I. — Historique
Le troisième groupe de colonies autonomes, celui de l'Afrique Australe vient d’être constitué en Confédération à l'exemple du Canada et de l'Australie, et les débuts du nouveau gouvernement sont encore tout récents. Dès l’année 1872, date de l'introduction du gouvernement responsable au Cap, l’idée de la Fédération avec le Natal fut mise en avant (1). Sir H. Barkley y fit allusion dans son discours d'ouverture au Parlement du Cap. En 1874- 1875, eut lieu la mission de M. Froude, envoyé officieux de Lord Carnarvon en Afrique du Sud. Des pourparlers relatifs à la Fédération demeurèrent sans résultat.
L'Union douanière devait être une fois de plus l’avantcoureur de la Fédération politique.
Après la Convention de Bloemfontein de 1903 qui créait l’Union douanière, le Gouvernement anglais et les Gouvernements Sud-Africains, envisagèrent la formation d’une fédération englobant le Cap, le Natal et les deux Répu-
(1) Egerton. British Colonial policy, p. 418.
bliques Boërs. On attendit cependant, pour donner suite à ce projet, que la situation fût redevenue normale dans le Transvaal et dans l'Orange et que ces deux nouvelles colonies fussent pourvues du Gouvernement responsable. C'était la première condilion pour pouvoir discuter librement les termes du pacte fédéral. Toutefois, dès 1903, une commission intercoloniale était chargée de régler certaines affaires d'intérêt commun (1).
En mai 1908 a été réunie à Prétoria une première Conférence comprenant les délégués de toutes les colonies de l'Afrique du Sud. Elle n'a pu arriver à un accord. La Convention s’est de nouveau réunie à Durban en octobre de la même année. A celte occasion, le Gouvernement britaunique avait envoyé dans ce port une escadre commandée par Sir Percy Scott, peut-être dans le but de réchauffer le loyalisme des Boërs par le spectacle de sa puissance marilime, et les décider à ne pas mettre d’obstacle à une fédération qu’il considérait comme un bien pour l'Empire.
Les débats des Sessions de Prétoria et de Durban sont restés secrets. À Durban dans les réceptions qui furent données en l'honneur des délégués et de l’escadre, divers discours ont été prononcés (2) qui fournissent d’utiles indications. M. Merriman, délégué du Cap. se déclara plein d'espoir sur l'issue de la Convention : chaque Elat avait fourni son apport, l’un la population, l’autre la richesse, un autre un gouvernement bien assis, un dernier l'esprit
(1) Egerton, British Colonial policy, p. 502. (2) Times, 13 oct. 1908.
d'entreprise et l'énergie d'un grand port. Les délégués avaient laissé de côté les jalousies mesquines et les souvenirs d'un passé pénible.
En ouvrant la Convention le 12 octobre, Sir Mathew Nathan, Gouverneur du Natal, s’efforça de représenter aux délégués la grandeur et la noblesse de la tâche qu'ils avaient à accomplir, dans l'intérêt de l'Afrique du Sud d'abord, et pour la plus grande gloire de l’Empire britannique ensuite.
Toutefois, malgré les déclarations officielles empreintes d’un optimisme de parade, on sent que les difficultés à surmonter présentent une certaine gravité. Par exemple, Lord Selborne, dans un discours prononcé à Durban, le 18 octobre (1), fait remarquer que l'Allemagne et les États- Unis ont à la fois un grand développement de côtes et un vaste territoire intérieur, et que cependant on n'y parle pas de divergence entre les intérêts de la côte et ceux de l’arrière-pays ; cela n'a pas empêché la Fédération dans ces deux États. Il faut voir dans ces paroles une allusion directe aux prélentions contradictoires formulées en Afrique du Sud par les colouies côtières et celles de Pintérieur.
La part d'autorité à reconnaître à chacune des colonies dans la fédération projetée paraît avoir été aussi un sujet de rivalités assez vives, si l’on en juge d'après une déclaration de Sir Henry de Villiers président de la Convention (18 octobre). Il a insisté, en effet, sur l'importance de la population du Cap qui dépasse largement celle de ses
(1) Times, 19 oct, 1908.
voisins et a émis l'opinion que la population était un capital d'une valeur égale à celle des mines d’or. Nous touchons ici à l’antagonisme qui existe encore entre l'élément boër et l'élément anglais, si bien que certains se sont demandé si l'Afrique du Sud serait dominée par les Hollandais ou par les Anglo-Saxons. Sir H. de Villiers, ministre du Transvaal a tenu, sans doute, à rassurer les Anglais.
La Convention de Durban s’est ajournée et les débats ont repris en janvier 1909 à Capetown. Tous les délégués ont fait preuve d'une bonne volonté certaine pour arriver à un accord. Cela n'a pas empêché des difficultés de naître sur diverses questions ; par exemple, pour le choix d'une capitale ; les voix se sont partagées entre Prétoria et
Capetown.