CHAPITRE III
La Monarchie est moins chère qu^on ne le pense. — Excuse pour défendre ce que les Whigs prétendent que personne n*attaque.
Mais le trône est coûteux! Ecoutez le cri populaire.
«YoiJà bien les communes inconstantes ! leur amour
gît dans leur bourse ; quand on la vide d^argent , on
est sûr de la remplir en place d^une haine împia>
cable, et c^est toujours au roi que Ton s'en prend. »
( Shakspbarb , Richard II, )
La croyance que le trône coûte un prix immense est généralement reçue dans les villes de manufactures, grâce encore aux feuilles non timbrées, auxquelles lord Althorp,qni désire sans doute une république, réduit forcément le peuple. Jamais je ne me lasserai de pousser le gouvernementsur ce point. Des hommes, n'osant soutenir que le républicanisme soit une bonne chose, disent v qu'elle est excessivement bon marché. Voyons jusqu'à quel point cela est vrai. Soumettons notre constitution à une règle de trois. Calculons , mes amis , ce qu'un roi nous coûte.
Le total de nos dépenses annuelles , y compris l'in-
térét de la dette publique , est d^na peu plus de cinquante millions. Sur cette somme immense , on peut compter qu^un roi nous coûte ce qui suit :
Liste civile 411,800 1. st.
Trois régiments de la garde à cheval 80,000
Pensions à la famille royale. • . 220,000
Domestiques des difTé rentes branches de la famille royale. . . . 24,000
Total 735,8001. st.
Telles sont les principales dépenses de la royauté. J'ai beau chercher, je ne trouve pas qu'il soit possible d'y attacher une somme beaucoup plus considérable. Mais soyons généreux, et mettons le tout à un million. £h bien! le roi entre donc pour un cinquantième dans le total de la dépense , et ne nous coûte que la vingthuitième partie de Pintérét de notre dette nationale!
Je conviens que , selon moi , la dépense royale pourrait être un peu diminuée., sans rien ôler à la di* gnité du trône. Je ne vois pas pourquoi il faut trois régiments de garde à cheval ; mais passons là-dessas. Supposons que nous ne retranchions rien'aux dépenses du roi , n'est-ce pas une folie de se plaindre de la charge pesante qu'un roi impose , quand cette charge ne forme que la cinquantième partie de celles qne nous avons à supporter?
Oui , disent certaines gens ; mais si nous n*avioBs pas de roi , il nous serait plus facile de faire des diminutions sur nos autres dépenses. Je crois qne ces
gens-là se trompent fort. Les autres dépenses n^ont rien de commun avec la monarchie ; elles ne sont utiles qu^à Taristocratie.
Avez-vous jamais trouvé que le roi ait personnellement résisté à Féconomie ? Jj^éconoqfiie n^était-ell^ pas au contraire le principe quMl a particulièrement recommandé à ses ministres? Les républiques, jVn conviens , sont en général peu chères ; mais aussi les républiques n^ont pas en' général autant de dettes que vous en avez. Je ne pense pas qu^en nous faisant républicains nous devenions par le fai( même quittes envers nos créanciers. Mais comment cette dette at-elle été contractée? Mes chers amis, c^esl là une tout autre question j je ne dis pas que vous ne fussiez pefit être plus riches, si vous aviez établi une république il y a un siècle (quoique , à dire vrai , je ne le pense pas , car je crois que votre dette est plus la faute de Taristocratie que du roi) : la seule chose dont il soit maintenant question , est de savoir si vous seriez plus riches aujourd'hui en établissant une république. 11 en coûté moins de construire une maison simple qu'une belle maison ; mais votre belle maison étant une fois construite , c'est une fausse économie que de la jeter à bas pour en bâtir une simple à sa place, même en admettant que les frais d'entretien soient moins coûteux.
Je sens quelqu'un qui me tire par la manche , et qui me demande pourquoi je défends la monarchie, quand les whigs nous assurent que personne ne l'attaque. Écoutez, mes bons amis, voici ma raison. Je vois plus loin que les whigs ne voient , et je parle '
plus conscieDcieusement. Je liais la politique qui ne voit que le bout de son uez. J^aime à re^rder dans Pavenir et à parler fraDchemeot; Je n^ai point de place à obtenir, point d^opinion à déguiser, il n^y a rien entre moi et la vérité. Or, j*en appelle à tous tous ; en voyant les dispositions du siècle , le mécontentement de la multitude, Texemple des pays étrangers, Tagilalion de la France , Fopulence de TÂmérique septentrionale, les progrès d^un libéralisme irréfléchi, la haine contre tout pouvoir ostensible, ne voyezvous pas, à moins qu^il ne s^élève un homme d^Etat plein de talent et d^adresse, ou bien à moins qu'on ne détruise certaines notions fausses , et qu^on n'eiplique certains principes vrais, ne voyez-vous pas, dis-je , le fantôme gigantesque de la république apparaître dans le miroir troublé de Pavenir?