LORD H A L T) A N E EN A L L P: M A G N E
naux. On remarquait parmi les invités : Lord Kitohener, Lord Curzon, Lord Morley, l'amiral Sir Arthur Wilson, M. A. [Spender et M. Ramsay Macdonald, le chef du Labour party. L'empereur d'Allemagne, renonçant à ses grands airs, se montra d'une humeur agréable et fit, pour autant que je suis reaseigné, une bonne impression sur les invités.
A son départ d'Angleterre les journaux étaient pleins de bons vœux et de félicitations. Tout ce que nos hommes politiques, à commencer par Lord Laiisdowne, M. Cecil Rhodes, M. Joseph Chamberlain et M. Bonar Law, avaient dit à l'avantage de l'empereur et de son peuple, semblait se vérifier. Même les journaux de Lord Northcliffe semblèrent sans méfiance jusqu'à la date du 17 octobre 1913, où l'un d'entre eux s'exprimait ainsi : « Nous reconnaissons tous en l'empereur un parfait geatleman dont la parole vaut mieux que l'engagemeat de beaucoup d'autres, un hôte que nous sommes toujours heureux d'accueillir et tristes de voir partir, un prince dont les ambitioas sont foadées sur uq aussi bon droit que les nôtres. »
En cette même année 1911, le correspondant berlinois du Daily Mail fit, dans une des revues illustrées les plus populaires de Lord Northcliffe, une description enthousaiste de l'empereur, parlant de « son profond attachement pour l'Angleterre et les Anglais » et protestant qu' « aucune des innombrables insinuations dirigées contre le Kaiser ne lui cause plus d'impatience et de chagrin que celle qui prétend faire de lui un ennemi de l'Angleterre... Ce
fut son rêve, dès sa jeunesse, que l'Angleterre et l'Allemagne marchent côte. à côte ».
Et pourtant après la magnifique réceptix)n de Londres, en juillet de la même année, il se produisit ce que M. Oliver appelle le « quatrième et retentissant avertissement de l'Allemagne». Le croiseur allemand Panthère apparut soudain à Agadir comme pour insulter à la France et la provoquer. Peut-être se proposait-on de voir jusqu'à quel point l'Angleterre était engagée vis-à-vis de la France, l'Angleterre qui venait de se montrer si bien disposée à l'égard de l'Allemagne. S'il en fut ainsi la réponse ne tarda pas à venir. Trois semaines plus tard, dans un discours mémorable prononcé à la Mansion House (i), M. Lloyd George annonça au milieu du plus grand enthousiasme que l'Angleterre ne permettrait pas que la France soit attaquée par une autre puissance. Ce discours, qu'on veuille bien le remarquer, n'aurait pas pu retentir avec un pareil accent de conviction si l'organisation militaire du pays n'avait pas été en très bonne voie. Lord Haldane était en mesure d'envoyer un corps expéditionnaire sur le continent, et comme il se rendait parfaitement compte que la situation était menaçante, il fit cesser les manœuvres d'usage et consacra tout l'argent qu'elles coûtaient à compléter les préparatifs d'une mobilisation immédiate — ce qui n'échappa pas à l'attention de l'Allemagne. D'ailleurs l'Allemagne eut connaissance des conférences qui
(^) Maison du lord-maire à Londies.
eurent lieu sous le gouvernement de Lord Haldane entre les états-naajors français et britannique.
Le péril fut conjuré grâce en partie à l'action vigoureuse du gouvernement britannique, mais c'en était fait des bonnes relations entre l'Allemagne et l'Angleterre. La Grande-Bretagne devint défiante à l'extrême et le parti de la guerre allemand exerça une grande influence sur le sentiment national en répétant sur tous les tons : « Je vous l'avais bien dit ! » Le Kaiser se trouva attaqué de tous les côtés par les partisans de la guerre. Ils lui représentèrent que c'était se suicider que d'avoir encore confiance en l'Angleterre, que l'Angleterre excitait par derrière la France et la Russie tant qu'elle pouvait à attaquer l'Allemagne, qu'il était vain de rêver la dissociation de l'Enteute, que l'Entente était bien, comme ils l'avaient toujours dit, l'iastrument d'Edouard VII pour l'écrasement de l'Allemagne. C'était un raisonnement logique, mais contraire à toute vérité (^).
(^) Le correspondant particulier du Times à Amsterdam envoya l'information suivante à son journal, le 31 juillet 1916 : « Le comte Reventlow s'adressant à une nombreuse assemblée à Munich a parlé du développement des relations anglo-allemandes. 11 a dit que l'amiral de Tirpitz avait bien compris que les desseins de l'Angleterre et de l'Allemagne se contrecarraient. Il a dit que pendant douze ou treize ans la politique anglaise avait cherché à constituer une coalition continentale pour l'anéantissement de l'Emipire allemand. Il ne doute pas que l'Angleterre n'ait voulu et préparé cette guerre de propos délibéré et qu'elle ne fasse tout son possible pour arriver à ses fins. Ce n'est pas avec l'Angleterre, mais contre elle, a-t-il dit, que nous obtiendrons la sécurité qui est indispensable à la force du peuple aflemand. Ne nous faisons pas d'illusions. L'Angleterre est encore intacte. La catastrophe financière de l'Angleterre dont on paile tant n'aura pas lieu. Nous ne devons poursuivre qu'un but dans cette guerre et comme il y va de notre vie nous pouvons et voulons faiie la guerre à outrance. »
L'empereur résista à ces représentations. Il envoya un message privé à un de nos ministres (pas à Lord Haldane) par l'intermédiaire d'un ami personnel qu'il avait en Angleterre. Dans ce message, il se disait affligé du nuage qui assombrissait les relations anglo-allemandes et suggérait que les deux gouvernements engagent des pourparlers. L'initiative vint d'Allemagne. M. Ballin, qui était un partisan de la paix et qui avait toutes les raisons de l'être, contribua à faire connaître les vues de l'empereur à notre ministre, et ce fut, en partie du moins, grâce à son influence et à son désir évident de conjurer la guerre (qui, heureuse ou non sur terre, aurait infailliblement détruit sa prospérité d'armateur) que Sir Edouard Grey se reprit à espérer le rétablissement de bonnes relations avec l'Angleterre.
On pensa que le meilleur moyen d'établir ces bonnes relations serait d'envoyer à Berlin un ministre qui fût à même de dire avec autorité que nous étions déterminés à soutenir la France et qui, en outre, fût à même de découvrir ce qui se passait dans les esprits d'Allemagne. Au lieu de recourir aux moyens habituels de communication diplomatique, ce qui aurait pu augmenter les soupçons du Kaiser et provoquer de sa part une rebuffade, le gouvernement décida avec beaucoup de sagesse d'envoyer un ministre qui savait l'allemand à la perfection, qui connaissait personnellement l'empereur et ses principaux ministres et qui était au courant des travaux du ministère britannique des affaires étrangères. Lord Haldane fut choisi pour
€t de Falstafï. C'est dans ces dispositions d'esprit qu'il fut dès le commencement.
M. Frédéric Wile, correspondant berlinois du Daily Mail fait un récit des derniers jours de paix en termes qui ne donnent pas à entendre que « l'Allemagne )), animée d'une impatience belliqueuse, ait préparé et machiné la ' guerre. Au sujet du fatal conseil de guerre réuni à Potsdam, le 29 juillet, il dit dans The Assauli :
« Les détails précis de ce conseil n'ont jamais <( transpiré. Je crois qu'on en peut dire une chose « avec certitude : ce ne fut pas un conseil où régna <( l'harmoïiie et qui finalement vota la guerre. Quoi « qu'il en soit, au début il était divisé en deux <( camps qui se trouvaient en désaccord absolu. « Quelque répugnance que le monde ait à le croire, <( le « parti de la paix » ou ce qui en restait avait, « dit-on, à sa tête, l'empereur lui-même. Bethmann- « Hollweg défendit le point de vue de son maître « impérial, à savoir qu'il ne fallait recourir à la <( guerre qu'à la dernière extrémité... Falkenhayn et « Tirpitz étaient favorables à la guerre. L'Alle- <( magne était prête ; ses adversaires ne l'étaient « pas ; l'issue était évidente. Moltke fit des ré- <( serves. Il est chrétien scientiste et d'ailleurs « pacifique par tempérament. »
M. Wile rapporte en ces termes l'arrivée du Kaiser à Berlin, le vendredi 31 juillet : « Le maître de la « guerre au casque de cuivre... était la personnifica- <( tion de la gravité... Il ne semblait pas un homme <( heureux et il était loin d'avoir cet air superbe que
« je m'étais toujours attendu à lui voir au milieu (( du délire de la guerre. C'était, à ne s'y pas trom- (( per, un empereur anxieux qui entrait dans sa « capitale en cette après-midi d'immortelle mé- (( moire. »
L'après-midi du 1®^ août « passa au milieu d'une (( angoisse presque insupportable. La foule, dans « une attente anxieuse » se pressait Unter den Lin- (( den et dans le Lustgarten qui entoure le château, « Elle était en proie à la terreur plus qu'à la fer- (( veur guerrière. Il était six heures. Le carillon « plaintif de la cathédrale appela les gens au service « d'intercession ordonné par l'empereur ce même (( jour. Il y avait de la solennité dans l'air. On sa- « vait maintenant que la réponse de la Russie... (( signifiait la guerre et non la paix. La confirmation « ne se fit pas longtemps attendre... Le sort en était « jeté. On rapporta que l'empereur, après avoir (( signé l'ordre de mobilisation qui signifiait la « guerre, s'adressant à Moltke, à Falkenhayn et au « reste de la clique militaire, dit : (( Messieurs, vous « vivrez assez longtemps pour le regretter. »
M. Wile raconte l'anecdote suivante dont il garantit l'authenticité : « Je puis garantir la parfaite « exactitude d'un fait antérieur à la guerre et resté « jusqu'ici inédit, qui justifie mes doutes sur la (( responsabilité immédiate de l'empereur, s'il ne c( l'absout pas d'avoir donné son acquiescement et, « par là, son appui au parti de la guerre. Dans « l'après-midi du samedi 1®^ août 1914, la femme « du lieutenant général Helmuth von Moltke, qui
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« était alors chef du grand état-major allemand, « fit une visite à Berlin dans une famille que je ne « nommerai pas. « Ach, quelle journée j'ai passée, Kinder ! dit-elle. Mon mari est revenu à la maison (( juste avant moQ départ. Il s'est jeté sur un ca- « napé éreinté, abîmé de fatigue,' en m'expliquant (( qu'il venait de faire pendant trois jours le travail « le plus dur qu'il ait jamais fait dans toute sa vie — (( il a aidé à amener le Kaiser à signer l'ordre de (( mobilisation. »
Qu'on examine les deux mots offensif et défensif pour voir ce qu'on en peut tirer. Les Anglais firentils en Egypte, dans l'Afrique du Sud et dans l'Himalaya des guerres offensives ou défensives ? Quand Lord Roberts partit pour Kandahar, menait-il une campagne offensive ou défensive ? Quand Lord Kitchener se mit en route à travers le désert d'Arabie, entreprenait-il une guerre offensive ou défensive ? Et quand Sir Redvers Buller débarqua en Afrique du Sud, était-il à la tête d'une expédition offensive ou défensive ? Dans cliacun de ces cas nous ne manquons pas de répondre avec confiance que notre pays menait une guerre défensive. L'empereur d'Allemagne de même, persuadé que le péril slave qui menaçait l'Autriche le menaçait lui aussi, croyait et croit encore faire une guerre défensive.
La fureur du parti de la guerre contre notre pays n'est difficile à comprendre que pour ceux d'entre nous qui n'ont cessé d'accuser le gouvernement et de calomnier nos classes ouvrières. La rage de la Prusse envers l'Angleterre est la rage du joueur déçu,
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déjoué et ruiné. L'entrée de l'Angleterre sur le champ de bataille a mis un terme aux espoirs aile* mands. Dès l'instant où notre diplomatie fit clairement comprendre à l'Allemagne que nous interviendrions si elle violait la neutralité belge, l'âme prussienne fut remplie de l'amertume la plus amère et quand, le 4 août, nous avons déclaré la guerre à l'Allemagne une tempête de rage s'abattit sur nous comme il ne s'en était jamais vu entre nations.
Et pourtant M. Oliver a l'audace de dire dans Ordeal hy battis que l'Allemagne ne nous déteste que parce qu'elle nous méprise ! La littérature tout entière n'offre pas, que je sache, d'exemple de préjugé plus éclatant que cette affirmation solennellement faite par un homme qui s'est assis à sa table pour écrire un livre sur sa marotte à l'heure où les piliers de la civilisation chancelaient et où le sol de l'Europe ruisselait de sang. Qu'on me permette de citer les paroles mêmes de M. Oliver :
(( Ce n'est pas un paradoxe, mais une simple « constatation de fait que de dire que le principal (( grief de F Allemagne contre nous a été que nous « n'étions pas préparés à résister à son attaque. Sa (( haine qui nous a causé et qui nous cause encore (( tant de stupeur était fondée sur le plus solide des « fondements — le manque de respect. »
Qu'on veuille bien remarquer que ces mots ont été écrits après des batailles qui ont couvert les armes britanniques d'une gloire inconnue jusqu'à ce jour — après des batailles où les soldats britanniques ont brisé pour jamais les rêves conquérants
de FAllemagne. La cigarette aux lèvres, impassible au milieu de ses soldats incomparables, Lord French a contenu les légions de la plus puissante machine de guerre que le monde ait jamais connue, il les a contenues, il les a mises en pièces coup sur coup et, pour finir, il les a repoussées chancelantes loin des côtes de France. Au moment où M. Oliver écrivait, les mers du monde avaient été débarrassées du commerce allemand. Nos navires de guerre et notre marine marchande allaient où il leur plaisait. Les colonies de rAHemagne tombaient en notre pouvoir, et la France se préparait dans le calme et sans précipitation à regagner le terrain perdu et à aller de l'avant.
M. Oliver tombe dans la même erreur que feu le professeur Cramb, il confond la fureur de 'la jalousie avec la froide passion qu'est le mépris. Frédéric le Grand a dit : « Tout dépend pour l'homme du moment où il vient au monde. Bien que je sois venu trop tard, je ne le regrette pas : j'ai vu Voltaire... » Cramb comprit que l'Allemagne était venue trop tard, mais il prit le dépit et la colère qu'elle éprouvait à notre égard pour le mépris d'une âme supérieure. Si l'on examine l'œuvre de Treitschke on s'aperçoit que ses sentiments à l'égard de l'Angleterre sont beaucoup trop ardents et même frénétiques pour être inspirés par un mépris sincère. Assurément une juste indignation peut altérer le mépris, mais le mépris n'écume pas, ne tape pas du pied, ne gesticule pas et ne dit pas des bêtises.
Nous connaissons maintenant le vrai sentiment
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de l'Allemagne à notre égard. Tant que nous aspirions à la paix nous étions le malandrin qui s'est retiré des affaires, fortune faite, et qui s'est mis sous la protection de la police. Mais dès que nous eûmes mis en mouvement notre flotte puissante et armé 5 millions de libres citoyens, nous devînmes des tyrans inhumains. On feignait le mépris pour le malandrin retiré des affaires, tandis que la crainte de l'agent de poMce est réelle et sincère.
Nos propres militaristes ne sont pas plus conséquents. Le professeur Cramb, par exemple, a pour le pacifisme des sentiments de fureur fanatique. Il ne croit pas que l'humanité puisse jamais échapper ou doive désirer d'échapper à la fatalité de la guerre. Il serre Bernhardi contre son cœur parce qu'à la question : « Qu'est-ce que l'Allemagne ? » ce soldat répond : « C'est la lutte, c'est la guerre ». Cependant nous lisons dans Germany and England : (( Le premier roulement de tojmerre qui annonce l'approche du terrible orage, l'approche de la guerre. » Pourquoi « terrible » ? Si le pacifisme est méprisable, pourquoi ne pas dire magnifique, ou délicieux, ou bienfaisant ? Et pourquoi, quand la guerre éclate et qu'elle est accompagnée par ces horribles excès et les atrocités qui ont toujours accompagné la guerre, pourquoi nos militaristes sontils les premiers à hurler contre l'inhumanité de la nation guerrière qu'ils n'ont cessé de citer en exemple à notre admiration ?
Les Allemands, nous a-t-on dit, aimaient cette sentence de Nietzsche : « L'homme, après tout, ne
désire pas réellement le bonheur, excepté l'Anglais. » Cette- sentence place adroitenient l'Anglais « en dehors de l'humanité ». Mais dès que l'Anglais, un peu fatigué de ces railleries, entreprend de rendre l'Allemagne très malheureuse, plus malheureuse qu'elle ne l'avait jamais été, au lieu de nous remercier, au lieu d'exprimer à notre pays des sentiments de gratitude et d'amour, les guerriers d'Allemagne éclatent presque de haine. Il n'y a pas moyen de contenter un militariste.
On a accusé l'Angleterre d'être nonchalante, lâche et dégénérée : ce n'est pas le moment de discuter ces accusations. L'histoire trouvera à la fin des <Euvres de Treitschke, des pamphlets de Bernhardi et des conférences névrosiques du pauvre professeur Cramb, une sentence sim.ple et décisive écrite par le plus grand historien qui ait jamais vécu : — Ce n'est pas vrai (signé) : Thomas d'Aquin.
Qu'un homme qui est dans son bon sens puisse écrire gravement, à l'heure tragique où l'Angleterre sauve son alliée sur le sol étranger, que nous n'étions pas préparés à résister à l'attaque de l'Allemagne, cela passe ma compréhension ; mais qu'il pousse la folie au point de dire que l'Allemagne — qui a été saignée, meurtrie et rompue par nos troupes, qui grince des dents de rage contre nous, qui a été frustrée de toutes ses illusions à cause de nous — dire que cette Allemagne écumante de colère, vociférante et devenue folle, nous détestait parce qu'elle ne pouvait pas nous respecter, c'est tellement stupéfiant et effarant qu'il n'y a rien à répondre et qu'i^
faut s'eïi souvenir comme d'un monument de monomanie.
Je voudrais prier M. Oliver et ceux qui partagent ses opinions de lire ce qu'un correspondant particulier du Times disait, le 3 [août 1916, des incomparables troupes britanniques : « C'est presque un « lien commun que de dire que notre premier corps « expéditionnaire était probablement, de toutes les (( armées de même grandeur, la plus belle que le « monde ait jamais vue. Nos alliés le reconnaissent « et nos ennemis le reconnaîtront. La France ou « l'Allemagne auraient pu peut-être choisir parmi « leurs millions de soldats et constituer ^vec les « troupes d'élite une même armée, méprisable par « le nombre et d'un courage invincible, mais une « pareille armée n'existait pas et n'a jamais existé-
« Certaines personnes craignent que la majesté « de la nouvelle armée ne fasse oublier la splendeur « de l'ancienne. Il n'y a pas de danger que cela « arrive. L'ancienne armée ne cessera jamais d'être « honorée. C'est son exemple et son œuvre qui ont « permis à la nouvelle armée d'être ce qu'elle s'est « révélée. »
Ce fut /'arrivée sur le champ de bataille du corps expéditionnaire britannique, créé par un homme que M. Oliver insulte sans vergogne, qui apprit aux Allemands comme rien ne pouvait le leur apprendre à cette époque, à part la flotte britannique, que leur guerre défensive était bien, en réalité, une guerre défensive et qui les éprouverait jusqu'à l'âme. M. Venizelos déclara, dit-on, que l'Allemagne avait
été battue sur la Marne, mais qu'il lui faudrait deux ans pour le comprendre.
Loin de nous mépriser l'Allemagne nous craignait plus que tout au monde. Sans doute quelques fanatiques s'efforcèrent de prouver que nous étions décadents, de même que chez nous il y eut des gens qui tâchèrent de prouver que l'Allemagne était dissolue et son armée surmenée. Mais les Allemands de sang-froid comprenaient que de toutes les puissances que l'Allemagne devait craindre, l'Angleterre était la plus redoutable et qu'avant de songer à la domination du monde il lui fallait affronter « l'invincible courage britannique qui n'est jamais aussi tranquille et opiniâtre que vers la fin d'une journée incertaine et meurtrière ».
La rage de l'empereur, la rage des pacifistes allemands, des pasteurs, des professeurs et des politiciens a été causée par les sarcasmes du parti de la guerre : « Nous vous l'avions bien dit ! » L'Allemagne croit maintenant, presque comme un seul homme, qu'Edouard VII, en effet, fit le plan de l'encercler et qu'en effet il machina la triple attaque que ni la puissance prussienne, elle le comprit tout de suite, ni le courage prussien, ni même la brutalité prussienne ne pourraient à la longue repousser(*).
Il est probable que l'Allemagne n'aurait jamais risqué une attaque contre la Russie et la France si elle avait été absolument sûre que la Grande-Bretagne s'en mêlerait. Elle courut le risque parce
[^) Cf. Appendice, note H.
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qu'elle croyait la Grande-Bretagne engagée dans les difficultés irlandaises au point de ne pas pouvoir remplir ses engagements sur le continent. Parce que la Grande-Bretagne a écarté la folie d'une guerre civile et pris sa place aux côtés de la France, l'Allemagne croit que la fin suprême de notre politique étrangère était la destruction de sa prospérité commerciale.
Dans le prochain chapitre je m'efforcerai de donner au lecteur une idée du rôle joué par la Grande- Bretagne dans cette guerre pour la liberté de l'humanité et le respect des lois internationales. Ce rôle magnifique et glorieux ne doit pas nous faire oublier que la diplomatie digne, loyale et énergique de la Grande-Bretagne, tout en envisageant l'éventualité de la guerre, a travaillé sans peur et sans reproche au maintien de la paix du monde. Ce n'est qu'en insista Qt inlassablement sur ce fait historique que nous pouvons défendre la mémoire d'un noble roi et réveiller la conscience des meilleurs d'entre les Allemands.
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