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CHAPITRE II

Les dernières Conférences

1° Conférence de 1902

Les événements prouvaient que l’Impérialisme avait cause gagnée dans les colonies. La présence de M. Chamberlain au ministère élait de nature à faire espérer que l'Angleterre se déciderait à entrer dans la même voie. En 1902, se réunit dans des circonstances doublement propices une nouvelle conférence coloniale : c'était au lendemain de la guerre au cours de laquelle les colonies s'étaient acquis des droits à la reconnaissance de la mèrepatrie ; de plus, les premiers ministres coloniaux arrivaient pour participer aux fêles du couronnement d'Edouard VII auquel le Parlement venait d'attribuer un nouveau litre : Roi de tous les domaines brilanniques d'outre-mer.

Les Impérialisies, en Angleterre comme aux colonies, et M. Chamberlainu en particulier fondaient de grandes espérauces sur la conférence qui allait s'ouvrir. Il semblait qu'une entente devait intervenir, sinon complète, du moins sur des points importants, grâce aux bonnes dispositions de chacun. Ainsi s'explique le rôle prépondérant joué par M. Chamberlain et son zèle à soulever lui-même toutes

les questions qui se rattachaient au mouvement Impérialiste. En venant ainsi au-devant des délégués coloniaux, il semblait admeltre que de trop graves divergences ne viendraient pas empècher un accord. Le résultat des débats allait lui montrer que malgré son désir général de concilalion, le gouvernement britannique serait obligé de modifier totalement son attitude s'il voulait obtenir cet accord. |

Dans son discours prononcé à l'ouverture de la conférence, M. Chamberlain divise les questions à résoudre en trois séries : les relations politiques proprement dites ; les nécessités de la défense navale et militaire ; l'union commerciale.

A. Relations politiques proprement dites. — Sur le premier point, Chamberlain ne s'engage qu'avec prudence. En bon impérialiste, il considère qu'il faut mettre fin à l’état d’isolement de la Grande-Bretagne au milieu de ses colonies autonomes ; celles-ci doivent arriver à avoir leur part d'autorité dans la direction de la politique impériale. Mais cela doit aller de pair avec une participation aux charges de l’Empire. Or, pour Chamberlain, l'initiative de cette participation doit venir des colonies ; à ce prixl'Angleterre consenlira à les associer à son action.

Seulement, on constate une semblable réserve chez les premiers coloniaux. Au lieu de faire les avances auxquelles paraît s'attendre le ministre des colonies, ils se contentent de voter une résolution tendant à faire réunir tous les quatre ans de nouvelles conférences.

Il n’y a guère à se tromper sur le sens de cette réso-

206 PROISIÈME PARTIE

lulion., Si les gouvernements coloniaux sont désireux de discuter les questions d'intérêt commun avec le gouvernement britannique sur un pied d'égalité dans des conférences quasi diplomatiques, cela n'indique pas qu'ils veuillent aller plus loin, et compromettre leur liberté d'action et les ressources de leurs jeunes communautés en assumant une part plus forte de charges et d'autorité dans

la politique générale.

B. Défense impériale. — Chamberlain reprend avec plus de détails son argumentation à propos de la défense impériale, Il met en lumière l’énormité des charges qui pèsent sur l'Angleterre, nôn seulement du fait de la politique impériale, mais aussi du fait des colonies. Et cependant combien faible est la contribution de ces dernières aux dépenses militaires et navales ! Or, il est bon qu'elles sachent combien leur sécurité dépend de la force navale de la mère-patrie. La défense de l’Empire ne doit point s'appliquer à tel ou tel point en particulier, mais faire frort du côté où une attaque est le plus à craindre. La flotte ne donnera donc toute sa puissance qu'autant qu'elle sera groupée et capable de porter des coups décisifs. Et Chamberlain se prononce en faveur de la concentration des forces navales, en condamnant les plans de défense locale.

A l’objection de Sir W. Laurier : « Si vous voulez notre aide, appelez-nous à vos Conseils », il répond que les colonies sont aussi intéressées que la métropole à la défense de l'Empire.

L'exposé de M. Chamberlain ne resta pas sans effet sur

les délégués, car ils promirent d'augmenter leur contribu-

ion navale et de prendre des mesures pour faciliter le recrutement des équipages.

Seul, le Canada se tint à l'écart; jaloux de ses droits de self-government, il estimait plus utile de renforcer ses milices locales.

D'ailleurs, le voisinage des États-Unis justifie assez bien cette attitude.

La conférence repoussa une proposition du délégué de la Nouvelle-Zélande tendant à former dans chaque colonie un corps de troupes destiné à faire campagne sur tous les points de l’Empire ou à l’extérieur à la demande du gou-

vernement Impérial.

C. Question commerciale. — Dans le débat sur lesrelations commerciales entre la Grande-Bretagne et ses colonies, Chamberlain ne fut pas plus heureux malgré la façon habile dont il présenta la question aux délégués. Il commença par déclarer que la proportion du commerce intra-impérial dans le commerce général de l’Empire devrait être bien plus forte et qu’il en résulterait de précieux avantages économiques et politiques. En cela, l'approbation des premiers coloniaux ne pouvait lui faire défaut.

Mais, ce principe posé, il n'alla pas plus loin dans la voie des propositions précises. Selon lui, l'idéal à atteindre serait le libre-échange entre les diverses parties de lEmpire. Toutefois, il reconnaissait que les besoins fiscaux des colonies et leur situation économique ne leur permettaient pas d’abandonner leurs tarifs. Il se contentait donc de demander aux colonies quels avantages elles pourraient

accorder aux produils britanniques pour Îles mettre

sur un pied plus favorable que les produits étrangers.

Ces propositions qui consacraient le principe de la préférence furent bien accueillies des délégués.

C'est alors que Sir W. Laurier, rappelant que le Canada avait déjà mis en pratique la préférence demanda quelles mesures de réciprocité comptail prendre le gouvernement métropolitain.

Chamberlain fut bien obligé de défendre la politique libre-échangiste de l'Angleterre et de déclarer qu’elle était inconciliable avec la préférence. D'ailleurs, il discuta la portée des avantages qui résultaient pour la Grande-Bretagne de la préférence que lui accordait le Canada ; il fit enfin sentir à Sir W. Laurier quil eût tenu avant tout à voir le Canada et les autres colonies contribuer plus largement à la défense de l’Empire.

Comme les ministres coloniaux maintenaiïent leur point de vue, ils s’accordèrent à voler une résolution préconisant la politique de préférence et son extension.

20 Suites de la conférence de 1902

Désormais le Gouvernement britannique ne pouvait se méprendre sur les véritables désirs des colonies. C'était bien la préférence qu’elles entendaient établir comme base de toute Union Impériale (1).

Dès l’année suivante, en effet, des actes venaient confirmer la résolution de la Conférence. Les tarifs douaniers

(1) Pour les suites données à quelques résolutions de la Conférence, v. Livre Bleu 1907. Cd. 3524.

de l'Union Sud-Africaine et de la Nouvelle-Zélande établissaient la préférence. Le tarif Sud-Africain de 1903 (1) l'accorde aux produits britanniques sans réciprocité, et aux produits des autres colonies à charge de réciprocité. La réduction est de 25 0/0 des droits ad valorem imposés sur les marchandises désignées aux classes [, IE et V du tarif. De plus est prononcée l’exemption du droit ad valorem de 21 1/2 0/0 sur les articles visés à la classe III.

En Nouvelle-Zélande, la préférence était obtenue par une majoration du tarif de 45 à 20 0/0.

Le résultat de la Conférence était donc loin de répondre aux espérances que Ghamberlain avait formées. L’insuccès de l’entreprise fut même officiellement constaté par le papier parlementaire publié le 3 novembre 1902 sur la conférence du mois d'août. Ce document reproduit in exlenso les discours très pressants des ministres anglais, mais non pas ceux des ministres coloniaux jugés trop réservés (2).

Cependant Chamberlain n'était pas homme à abandonner ses projets. Au contraire, aussitôt après la conférence, de même que le reste du Cabinet, il marque un désir de plus en plus vif de favoriser par tous les moyens le rapprochement entre la Grande-Bretagne et ses colonies. Il commence seulement à se demander si pour atteitrdre ce but, la métropole ne devra pas donner satisfaction aux désirs des colonies. C’est là l’origine de l’évolution qui devait

(1) Paper 1904. Cd. 2326, p. 12.

(2) Dans un discours prononcé à Newcastle en 1903, on a reconnu qu'il avait échoué sur la question de la fédération politique et de la défense. Egerton, Brilish Colonial policy, p. 525.

l'amener rapidement à se faire le chef du néo-protectionnisme en Angleterre.

Un contact direct avec le milieu colonial allait hâter cette évolution. Le 25 novembre 1902, Chamberlain s'embarquait pour l'Afrique du Sud où la guerre venait de prendre fin.

Pendant son séjour qui dura jusqu’au 25 février 1903, il prononça de nombreux discours où se retrouve sa préoccupation de la Défense Impériale. « Le fardeau imposé à la mère-patrie, disait-il, est devenu trop lourd pour elle. Je ne vous demande rien, sinon que vous donniez votre pleine contribution pour la défense de l’Empire et de l'Afrique du Sud ».

Le ministre fut de retour le 14 mars et l’on connut bientôt le résultat des réflexions que la dernière conférence el son récent voyage lui avaient suggérées. Il revenait de l'Afrique du Sud avec une conception pratique de l’Impérialisme. Il voyait que les sentiments et de vagues projets de Parlement Impérial ou de Conseil permanent de l'Empire ne suffiraient pas à convaincre les colonies et à les amener à faire des sacrifices effectifs pour l'Empire.

S'il est vrai que l'Union Impériale est nécessaire à la Grande-Bretagne, il faut que celle-ci assure des avantages sérieux aux colonies ; ceux qu'elles réclament sont des avantages commerciaux. L’Angleterre doit devenir protectionniste (1).

L'Union ne pourra se réaliser que par un pacte où chacun devra faire des concessions en rapport avec son intérêt dans le pacte.

(1) Speyer, op. cil., p. 275.

Imbu de cette conviction que l'avenir de l'Angleterre dépendait de la cohésion politique et commerciale de l'Empire, Ghamberlain allait entreprendre de démontrer qu'il fallait sacrifier le régime libre-échangiste.

Lu campagne de M. Chamberlain. — Ce fut à Birmingham, le berceau de sa fortune politique, qu’il entama avec sa fougue habituelle, sa propagande protectionniste. Dans le discours du 15 mai, il déclara que pour développer le commerce avec les colonies, l'Angleterre devait adopter des tarifs préférentiels. Ce discours qui produisit une grande sensation eut aussitôt pour eflet de diviser profondément l'opinion, et de jeter un certain désarroi au sein du ministère. M. Balfour ne prit pas parti au début, se contentant de déclarer qu'une discussion s'ouvrait devant le pays qui déciderait quand le moment serait venu.

L'attaque brusque de M. Chamberlain se les libreéchangistes qui croyaient occuper une position inexpugnable et ne supposaient pas qu’un membre du gouvernement entreprendrait une campagne protectionniste, Aussi furent-ils un peu lents à s'organiser pour combattre la propagande de Chamberlain. Mais les plus éminents d'entre eux commencèrent par se prononcer contre les projets de réforme du tarif. C’est ce qui amena la désunion dans le parti conservateur qui se divisa en libre-échangistes et protectionnistes. Les adversaires de la réforme du tarif étaient Lord Hugh Cecil, M. Churchill, M. Michaël Hicks Beach, M. Ritchie, M. E. Vincent, M. Goschen, ministres ou soutiens du ministère. Au contraire, M. Balfour se rallia à l'opinion de M. Chamberlain et prononça le

26 juin un discours protectionniste où il préconisait les tarifs préférentiels.

Cette division latente conduisit bientôt à une rupture. Le Canada avait demandé en 1902 que, pour donner une preuve de ses bonnes dispositions en faveur des produits coloniaux l'Angleterre exemptât les blés canadiens du droit fiscal établi pendant la guerre sur les blés de toute provenance. Chamberlain s’employa à faire aboutir cette mesure qui pouvait préluder à un régime préférentiel plus étendu. Mais sa proposition se heurta à l'opposition des membres libre-échangistes du Cabinet qui pour se tirer d'embarras et éviter de nouvelles réclamations du Canada

supprimèrent entièrement le droit sur les blés.

Devant cet échec, Chamberlain donna sa démission au mois de septembre pour reprendre sa liberté d’action. Il allait continuer sa campagne avec une activité nouvelle et tâcher de gagner l'opinion à la réforme du tarif.

Il posa la question non seulement au point de vue des relations entre la métropole et ses colonies, mais aussi au paint de vue de l'intérêt particulier de la Grande-Bretagne. Son but reslail toujours la Fédération Impériale, mais puisque le seul moyen d'y arriver était la réforme du régime douanier anglais, il voulail démontrer que cette réforme serait éminemment favorable au commerce et à l'industrie britanniques.

Jusqu'aux élections de 1906, l'Angleterre fut le théâtre d’ardentes controverses entre M. Chamberlain, soutenu par le Tarif Reform League, d'un côté, et les libre-échangistes, libéraux ou conservateurs de l’autre.

Libre-échange et protection. — Aucun des deux camps en présence ne produisit des arguments nouveaux. Mais chacun présenta sa thèse sous le jour qui‘pouvaitle plus impressionner l'opinion publique.

Chamberlain soutient que le libre-échange met l’Angleterre en élat d’infériorité marquée envers les pays étrangers. Ses produits manufacturés sont écartés des pays prolectionnistes ; de plus, ils sont concurrencés sur tous les marchés par les produits qui jouissent de la protection sur leur marché national : c’est là l'effet de la politique du dumping souvent dénoncée par les industriels anglais. Quant à l’agriculture, elle ne joue plus qu’un rôle insignifiant dans l’économie générale du pays, et l'Angleterre se trouve à la merci de l'étranger pour les denrées alimentaires.

L'Union commerciale avec les colonies aurait pour effet de réserver les marchés coloniaux à l’industrie britannique, et de pourvoir à son ravitaillement en vivres d'une façon plus sûre en temps de guerre. Les néo-protectionnistes font valoir en outre les avantages politiques d’une pareille union, qui doit mener à une véritable Fédération Impériale.

Done, la réforme du tarif doit débuter par une préféreuce accordée dans la métropole aux produits coloniaux, du moins à ceux dont l'importation est la plus forte.

La défense du libre-échange est menée surtout par le parti libéral, mais des membres éminents du parti conservateur s'y associent (1). Ils reprennent les arguments

(1) Lord Goschen, Sir M. Hicks Beach,

classiques de l’école libérale sur les bienfaits du régime libre-échangiste. Si une certaine stagnation se constate dans l’industrie, elle est due à l'excès de prospérité qui a affaibli l'esprit d'initiative et ralenti les améliorations techniques. Pour y remédier, il suffira de rénover les procédés de production et de vente.

En adoptant la protection, on risquerait de perdre le marché étranger trois ou quatre fois plus important que le marché colonial qui est déjà presque en entier aux mains des Anglais. On reproche au plan de M. Chamberlain de n'être pas pratique, car il ne tient pas compte des barrières douanières que rencontrerout les produits anglais à l’entrée des colonies. De plus, il est d’autres parties de l'Empire très importantes, comme l'Inde, qui pratiquent une politique de libre-échange el qui ne sauraient s’accommoder d’une Union douanière protectionniste : L'Inde écoule, eu effet, la majeure partie de ses produits sur des marchés qu’elle risquerait de voir se fermer par mesure de représailles.

Enfin, le dernier argument qui devait procurer le succès aux libéraux fut que les projets de M. Chamberlain amèneraient la taxation des produits alimentaires dont une grande partie provient des pays étrangers.

Au point de vue de la politique coloniale, les libéraux font aussi des objections aux plans d'Union britannique : les relalions commerciales à l’intérieur de l'Empire ne pourront être réglées que par des traités de commerce entre la métropole et les colonies. Or, ces traités mettraient en danger les principes du self-government des colonies et seraient une cause de froissements.

Tels furent les principaux arguments mis en avant de part et d'autre au sujet de la Réforme du tarif anglais. Cette controverse se poursuivit jusqu'aux élections de 1906 et la position des deux partis n’a pas varié depuis cette époque.

Attitude des colonies. — Aux colonies, l'opinion était nettement favorable aux projets de M. Chamberlain qui déployait tant de zèle à faire triompher dans la métropole les principes formulés par les résolutions de la Conférence de 1902.

En 1904, les législatures de Manitoba et de Nouveau Brunswich émettaient des vœux en faveur de la préférence où elles encourageaient M. Chamberlain dans sa propagande (1).

Par leurs tarifs de 1903, l'Afrique du Sud et la Nouvelle- Zélande suivaient l’exemple du Canada en établissant la préférence pour les produits britanniques.

Des satisfactions partielles étaient en outre accordées aux demandes de Chamberlain relatives à la défense. Le 20 octobre 1903, le Parlement du Cap augmentait la contribution annuelle de la colonie aux dépenses de la marine impériale. Une mesure analogue était proposée en juillet au Parlement australien. D'après l’arrangement de 1887, le versement des colonies australiennes au trésor métropolitain atteignait £ 105.000 auxquelles 1l fallait ajouter les £ 62.000 affectées à l’entretien d'une force navale austra-

(1) V. Paper, Cd. 2326.

lienne. Le nouveau projet portait la contribution à £ 200.000 en tout (1).

Les élections de 1906. — La campagne protectionniste causa à la fois l’impopularité et la désunion du Cabinet Balfour. Celui-ci dut se retirer en décembre 1905, non sans avoir déclaré quelque temps auparavant qu'il réservait la question des tarifs préférentiels intra-impériaux pour une prochaine conférence coloniale à convoquer après les élections générales. Un cabinet libéral Campbell-Bannermann fut constitué et les élections générales eurent lieu en janvier 4906. Les libéraux triomphèrent.

Ce résultat souleva une vive émotion dans les colonies qui avaient compté sur Chamberlain pour leur accorder les concessions qu’elles demandaient. Elles accueillirent d’une façon plutôt froide le nouveau ministère. Aussi ce dernier, pour calmer leurs craintes s'empressa-t-il de donner suite à l'intention manifestée par M. Balfour de réunir une nouvelle conférence. Lord Elgin convoqua pour l’année suivante les premiers coloniaux, déclarant qu'il agissait conformément au vœu exprimé en 1902, de rendre les conférences

périodiques et de les tenir de quaire en quatre ans (1).

3° Conférence de 1907 Son programme. — Le programme de cette conférence fut

(1) Cette augmentation de £ 80.000 fut jugée insuffisante à Londres où l'on fit remarquer que si la contribution du Commonwealth était calculée sur le même pied qu'en Angleterre elle devrait atteindre £ 5 millions.

(2) V. documents parlementaires. Cd. 3337 (fèv. 1907).

soigneusement préparé à l’avance par un échange de vues entre le gouvernement métropolitain et les gouvernements coloniaux. Les matières à discuter furent fixées d’après les propositions des gouvernements coloniaux et du gouvernement brilannique dans une dépêche du 4 janvier 1907 adressée par le ministre des colonies aux gouverneurs.

Le ministre distinguait les questions principales des questions secondaires.

Les questions principales étaient :

La constitution des futures conférences,

Le commerce préférentiel,

La défense,

La naturalisation,

L'émigralion.

Les trois premières étaient proposées par les gouvernements d'Australie, de Nouvelle-Zélande et du Cap. Celui du Canada s'était abstenu.

Lesquestions secondaires proposées soit parles colonies, soit par le gouvernement Impérial, étaient par ordre d'importance :

Les appels judiciaires,

La réservation des bills,

L'extension des intérêts britanniques dans le Pacifique,

L'uniformité des brevets et marques de fabrique,

L'admission réciproque à certaines professions,

Le système métrique.

D’après le programme qui leur était communiqué, les gouvernements coloniaux pouvaient se faire une idée précise des dispositions du Cabinet de Londres.

Celui-ci se montrait plus réservé que jamais sur les

questions qui devaient recevoir une solution pour servir de base à une entente durable avec les colonies.

Au contraire, sur les points essentiels du commerce préférentiel et de la défense Impériale, les trois colonies citées plus haut s’accordaient pour demander une discussion approfondie que le gouvernement métropolitain ne paraissait guère disposé à soutenir. Il allait même jusqu'à passer sous silence la question de la défense Impériale sachant bien que les colonies ne feraient de concessions sérieuses que si la métropole leur accordait la préférence.

L'Australie et le Cap proposent de créer un Conseil de la défense Impériale qui assure la participation des colonies aux charges militaires sansles subordonner purement et simplement à la métropole.

La création d’un Conseil Impérial pourvu d’une certaine permanence est envisagée par l'Australie et par le Cap.

Parmi les sujets de discussion prévus pour la future conférence se trouve aussi la réforme du contrôle Impérial sur l’organisation judiciaire des colonies. L'Australie demande, en effet, la création d’une véritable cour d'Appel Impériale ; le Cap se contente de proposer le remaniement de la juridiction du Conseil privé, la codification des règles de droit et de procédure à suivre par le Conseil et leur uniformité pour tout l'Empire.

Mais l'intérêt de ce programme réside surtout dans ce qu'il montre bien les colonies décidées à se prononcer d'une façon calégorique sur la question de la préférence. Les propositions de l'Australie visent l'extension de la préférence à tous les produits de l’Empire et aussi la réciprocité de la part de la Grande-Bretagne. La Nouvelle-

Zélande part du même principe, mais ses conclusions sont plus modérées, car elles comportent simplement une réduction sur les produits coloniaux taxés par le tarif britannique existant (1). C'est par une formule bien plus énergique que le Cap définit ses intentions : il désire pénétrer le gouvernement de Sa Majesté de cette conviction que le maintien d’un traitement préférentiel pour les producteurs et manufacturiers de Grande-Bretagne dépend largement de l'octroi de quelques privilèges réciproques

aux colonies britanniques.

Les débats de la conférence. — Aïnsi, avant que la conférence ne fût ouverte, les différents participants avaient clairement indiqué dans quel esprit ils entendaient aborder les débats. Ceux-ci ne promettaient pas d'aboutir à un changement sensible dans la constitution de l’Empire. Cependant, on pouvait espérer une entente sur quelques points particuliers. Quant aux discussions sur la préférence, elles ne pouvaient manquer de présenter un intérêt nouveau, car on savait que la question allait être serrée de près par les délégués coloniaux et les ministres britanniques dont les points de vue différaient totalement.

Les délégués coloniaux ne se faisaient done pas d'illusion sur le succès de leurs revendications, décidés à les formuler avec vigueur, tout en se contentant d'avantages accessoires. Aussi surent-ils apprécier la satisfaction morale que Sir H. Campbell-Bannermann leur accorda

dans son discours d'ouverture, le 15 avril. « C’est ici, leur

(1) Cd. 3387, p. IL.

ditil,une conférence de gouvernements à gouvernements». Dès lors, la conférence coloniale méritait plus justement le titre de conférence Impériale qui écartait l’idée d’une subordination des colonies, et c'est ainsi qu'elle a été le plus souveut désignée.

Aussitôt, pour consacrer la situation que Sir H. Campbell leur reconnaît, les premiers coloniaux soulèvent un débat sur l'attribution de la présidence. L'attribuer au Secrétaire colonial serait admettre sa tutelle sur les colonies. Sir W. Laurier s'étant récusé, on nomme donc comme président Sir I. Campbell, et le Secrétaire colonial ne sera que son représentant au fauteuil.

Cette attitude réservée, Sir W. Laurier va la maintenir jusqu’au bout. Le vétéran des conférences coloniales à son siège fail. Il sait qu’il n'obtiendra aucune concession du gouvernement brilannique et il s'abstiendra par calcul de le harceler de ses réclamations, bien décidé lui aussi à rester sur ses positions.

Au contraire M. Deakin délégué du Commonwealth, impérialiste ardent, mais mécontent des dispositions du gouvernement britannique ne perdra aucune occasion de proclamer en de longs discours les revendications des colonies. Il a, d’ailleurs, l'appui de Jameson, le délégué du Cap, et de Sir J. Ward, le délégué de la Nouvelle-Zélande.

Différence de tempérament, sans doute ; mais il ne faut pas oublier aussi que le commerce avec l’Angleterre a plus d'importance pour l'Australie que pour le Canada. Celui-ci peut se consoler plus facilement d’être privé par la métropole de la préférence qui procurerait à l'Australie

des avantages énormes.

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