‹ L'Angleterre et les AnglaisChapitre 39 sur 70 · DE LA SITUATION DES PARTIS · texte numérisé non relu

DE LA SITUATION DES PARTIS

Les Tories ; ils ne sont point éteints. — Deux grandes Fractions parmi eux. — Portrait de sir Robert Peel. — Son mérite même déplatt à Tune de.v fractions de ee parti.

— Caractère de cette fraction. — Les Ultra-Radicaux.

— Le Parti ministériel. — L^Union est nécessaire au Gouvernement. — Avantage d^un nouveau Parti National.

Ayant décrit à travers les brouillards des illusions politit]U6s les contours des camps alliés et ennemis , étant bien convenus de la puissance que nous devons défendre et de celle que nous devons attaquer, approchons un peu plus près du champ de bataille même; examinons la situation des partis qui , ne partageant point notre manière de voir, n^étant point mus par les mêmes motifs que nous, combattent sans savoir dans quel but , si ce n^est peut-être que la masse de la soldatesque a le souvenir consolant que le pillage a de tout temps été Pun des émoluments de la conquête.

La Situation des Partis. G^est là un examen intéressant , et il devrait Pétre surtout pour vous , me« chers amis : car , de même qu^autrefois les hommes

«6 brûlaient par pur amour pour Dieu , de méaie aujourd'hui ils s'attaquent avec une fureur sans égale pour aucun autre motif qu'un attachement désintéressé pour le peuple. Veuille le ciel que vous soyez mieux servis par vos adorateurs fanatiques que notre bon Créateur ne Fa été par les siens.

Mes amis , n'en croyez pas ceux qui gardent vos habits , quand ils vous disent d'un air si positif que les torie» n'existent plus comme parti. Ils existent toujours ; l'esprit du torysme ne meurt jamais. Un Français de vos amis disait autrefois , avec ce genre d'esprit qui est synonyme de vérité : u On peut tuer des hommes , mais on ne tiie pas des choses. » Dans une couple d'années d'ici les tories seront peut-être aussi formidables que jamais» Il est vrai que Wetherell pourra errer sans siège au Parlement ; il est vrai que la lèvre satirique de Ccoker pourra ne plus prodiguer de compliments aux bancs des ministres^ il est vrai que le bourg de Gatton n'est plus qu'un fantôme , et celui d'Old-Sarum une tradition : mais , mes chers amis , tant que l'avenir existera , lé passé aura ses zélés défenseurs , et le monde ne manquera pas de Wetherell. Et qu'importe que Gatton n'existe plus ? Soyez bien sûrs que la corruption de Norwich engendrera les mêmes champignons vénéneux que la pourriture de Gatton. Mais d'ailleurs les. tories, en leur qualité collective , ne sont nullement éteints. Ils ont la m^orité chez les lords , et dans les communes ils sont au moins trois fois plus nombreux que les ultraradicaux. En évaluant au plus bas , vous avez cent cinquante tories dans votre propre assemblée ^ les

ultra-radicaui ao contraire ne pourraient pas compter cinquante des leur». H serait , diaprés cela, raisonnable de soutenir que ce sont les radicaux qui sont éteints plutôt que* les tories. Je contiens avec tous . que ceux-ci paraissent pour le moment dans une sorte de léthargie ; mais , de même que le lièvre , ils dorment les yeux ouverts , et , comme le serpent , ils amassent du venin.

Maïs ce qui forme en ce moment le caractère distinctif de tous les partis , c^est que tous ont des divisions dans leur sein. Les tories sont affaiblis par de grands schismes qu^ils ne veulent pas avouer. A la Chambre des Communes , ils se partagent en deux principaux camps , dont Vun suit sir Robert Peel , que Tautre regarde avec méfiance , étant plus qa^à moitié disposé à se révolter contre lui. Les partisans de sir Robert Peel sont des hommes demi-éclairés , dont les passions sont modérées , et qui désirent la paix par-dessus toutes choses ; ils aiment mieux garder les ministres que de les renvoyer ; ils n^ont aucun désir de risquer la dangereuse expérience d'un gouver-' nement tory; ils ont horreur de révolutions, et possèdent plutôt la timide prudence de commerçants que le courage hautain d'aristocrates. Tout ce quMI y a de tories dans la partie respectable des habitants de la capitale , les banquiers , les négociants , les hommes qui regardent comme une vertu dans leurs pères dV voir gagné de l'argent en filant du coton , tous ces hommes tiennent pour sir' Robert Peel ; ils vantent sa prudence, et ont la plus haute confiance dans son jègement. Et, à dire vrai, sir Robert Peel est uo

homme remarquable, il est une puissance par luimême; c^est évidemment lui qui conduit rassemblée représentative , tonte réformée qu'elle est ; il est digne que nous nous arrêtions un moment pour analyser son mérite.

C'est une erreur généralement adoptée en province de croire que sir Robert Peel a plus d'esprit que d'éloquence. Si de persuader, d'influencer, de calmer, de diriger les sentiments , les goût», les opinions d'un auditoire dont les vues sont souvent diamétralement opposées aux siennes est de l'éloquence , et moi , dans ma simplicité , je l'appelle ainsi , alors il faut convenir que sir Robert Peel est le plus éloquent des hommes. Je ne suis pas du nombre de ceux qui estiment beaucoup l'art oratoire \ je ris du jugement des personnes qui mettent la culture de cet art au nombre des plus grands efforts de l'esprit humain ; il dépend en grande partie de certains avantages physiques et d'une combinaison d'effets de théâtre. Il est possible , d'après cela, qu'un homme n'ait qu'un esprit fort médiocre, et qu'il soit néanmoins excessivement éloquent dans une assemblée populaire. Je dirai plus : il sufBt souvent d'examiner avec soin les discours qui ont charmé UD auditoire pour les trouver dépourvus de toutes qualités- supérieures. Celte phrase , qui à la lecture vous paraît si commune , a fait le plus grand effet par l'art avec lequel elle a été prononcée ; ce sarcasme , que vous trouvez si innocent , a tiré tout son sel du sourire significatif dont il était accompagné^ cette fausseté , qui vous frappe parce qu'elle est si palpable , a ressemblé à la vérité même , par l'air de can-

tleur et de sincérité avec lequel elle a été débitée. La proDODciation , le sourire , Pair , telles sont les principales qualités d^un orateur , et chacun avouera que , pour les posséder, il n^est pas besoin d^une raison très-profonde ou d^une prodigieuse sublimité dHoia-» gination. J'admire donc Téloquence de sir Robert Peel, et non pas son esprit , quoique , même sons le rapport de Tesprit, il surpasse la plupart des orateurs. Les avantages physiques sont d'une haute importance-dans la formation d'un grand orateur. Sir Robert Peel les possède ; il a un organe singulièrement timbré , une taille élevée et majestueuse , on débit naturellement heureux, lequel, bien quMI ne isoit pas entièrement eiempt de quelque chose de désagréable ^ est imposant et persuasif. J'ai parlé d^one combinaison d'effets de théâtre : sir Robert Peel sait les employer avec adresse. Par un mouvement de la main , par un salut en travers de la table , par une expression de la bouche , par tih air de frai|phi8e , il sait donner ile la force , de l'énergie , de l'esprit ou de la noblesse... à des riens ! L'éloquence est un art, et il est un artiste achevé; c'est en outre un homme très-remarquable pouc les qualités plus élevées de l'esprit; il joint à beaucoup de connaissances d'agrément une immense instruction pratique ; il réussit également dans un discours sur Les principes les plus larges et dans les détails les plus minutieux; il est à la fois homme de lettres et homme d'afiaires. Ce n'est point un philosophe , mais il effleure la surface de la philosophie ; il met autant de philosophie dans ses discours qu'il en faut : s'il en mettait davan-

idf;e , il ne ferait plus autant d'effet sur la Chambre . Sans être poète , il sait employer à propos les ornements de la poésie ; et il convient à une assemblée qui applaudit à rélégance, mais que Pimagination effrayerait. Artiste consommé , il fait usage de tous les outils nécessaires à son ouvrage , et toujours avec le résultat le plus heureux* A son talent d^orateur , il joint certaines qualités rares , comme directeur d'un •parti. 11 a à la vérité peu de hardiesse , mais un tact étonnant ; il ne met jamais son parti dans Tembarras par des phrases lâchées avec imprudence , et il est exempt de Pindiscrétion commune aux orateurs. L^exactitude est encore un trait caractéristique de son esprit. Je ne me rappelle pas lui avoir jamais entendu citer à faux un fait , chose qui arrive sans cesse à tous les autres orateurs que je connais. C'est probablement celte qualité de son esprit qui le rend si propre aux affaires. On n'a jamais vu d^homme , dans un temps si favorable aux ambitions vastes et hardies , fermement résolu de rétrécir sa sphère , investir son existence d'autant de dignité que lui , et mieux cacher le peu d'étendue de son orbite. 11 me parait à peu près certain que ce grand homme d'État est embarrasse et enchaîné par d'anciens liens qu'il loi est impossible désormais de rompre sans se déshonorer aux yeux du monde. Il est évident que son âme repousse les entraves de ses compagnons ; ses arguments ne sont pas les leurs ; ses raisonnements sont libéraux , même quand ses conclusions ne le sont pas. Il se sert, pour décrire son cercle étroit, d'un compas beaucoup trop grand , et a toujours l'air de suivre la

matime de Mirabeau : « La politique doit raisooner même sur des supposilioDs auxquelles elle ne croh pas. » Parmi les phénomènes extraordinaires de nos mœurs aristocratiques , on peut compter rexistence d^un homme fait par sa naissance et par sa position pour être le chef du parti populaire , et qui deyient le défenseur du parti oligarchique. Sorti du peuple, il s^identifie avec les patriciens. Son caractère moral , pur et froid , qui ne partage point les vic^s de Taiistocratie , et qui ne se laisse point séduire par ses pro> jets, semble naturellement Pattacher aux notabilités de cette grande classe moyenne à laquelle eo réalité il appartient; son ambition même aurait dû lui faire sentir que ses grandes richesses Tauraient placé à la tête d^une classe , tandis quelles ne lui procurent aucune distinction dans l'autre. S'il s'était placé dans sa position naturelle, dans les rangs du peuple, ilai»rait été ce qu'à présent il n'est qu'à peu près, vs «BARD hommb; il n'aurait pas été secrétaire d'Etat pour l'Irlande à un âge si peu avancé; mais il serait aujourd'hui premier ministre , ou, ce qui vaut mieux encore , le chef et le centre de ha puissance morale de l'Angleterre. Maintenant, il s'est uni à une cause qui exige de la passion dans ceux qui l'embrassent, et il est regardé avec méfiance par ses alliés , parce qu'il défend leur cause avec modération.

Vous voyez donc , mes amis , que ses bonnes qualités elles-mêmes déplaisent à une grande partie des tories, qui se rattacheraient à lui avec plus de zèle s'il était moins scrupuleux dans sa politique 9 car vous remarquerez facilement que les tories les plus

hautains, les plus yëhéments et les plus aristocratiques, ne pardonneront jamais €Uix whigs. Ceux qui possédaient des bourgs se regardent comme dépouillés de leurs biens; ceux qui aimaient sincèrement Tancienne forme de gouvernement se regardent comme frustrés d^une constitution. Ainsi Pintérét personnel lésé dans les uns, et le patriotisme blessé dans les autres, donnent à Tanimosité naturelle des partis Topiniâtreté de la vengeance. Celte fraction des tories s^embarrasse peu de vos menaces d^insurrection ou de vos craintes de révolution ; elle ne demande pas mieux que de hasarder une expérience quelle qu^elie soit, tant elle est mécontente du présent. Si les tories prudents sont liés avec le commerce , les tories hardis le sont avec Pagriculture. Ceux-ci comptent sur leilrs nombreux vassaux , sur leur clientèle rustique et leurs liaisons de clans , au point de ne pas craindre au besoin une collision armée avec le peuple. Comptant parmi eux un grand nombre de ces anciens nobles indomptables, vrais restes de la chevalerie de province , ils sont poussés eh avant par les mêmes craintes qui retiennent les commerçants. Ils sont animés par instinct de Tesprit de résistance; et avec cet attachement perverti pour la liberté , qui est le propre de Paristocratie , ils regardent comme également ignominieux d^obéir à un peuple qn^ils méprisent , et de succomber sous un ministère qu^ils abhorrent. Beaucoup d^entre eux, entourés, dans les visites qu^ils font à leurs terres , d^inférieurs pleins d^admiration , se persuadent que leur cause est moins impopulaire et plus puissante en force numérique qu^on

ne le prétend. Gomment un Chandoa, Pidole de sa province , plein de courte et de fierté , respecté et chéri du grand corps Jigrico le qa^il représente , pourrait-il vous croire quand vous lui dites que les tories sont haïs ? comment pourrait-il écouter arec patience les tj odes concession s de air Robert Peel, les menaces des journalistes , la suffisance des whigs , qui soutiennent que Tordre et Texistence même de la société exigent quMls restent au ministère? C^est ce parti, dont je regarde lord[ Chandos , quoiqu^il se montre peu , comme le chef légitime et naturel , à qui sir Robert Peel ne pourra jamais convenir. Prêt à toot hasarder pour renverser le ministère, il doit nécessairement se séparer d^un homme qui ne demande pas mieux que de céder sur bien des points , pour mainte* nir au contraire le ministère au pottvx>ir.

Tel est Taspecl que présente en ce moment ce parti tory , jadis si uni et si compacte ; tel est le caractère des deux grandes divisions entre lesquelles la démar* cation devient de jour en jour plus visible.

Tournex maintenant vos regards vers les ultra-radi* eaux; quel mélange confus et discordant de théoriciens impossibles à concilier ! Y a-t-il seulement denx d^entceeux qui pensent de même? Quelle ressemblance y a-t-il entre Pin variable Warbnrton et le contradictoire Gobbètl? Quelle harmonie existe-t-il entre la philosophie française de celui-ci et les pr^ugéatout anglais de Tautre ? L^un n^est que papier^monnaie et passion , Pautre que glace et fonds publics. Chacun dV.ux , entouré de ses propres barricades, est jaloux des barricades de Pautre ; tous deux sont fous de po-

pularité. Cest en yain que Pon espérerait consoHder un grand parti national qui comprendrait tous ces matériaux discordants. Ce que nous pouvons faire de mieuxy c^est d^y incorporer les plus raisonnables , et de nous servir des autres comme de tirailleurs isolés , plus utiles pour harasser nos ennemis^ que pour s^unir à nos amis; car, ne vous imaginez pas que tous ceux qui s^appellent vos amis le soient en réalité : n^oubJiez jamais le pauvre Strap et Tbomme qui lui a volé son babil!

Regardez ensuite le grand parti ministériel , avec son corps de métal précieux et ses pieds d^argile ; quel merveilleux mélange chimique n^offre paâ un banc ministériel ! quelles particules de matières éparsesne sait-il pas conglomérer ! quelles oppositions antipathiques ne corabine-t-il pas ! un Palmerston et un Brougbam, un Grant et un Althorp, Tiodolence incertaine d\in Melbourne , et Topiniâtre énergie d^un Ellice! J^ai lu dans Fannonce d^un charlatan que Vpn pouvait changer Tor dans le plus fort des ciments. En regardant le ministère , je crois qu^il avait raison. Les soutiens du cabinet valent le cabinet lui-même ; ils sont également variés et également consolidés ; ils changent avec chaque détour que font les ministres; ils se replient, se baissent et se retournent avec toutes les tortuosités du gouvernement ; aujourd'hui ils abolissent un impôt , qu'ils rétablissent demain ; tantôt iU insistent sur une des clauses du bill ,des dîmes irlandaises , parce que , disent-ils , cette clause en renferme tout le principe , et puis ils Teffacent comme étant incontestablement la plus nuisible de toutes. Ce-

L*AV6LKnilRB. T. II. IQ

pendant , en y regardant de près , nous reconnaîtrons qoe les ministres whigs se Font le plus grand tort , préciséraent -par Pexcessif dévouement de leurs partisans ; ils traînent leurs amis dans leur boue 3 ils dirigent contre eux le courroux de leurs commettants : ils- attirent ^Indignation et le mépris du pays contre les sinuosités de leur rampante complaisance; enfin, pour tout dire en termes simples et sans détours, ils risquent de ne pas voir renvoyer au Parlement leur majorité actuelle. Pai déjà dit que , par suite de Popération du bill de la réforme , il est certain que pendant quelques ahnées les élections fourniront une majorité whig d^une espèce ou d^une autre ; mais la prochaine majorité sera moins vaste et moins confiante que celle d^àujourd^bui. Le grand défaut des ministres est de manquer d^unité. Le bill de la réforme les avait unis , et, tant que dura la discussion, ils furent forts ; le bill de la réforme une fois adopté , ils nVnrent plus de point de ralliement. Ils paraissent divisés d^opinion sur tous les autres objets ; ils conviennent même de ce malheur. Gomme chaque ministre vous iait entendre mystérieusement quUI n'est pas do même avis que ses confrères ! M. Stanley n'a-t-il pas déclaré Tautre jour que les divers ministres voteraient différemment sur la question sMl fallait mettre les biens de rÉglise à la disposition du Parlement? Il n'était guère possible dé différer d'opinion sur un point plus important.

Ce défaut d^unité se manifeste par toutes sortes d'oscillations, toutes plus ridicules les unes que l^s antres. Tantôt le balancier ministériel touche la mon-

tagne; tantôt il vibre vers le siège cramoisi du duc de Wellington. Mines et contre-mines^ saints et explications , déclarations et contradictions , aujourd'hui des menaces et demain des excuses , telle est la triste politique d'hommes qui visent maladroitement à ce que Machiavel appelait le chef-d'œuvre de la science du gouvernement, savoir: de contenter le peuple*en ménageant la noblesse.

Pressés par une foule d'amants jaloux et ennemis , nos Pénélopes politiques n'ont de ressource que dans la tapisserie qu'ils font pour les concilier tous , et qu'ils défont pour le$ tromper tous. Mes amis , tant que le gouvernement manquera d'unité , il sera toujours faible pour le bien et enclin au mal. L'homme doit faire usage de ses deux jambes s'il veut marcher; si l'une des deux reste immobile, il <a beau lever l'autre, il n'avancera pas. Voyons donc ce qu'il faut que nous fassions pour donner de l'unité au gouvernement. Il me parait que le meilleur moyen serait de former un nouveau parti , fort , éclairé et raisonnable , sur lequel il faille nécessairement que le gouvernement s'appuie s'il veut rester à la tète des affaires. Si Aous pouvions faire en sorte que les ministres eussent aussi peur de la Chambre des Communes que de la Chambre des Pairs , vous n'avez pas d'idée combien nous leur aiguiserions l'esprit et donnerions de vivacité k leurs mesures.

Mais ce qu'il y a de plus étrange dans l'aveuglement du Parlement actuel , c'est qu'il voit combien les ministres vacilleUt sans cesse d'un point du compas à l'autre , et que cependant on nous dit qu'il faut

mettre en eux une confiance illimitée. Mes bons amis, il m^avait semblé que ce n^élait que la fermeté, la constance et une conduite conséquente qui pussent inspirer la confiance. Vous fieriez-vous à un vaisseau qui n^aurait pas de gouvernail , qu^un veni pousserait au large etqu^un autre vent ramènerait dans le port? Je ne doute pas que les ministres ne soient de fort honnêtes gens; je crois la probité naturelle à Thomme ; cependant la confiance politique ne s^accorde pas à un ministre en proportion de sa probité, mais diaprés les circonstances dans lesquelles il est placé. Un particulier peut se fier à Thomme qui a Vinien-' tion de remplir ses engagements , mais les destinées d^un peuple n^admettent point cette généreuse crédulité. Une nation ne devrait accorder sa confiance qu^à ceux qui n^ont pas le pouvoir de violer le pacte. La différence qui existe entre la confiance dans un pays despotique et dans un gouvernement représentatif, est ceci : Dans le premier nous attendons tout des vertus de nos chefs , dans le second nous ne laissons rien de ce que nous pouvons empêcher au hasard de leurs fautes.

De si grandes prétentions à notre confiance de la part d^hommes qui ne sont pas semblables à eux-mêmes deux jours de suite, ne sont ni raisonnables ni justes. p^ous avez perdu cette confiance ; pourquoi vos repré^ sentants sacrifieraient-ils tout à une ombre qui, comme celle de Piner Schlemihl , est séparée de sa substance corporelle , qui est vous-mêmes ?

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