‹ L'Angleterre et les AnglaisChapitre 34 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Adresse au Peuple. — Résumé des principales Idées des autres portions de cet ouvrage. — Les Erreurs ou les Abus de notre état social ne tiennent ni à la Monarchie , ni à régfise.

Mes chera compatriotes , si vous pouvez dérober quelques minutes au tumulte des affaires qui vous préoccupent tous à présent ; si vous pouvez suspendre pour un peu de temps les agréables occupations auxquelles vous vous livrez, de dire des injures au ministère , d^addilionner vos mauvaises créances , de déplorer Tétat du commerce , et de vous demander avec inquiétude ce que vous allez devenir 3 si vous daignez prendre la peine d^écouter un voisin qui prend vos intérêts à cœur, il se flatte qu^aprôs Tavoir entendu vous trouverez que votre temps n^a pas été tout à fait perdu.

CVst à vous que je dédie mon cinquième Livre , qui contiendra Pezamen de notre situatipn politique, et cela parce que , entre vous et moi , je pense que la situation du pays est votre affaire plus que celle de qui que ce soit. Certains politiques , à la vérité , sont d^avis que le patriotisme est une vertu oligarchique, et que le peuple ne demande que d^aller an diable le plus vite qu^il peut. A les entendre , on doit croire

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que TOUS êtes les plus grands sots de PunÎTers , et que tous les conseils que tous avez Thabitude de donner à vos gouvernants ne tendent qn^à les prier de vous miner mus le noindre délai. Quant à moi, je ne crois pas ces messieurs. Sans penser que vous soyez ou des saints , ou des sages , vous m^avez toujours paru être de bonnes gens , pourvus d'assez de bon sens , entendant bien vos intérêts, et qui n'insistez guère sur des choses qui tourneraient fort à votre désavantage si vous les obteniez. Cest donc à vous que je dédie ce Livre , et nous, allqns tout de suite entrer en matière.

U faut nécessairement que je suppose que vous avez lu les sections précédentes de cet ouvrage : je sais que c'est une hypothèse qui ne manque pas de hardiesse ; mais , nous autres raisonneurs , n'avancerions jamais si l'on ne nous accordait pas quelque chose. Or, dans tout État quelconque , il faut qv'â y ait une influence d^MOÎnante , et cette influence est ou monarcbique , ou sacerdotale , ou populaire , ou aris> tocNitique. D'après ce que j'ai dit dans les précédentes sections de cet ouvrage , quelle est l'infiuencft qui domine en Angleterr'e, qui donne sa nuance au caractère national, qui remplit tous les degrés de notre système social , qui règle notre éducation , gouverne notre religion , agit sur notre Xittérature , notre philosof^ie, nos sciences? Vous me répondez sur-le-champ : c'est l'influence abistocratiqob. Remarquez bien que parmi les personnes qui se disent vos amis, il y en a beaucoup qui, sans doute sans y avoir réfléchi, vous parlent sans cesse des désavantages

d^une monarchie et des vices d^tne Église de PÉtat ; ce sont là , disent-elles , les influences qui nuisent à votre bien-être. Vous voyez pourtant déjà , par Pexamen que nous venons xle faire , que oela n^est pas exact. Quels que puissent être les défauts de notre système moral , social ou intellectuel , nous n^avons poinft trouvé que les causes de ces défauts tinssent à rinfluence monarchique. Je conviens qu*à certains égards nous avons {>eut-élre quelques plaintes à faire contre PÉglise , mais je croîs que cela tient principalement à un mécanisme mal combiné. Des dîmes donnent lieu à des rapports peu agréables entre nos pasteurs et nous ; mais , puisque cet inconvénient va bientôt disparaître , soyons généreux comme il convient à des Anglais , et pardonnons une faute qui ne nous faitplussouffrir* Le patronage des seigneurs, qui fait de la charge des âmes un établissement pour des fils cadets, nous donne, aitisi que j^ai essayé de le prouver, bieti des pasteurs inactifs , et qui ne remplissent pas leurs devoirs ;. mai« ce n^est pas là nécessairement la faute de PÉglise : c^est au contraire celle de Pinfiaencfe aristocratique qui pèse sur PÉglise elle-même. Il en est de même des dépenses excessives dans lesquelles nous avons été entraînés; on aurait grand tort de les attribuer an système représentatif, tandis qu^elles sont la faute de Paristocratie , par qui ce système a été corrompu. Les deux exemples sont exactement pareils. Si vous "voulez découvrir au contraire les avantages de notre établissement ecclésiastique , voyez-le, pénétrant jusqu^aux dernières extrémités de notre île , remplissant chaque village des agents de

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]a civilisation , fondant des écoles , éclairant les gentilshommes de campagne, agissant imperceptiblement sur le caractère moral et sur renseignement spirituel des sectes dissidentes, réprimant jusqu'à un certain point les sombres excès du fanatisme^ je crois ces avantages suffisants pour racheter dix fois ses abus , d'autant pins que la pernicieuse influence de Paristocratie n'a pas été elle-même en état de les détruire.

Ce n'est donc point, mes amis , contre nne monarchie ni contre une religion de l'Etat qu'il convient à nous , hommes sensés et sans passions, de diriger Taction du libéralisme du siècle. Non ! C'est contre Porganisation toute particulière de l'esprit aristocratique qui pénètre partout. C'est là ce qu'il est très-important pour nous de comprendre et de reconnaître. C'est là un premier principe , qu'il est nécessaire d'établir fermement , si nous ne voulons pas combattre dans l'ombre contre des voleurs imaginaires , pendant que les véritables brigands nous dépouillent avec impunité.

Entre nous , je vois une grande partie de l'aristocratie qui est prête, en toute occasion, à jeter le blâme de ses propres méfaits sur le roi ou sur les malheureux évêques. Prenez garde de vous laisser induire en erreur !

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