‹ L'Angleterre et les AnglaisChapitre 37 sur 70 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La Chambre des Lords ne doit pas élre confondue avec l'Aristocratie. — Avis pour se mettre en garde contre les conseils des Journalistes. — Objections contre une nombreuse création de Pairs. — Le Peuple est moins fort qu'on ne rimagine. -^ L'Abolition de la Chambre des Lords serait dangereuse pour l'action des Communes elles-mêmes. — Troisième manière de réformer la seconde Chambre ; mais- !e Peuple n'y est pas préparé.

Mais, pukqu^il paraît que cVst principalement coo* tre le pouvoir aristocratique que nous devons diriger nos soupçons, comment faut-il nous y prendre pour résister à ce pouvoir et pourraffaibiir? Cest là une question dont la réponse n^est pas facile. De grâce , mes amis, ne confondons pas la Chambre des Lords, qui n^est qu^une partie de Taristocratie, avec raristocratîe elle-même, il y a tout autant d^aristocratie dans la Chambre des Communes quMl y en a dans la Chambre^ des Lords; seulement, en ce moment vous êtes, avec raison, mécontents des lords. Si vous détruisiez cette assemblée , il -ne s^écoulerait pas longtemps avant que vous ne fussiez tout aussi mécontents de la Chambre des Communes. Si je pouvais vous persuader à suivre mes conseils , vous liriez avec beaucoup de méfiance les articles de raisonnement des journaux, sur-

tout quand len rédacteurs paraissent adopter sérieusement la manière de voir qui vous plaît. Vous savez que c^est une ruse commune parmi les voleurs , quand ils voient un homme sans expérience engagé dans une querelle, de se mettre tous de son côté. Cest ainsi que, dans Roderick Random, un honnête homme offre très-obligeamment à Strap de tenir son habit pendant qu^ii fait une ou deux passes à coups de poing. Le combat fini, Thabit de Strap a disparu. Mes chers amis , il y a certains journalistes qui ont Pair de vous être passionnément attachés \ tous se montrent disposés à vous soutenir quand vous attaquez la Chambre des Lords; mais rappelez-vous le pauvre Strap, et prenez bien soin de garder votre habit sur vos épaules. C^est là le conseil s^ns prétention que vous donne votre ami et voisin.

' Je vois certains journalistes recommandant avec force une nombreuse création de pairs. Je ne sais comment il se fait que ces mêmes journalistes aiment beaucoup les ministres* Ils les grondent, à la vérilé, quelquefois; mais ce sont de petites remoniraoces conjugales, où le raccommodement ne se fait paa at« tendre; car, de même qu^entre mart et femme , les JQÙrnaHstes et les ministres ont plus d^un intérêt com- . mun.il fut un temps où moi aussi j^étais d^avis d'aune nombreuse création de pairs qui devait mettre les deux chambres passablement d^accord; mais ce temps est passé. De nouvelles objections se sont élevées contre une pareille mesure, et je conviens que ces objections ont un grand poids sur mon esprit. Seriezvous disposés , mes compatriotes , à donner aux mi-

, a uonn

nittreft whigs une -telle majorité dans les deux chambres que vous ne pussiez jamais obtenir un changement de ministère -sans faire une réyolution ? Si tel est votre avis , continuez , battez des mains , et demandez de nouveaux pairs avec le Moming Chronicle^ Ne vous imaginez pourtant pas que le gouvernement prendrait des mesures pluç libétales après cette création. Ce serait une grande erreur; car enfin cette création serait faite pour les whigs. Ah ! je suis sûr que , plutôt que d^y donner les mains , vous consentiriez à rester encore quelque temps dans le chaos* Vous avez raison. £n. effet, loin que la marche du gouvernement en devînt plus libérale , la seule mesure réellement libérale que les whigs aient prise ( le biti de réforme ) , Va été par désespoir de ne pouvoir plaire aux lords. Ne voyez-vous pas qu^aussitôt quUls voient la moindre chance de mettre les deux chambres d^accord , les whigs sont toujours prêts à adoucir toutes leurs propositions populairesr? S^il n'y avait qu^une légère différence entre les deux chambres , soyez sûrs qu^elle serait toujours aplanie aux dépens du peuple. Ne voyez-vous pas maintenant que les ministres ne peuvent pas gouverner par la Chambre des Pairs? ils sont obligés de. gouverner plus ou moins par le peuple. S^ils étaient sûrs de la Chambre des Pairs, le peuple leur serait beaucoup moins nécessaire. Cest l'oppositiou de Taristocratie tory qui a forcé les whigs à se faire libéraux. Si une fois ils parvenaient à briser Topposition , vous verriez les whigs s^endurcjr rapidement, et se changer en tories. 11 fui un temps , dis-je , où je croyais une

création de pairs désirable; mais, dans ce temps, je mUmaginais qne nous pouvions en toute sûreté confier aui vrhï^s un si énorme pouvoir. Je pense autrement à présent. Donnez-leur le commandement des deux chambres, et vous aurez réduit le roi à rien. Vous aurez rendu Paristocratie des whigs perpétuelle, u Oh ! s^écrient quelques orateurs de carrefour, et avec eux nos amis les journalistes , le peuple a maintenant le pouvoir de se faire bien gouverner, et il usera de ce pouvoir, quel que soit le ministère.» Vous vous trompez , mes chers amis ; vous vous trompez, il n'a point ce pouvoir. Vous avez éja votre chambre des communes, cela est vrai, et il faut convenir que vous avez fait de jolis petits choix ( « Vous parlez , dit un des plus éclairés d'entre nos ministres à un de mes amis , vous parlez de la crainte d'une collision avec les lords dans le cas où nous proposerions des mesures trop populaires ; franchement , dans ce cas , je craindrais tout autant une collision avec les communes. Examinez bien cette chambre, comptez le nombre des radicaux qui s'y trouvent et avouez que vous n'avez pas une chambre des communes disposée à accueillir avec}oie des propositions ^rè^-populaires. » Le ministre n'avail-il pas raison? 0 peuple anglais ! oà sont vos amis , où sont vos soutiens , où sont ces hommes qui , à en croire les gtirdeurs d*hahit$y devaient vous répondre d'un bon gouvernement? Serait-ce ce petit nombre d'^ardents théoriciens qui ne peuvent point s'étatendre entre eux, et qui ont la tête remplie de leur chimère de papiermonnaie ? Seraient-ce ceux qui garnissent les bancs mi-

nistériels , qui ne savent que murmurer et crier , mai» auxquels on appliquerait , avec raison , ce vers , fait pour les stoïciens :

« Raruê sermo în iUis, et magnus libido tacendi ? »

« Vous dites vrai , ce ne sont pas là nos amis ; mais si nous avions une dissolution ! » Oui , mais en attendant ? Pendant les cinq années qui restent encore à écouler? Faut-il que nous perdions totalement ces cinq années en accordant aux whigs des mesures qui leur permettront d^accaparer toute la législature? 11 me semble que Pexpérience ne serait pas prudente de notre part. Mais, entre nous, je crains beaucoup que, si le Pai*Iement était dissous la semaine prochaine , tout en élisant beaucoup plus de tories et un peu plus de membres indépendants , il n^y eût encore , avec le bill de la Réforme tel qn^il est aujourd'hui , une majorité assez considérable de T?higs. La base du bill de la Réforme est la propriété ^ vous êtes vous-mêmes assez d^ayis qu^il faut que la propriété soit représentée. Or les whigs possèdent une grande partie de Tespèce de propriétés qui influent sur les élections ; leurs propriétés les éliront. De là suit que si vous faisiez une fournée de lords , et si vous passiez d'après cela à de nouvelles élections , vous perpétueriez la dynastie des whigs. Vous pourriez, à la vérité, exiger de vos représentants des engagements , mais je crois que vous savez à quoi vous en tenir à cet égard. Connaissez-vous les deux excellentes caricatures intitulées « Avant et Après? » Dans

la première, Pâmant eat plein dWdLeur; daos la seconde , il est de glace. Mettez un membre du Parlement en place d^un amant, et des .engagements en place de serments de fidélité. Dans Pun et Pautre cas, la possession change les cœurs.

Je vous conseille , diaprés cela , de bien réfléchir avant de demander de nouveaux pairs , et avant de vous laisser persuader qu^en renforçant un ministère wbig vous affaiblirez là domination aristocratique.

Quelques spéculateurs plus hardis ont imaginé un second moyen de ae débarrasser de Popposition de la Chambre des Pairs. Au lieu d^une fournée , ilç ont proposé de la supprimer tout à fait. G^est fort bien. Mais quelle en serait la conséquence ? Tous les lords se feraient élire à la Chambre des Communes. Vous n^auriez point d'assemblée populaire du tout : les Wellington , les Winchelsea, les Biorihumberland, les Ëxeter, les Newcastle , seraient transportés à la chambre basse, où ils. seraient censés vous représenter. Leurs richesses immenses rendraient leur élection certaine, à Pexclusion de^ hommes plus pauvres, mais plus populaires, surtout dans les comtés divisés, où leurs propriétés sont situées ; et le seul résultat que vous obtiendriez de la destruction d'une chambre, serait la création d'une majorité tory dans Pautre.

C'est là ce que l'esprit pénétrant du duc de Wellington prévoyait lorsqu'il déclara, comme on assure qu'il a réellement déclaré en particulier, qu^ii préférait la suppression totale de la chambre haute à la création d'une fournée de pairs, puisque , dans le premier cas, il serait plus pubsant comme M. Wellesley,

r|iie, dans le second, comme duc de Wellington. Croyez-moi donc, aucune de ces deux manières d^en user avec les lords ne nous serait avantageuse. On pourrait en imaginer une troisième , mais je crois que nous ne sommes pas encore assez avancés pour cela. Ce serait la création d^un sénat électif, et non héréditaire , qui serait une aristocratie dans le véritable sens du mot , c^est-à-dire une assemblée composée des hommes les plus vertueux du pays , choisis parmi les riches comme parmi les pauvres , parmi les savants comme parmi les ignorants ; une assemblée en|in où la probité et les talents seraient les seuls vrais titres d^admission ; mais je n'en dirai pas davantage là-dessus. Pour donner de la dignité à une pareille assemblée , nous aurions noiis-mômes besoin de cette opinion éclairée que La législation seule -peut créer.

Page 1