^écuyer ou de bailIJi» tandis que du district voisin il s'y rendait 148 enfants^ dont \tZ étaient au-dessous du rang d'écuyer, de sorte que sur âSd enfants , il y en avait 248 qui appartenaient aux classes moyennes ou inférieures. N<htre 9^èfÀ% n'a aucune idée des variations auxquelles rédncatioB du peuple était assujettie dans les siècles passés. Je le dis avec tout respect pour le talent de Péerîvain, les romans de Walter Seott o^t contribué à accréditer les notions les plus iausses sur Piguorance de nos ancêtres, Antii^uaire passable dans ses ballades, il était fort inexact dans les faits (1). {aQts ée cette crise dans Phistoire de TËurope, qui n^a jamais encore été profondément analysée, je veux dire le règne^de Richard II, les nobles voulurent faire

(i> « H était , dit lord Salisbury, dans une réunion publique , en iiarlant de Walter Scott , également distingué comme pofite ,' comme historien et comme antiqyaire. » Ce n'est pas là faire un grand éloge de son talent poétique. Que le ciel préserve un grand homme des panégyriques d*un marquis !

L^AlfGLBTERRB. T. I. 3t

une loi pour réprimer le désir d^instruction qui conimençail à se répandre dans les classes iorérienres. Un statut de Henri VIII défend la lecture de la Bible en particulier; à qui ? Aux lords et aux squires? Noa; aux fermiers, laboureurs, artisans et domestiques des bourgeois. Cette loi aurait été , ce semble , ioutile, si tous ce» gens-là n'avaient pas su lire du tout! Combien de personnes, en examinant rhistoire de la réformation de notre église, s^étonnent de la promptitude avec laquelle le peuple a assisté le roi dans la destruction de ces charitables superstitions,* ils sont émerveillés de la puissance dû roi et de là rapidité de la révolution; mais ils ne voient pas qu^elle a été bien moins Touvrage du roi que celui du peuple; il» ne reconnaissent pas que les progrès de réducatioa populaire ont autant contribué à la réformation que la volonté de Tambitieux Tudor. Je vais citer un fait : Dans les trente années qui précédèrent cette réformation, on établit plus d^écoles de grammaire qu^il n'y en avait eu depuis deux cents ans ! Comment peut-on vouloir professer Thistoire de cette époque, quand on ignore un -fait si important? A mesure que les nobles devenaient moins belliqueux, ils sentaient davantage le besoin d^jnsirvction pour eux*mémes (1);

(1) Latlmer se plaint avec beaiicotip d*amertume de ce qoMl n*y a plus*^ que les enfants des grands qui aillent au .collège , et que le diable s'est introduit à lUniversité , où il pousse les grands e( les écuyers à envoyer leurs fils, chassant ainsi les pauvres étudiants qui se destinaient à réglise.

la cour du maître d^école remplaça celle du> baron ; leursenfants' fréquenlèrent les inslitutions destinéeti aux classes inférieures ; les riches propriétaires suivireot Texemple de la noblesse ; et comme Técole. était alimentée par ces étudiants venus de loin , le nombre des élèves de la ville, intimidés et humiliés , diminua peu à peu. Preuve de plus combien ,, avec le temps, les institutions dévient de leur premier but, et combien il est nécessaire que le gouvernement veille sur tout ce qui tend à favoriser Téducation du peuple.

Un grand pas fut iait vers cette éducation, il y a cinquante ans , par rétablissement des écoles du dimanche, et par les efforts du bienfaisant Raikes, dans le comté de Glocester. Un nouveau pas plus grand encore suivit riniroduction des systèmes de Bel} et de Lancastre, en 1797 et 1798. Ils donnèrent une impulsion qui se fit sentir dans toute TAngleterre. Et c'est ici , monsieur, le cas de rendre justice.au clergé de I^Église anglicane, pour le zèle honorable qu^il a montré dans ses efforts pour instruire les. pauvres. Il n^a peut-être pasmisi. autant d^ardeur à éclairer les hommes, mais il n^a rien négligé, pour contribuer à rinstruction des enfants. . Je trouve des, ecc.lésias.ti- • ques en grand- nombre parmi les fondateurs d^écoles dix dimanche, d^écoles pour. le premier âge , d^associations scolaires ,'etc. ; mais je n^en vois. point parmi les personnes qui ont favorisé rétablissement, des institutions dWtisans, ni parmi celles qui ont réclamé contre le timbre des feuilles périodiques. D^où naît cette différence? Le bu t. est cependant ieméme. L -éducation ne se termine point avec Penfance; elle .

e9t Touvrage de k vie entière, ^e noiiahâton» pourtant pas de les condanmer. Accusas par les fiartisaiiis irréfléchis de rinstruetion , ils n'ont pe^t-éftre pas as> s^ez eiLaminé les effets naturels d'une insitruetion gé^ tiéralement répandue; il» s'imaginent peut-être que «fttand r4n8lrnetiûn ne se bCHri^e pas exclusiTenuent à ,^a r^igion, eUel«i devient hostile. Mats le pauvre ne pleut pas se passer de reiigîon , il a besoin de ses constations ; la révélation est son millénaire , sa grande émancipation-. C'est ain»i qu'en Amérique, où l'instruction est le plas répandue ^ la religion est IVibjet de l'amour le ^lus vif,* du phis grand enthousiasme. Là , *on peut se plaindt*e de l^exoés de religion^' mais non de -son absence. A l'exemple de l'Amérique , je joindrai celui de la Hollande , de l'Allemagne >ct de l'Ecosse. '

C'est avec une grande satisfaction que je rends l'hommage qu'il mérite au sèle de notre clergé. Le tférs des enfants qni reçoivent de l'éducation en Angle^ terre sont élevés par lui; et en même tempe que nous prenons sa défense, étafblissons unewitre grande vérité , obscurcie à dessein par les calomnies de l^ignorance : le clergéchrétien, dans le monde entier, t'est toujours montré le grand propagateur et l'apdtre de l'éducation , même dans les lîèdes de ténèbres : les premiers coups portés au pouvoir des prêtres le fu^ rent pardes prêtres entHnémes.

Il y a en Angleterre nn bien plus grand nombre . d'enfants envoyés à l'école qu\>n ne le suppose eommunément. J'ai en ee moment sebs les yeux un envisage sur la statistique , où il est dit que la proportion eat

iPttn enfant sor 17 en Angleterre ^ et 1 «ur fiOdans ie pays de Galles. Or, le fait est que ta popnlalton de TAngleterre et dn pays de <f alies réunie se monte à 14 millions dliabitanls , et que , dans Taniiée 1818 , le nombre d^enianta qui receraîent une éducation élémentaire était de 1,500,000, à qttoi il fanten ajou« ter 500,000 qui étaient alors dan« des écoles indépendantes , non comprises dans le rapport , ce qui £ait S millions dVnfanté allant à Técole, sur une population de 14 millions d^individus.

NoiusnWons certainement pasi nous plaindre, ni qoant au nombre des écoles , ni quant à celui de» élèves. Mais queL est donc notre défaut? G^est rin» stru^tion que Ton donne dans ces écoles. La plus ^»rande partie dés en fan (s pauvres ne vont qu^aux écoles du dimanche, et Pëduoation que Ton ne reçoit qii^une fois par semaine doit nécessairement être fort peu de choéie. Indépendamment de cela , oe que Ton enseigne dans les écoles primaires se home à un peu dWthographe , très-peu de lecture, encore moins d^éoritore , le catéchisme ^ Poraison dominicale , et an ott deux chapitres de la Bible , qae Fok n^explique même pas. Enfin , le chant nasal d^une hymne et la règte de Taddition , Faite tant bien que mal , forment Téducation achevée dés pauvres ge^s. D^ailleurs, le maître et la maîtresse de ces académies ne savent guère plus -eux-mêmes que ce qu^ils enseignent, et feraient bien mieux d^alier à Técole q«ie d^en tenir une» Mais le but de Téducation est de former un peuple réfléchi , moral , prudent , fidèle et «ain. Un peu de lecture et «d^écrtture ne conttihireront que bien

faiblement à ce but. Regardez Tlrlande : Parchevêque de Cashel oe nous assure-t-il pas que parmi les paysans irlandais, même dans le comté de Tipperary, la proportion de ceux qui savent lire et écrire est plus grande quVn Angleterre? J^ai eu Toccasion de consulter quelques parties inédites des dépositions faites en dernier lieu au sujet des lois sur les pauvres. Écoutez ce que dit M. Hickson , témoin rempli d^intelligence.

Z). «Êtes-Yous d^opinion qu^un bon système d*éducation nationale améliorerait considérablement la condition des classes ouvrières? »

B» tt Sans aucun doute; mais je prendrai la liberté d^observer que les classes pauvres ont besoin d^autre chose encore que d^un peu de lecture et dMcriture. Â quoi sert de savoir lire quand on ne peut se procurer ni livres ni journaux (1)? J'ai connu des hommes qui, après avoir appris à lire et à écrire dans leur jeunesse^

.(1) C^est avec bien de la satisfaction que j*ai trouvé ce témoin d^accord avec moi sur la nécessité d^abolir le droit du timbre sur les journaux ; but auquel je n^ai cessé de travailler avec le plus grand zèle. « Je pense , dit-il dans sa réponse aux commissaires , que les Magasins à un sou sont d*une grande utilité ; mais des journaux à bon marché feraient beaucoup plus de bien encore. Tai toujours trouvé de la difficulté à inspirer à un homme ignorant de Hntérét pour des sujets de littérature générale ; mais son attention se fixe sans peine sur le récit des grands événements du jour ou sur des . nouvelles locales... La cherté des journaux est un obstacle insurmontable à Téducalion des pauvres. Je pour-

I^Taient presque entièreïnent oublié par le défaut iPoccasions de s'y exercer. »

«Dans les écoles du dimanche , chez la plupart des dissidents, dit ensuite M. Hickson,.on n'^enseigne guère qu'à lire la Bible età chanter des hymnes. »

A cette occasion ,. permettez que j'appelle un moment votre attention sur les quatre livres qui servent à l'enseignement des classes dans les écoles populaires de Saie^Weimar.

Le premier de ces livres est destiné aux enfants les plus jeunes. Il contient par gradation régulière l'alphabet, la composition des. syllabes , la ponctuation , la formation élémentaire du langage, de petites historiettes, des maximes et des proverbes fort courts, di verts extraits, esquisses, etc. « Les maximes, dit M. Cousin , m'ont particulièrement frappé ] elles contiennent, sous la forme la plus agréable , les leçons les plus précieuses, classées par l'auteur sous des titres systématiques, comme Devoirs envers nousmêmes ; Devoirs envers les hommes ; Devoirs envers Dieu; Connaissance de ses attributs divins, etc. ; de sorte que, dans le germe de la littérature, l'.enfant reçoit aussi .le germe de la moraIe«et de la religion. » . Le second livre est à l'usage dès enfants depuis huit ans jusqu'à dix ; il ne se compose pas seulement d'extraits amusants : l'auteur touche ajussi à. des matières

rais citer vingt villages dans un rayon de quelques railles, où Ton ne reçoit pas un numéro de journal dans tout le cours d^une année. »

d^utilité générale. II procède diaprés Tidée fort juste que la connaissaDce des facakés de rame doit précéder fm pea les esrplications plus profondes de la religion. Sons la forme d'on entretien entre nn père et ses enfants, le irnre traite d^abord de rhomme et de ses qualités physiques ; puis de la nature et des facultés de son âme , avec quelques notions de notre per« fectibilité progressive et de notre kéritage d'imaioplalité ; troisièmement enfin , il "oontient les premiers et plus sifenples éléments d'histoire os^nrelle , de bo^ taniqne, de minéralogie , etc.

Le troisième ouvrage se compose de déni parties , chacone dvvtsée en deux chapitres. La première partie e^ un examen de Phomfme , considéré comme animal raisonnable ; elle résout les questions suivantes : Qui snts^je? Qae snis-je capai)ie de faire ?Que de vrais* je faire? Elle assigne la distinction entre les hommes et les bêtes, entre Pinstinctet la raison ; elle s^efforce de rendre les grands fondements moraux de la vérité clairs et simples, an moyen damages familières, et de Remploi des termes >les pins intelligibles.

Si le premier chapitre de cette partie esi destmé à exercer les facultés réfléchissantes des élèves, le second ne néglige point celles de la perspicacité ; on j trouve des chansons , des énigmes , des fables , des nphorismes, etc.

La seconde partie de ce troisième ouvrage contient d^abord les éléments de Thistoire naturelle dans toutes ses subdivisions , des notions de la géographie , des droits naturels de rhomme , de ses droits eivils , avec quelques leçons d^histoire universelle. Un 4ip|^n-

di^e «si consacré à la géographie el à rhiatoire apéciale de Saxe-Weiœar.

Le quatrième lÎTre , qai nWt pas adapté seulement k Saxe-Weîmar , jouit d'une grande réputation dans toate l'Allemagne, il a été composé pour des élèves plus avancés. 11 ressemble un peu à Pouvrage précédent , mais il est plus étendu sur certains points. Il est aussi Varié , mais il traite plus en détail des droits et des devoirs des sujets. Il amène le jeun* homme , déjà rendu raisonnable comme être humain , à comprendre ses devoirs de citoyen. Tels sont les quatre livres de classe en usage dans les écoles de Saxe-Weimar ; tels sont les fondements de cet esprit d'union , d'intelligence et d'élévation qui distingue les habitants de ce duché.

Pardonnez , monsieur , si je contîniM la comparaison «ntre l'Angleterre et les autres pays de l'Europe ; pardonnes si du petit duché de Sase-Weiinar , qu* eertaiftes personnes trouveront sans doute facile à gouverner , je passe au royaume de Prusse ^ dont la population est A peu près semblable à la nôtre» et» comme la nètre , aussi subdivisée en un grand nom* bre de sectes religieuses diCférentes. Là, une éducation universelle est regardée comme le principe né* cessaire et fondamental de l'Etat. Voyons ce que l'on enseigne dsps les écoles populaires établies dans chaque district, chaque ville, chaque village du royaume entier.

La loi prussteane rendue en 1819 distingue deux degrés dans l'éducation populaire : les écoles ëlémen-tait'es et les écoles bow^oises.

Cette même loi explique noblement le but de ce-s deux écoles. « Ce but, dit-elle , est de développer les facultés de Pâme , la raison , les sens et la force physique. Il embrassera la religion et la morale , la connaissance de rétendue et des. nombres , de la nature et de rhomme, les exercices du corps, la musique vocale , le dessin et récriture.

a Tonte école élémentaire enseigne nécessairement les objets suivants :

« L^nstruction religieuse, pour la formation des mœurs , conformément aux vérités positives du christianisme.

(( La langue du pays.

<( Les éléments de la géométrie et les principes généraux du dessin.

« L^arithmétique pratique.

« Les éléments de la physique , de la géographie , de Phistoire naturelle , mais plus spécialement Thistoire de la patrie de Télève. Ces branches de connaissances doivent-elles être enseignées avec éconoibie et sèchement? iVon, ajoute la loi; renseignement de- ,vra en être répété aussi souvent que postTible par les occasions qui seront offertes en apprenant à lire et à écrire, indépendamment des leçons particulières et spéciales données sur ces sujets.

4( L^art du chant, afîn de développer la voix des enfants, d'élofer leurs âmes y de perfectionner et d^ennoblir les mélodies , tant populaires que sacrées.

« L'écriture et les exercices gymnastiques qui fortifientvtous nos sens, surtout celui de la vue.

u Les arts manuels les plus simples , et quel-

ques instructions sur ïes travaux de l'agriculture. »

Tel est le programme de Téducation dans les écoles élémentaires en Prusse ; éducation qui exerce la raison , éclaire Pesprit , fortifie le corps et fonde la disposition au travail et à Findépendance. Comparez à ce programme celui de nos écoles du dimanche et de tous les maigres réservoirs de notre avare éducation ! Mais ce qu'il faut admirer le plus dans le système prussien ,- ce ne sont pas les lois elles-mêmes ; c'est l'esprit qui règne dans ces lois et qui les a dictées; l'appréciation si complète de la dignité de l'homme et du but qu'il doit remplir ; des devoirs du citoyen, du pouvoir, de l'égalité et de l'héritage de l'âme humaine. £t pourtant on prétend que, dans ce pays-là , le peuple est moins libre que chez nous ! S'il n'est pas aussi libre, il est au moins beaucoup plus considéré.

Dans l'école plus avancée (V école bourgeoise), on enseigne':

« La religion et la morale.

u Là langue du pays, la lecture, la composition, des exercices par le style et l'invention , l'étude des classiques nationaux.

« Le latin est enseigné aux enfants , avec certaines restrictions, ufin d'exercer leur jugement (1), soit qu'on les destine à passer dans des écoles plus élevées,

(1) C'est là le grand but de toute élude qui, au premior aspect, peut paraître superflue ; comme celle des élémeots de la géographie et des mathématiques. Ce n'est pas par eux-mêmes que ces éléments sont utiles, c'est par la manière

ou à se consacrer directement à leurs diverses prô-> lessioDS.

M Les élemeDts des mathétniitiques et une étude approfondie de rarithmélîque pratique.

« La physique , en tant qu^elle explique les plua importants phénomènes de la nature.

« La géographie et Thistoire, combinées de ma^ niôre à procurer à l^élève la eonnaissauce des dÎTi-> sions de la terre et de Thistoire du monde. La Prusse , son histoire , ses lois , sa constitution » seront Pobjet d^une étude spéciale.

« Les principes du dessin dans tous les cas.

« L^écriture , le chant et les ei^ercices gymnasti-» ques. »

Telle esi Véducaik» dvnnée par la Prusse à tous ses enfant^. Remarquez qu^il n^y a point là de ihéo* ries , point de programme d^expériences nouvellea i c^est réduoation véritahle, réellement donnée, et réellement reçue. On calcule que treize eqfanta sur quinze, en Ire sept et quatorze ans, vont aux écoles publiques; les deux antres sont prQJbtahleaenl élevés dans les écoles particulières ou chez leurs pareil ; de sorte que tout le pays reçoit de TédueeticiB ; et quell€ éducation! Remarquez que U Prusse n^est point un petit Etat facile à gouverner î c^QSt un pays qui s^étend sur un vaste espace de terrain , composé de diverses nations , parlant des langues et croyant

dont ils exercent les facultés de Tesprit; Pinstruction n*est rien , comparativement parlant : la manière de Tacquéiir est

& des religions différenles ; mais Téoergie d^un bon gouvernement a yaincu tontes ces difficultés. Remarquez encore que les détails qne je viens de donner ne sont point fondés sur une autorité an» cienne , douteuse , incompétente ; ils sont tirés de Pouvrage que j^ai cité plus haut , composé , non par un Prussien, mais par un étranger; non par un voyageur crédule, un faiseur de livres sans jugement, mais par un témoin oculaire , un observateur , un homme accoutumée examiner, à réfléchir, k élever d'autres hommes , en un mot par un des esprits les plus profonds de la France , par un conseiller d'État, professeur de philosophie, membre du conseil royal de l'instruction publique , par un homme qui met la plus grande sagacité dans toutes ses recherches, dont le nom seul est garant de l'exactitude de ses rapports , par Victor Cousin. C'est lui qui publia ces détails , par l'ordre d'un ministre français , dans le but d'établir en France un système semblabte. En faisant cet extrarit , j'ai voulu apprendre aux lecteurs anglais ce qui peut se faire , en lenr montrant ce qui ^ejait, et , pour me servir de l'expression même de Cousin , u c'est de la Prusse que j'écris ; mais c'est k l'Angleterre que je pense. »

Ce sujet étant d'une haute importance , mais peutêtre un peu aride pour le comqdun des lecteurs , j'ai rejeté le reste de ce que j'avais à dire , et le résultat de mes obs(prvations , à l'Âppendix  , que l'on trouvera à la fin de ce volume. On y verra l'esquisse d'un système pratique d'Éducation universelle. J'ai insisté sur la nécessité d'y faire entrer la religion comme T. I. a3 .

principe vital ; j^ai montré comment , en suivant le sage exemple de la Prusse , nous pourrons obvier à Tobstacle qu'élève la différence des sectes , et les unir dans un plan d'éducation qui comprendra la religion et respectera toutefois les différentes croyances religieuses. En même temps j'ai indiqué le moyen de faire face aux frais.

Avant de conclure j'ai encore une réflexion à faire. Quelle que soit l'éducation que nous adopterons , la paix et la tranquillité de l'ordre social exigent qu'elle soit passablement ^gale, et qu'elle pénètre partout. Il faut remarquer comme une importante vérité que les excès qui ont lieu dans la société proviennent non pas de l'instruction, mais de Vinégalité qui existe dans rinstructiôn. Quand la civilisation avance par bonds et par convulsions , ses progrès peuvent à la vérité être grands , mais ils sont marqués par la terreur et les désastres. Quand certains hommes jouissent d'une éducation infiniment supérieure à celle d'autres hommes à peu près du même rang qu'eux, les premiers éprouvent nécessairement une ambition inquiète dont les seconds deviennent sans le savoir les instruments. Alors régnent de vagues mécontentements et de dangereuses rivalités. Cesl alors que les démagogues sont à craindre , et que les visionnaires acquièrent du pouvoir. C'est alors qu'ont lieu les révolutions pendant lesquelles les hommes n'arrivent à la sagesse que par un terrible intervalle de désordre. Mais quand l'instruction est également répandue dans la société, quand un homme ne possède aucun pouvoir fascinant et dangereux sur l'esprit d'un autre ,

alors les démagogues ne peuvent faire aucun maî, el les théories sont en sûreté. Cest celte égalité dMnstruction , produisant Punité de sentiments , qui caractérise les seules nations que nous voyons auj:Ourd^hui rester tranquilles au milieu de la fermentation générale des esprits, n^importe que leur constitution soit celle d'une monarchie absolue ou iTune démocratie pure. Si d^un c6té vous voyez la sécurité , le patriotisme et Tordre régner dans la bruyante démocratie américaine, vous les voyez aussi dans le des^ potisme du Danemarck et dans la subordination de la Prusse. Le Danemarck a même refusé une constitution libre, parce qu^il a trouvé le bonheur dans la liberté d^une instruction commune.. Les sources qui fécondent le monde moral suivent la même loi que celles qui arrosent le monde matériel -, elles tendent toujours vers le niveau. Si vous leur opposez des digues , elles les rompent dans leur impétuosité ; si vous les laissez couler, elles fertilisent tout autotir d^elles en se rendant majestueusement à Tocéan sans bornes de la perfectibilité humaine.

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