‹ L'Angleterre et les AnglaisChapitre 17 sur 70 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

BXJklIBN DC L^BtAT DS LA KltLIfllON.

Le Caraetère national te montre dans tes difFérents genres de christianisme. —- La Religion* ne doit pis être séparée des émotions du cœur et rendue exclusi?ement la matièi^s du raisonnement. -— Demi-libéralisme commun à toute noblesse. — Ses effets avilissants. — Froideur de la chaire. — Ses causes. — Influence des hautes classes sur la Religion. — Patronage de TÉglise. — Description d*un curé de campagne. — Déposition de l*é?éque de Londres , an sujet des nouvelles églises. — Cause politique de U fai« blesse de TÉglise anglicane. — Si TÉglise anglicane a be* sein d*étre réformée, il faut pourtant qu^elle soit maintenue. -^ Raisons en sa faveur. — Mais si elle doit rester religion de rÉtat, il faut qu'elle devienne plus qu^elIe ne Fest une portion de TÉtat.

Gibbon a remarqué, non sans apparence de rai-> son , que « dans la manière dont les différentes nations professaient le christianisme , on pouraît distinguer clairement la difTérence de leur caractère. Le» habitants de la Syrie et de TÉgypte s^abandonnent à une dévotion paresseuse et contemplative; Rome aspire de nouveau à Pempire du monde , et Pesprit des Grecs, vifs et bavards, se consume en disputes de

théologie métaphysique. « En appliquant celte idée aui temps où. nous vivons, il semble que nous pourrons reconnaître dans la religion des Allemands leur repos contemplatif , et leur tendresse patriarcale de sentiment; dans celle des Américains, leur impatience de tout foire , et leur passion pour les spéculations nouvelles ; les Français , vains et belliqueui , donnent à leurs cérémonies religieuses Fempreinle de leur passion pour Péclat et pour les effets de théâtre ; tandis que les négociants susceptibles de PAngleterre manifestent dans leur religion leur attachement pour la décence des formes et des apparences extérieures. Il est incontestable que, parmi nous du moins, les signes extérieurs et visibles sont regardés comme les meilleures , peut-être même les seules marques de la grâce intérieure et spirituelle. Nous étendons nos spéculations de ce monde jusque sur notre fin dans Tautre , et nous respectons notre voisin en proportion des apparences respectables qu^il garde.

Il y a chez nous et dans ce siècle un certain esprit de rationalisme , résultat de cette philosophie matérielle que , selon moi, nous avons trop aveuglément encensée; un certain désir d^être logique en toutes choses , de définir ce qui est inexplicable , et de démontrer ce qui ne saurait être démontré. Or, ce sentiment est opposé à Fardenle dévotion qu^exige une religion qui met au nombre de ses premiers devoirs le sacrifice des intérêts personnels et des passions hu-^ maines. L^esprit léger et dénigrant des Français les pousse à modérer la foi par la raison , jusqu^à ce que cette foi, privée de son essence même, cesse en quel-

que sorte d^eiister. En Angleterre, Tamoar ùe ce que Ton appelle le bon sens , cette aversion commerciale pour tout ce qui tient à la poésie et à Timagination, hormis seulement dans les fictions, caractère distinctif de la nation , tend au même but. Le premier de ces peuples voudrait faire delà religion un jeu d^esprit; Fautre, plus respectueux, mais non pas plus sage , le réduit à un calcul d^affaires.

Pour comprendre les effets , pour supporter les châtiments, pour être remplis de Tardeur de la religion , nous avons besoin d^autres facultés que de la raison seule ] il nous faut toute la sensibilité , toute la poésie de notre nation. Nous devons appliquer au grand œuvre de Dieu le même esprit de critique que nous employons pour les chefs-d^œuvre des hommes. Nous n^examinons pas les tableaux de Raphaël , ni les ouvrages du génie de Mil ton , par des analogies mathématiques. Nous ne demandons pas sans cesse : tt Qu'est-ce que cela prouve ? » Nous nous efforçons de les juger avec la même force d'imagination par laquelle ils ont été créés. Pourquoi rejetterions-nous cette philosophie idéale et immatérielle • seulemeot quand nous examinons ce qui , plus que toute autre chose , réclame son exercice , les œuvres de Dieu ?

L'ambition, la gloire, l'amour, n'exercent une m grande influence sur les affaires delà terré que parce qu'ils ne reposent pas sur les calculs de la raison seule ; par«e qu'ils sont soutenus par tout ce qu>i cou* stitue l'idéal de la vie , et tirent leur jeunesse et leur vigueur des sources vivifiantes du cœur. Or la religion n'est que l'amour avec un nom et pour un but

sacré... c^est l'amour de Dieu. La philosophie n^a point de route moyenne à tenir : elle ne peut que choisir entre le scepticisme et une foi ardente.

Il y a une sorte de libéralisme bâtard , commua à Faristocratie de tous les pays , et qui est surtout remarquable dans la portion de la nôtre quW appelle les Whigs 'y ce libéralisme nVst favorable ni à une religion pure ni à une morale élevée ; il est le résultat d^une connaissance rétrécie du monde, de la connaissance des cercles et des coteries. Les hommes qui mènent une vie d'indolence et de plaisir acquièrent, dans son cours, Texpérience des motifs les plus petits elles moins honorables qui font agir leur espèce, et ils appliquent cette expérience à tout. Ils sMmagi^ nent quHl ne faut jamais croire aux protestations de personne, parce qu^ils savent que Thypocrisie est commune chez les grands. Chez eux , à vrai dire , la vertu n^est qu^un nom. Ils prennent au sérieax. les. définitions ironiques de Fielding.

« Un patriote. — Un candidat pour une place. » Il La politique. — L^art de s^en procurer une. » u L^amour. — Ce mot s'applique à notre goût pour

certains mets. On s'en sert au figuré pour exprimer

les principaux objets de nos désirs. •

« La vertu, i o . i

• . > — omets de conversation. »

« Le vice. }

« Le mérite. — Le pouvoir, le rang, la richesse. »

u La sagesse. — L'art de les acquérir tous trois. »

Ils propagent ce code par le moyen de cette in-

flueno^ que nous appelons la Mode , et ia morale est menacée sourdemeni parce qne noua ceaaona de croire à son existence. Mignet a observé avec une grande profondeur que , dans les révolutions , les hommes ne tardent pas à devenir ce que Von croit qu^ila sont. Dans les temps <M>dinaires , un peuple tout entier peut devenir ce que Ton ne cesse de soutenir qn^il e$t, Lea Romains conservèrent une aorte de verlu rude et gi- Ifantesque tant qu^on leur pei:!iuada que cette vertu était naturelle à des Romains. Les patrîciena roués qui précédèrent César mirent ai fort a la mode ce vice, que toualea hommes étaient corrompus» qu^il n^y eut bientôt plus de honte a être comme tout le monde*

Une fois que nous jetons du ridicule sur ce qui est grand et généreux, Teffet sVn fait sentir jusque dans notre législation et notre religion* Le Parlement a adopté le ton des libertins de clnbs. Il est rare que Ton ose s^adresser aux opinions élevées , on faire un appel aux sentiments vertueux ; Téloquence se réduit à des attaques contre des individus ,ou à de$ insinuations contre la sincérité des partis.

Un de mes collègues de la Chambre des Communes , homme d'une profoode instruction , et rempK de cette haute philosophie que nous acquérons dana le cabinet , en méditant sur les principes' dont noua ne voulons jamais nous départir, convaincn en outre que ia législation devrait être la science du bonheur, exprima en ma présence d*une manié re forl éloquente la pénible surprise qu'il avait éprouvée en voyant celte assemblée en appeler sans cesse au% passions

les plu9 viles, et reçardAr avec une 8<Hle d^incréduie pitié tous ceui qui en ressentaient de plus nobles. Elle se vante ^ dtt-il , d^avoir pris pour devise « point d'hypocrisie , » et elle ne croit point à la sincérité de ce qu^elle ne comprend pas ; comme si Phonneur pouvait jamais consistera nier Texistence même de Phonneur»

Cette habitude de Pesprit rend vulgaire le ton de Téloquence , et nous en retrouvons reflet jusque dans la chaire. L'amour des convenances et des conve* nances seules ^Pidée que tout ce qui s'en dispense est vicieux et tout ce qui les dépasse, de Thypocrisie , refroidit le zèle du clergé anglican. 11 n'est pas comme il faut d'être trop éloquent ^ le monde aristocratique veut qiie ni un prédicateur ni une femme ne fassent trop de bruit. Un prédicateur très-populaire qui se laisserait emporter par son xèle pour le salut de sei» ouailles , au point de se servir d'une figure inattendue , d'un geste trop véhément , serait accusé de trahir la dignité de sa profession. Bossuet , chez nous ^ aurait perdu sa réputation , et saint Paul aurait couru risque de passer pour un charlatan.

Entrons dans cet édifice sacré et rempli d'auditeurs ; c'est une église à la mode. Voyez comme elle est bien peinte et blanchie avec soin ; comme les clous dorés et le drap rouge dans les tribunes ont l'air neuf ; comme le clerc a la mine respectable ; le vicaire passe aussi pour un jeune homme de fort bonnes manières. Le curé va commencer le sermon \ c'est un homme très-savant et l'on assure même qu'il ne peut pas manquer d'être évêque au premier jour , car il a publié une comédie grecque , et il a été précepteur de

lord Glitter. Observez-le bien : que «on organe est monotone ! que son débit est froid ! que ses traits -sont impassibles ! et pourtant quelles sont les paroles qu^il prononce? «Fuyez , dit-il , la colère qui vou» attend j songez à vos âmes immortelles. Rappelez-vous, ah! rappelez-vous combien est grande la responsabilité de la vie ! Que le compte que nous avons à rendre sera minutieux ! Et ce compte pourra vou» être demandé au moment où vous vous y attendrez lelmoins ! >% CVst là ce qu^il dit , et il débite ces phrases terribles dé ce ton nonchalant dont il dirait à son laquais r (( John , faites servir le dîner. )v Si Phomme le plus calme du monde conjurait un garde-chasse de ne pas tuer son chien favori , il parlerait avec mille fois plus d^ériergie, et ce prédicateur s^efforce de sauver les âmes de toute une paroisse, de toutes ses connaissances , de tous ses amis , de tous ses parents, de sa femme ( é*esl cette dame que vous voyez là-bas en chapeau bleu , et dont il connaît sans doute parfaitement tous les péchés) et de ses six enfants, dont le salut éternel doit lui être encore plus précieux que leur avancement dans ce monde ; malgré cela , comme il demeure admirablement le maître de &e^ émotions ! Je n^at vu de ma vie d^bomme aussi calme que lui. « Mais , mon cher monsieur , me dit un auditeur à la mode , ce calme est du décorum ^ c^est la marque caractéristique du clergé de TÉglise anglicane. >»

Hélas! le docteur Young ne pensait pas ainsi, lorsque, s^apercevaut qu^il ne produisait pas sur ses auditeurs Timpression quUi désirait, il sWréta taat court et fondit en larmes.

Âh ! monsieur ; Young élait un grand poêle , mais chacun sait qu^il n^était pas tout à fait orthodoxe.

Ainsi que je Pai déjà dit , cette froideur extrême qui caractérise le débit de PÉglise anglicane est due à Tinflueqce aristocratique , qui , regardant le ridicule comme le plus grand des crimes, pose le bon goût comme la première règle 'de conduite. Je connais pourtant un évéque, homme d^un très-grand mérite, qui est si pénétré des maux qui doivent résulter de cette manière de prêcher, pour la reli^gion elle-même, qu^il envoie tous les jeunes ecclésiastiques qui lui demandent des conseils au célèbre acteur M. Jones, afin d^apprendre de lui à mettre de la chaleur dans leur élocution. L^axiome qui dit : u Pour me faire sentir , il faut que vous ayez Pair de sentir vousmême, )» est aussi vrai dans la chaire que sur le théâtre. .

Il arrive souvent , quand nous comparons la valeur du bénéfice à Papathie du prédicateur, que nous sommes obligés de nous écrier avec le prince de Conti : « Hélas ! le bon Dieu est bien mal servi pour son argent. »

LMnfluence des hautes classes sur la religion est souvent pernicieuse , en ce que les bénéfices de TÉ* g)ise sont pour la plupart la propriété de Taristocralie, et que le patron d^un bénéfice, ainsi qu^il estau fond très-naturel et même très-pardonnable. Je donne pour Tordinaire à uti de ses parents ou à un ami intime. De là vient que la prédication du salut dégénère en un office héréditaire, et que les plus grands libertins d'un collège sont chargés en sortant

de veiller au salul des âmes. Â ce sujet , je dois pour» tant observer que les suites de cet abus ne sont pas aussi funestes que Ton pourrait le supposer diaprés une déduction purement théorique. Le libertin, devenu curé , change pour Tordinaire d*une manière extraordinaire , du moins quant aux apparences. Il y a peu d^ecclésiasliques de TEglise anglicane dont la conduite soit notoirement dépravée ou livrée à des excès coupables. Ce même décorum qui glace la généreuse ferveur dé la vertu , relient aussi le penchant pour le TÎce. Mais , quoique le néophyte (fesse d^étre uri homme vicieux, je doute fort qu^il soit devenu vertueux. Sa morale est celle de la vie sociale ordi* naire. Il fait des visites, il accepte dés dîners, il Joue an whist, et lit tous les samedis soir le John Bull, Mais connaît-il ces sacrifices de tous les moments , cette charité exaltée , cette intimité avec les pauvres , ces efforts que rien ne saurait lasser pour leur bonheur, leur éducation , leurs progrès en tout genre ; cette sympathie pour leurs besoins, cette paternelle inspection sur leur conduite dont Goldsmith a tracé un tableau si touchant, mais qu^Oberlin a pratiquée ! Ces vertus se retrouvent , à la vérité, dan» beaucoup de membres de notre clergé , mais non pas dans cette classe dont je m*occupe en ce momeql* Dans celle-ci, il y a un vaste abtroe entre le pasteur et ses ouailles.

On concevra facilement que cette séparation entre Pecclésiastiqne et son troupeau , séparation si particulière à TAngleterre , est encore le résultat de cette même influence qui se reconnaît dans toutes les opé-

rations du système social. La doctrine aristocratie que, diaprés laqueUe il est indispensable qu^in prédicateur soit un homme comme il faut , i^assujettit à toutes les notions de raristocratîe. Quand il aurait les meilleures intentions du monde , sa position ne lui permet point de les faire valoir. S^rl est riche ou si son bénéfice est richement doté, il faut qu^il garde sa dignité ; souvent aussi sa paroisse est trop étendue pour qu^il puisse la parcourir tout entière lui-même, li distribue de la soupe et du charbon ; il souscrit à toutes les charités publiques, mais son, nom n^estpas béni dans les chaumières de tous les pauvres (1); il inspire du respect , mais n^a point d^influence j il est bon , mais il est trop grand. On peut lui appliquer ce que Bacon dit des philosophes : « Ils donnent peu de lumière , parce qu^ils sont trop élevés. »

Quant au pauvre vicaire , ce nVst pas sa dignité qui fait Tembarras de sa situation ; mais il en a d^autresqui lui sont particuliers. Il est pauvre, mais c^est nn homme comme il faut ; il connaît sa naissance et son rang, et il ne peut pas se compromettre. Il est obligé de faire respecter jusqu'à sa pauvreté. Il prêchera devant les paysans , il les plaindra quand ïh

(1) L^évéque de Londres a eu bien raison de dire, dans sa déposition devant la commission de sir A. Agnew : v. De simples sermons prononcés en chaire inculqueront difficilement les devoirs de la religion aux pauvres, si le prédicateur ne complète pas ses leçons dans des conversations particulières. » Et combien de telles conversations sont rares !

seront malheureux , îl se privera du nécessaire ppur venir à leur secours , uiais il ne peut guère les visiler souvent. Cest ainsi qu^un certain orgueil règne parmi les prédicateurs mêmes dePhumilité, et que les dis^» ti notions féodales continuent à exister dans la religion quand elbs disparaissent de la politique. La charité cesse d^être de la sympathie , pour devenir de la condescendance. Je vais citer à ce sujet un fait que je tire des dépositions reçues par la commission du Parlement pour la stricte observance du dimanche. L^évéqne de Londres a déclaré quMI avait désiré que dans les nouvelles églises les pauvres fussent placés indistinctement avec les riches ; mais que ceux, dont les contributions soutenaient les églises s^étaient refusés à ce mélange quMls trouvaient humiliant. Quelle est donc celte religion de Faristocratie , qui donne de Targent pour construire des églises , mais sous la condition qu^elle y conservera les distinctions qui la séparent des pauvres ? Ce principe agit nécessairement sur les ecclésiastiques , qui sont les fils cadets de cette aristocratie, ou qui du moins ont été élevés avec elle dans les mêmes collèges.

Mais tandis que les prédicateurs de TÉglise aiiglicane se séparent ainsi des pauvres , ceux des sectes dissidentes sont au milieu dVux , sont tirés de leur sein. Pleins de véhémence dans la chaire , ils s^adressenlaux passions de leurs ouailles ; familièrement assis à leurs foyers, ils captent leur sympathie. Les pauvres se choisissent, diaprés cela, un ministre dissident , par la même raison que les habitants des îles de Tonga cherchent pendant la vie de leur mère légi-

tioM) une seconde mère pour les soigner. La mère Église dispense négligemment ses consolations spirituelles , tandis que la mère adoptive est soigneuse à Pexcès ; car sans cela elle n^obtîendrait pas^d^attacheraent en retour ; et c^est ainsi que peu à peu elle at- "tire à elle tout Tamour que la nature avait destiné à l'autre.

Il est encore une autre cause de la faiblesse deTÉglise anglicane , c'est que ses membres s'accordent rarement avec le peuple en opinions politiques , tandis que le plus grand nombre des sectes dissidentes iavorisent plus ou moins le parti populaire f par ce moyen, ces dernières acquièrent du pouvoir en consultant l'opinion, et deviennent les maîtresses des peuples en affectant de n'être que leurs amies.

Je serais cependant bien fâché que l'on interprétât mal mes paroles. Je ne voudrais pas que les prédicateurs d'une religion pure et sans passion se mêlassent avec ostentation à la politique du jour , et qu'ils se fissent voir au sein du bruit et du tumulte de la fougue démocratique. Mais s'il n'est pas nécessaire qu'ils agissent ouvertement en faveur du peuple , rien ne •aurait être plus dangereux à leur crédit et à leur influence que de se distinguer par leur activité contre lui. Chaque vote impopulaire des évêquesest un coup porté aux fondements de l'Église. La religion est l'empire sur le cœur humain ; aliénez le cœur, et l'empire cesse. Mais si la composition de l'Église était moins exclusivement aristocratique , si ses membres, de même que dans les jours de sa puissance et de sa pureté , sortaient plus généralement du sein de la

milUitude qa^ils doivent régir , il e$t proliable qu'ils seraient tout comme aujourd'hui les appuis dé Tordre et d'un gouvernement fort; tandis que leurs principes étant moins suspects au peuple , lui paraîtraient réellement dictés par un esprit de paix , et non point , comme h présent , par Plnfluence oligarchique et mondaine des intérêts temporels. Les premiers patriarches de la réformation avaient d'ailleurs , dans leur sagacité politique, préru ce qui arriverait quand l'Église deviendrait en quelque sorte un établissement assuré ponr les fils cadets des grands. La liturgie de l'Église anglicane soutient seule les sectes dissidente. (1).

Mais si l'avantage que nous devons retirer de notre religion établie , et son influence naturelle , se trou-* vent ainsi contrariés et diminués , cherchons un remède au mal , et ne détruisons pas la religion même. C'est une chose digne de remarque ^ que les deuiplus^ habiles avocats d'une religion de l'État aient été l'un un dissident , vous , monsieur , et l'autre un déiste , David Hume; circonstance qui devrait rendre les philosophes du jour moins intolérants dans leurs accusations contre ceui qui soutiennent la mèoke opinion» L'aphorisme de Hume qui dit que partout où le clergé

(1) L^idée vulgaire que les ecclésiastiques doivent être d'une naissance distinguée , est non-seulement particulière à . l^Angleterre, mais aux modernes. Les plus grands hommes de l'église catHoIique sont sortis du peuple , et chez nous même voyez les Latimer, les Barrow, les Clarke, les Warburton, les Tillotson, les Taylor : tous ces grands hommes étaient des roturiers.

dépend nni<|uenieiit da peuple pdar ta subatance , R. s^efTorce de stimirler son zèle par tous le» pmtiges da fanatisme, est bien prouvé, ce me semble, par Texem^ pie de I^Amérique. Ce nVst pas que la religion se perde 4foand PÉtat ne, s^en occupe point ; maîf»^ elle se sab«> divise en raille formes qui luttent les unes atec les autre» en ardeur et en extravagance. La peuple n^aban* donne jamais une feî qui le flatte et qui le console; il est plutôt disposé à la porter à Pexeés. S'il n^y avait plus de religion de TÉtaten Angleterre, ellese* rait remplacée par une austérité sombre et triste; car chez nous Pesprit de secte est rennemi des arts et des amusementsqui embellissent Texistence. liCS nouvelles croyances lutteraient donc ensemble de fanatisme ei de sévérité, excès auxquels TÉglise, malgré se» défauts, a toujours offert un utile contres-poids. D'ail* leurs on peut observer aussi que malgré sod esprit aristocratique elle a souvent , dans les districts ru* raux , contribué à amortir Fesprit également arietocra^ tique des gentilsbommes de province. J'ai déjà re*^ marqué que toutes les fois que les lois sur les pauvres avaient été bien administrées par un magistrat , c'est que ce magistrat était un ecclésiastique. Je ne dirai qn'nn mot sur l'admirable argument dont vous vous êtes servi , monsieur , pour défendre la dotation du clergé d'après le même principe que celles des éco^ les « savoir « que les hommes ne sentant pas la néc9ê* site de la religion aussi vivement que celle des ali* mentset des habit» , on pouvait sans inconvénient leur abandonner le soin de se procurer cenx-oi , tandis que c'était à un gouvernement sage à prévoir le be->

soin qu^iU auraient èie celle-là. Pinsiste surtout sur Pinfluence favorable qu^une religion de PÉtat et Tes* prit de secte exercent mutuelleaient Tune sur Pautre, les sectes servant à animer le zèle du clergé , et la calme dignité de celui-ci retenant dans les justes bornes les ébullitions de Pextravagance des sectaires. Chacun s^aperçoit des défauts de notre établissement ecclésiastique ; mais peu de personnes reconnaissent Jés avantages, du système en loi-même. Or,^comme ces défauts proviennent presque tous de sa composition trop aristocratique , il n^y a , pour les corriger , qu^à transférer le droit de collation aux bénéfices , des particuliers au gouvernement. Dans un pays libre, où la plus grande publicité règne dan» tout ce qui se fait, le patronage de PÉtat, bien administré, deviendra le patronage du peuple, tandis quUl sera exempt du danger qui existerait s^il dépendait da peuple seul. L^optnion publique veillera sur les nominations ^ elles cesseront d^étre des affaires de famille; elles ne seront plus exclusivement aristocratiques. Un mélange plus sage et plus harmonieux de toutes les classes , depuis les plus hautes jusqu^aux plus basses , en sera le résultat ( le mérite pouvant plus ouvertement aspirer aux honneurs , le zèle en sera plus encouragé, mais non pas le zèle du fanatisme; les pasteurs ne seront plus en collision avec leurs troupeaux , sur lesquels ils régneront avec une dignité plus calme. Dans PÉglise comme dans Péducation et dans les lois sur les pauvres , quand le mécanisme est compliqué , Padministration la plus avantageuse est celle d'un État libre.

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