‹ L'Angleterre et les AnglaisChapitre 40 sur 70 · TABLEAU DB LA CHAMBRR ACTUELLE DES COMMURKS · texte numérisé non relu

TABLEAU DB LA CHAMBRR ACTUELLE DES COMMURKS

Il paraît donc qu^il serait nécessaire de former un parti indépendant, assez fort par le nombre et par l'appui de Popinion publique pour forcer les ministres à suivre un système de politique ferme , consé' quent, libéral et indépendant. Dans ce cas, le gouvernement acquerrait nécessairement deTunité, parce que ceux dVntre les ministres actuels qui ont reculé devant le système le plus hardi en apparence , et en réalité le plus prudent dans les temps d'agitation , ces ministres, dis-je, se retireraient. Mais la Chambre des Communes contient-elle aujourd'hui les matériaux nécessaires pour former un semblable parti? Je crois que nous pouvons nous en flatter. Il y a déjà une centaine de membres d'opinions libérales , qui ne sont ni des wbigs serviles ni des radicaux féroces, et dont un grand nombre ont reconnu l'utilité de ce .parti , et sont d'accord sur les principes d'après lesquels il doit agir. Dans les commencements de la session , la première du Parlement réformé , un pareil parti aurait dû s'organiser tout de suite; maïs bien des gens avaient une antipathie superstitieuse pour le seul mot de parti. D'autres espéraient plus du

gouvernement que le gouvernement n^a fait. Ceux-ci demandaient qui devait diriger les mouvements ,'et ceux-là pensaient que ce plan pourrait blesser la sensibilité de lord Althùrp.

« Rusticus exspectat dàm defluat amnis, »

Les flots du temps ont coulé , et Rusticus pense peotêtre qu^ii a assez attendu. En théorie , je n^aime pas la formation de partis. Mais je vais vou». faire voir, mes bons amis , pourquoi , en pratique , un parti peut être nécessaire en ce moment , si vous déaires que des hommes indépendants deviennent des hommes utiles.

Pénétrez un instant avec moi dans la Chambre des Communes... Là! montez sur ses bancs; vous êtes ^sous la galerie du président. La discussion est impoftante... II est six heures... La discussion a commencé... elle se poursuit avec assez de calme pendant une heure ou deux ; la plus grande partie des membres dînent, et la moitié des autres dorment. Sachant combien il est avantageux de profiter de ce moment de tranquillilé , quelques discoureurs adroits se sont emparés de la discussion , qu^ils prolongent ainsi joaqu^à près de dix heures. Alors la salie se remplit , vous vous remettez à vos places , vous vous imaginez qu^enfin la discussion va commencer pour toat de bon ; ces messieurs qui viennent d^entrer vont sans doute lui donner une nouvelle vie ; ils ne sont pas fatigués du parlage que vous avez entendu ; ils arrivent tout frais, préparés à écouler et à applaudir. Hélas î

vous êles dans une grande erreur! Ces messieurs ne viennent point pour rendre la dis,cussion plus intéressante , mais pour y mettre fin le plus tôt quHls pourront. Us se rassemblent en foule autour de la barre ; soudain s^élève un faible murmure de aux voix ! 11 file, il augmente, et bientôt... une quinte de toux !... son fatal !... une attaque générale de phtbisie s^empare de la Chambre. Les poun^ons des infortunés sénateurs sont dans la situation la plus déplorable. Leur respiration devient bruyante , ils éternuent , ils soufflent, ils grognent, jusqu'à ce qu'enfin la symphonie devient un vaste diapason de gémissements simultanés ! Vous croiriez toute l'assemblée attaquée de la peste. Jamais oreille humaine ne fut frappée de sons si tristes, si douloureux , si terribles. De temps à autre il s'élève une voix isolée et grave qui rappelle à l'ordre ; un silence momentané en est le résultat, puis, pair une incroyable réaction , les sons discordants retentissent , plus affreux que jamais, d'une extrémité de la salleà Fautre :

« rend sicui agmine facto

Quà, data porta j ruunt, et terras turbine perflant» »

Mais quel est ce membre intrépide et patient dont, à travers le bruit , vous saisissez par moment la voix fatiguée? Mes bons amis, c'est un membre indépendant^ U n'a point de parti pour le soutenir. Épuisé et vaincu , l'orateur succombe à la fin. Alors un tory se lève, lent , ennuyeui^ et bonrsoulXlé ; le bruit reix>mmence ; mais il est arrêté par des cris : « Écoutez , écoutez,» poussés avec indignation ^ Les mots «à l'ordre • acquièrent plus de force.

« Rex jEolut antro

Luctantes ventos ; tempestatesque sonoras ''■

Imperio premit, » •

Le ministre et le tory jettent les yeux autour d'eaz, et, par des regards menaçants, commandent à leurs partisans d^éconter avec attention un membre si ancien et si respectable. Les plus bruyants du groupe ëolien s^échappent dans un morne silence par des portes dérobée^

« Unà EurusquefNotusque ruunt, creberque procellis Africus. »

Et pendant une demi-heure encore Torateur tory, que personne n^ose interrompre, fatigue de son monotone débit les oreilles assoupies. Il est remplacé par uo whig , peut-être même par un ministres ; toujours même silence , même sécurité pour leurs paroles. Remarquez bien , mes amis , que ces deux messieurs avaient chacun un parti pour les soutenir !

Je puis TOUS assurer que je suis un témoin très-impartial à cet égard, et que jVcris sans aucune aigreur; car, ne demandant pas mieux que de garder le si- -lence , excepté quand j*ai quelque chose à dire , je parle rarement , ainsi quMl convient à un jeune membre, et au commencement de la soirée, comme il sied à un membre modeste. Aussi n^ai-je jamais été la victime de cette férocité de dissonnances que j^ai essayé de décrire. Mais des personnes qui avaient

plus que moi le désir de faire admirer leur éloquence ont acquis une telle conyiction de Timpossibilité de parler souvent à la Chambre, à moins d^avoir un parti pour TOUS soutenir contre les bi^uyantes décisions ^e la barre, que cette raison a influé, je crois, plus qu^aucune autre , sur ces messieurs pour leur faise sentir la nécessité de former un parti national et indépendant. Il y a encore une seconde raison qui sans douie a eu aussi du poids sur eux ; c^est que si un membre qui est sans appui dans la Chambre fait une motion qu^il regarde comme importante , on Paccuse de retarder les affaires (1), et milord Allhorp prend sur-le-champ la parole, et lui demande , de Pair le plus doucereux , s^il prétend réellement persévérer dans sa motion , contre Pavis de la Chambre ; sur quoi, les whigs s^empressent d^applaudir de tonte leur force. Quelquefois le membre, s^il est très-hardi, persévère en dépit du petit nombre d^auditeurs et de la mauvaise humeur de la Chambre. Il se tait enfin , et le ministre prend la parole pour observer que Thonorahle gentleman a fait sa proposition à une époque bien avancée de la session , que cependant il n^en demande pas absolument le rejet, mais que... et que...

(1) Il est arrivé l*autre jour qae six membres, l*un après l^autre, consentirent à remettre leurs motions à un autre moment tt pour ne pas abuser du temps de la Chambre à une époque aussi avancée de la session. » Vous pensez peut-être qu*après cela la Chambre, profitant de leur complaisance, s^occupa des affaires ministérielles? Non, elle s'ajourna au lendemain.

Le ministre ayant versé un seau d'eau froide sur la motion , chaque membre whig y ajoute un verre; le cri aux voix commence par un membre , qui imite le chant du coq, et la proposition est renvoyée de la Chambre avec autant de promptitude et d^efTroi que si o^était dn poison !

Ne vous étonnez pas , mes amis, si vous avez trouvé du silence et un défaut d^énergie dans vos membres indépenc^ants. Ils auraient du être des esprits bien opiniâtres , les vrais molochs de Thumanité , pour pouvoir résister à de pareils glaçons , à de si puissantes combinaisons. Soyez sûrs que , poar ee qui regarde Fénergie et Tenvie de parler, les membres iodépendantsne vous déplairont pas si une i'oi» ils se décident à s^unir. Quant a vous, j^espère beaucoup, si ce parti est une fois bien formé, que le ruisseau se débaras* sera de la vase de sa source^ et que votre parlement réformé, qui maintenant a trompé votre attente, tous satisfera bien dans- une couple d^années.

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