‹ L'Angleterre, la Chine et l'Inde (volume 2)Chapitre 11 sur 19 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Insurrection actuelle contre les Tartares Manddiôux.

Depuis que la Gbiiie sabit» en 1650, le joug des HàndchoQx, il s'or-» gaiiisa dans ce pays diverses sociétés secrètes ayant plus oa moins direc-* tement pour but i'iadépendauce nationale (1). Les priiicipales furent celles qui pofteal leb noms de Pe-lan^kieo et de San-ho^-huei. Cette dernière a toujours eu pour devise :

Fu yjM EN ËADT

Ming 0J^ HIN6, FAn 2)^ A BAS .

.Tsing ^ TSINC.

C'est-à-dire : En haut tes MingB, à bas tes Tèings, ott, selon notre manière de nous exprimer : Vivent les Mings, m0tt auui Tsings; or les Mings sont la dynastie qui succomba lors de la conquête mandchoue, et la dynastie mandchoue a pris le nom de Tsing.

Les San-ho-huei sont aujourd'hui extrêmement nombreuï, sartout daçs les provinces méridionales, et ils foUt ouvertement un grand usage de la devise de leur drapeau , en ayant seulement la précaution d^ modifier le second et le quatrième mot de cette manière :

£N HAUT VERTU, A BAS VIClî.

De cette manière les mandariils ne peuvent les pnoir^ La sage àdmi* nistration des empereure mandchoux , spécialement de Kang-hi et de Kien-lung, princes extrêmement remarquables i neutralisa les eiïorts des

(1) Voyez la note D à la fin du voltimet

ennemis de leur domination, et il parait que la société secrète dont nous parlons a fini par ne se composer guère que du rebut du peuple.

Néanmoins la dynastie tartare a beaucoup perdu de sa force morale sous les deux derniers empereurs, Kiaking et Tao-kuang, princes qui n'avaient pour le gouvernement qu'une capacité médiocre. Leur principale faute a été de recourir, pour couvrir le déficit annuel du trésor, à la vente des emplois publics. Rien n'était mieux organisé, ni plus propre à relever les agents du pouvoir que le système des concours , établi en Chine depuis la plus haute antiquité. Dans tous les pays du monde, sans excepter les États constitutionnels^ on voit monter au pouvoir , et quelquefois d'une manière imprévue , bien des hommes indignes de. l'exercer. Gela ne pouvait être en Chine , parce que » pour arriver H l'emploi même le pàus infime , il était indispensable de passer par pluûeurs examens rigoureux se prolongeant pendant des années. Mais on a fait à cette admirable organisation une terrible brèche par la vente des emplois ; et l'on peut dire que la cour a disloqué la machine gouvernementale et organisé le désordre tt l'arbitraire. Les maux produits par cette dérogation aux lois et aux maximes anciennes^ sont si grands, queTao-kuang lui-même, malgré le peu d'étendue de son intelligence, les connaissait fort bien , mais il n*osait y remédier.

Je vais rapporter ce qu'il disait à ce sujet aùr haut mandarin Pi-ku«>i « dans la conversation dont j'ai donné quelques exUraits dans le chapitre précédent.

U faut remarquer qu'à cette époque Pi-kuei avait été nommé surinten-* dant des finances de la province de Canton, et que le fonctionnaire investi de cette chaire est celui qui a le plus de part à i'examen et à l'admission des candidats, ainsi qu'à la distribution des emfdois. Voici les paroles de l'empereur.

« L'état des dépenses du gouvernement rendant nécessaire qu'une voie soit ouverte aux personnes qui désirent s'élever en payant, il est plus difficile que jamais d'établir une distinction enlre Tintelligent et le stupide.... Je n'ai qu'une seule chos& à faire observer. (Vous n'êtes pas devenu employé au moyen de voire aident , autrement je ne dirais pas cela.) Parmi les gros, les riches marchands, il en est d'énormément stupides , qui ne savent rien d'aucune sorte d'affaires, qui n'ont pas même rempli les fonctions de .magistrats assistants, qui, comme le dit le proverbe, connaissent seulement une soucoupe pleine de caractères, fussent^ils même gros comme des lichis (1), qu'on ne devrait avancer par

(t) C'est-à-dire « les caractères que peut contenir nne souconpe. » Il est d^osage, en Chine , d'ornementer les tasses à thé et les soucoupes en y peignant des vers et des sentABce». Le lichi est un fruit de la srosseur d'une n^i^. . .

— iM —

aocQn motif. Votre emploi comme surintendant promciar des finances est un emploi permanent , et vous devez prendre garde de ne point laisser passer les incapables, comme d'antres ont pu l'avoir fait jusqu'à présent. »

Le discrédit dans lequel était lombé, depuis quelques années, le gou^ vernement mandchou, s'est beaucoup accru pendant ia guerre de 1840 contre les Anglais; car, après avoir provoqué cetle' guerre, le gouvmie»ment a été honteusement vamcn, et a subi l'humiliation de céder une partie du territoire (Hong-kong), et de payer une forte indemnité en argent.

Toutes ces causes réunies ont contribué à fiire naître et ï développer l'insurrection actuelle, dite des Tae- pings, insurrection qui se présente avec des caractères si singuliers et si inattendus , que si elle parvient | à triompher, elle opérera en Chine le changement le phis profond que cet | empire ait éprouvé depuis qu'il existe.

Les données qu'on a pu obtenir sur l'histoire de ce mouvement politique i sont encore insuffisantes et confuses. Tout ce qui a été publié se réduit à quelques relations faites par deux ministres protestants, MM. Roberts et Hamberg , à celles de M. Meadwous , qui a eu sous les yeux les livres des rebelles, et à des articles de quelques journaux de Hong-kong et de €hangha!. Réunissant tous ces renseignements et quelques faits que j'ai pu me procurer de mon côté, je vais donner une idée de l'origine et de la marche de l'insurrection actuelle.

Après que la paix eut été conclue avec les Anglais, en 1843, on Ucencia plusieurs corps irréguliers qui avalent été organisés pour la défense de la ville et de la province de Canton. Alors un grand nombre d'individus qui avaient perdu l'habitude du travail formèrent des bandes de voleurs, et se mirent à rançonner les commerçants des provinces de Canton et de Kouan-si, qui venaient à Canton vendre des thés aux étrangers. Cet exemple fut suivi par les Miao-tse , qui habitent des montagnes escarpés situées dans la même contrée , et qui ne se sont jamais complètement soumis au gouvernement des Mandchoux. A ia fin de 1849 ces divers insurgés reçurent un renfort considérable et tout à fait inespéré. Une flottille de bateaux à vapeur anglais détruisit, le 23 octobre, ï l'extrémité sud de la côte de l'empire, cinquante-huit jonques de pirates. Ceux-ci, quoique renommés par leur férocité, ne firent qu'une résistance insignifiante, s'en* fuirent tous à terre avec leurs armes, et, au nombre d'environ deux mille, se réunirent aux brigands dont nous venons de parler. Ce fut alors que l'insurrection commença ï prendre un aspect sérieux ; vers cette époque aussi commença à figurer parmi les rebelles un homme nouble appelé Hung-seu-tsuen , qui bientôt devint le chef général du mouvement, et

qtA a acbefié d'organifer Tiiisiirrectioft en se dédarant emperear ^ m ddaaiâiit h fa dynastie !q titre de Xae-ping (la paix arivtrselfe).

Car tes coinmencements de cet aTenturier on ne sait absolument q«e ce qu'en ont dit les deux missionnaires déjà cités, MM. Roberts et Hamberg* ÔànUti TÎt arriver chez lui^ à Hong-kong, en- 1S52, nn Chinoig de Cantott appelé Hong-îui , qui se disait parent on ami de Hnng-seu-tsnen, efc qui lui donna sur ce personnage qudques renseignements que M. Ham^ berg publia» Vcnei le résnoié; de ces rei^ignemenls.

iM miastOnnaifes, désirant fanre deseonvennons, récoltent ordinairement chez enx quelques Chinois pauvres qui paraissent disposés à se ftjre ehrétieB9» et les inatiroisent. €^ Chinois finissent quelquefois par être bafiliste el par obtenir, avec des appointements mensuels, Peo^oi de caté^ifite » ôin celw de mattre d^école ou d'infirmier, si la mission entre* tlei^ une éoele om vm hdpital. U est usé de cencevolr que parfois des Chinois sans ressources ont recours à l'expédient de se présenter cies un n)iasi<^nnaire prolesiant on cathoMqne, où ils ont tout d'abord la nonrrîture et le togènient , et oâ , pins tard , ils pourront pent-êire obtenir nn «inploi*^ B paraît que liunf-*sett-t»ten, s^étant trouvé à Canton dans une Mtualion smnblaUe, alla» vers le milieu de 18^7, avec on de ses ainis, diea AL Réheris, deinandant rwi et l'antre h être instmits dans la reli* giDn, An bout de quelques jours, Tami s'ennuya et partit ; nuds Uni^-sent^nen y demeiuva denx mois, après lesquels il demanda à être baptisé et I recevoir des appointements mensuels. Mais M. Rdwrts n'accéda ni à IHine m à l'autre de œe demandes» répondant à la première qne Tinstruclion n*ét«ii pas eneore suSsame* Ce rdM de M, Roberts prouve qu'il jogea que l'uniqne but de Hui^-seu-tsuen était de se procurer nn moyen facile de gagner sa vie# Quoi qu'il en soit^ le fait est que Hung-sen-twen , n'ayant pu obtenir des appoiotemeiits, s'en alla.

De$ récits faits alor» par lui, et plus tard, en 1852, pnr Hm^jui, il résulte que Hung^sen-lsu^ est né en 1813, à dix lieues nord-^nest de Unt(Hi, daos nn village on son père, pauvre laboureur, avaût mie petite propriété» Aidé par quelques parents, il fréquenta une école jusqu'à l'âge de seiae ans,, puis il seconda son père dans les travaux des champs, s'oc* cupaot plus spécialement de mea^ paître les tronp^mx dans les câlines. Cependant ses parents parvinrent à le placer amme maître d'école, pi^iession qu'il exerça tout en se préparant k subir des examens pour obtemr le ^ade de siut-sai, et dans ce but, il se rendit plusieurs fois à Cantoi d€$^nis 18Sa; mais il ne put jamais réussir. Dans nn de ces vo^es, il rencontra un (Mnm converti et devenu missionnaire^ teqari distribuait 4ea fragments de la Bible ; il en prit un, et ce fui |»robaUement par mite 4e celtA. cificenstimce qi^'cn 1847 a ent Tidée d'aUer efaei M. ftoberis* B

nifonta à ce demiw qoVH itil , peadnit iiii<d mftl«4S« qfi« lui eausa te diagrio devoir éehoué dans ses examens, it em nue tisîeil dans laq^ellb U se trotifa an cftel en présence d^uti vie^ard vénérable, etc. Il ajouta que , peu de Jours avant sa visite ii M. Roberis, lisant par hasard les brochures r«4lgieqses qu4i avait* reçuee des «latns du Chinois missionnaire en lë&5, ti avait reconnu que oMtàit le vrai Dieu lui-même quMI avait vH durant aa maladie, et que cela avait opéré sa oonve^on. H est très-permis de regarder cette vision comme un conte intenté par Rang-sen-tsuen pour duauer une «ipMoation plaustbie dé la démardhe qu'il faisait en venant diet M. Reberts, tin de demander l'hospitalité et ensuite un emploi.

Ifung->fle»*tsuen, ainsi que Vont raconté plus tard ses partisans et luimême, eomusença à prêcher le christianisme dans son village, en 184' {avaiK d^avoir connu M. Roberts) , et' convertit quelques-uns dé seé parentis, notamment un autre j«une maître d^école appelé Fung-yun-san. Ce changement de religion leur ayant fait perdre tous leurs élèves, Us partirent, au commenr^ment de iS(t4» pour aller répandre leurs docirineidiinillesfldentagnes'habitées par les Miao-tse, et, chemin faisant, iisconveitirenjt |4usieura personnes. Arrivé» dans les montagnes , Ils érigèrent quatre jo^s sans pouvoir se faire comprendre des habitants; maib enfin ils rencoutilèrent un de leurs compatriotes, établi dans le pays coAime maître de langue chinoise, qui leur donna l'hospitaHté. Pm^S, voyant qu'ite n'obtenaient aucun résultat, ils allèrent à la recherche d'un parent de Bung^seu^tsuen a^ielé Wang, qui résidait dans le district de Kwei, province de Kouaiig*9l> et qui povrvut à leur subsistante pendant cinq moiiâf. Jla firent en cet endtt^t plus de cent conversions. Fung-yun-san partit alors de chez Wang pour retourner daj^s son village; mais, après deux ou trais jours de marche, il rencontra une troupe de journaliers de sa connaissance, qui allaient travailler dans le district de Kwei-ping. Poussé par ie désir de faire des conversions. Il se joignit à eux et ti*availla ë charrier de la teiTc. Il convertit plusieurs de ses compagnons, et enfin le chef ou directeur des travaux embrassa bi-môme sa doctrine; alors il fonda la Société des Adorateurs de Dieu, et quatre ans après, en i8û8, il retourna daiM son village.

Hung*seQ«t8uen , après avoir été chez M, Robcris, retourna chez son parent Wang, dans le district de KWeî-pîng, ofk il trouva la société fondée par Pong^yun-^san. Comme il était le plus instruit de tous et qu'il avait converti Fung«yun-«9an4ui*même, on le reconnut pour chef, et il se trouva ainsi à la tête de la Soèiété des Adorateurs de Dieu^ qui comp^ tait déjà de nombreux adeptes.

Telles sont les explications données par tes paitisatls et les protecteurs de DiHifh8^-^«tt. Quant à moi , it me palpait évident que lui et son côni^

pagnon étaient tout simpleineiit deux iadividus très-pauvres et très-'pea honorables, qai, aa moment des troubles survenus dans les provinces de Kouan-touDget Kpoan-si, lorsque la guerre avec les Anglais fut terminée, sortirent de leur village et lièrent, poussés par leur caractère ambitieux et hardi, à la recherche de quelque moyen d'existence. Leur première excur*sion fut dans les montagnes des Miao-tse; et si en effet ils cherchèrent à y faire des prosélytes, ce ne fut certainement que pour organiser une bande de voleurs ou de perturbateurs. Sinon , comment se fait-il que Hung-seu* tsueuy après avoir, . pendant trois ans, rempli les fonctimis de missionnaire chrétien et avoir opéré de nombreuses conversions, en commençant par celle de Fung-ynn-san, aille en 18^7 chez M. Roberts pour être instruit, et , au bout de deux mois d'étude , demande à demeurer à son service moyennant des appointements? Et pourquoi ne dit-il rien à ce dernier des travaux qu'il a déjà exécutés en faveur de la religion, et des succès qu'il a obtenus?

C'est ici que doit trouver place uni incident encore ignoré do public» Pendant l'été de 18&9 , le gouverneur de Macao ïut assassiné , ce qui donna lieu à des hostilités entre les Chinois et les Portugais, qui prirent d'assaut le fort de Pasaglian. Le gouvernement de Lisbonne envoya comme nouveau gouverneur le contre-amiral A. da Cunha , avec trois vaisseaux de guerre et quelques troupes qu'on retira de Goa. On pensait que la de; mande d'une satisfaction, pour l'assassinat de M, Âmaral donnerait lieu ï un renouvellement d'hostilités sur une plus grande échelle. Au milieu de ces événements, qui se passaient an commencement de l'été de 1850, un Chinois bien vêtu se présenta un jour chez l'interprète du gouvernement, M. J. Rqdriguez. Il se mit à lui parler avec beaucoup de mystère, regardant de tous côtés d'un air inquiet, comme pour s'assurer que personne ne l'écoutait M. Rodriguez, qui sait parfaitement le chiuois mandarin et celui de Canton , ne comprenait pourtant pas un mot à ce que lui disait cet homme, et trouvait par conséquent fort ridicule la peur qu'il paraissait avoir d'être entendu. Enfin il l'engagea par signes à écrire ce qu'il voulait lui dire; on sait en effet que les Chinois de provinces différentes, qui ne se comprennent pas de vive voix , s'entendent parfaitement au moyen de l'écriture, qui est la même pour tous. Alors cet homtçe, qui probablement était des monts Miao-tse, se retira; mais il revint le lendemain , montrant toujours la même crainte d'être vu ou entendu, et lui remit un papier, dont je donne plus bas la traduction, que m'a communiquée M* Rodriguez lui-même. Celui-ci crut que te Chinois était fou ou se mo* quait de lui, ou bien qii'on voulait tramer contre lui quelque intrigue; il le congédia donc brusquement II faut considérer qu'à cette époque, quoiqu'on sût qu'il existait dans la^ province de grandes bandes de voleurs, per*

sonne ne se doutait qu*il y eût là lé principe d'un mouvement politlciue. Ainsi M. Rodrtguez ne songea même pas à parter à personne de cet incident, dont il ne comprit la portée que lorsque la révolte se fut formelle* ment déclarée.

Cela m'étonne d'autant mwns de la part de M. Rodriguez, qu'il m'arriva àmoi-même quelque chose de siemblable vers k même époque. Étant un jour trèsM)ccupé à écrire (un n«tvire à vapeur allait partir pour l'Europe), mon maître d'hôtel chinois vint me dire qu'un indigène, qui vendait des cravates, demandait avec instance à monter jusqu'à ma chambre. Je lui répondis, comme il s'y attendait, que je n'avais pas de cravates à acheter. Au bout d'un moment, le maître d'hôtel revint disant que le Chinois demandait avec instance à monter, et de fait il était monté derrière le maître d'hôtel , en sorte que tandis que je répétais à ce dernier que je ne voulais pas le voir et qu'il ne laissât monter personne, le Chinois entra tout à coup dans ma chambre , ce qui m'impatienta. Le maître d'hôtel était resté à la porte avec un autre domestique qui , frappé de l'aspect du marchand et de son obstination, était nM)nté derrière lui. Ce marchand chinois était un homme d'âge moyen, très-bien vêtu et d'une physionomie très-intelligente. Il portait un petit paquet, qu'il ouvrit à l'instant, et dans lequel se trouvait une écharpe de filet de soie bleue. Il la prit dans ses mains et me la montra en me regardant fixement, comme pour appeler mon attention. J'étais si préoccupé de ma correspondance, et si ennuyé par la présence de cet homme qui était venu me déranger, que tout en disant en moi-même : « Que diable cet homme veut-tl que je fasse de son écharpe? » j'ordonnai à mes domestiques de le faire sortir, ei en effet mon maître d'hôtel s'avança à l'instant, et le saisissant par le bras, le poussa hors de l'appartement. Mais comme j'achevais l'alinéa que j'étais en train d'écrire, il me revint tout à coup à la pensée que l'écharpe que cet homme m'avait montrée était un signe de ralliement d'une société secrète antimandchoue. Me rappelant la description que l'op m'avait faite de ce signe , et réfléchissant au regaid expressif du Chinois et à toutes les circonstances de sa visite, je fus convaincu que cet individu était un agent envoyé vers moi pour entrer eu relation. J'appelai aussitôt mon maître d'hôtel , et j'ordonnai que l'on rappelât le marchand de cravates; mais personne ne put . dire par où il était^passé, et j'appris ensuite que ce n'était pas on mar-^ chaud de Macao, mais un étranger. Cela me confirma dans ma conviction, et me fit éprouver un plus vif désir de parier à cet homme; mais toutes les démarches qu'on put faire pour le retrouver furent inutiles. Plus tard, je sus qu'il était parti pour Cautom

Ni cet homme ni celui qui se présenta â M. Rodriguez ne donnèrent auenne indication qui fit allunon au christianisme.

V<M«i le ineo^^uia du (iiji^^

« Noa& exposons i $ou £icel|ence (1) qtt>;«iit mwt»% «Hi Hx^ qu'elle » ^nii hvmmt^ ^\}mtm% priideiice et ré0Qlutio»s que sa renommée 9*eic » étendue par tout i* univers, que tous lui rendent obéissance (2), etiéMt^ » ïifm d^ miUier« «H des niiUi^r& d'beoimeft» toiia âdèks» poarTos de 9 vivires ea sjbwdaftiQ^ ^t ^ymk% [^ uiêaiesi opinioQs (B) , sous ¥<idq»s «^us » n^ettre^ ^ s^ çrdre^ pour noua ei«par^ du p2^$ (4)* En eoaséqueftee, « çoiaioe nous ne savons pas. si elle paruge ttQtr« lomèipe de peoser« aou^ » la suppïoa^ , dai)s le cii» o^ U en semi «mai» de uous faire la grâce de 4 nous r^poodre-^

» INous nous, pr^teruons denot Sou ExeeUence » la suppliant de prendre n. eu considération cette aŒ»if e. » .

M, M eadftwg, en 1853, à Nankin, eut une cenT^sation nTtc un taer ping miao-^tse » qui lui dit que dans Tarooée de Hung^iep-^tsnea il y avait 3,000 Miao-tses 2 il se vantait que les Miao-tse» n'avaient jaoïais recoona. ks Mandchoux et ne s'étaieat poûit eoupé les cheveux.

Il n'est pa9 possiU^ mainteni»nt d'établir ce qu'était la SociMé des. Jtdor r atours (U Dist/^, que Fui^-yun-s^n fonda d^tns le district de Kwei<4^tng , et que l'on suppose s'être (^tendue ensuite rapidement danj»beancottp d'antres disti'icts; mais, sai^ aucun doute» il y avait là quelque chose du chris*tianisme*. Le fondateur fini! par être aiTêté par les aiMiorités, et, ^ cette ^ occasion^ Hung*seu<tsuen partit pour Canton, où il arriva le 20 mars 1848., d^ns le but de faire des représentations en faveur de Fung-yuo^san , se fondant sur ce qui9 l'emperenr avait rendu ua décret qui dédarail que k religion chrétienne était t(Aérée (5)^ Mais, il s'abstint de toute démarche,

( t) Le gouverneur de siacao.

(2) Compliments dans le st^le chinois.

(3) Cela peut siguifier ; tom wiis mire nous par ifis mêm0$ opinà9ns , ou c^nt les mêmes opinions qm vous,.PorttigaiSK

(4) C'est-à-dire renverser le gouTernemeiit.

(5) En 1839 , un naturel des Philippines , d'une apparence ordinaire, que j'ai personnellement connu, organisa à Manille une confrérie, ou société religieuse, en Pbonneur de saint Joseph. Les frèfres de cette congrégation se rassemblaient pour prier œrtains jours déterminés, et tons les mois ils entendaient une messe soienneUe. ]^ antori^ civiles et ecclésiastiques ne voyant en cela qu'un bat. eisfituswement pieux, ne conçurent nulle crainte sur la propagande de cette confrérie , qui bientôt s'étendit à plusieurs provinces. Plus tard, ayant remarqué que ces gens-là ne recevaient dans leur société aucun Espagnol, le gouvernement de Tarchipel, dont les soupçons avaient été éveillés par d'autres circonstances, interdit la confrérie. Ses directeurs réclamèrent contre cette interdiction par tous les moyens légaux; mais leurs rédamationft n'ayant pas trouvé d'appui , ils se déclarèrent ouvertement en rébellion contre la domination espagnole en tS4l. On envoya des troupes à Imu leor

parce qu'il sut pat €4wimw de M. Robwtê qae Kiryiog venait de partir pour Pttins et aussi, pea^ètre» parce qu'on lai dit que le décret obtenu par ce me->rm, eu faveur de M. de Lagrenée» n'était qu'un document îttnsoiri!.

HttOgHseu-tsuen et Fung-yun-san partirent bientôt pour leur village ; ils y demeurèrent jusqu'en juillet 1849«» époque où ils se rendirent à Kôuang*». Vers le milieu de 1850, les autorités voulurent les arrêter, et, afin qu'ils ne pussent s'échapper, elles aposièrcnt des soldats aux issues d'un endroit où ils s'étaient réfugiés. Un adepte nommé Lan^seu-tsing, celui-là même qui depuis est devenu général en chef de l'armée sous le titre de prince Oriénial, instruit du dai^r qu'ils couraient, rassembla autant de monde qu'il put, bj^ttit les soldais impériaux et délivra les deux chefs, qui furent portés en triomphe dans leurs montagnes. Hung*8eu*t8uen adressa ausûtôl un appel général \k tous les rebelles, sans excepter ni voleurs ni pirates, et, pendant l'automne de iSSO, il ouvrit la campagne contre les forces du gouvernement.

Il ne faut pas ouMiar qu'à la fin d'octobre une flottille de h% jonques avait été détruite par les Anglais, et que par suite de cet événement, 2,000 piratai aUèrent se réunir aux bandes de voleurs qui se trouvaient dans le pays. Ce fut probablement ce renfcnrt qui, en 4850 , commença à donner de l'importance au mouvement insurrectioanel , dont Hong-sea-4su^ , à cause de l'ascendant que lui donnait l'éducatitm qu'il avait reçue, parvint à prendre la directum supérieure.

Ce qu'il y a de plus singulier et de plus imprévu dans ce mouvement, c'est qu'il se présente comme une secte religieuse en même temps que comme un parti pditique , et qu'il va renversant devant lui non-seulement les représentants du pouvoir impérial mandchou , maÊ» aussi leii idoles de toutes les religions qui existent en Chine*

£n effet , Hung-seu-tsuen et ses partisans ont pour bannière la croix , et proclament un seul et vrai Dieu père de Jésus^Christ, obligeant tout nouvel adhérent à embrasser cette doctrine et à se baptiser lui-même*

Ce Élit «ngulier peut s'expliquer . de plusieurs manières. Le chef a peut-être pris p(>ur base de son parti la Société' de» Adorateiurs de Dieu^ et, quelle qu'ait pu être originairement la cause de l'empreinte chrétienne donnée à cette société, Hong-seu-tsuen a jugé utile de lui con-

contre; à la suite d*un combat^ ils Tarent vaincus, et les principaux meneurs pris et fusillés. L'auteur du complot , nommé Apolinariode la Cruz^ ef ses complices avouèrent, avant d^aller à Téchafaud, que leur piojet était d'exterminer tous les Espflgnoifl. A. de )a trvi avait mâme commencé à se donnar le titre de rm des Tag^tkê. Il prétendaHy eofluot Hint-seo-lmeili, être ea coamonicatioB avec î>im.

server ce caractère, comme moyen d'y entretenir Tûdioq et la fraternité. — Un des principes les plus fondamentaux de la doctrine de ce chef, c'est que ce qui est possédé par chacun en particulier appartient à h société tout entière. — Peut-être cst-ii entré dans ses calculs qu'it seraLt„.a3att^^ mett re en rappiort. sin on par unç alliance, dnJDoinai..par

avec^ces^ puis sants étrange rs,,qni Yenaient .4fl--ppM«erJa-^

rtiroûpes mandch oues. On avait sons les yeux les résultats de la

lutte de ces étrangers contre les pirates , dont plusieurs escadres avaient été détruites avec une merveilleuse facilité. — Peut-être aussi Hung*seutsuen croyait avoir besoin de fasciner la multitude , en lui faisant croire que le ciel le guidait et le protégait ; pour cela il fallait révéler une nouvelle religion : or, ou bien il n'avait pas assez d'imagination pour en inven- ' ter une de toutes pièces, ou bien il pensa que la religion chrétienne', sur laquelle il y avait déjà beaucoup de livres imprimés en langue chinoise, serait plus facilenàent acceptée. — Qu'il fût guidé par Tune od l'autre de ces considérations, ou par toutes ensemble, ce qui est positif, c'est qu'il annonça hautement sa nouvelle doctrine , empruntée au christianisme, et l'imposa rigoureusement à quiconque se rangea sous ses bannières. Un des premiers soins des troupes de Hung-seu-tsuen , en entrant dans une ville, est de renverser les idoles des temples chinois. Quant à l'utilité qu'il espère retirer des croyances religieuses, on peut s'en faire une idée en lisant les premières pages d'un volume imprimé par ses ordres pour l'instruction du public, sous ce titre : « Le livre des décrets célestes et des manifestations de la volonté impériale , publié la seconde année de la dynastie Tae-ping, appelée jin-tsze (c'est-à-dire en 1852). » De ce titre, on peut conclure que Hung-seu-tsuen se proclama lui-même empereur en 1851. 11 se déclara aussi fils de Dieu et frère de Jésus-Christ, et prit le titre de Prince céleste. Voici le début de ce volume :

c La présente proclamation de l'empereur céleste a pour objet de faire savoir ceci :

» Dans le troisième mois (avril) de l'année Mow-sbin (i8/i8) , notre Père divin le grand Dieu et Seigneur suprême descendit dans ce monde et déploya sa puissance par d'innombrables miracles accompagnés- de preuves évidentes ; lesquels sont enr^istrés au livre des Proclamations. Dans le neuvième mois (octobre) de la même année, notre Frère aîné céleste le Sauveur Jésus descendit dans ce monde et déploya aussi sa puissance par des miracles innombrables accompagnés de preuves évidentes, lesquels sont enregistrés au livre des Proclamations. Maintenant , dans la crainte que quelque individu de notre armée entière, grand ou petit» homme ou femme, oflBcier ou soldat, n'ait pas connaissaitce parfaite de la voloiité

saeiée et des ordres de fïoVce Père céleste, et aussi une parfaite connaissance de b volonté sacrée et d^ ordres de notre Frère aîné céleste, et qu'en conséquence il pécliât involontairement contre les ordres et les décrets divins» nous avons examiné soigneusement les différentes proclamations qui renfennent les plus importants des décrets et commanden^ents de notre Père céleste et de notre Frère aine céleste, et les ayant classiriés,nous les publions en la forme d'un livre, afin que notre armée tout entière puisse les lire attentivement et les retenir dans la mémoire. Ainsi on évitera de manquer aux ordonnances divines, et au contraire on fera ce qui est agréable à notre Père céleste et à notre Frère aîné céleste. Nous avons annexé à la suite qudque^-uues de nos proclamations royales dans le but de vous faire bien connaître les lois, pour que vous viviez dans la crainte d'y manquer. Respectez ceci*

» Le l/i™« jour de la lune â"'' (19 avril) de Tannée sin-hae (1851) , au village de Tung-hiang (dans le district de Vou-Siuen), le Père céleste adressa ces paroles à la foule : « O mes enfants ! connaissez-vous votre Père céleste et votre Frère aîné céleste ? » A quoi ils répondirent : « Noos connaissons notre Père céleste et notre Frère aîné céleste. » Alors le Père céleste dit : « Connaissez-vous votre seigneur (l'empereur Hung-seu-tsuen), le cou- Daissez-vcps bien ?» A quoi ils répondirent : « Nous connaissons notre seigneur parfaitement bien. » Le Père céleste dit : « J'ai envoyé votre seigneur en bas sur la terre pour qu'il SQit votre roi céleste ; chacune de ses paroles est up ordre divin ; vpi^s devez lui être obéissants; vous devez aider et révérencier votre. seigneur et roi; vous ne devez pas agir désor* donnément, ni manquer de respect. Si vous ne révérez pas votre seigneur et roi, vous vous mettrez tous dans des embarras. »

» Le 18°*" jour de la 3*"'' lune (23 avrlF) de l'année 5in-hae , au village de Tung-hiang, le divin Frère aîné ie. Sauveur Jésus adressa au peuple ces paroles : « O mes frères cadets ! vous devez observer les commandements célestes, obéir aux ordres qu'on vous donne, et être en paix avec vousmêmes ; si un chef a tort, et Tinférieur peut-'être a raison ; ou si un infé^ rieur a tort, et le supérieur peut-être a raison, et s'il survenait une légère contestation, n'en prenez pas note dans votre carnet de mémoire ; ne formez pas de partis et 'd'inimitiés. Pratiquez ce qui est bon et purifiez votre conduite ; il ne faut pas aller dans les villages s'emparer des biens du peuple. Quand vous' êtes au combat, il ne faut pas reculer. Quand il vous arrivera d'avoir de l'argent, faites-en la propriété commune, et ne pensez pas qu'il appartienne à quelqu'un en particulier. Vous devez» les cœurs et les forces unies, conquérir les montagnes èl les rivières. Vous devez agir de manière«à trouver le chemin du ciel et y entrer ; quoique

— ISO —

dons ce momm totre travail soit dur et fatigant , tous ne tarderez paa à être promus à de hautes places. Si, après avoir été instruits dans vos devoirs, uii de vous quelconque manque aux commandements du ciel, aux ordres qui vous seront communiqués, si vous désobéissez à vos ofQeiers on reculez quand vous vous trouverez en bataille, ne soyez pas surpris si votre haut Frère aîné donne des ordres pour vons faire mettre à mort »

C^êst dans ce livre où il raconte un rêve qu'il eut dans sa jeunesse ; il se trouva an ciel en présence de Dieu. Celui-ci se mit h pleurer, se lamentant du grand, nombre de péchés que les hommes coàimettent, et de ce qo^ils le méconnaissent et se mettent à adorer de vaines idoles. Hang^seu^tsuen lui offrit de descetidre sur la terre et d'exterminer les méchants t sar quoi Dieu accepta ses services et lui donna une épée. ' Hung-seu-tsuen a publié un autre livre sous ce titre : De €arganiêa^ tion de i* armée tae-jnng. On y trouve un rè^ement militaire qui divise les troupes en armées, divisions , régiments et compagnies; le tout emprunté \ l'ancien art militaire des Chinois.

Depuis que notre héros se mit en' insurrection déclarée, en 1850, on l'a vu, au milieu d'alternatives de victoires et de défaites dont le récit fatiguerait le lecteur, aller toujours gagnant du terrain vers le nord du pays et grossissant son armée. Le 30 novembre 1851, il donna à cinq de ses principaux lieutenants le titre de prince , de la manière suivante : ^

Nos» des persomiBgM. Titre*.

Yang-seu-tsing Prince oriental

Seaou-chaou-hwuy Prince occidental.

Fung-yun-san. . . « Prince méridional.

Wei-ching, Prince septentrional

Shlb-ta-kae» ^ Prince adjudant ou coadjuteur4

Le 23 décembre 1852, après avoir pris la grande ville de Hang-yang i les Tae*pings s'emparèrent de Han-kow , ville encore plus considérable que la précédente, tout près de laquelle elle est située, sur les bords du Yang-se-kiang. Han-;kow estpeut-êjre lejH)rlde.r9mi^ire où se rjÊunii^SOi le p lus de javires^ Passant aussitôt le fleuve, ils prirent d'assaut, le 12 jan* vier 1853 , Wou^cbang, capitale de la province de Hou-pé. Ces troiis villes sont si voisines Tune de l'autre qu'on peut les considérer comme n'en formant qu'une , contenant de trois à quatre millions d'habitants. Après Pékin il n'y a, sur aucun point de l'empire, une aussi grande aggloméra** tion de population. '

Cette perte produisit à la cour une sensation profonde, et l'empèreor

ontoftità ^m te litenroi éit 4â province e<H immédiaumn^ là m^ tràncbée 9 tî6 <pli lût «xécvté»

A f^tik dé Um*km, tes Tae-pmg», BÂtis rencontrer ^^^{tositiotl ^ sillivlretit le fleiite i^r un espace d'e^in^ 150 Meaes, jusqu'à ta tiHe d«* Nmikte, etivoedeS«itielleiis âiiivèreilt le 8 M^s 185S> Elle était la rési»^ dea<^ de la coâr sons la dynastie précédente, et è Pépôque dès événements que nous ratcontons, il y avait une station de Tartares^ t({ui) bomtâest feoifues «t eniemtB , pouvaient oompretidre envIrM tO,000 ladividuis.

heÀ Tae^pings^ 4u moyen d'une tuine qu'ils firent sauter lé 19 de té lùêma mois de mars» ouvrirent une brèche dans les remparts. Les Tàrtares ne se défendirent points ils se bomèrent à demande!' grâce; mais leur soumission ne leur servie de rien : les Tae-pingt$ euretit la cruauté de les passer tous au ûl de Tépée, sans en excepter même les enifants> et jetèrent les cadavres dans le fleuve.

Descendant ensuite ce m&ne fleuve^ ils se dirigèrent vers €hliig-kiang>fu> ville nAJgajjgglAi» riwtihfiinirtftnt eu dernier lieu et oô ils rencontrèrent une vive résistance, mais dont néanmoinslË s'enïparèrent; ce qui décida l'empereur à signer le trsùté de Nankia%

Tandis que les Tae-pings s'emparaient de Nankin» une terreur paniqué t r^ait à Ghang-liaï. Les habitants aisés fuyaient dans toutes les directions. I Le tautaï ou gouverneur du département» qui résidait ^dans eette ville, était un ancien négociant hong de Canton, qui avait acheté sa charge* Il se trouva dans le plus grave embarras , et se vit abandonné même de plu-sieurs de ses domestiques. Il s'adressa au consul anglais» demandant H fréter pour le compte du gouvernement impérial la corvette dé guerre Liiift qui se trouvait là ; il implora ensuite officiellement son appui , et le supplia d'écrire à Hong-kong pour solliciter en son nom de sir G« Bonham^ représentant de la Grande- Z^ret^gne4 le secours de quelques navires à vapeur. Peu de jours après sir 6. Bonham arriva avec deux vaisseabx de guerre, et le gouverneur chinois lui réitéra v^balement et officiellement sa demande ; en même temps il envoya vers Nankin l'escadre impériale qu'il avait sous ses ordres» en y Joignant 13 lorchas (petits bâtiments por^ tugais) qu'il avait frétées.

Ces petits bâtiments^ de 50 à 150 tcmneaux» sont construits à Macao et^ / montés généralement par des Portugais. Ils ont des canons pour se défendre contre les pirater Depuis plusieurs années les commerçants chinois sont dans l'usage de les fréter pour leur compte, afin d'escorter leurs flottilles de jonques; et» dans ces derniers temps, les mandarins en ont fait de même» comptant plus surxes petits bâtiments que sur leurs jonques de guerre.

L'escadie impériale, avec les bâltoieiits européens, remonta le fletre; mais à la voe de Timmense multitude de rebelles qui desceadaleitt» elle s'enfuit à toutes voiles. Les bâtiments européens firent d*abord retraite en combattant, mais ils furent bientôt contraints de prendre eox-mêmes la fuite. On tient pour certain, que Hung-seu-tsuen condui&it au siège de Nankin au moins 80,000 hommes ; on peut juger aussi par là du nombre de ses jonques.

Hung-seu-tsuen ne poursuivit pas les impériaux jusqu'à Chaog-ha!, sans doute pour ne pas se trouver en contact avec les Anglais, et il retourna à 'Ching-kiang-«fu, qu*il prit sans aucune résistance. LesTartares, qui y formaient un corps d'environ 20,000 âmes , avertis par ce qui était arrivé à Nankin, prirent tous la fuite avant Tarrivée des Tae->pings. Geux*ci s!eniparèrent sans coup férir d'une batterie longue de trois milles, qui se trouvait le long du fleuve.

. Le gouverneur de Cbang-haî acheta quatre navires de commerce européens, les arma de canons, et les fit monter par des matelots européens. Afin de trouver des hommes pour cet objet et aussi pour manœuvrer les canons des jonques de guerre, il offrit de si hautes payes, que même des matelots des vaisseaux de guerre anglais désertèrent pour aller se mettre an service des mandarinsi. La chose devint si grave que les autorités britanniques demandèrent qu'on leur livrât les déserteurs , et n'obtenant pas satisfaction , elles voulurent opérer elles-mêmes une visite sur tous les

(vaisseaux de guerre. Les mandarins étaient tombés dans un tel abaissement qu'ils se soumirent tous, en commençant par Tamiral, à une exi<gence aussi humiliante. Aucun Anglais ne put être retrouvé. Ce fait prouve que les Chinois ne sont pas loin de prendre à leur service des instructeurs chrétiens pour l'art de la guerre ; c'est là un des symptômes de la révolution d'idées qui se prépare dans cet empire.

Plus tard-, un chef de rebelles s'empara de Chang-ha!, d'oà il fut chassé par les impériaux avec l'aide des Français. Ce chef n'appartenait pas à l'armée de Hung-seu-tsuen , mais il opérait pour son propre compte. Ce n'est pas là le seul chef de partisans qui, sans avoir des relations avec les Tae-pings, ait pendant ces dernières années profité de l'anarchie dans laquelle se trouvait le pays el de la faiblesse du gouvernement, pour Mever l'étendard de la révolte ; nous donnerons plus loin quelques détails à ce sujet.

Hung-seu-tsuen commença aussitôt à se fortifier dans Nankin, et en-^ voya une division sur Pékin. C'était une opération très-bien concertée : un coup de main pouvait mettre les Tae-pings en possession de la capitale, et, dans tous les cas, les troupes impériales ne pouvaient manquer de se mettre à la poursuite de la division expéditionnaire, laissant ainsi flnng-

8eii*l8aen s^étabUr solidemenr à Ndnkin , qui fof de nouveau déclaré la capitale de Tempire.

Cependant sir G. Bonhaba désirait ¥oir de près les rebelles» détrnire la mauvaise impression qu'ils avaient pu recevoir en voyant dans la flotte im« périale des vaisseaut européens avec des équipages anglais ou américains, et des bâtiments portugais; démentir un édit des mandarins qui assuraient que Tappui des vaisseaux à vapeur anglais leur étaient assuré; ett6n savoir quelle conduite les insurgés tiendraient à l'égard des Européens s'ils continuaient leur marche victorieuse jusqu'à Cbang-hat

En conséquence, à la fin d'avril 1853 , il se transporta à Nankin sur le vaisseau à vapeur T^^rm^s. L'interprète, M; Meadows, descendit à terre pQur arranger une entrevue avec l'empereur des Tae«pings, où du moins avec quelqu'un des principaux chefs. Comme M. Meadows disait à Tan des princes que M. Bonham était un mandarin de haut rang, il lui fut répondu : « Quelque haut que soit son rang, il ne saurait être aussi haut que celui de la personne en présence de laquelle vous êtes présentement assis. »

M. MeadowSj^ dans la relation qu'il a faite de cette expédition diploma* tique , a joute ce qui sui t,;

« En réponse à înâ questions sur le Tae-pi«^-wan^ , c'est-à-dire le prince de la paix (Hung-seu-tsuen), lé prince septentrional m'expliqua par écrit qu'il était « le vrai seigneur; que le seigneur de la Chinie est le seigneur du monde entier; il ept le second fils de Dieu, et tous les péu^ pies de l'univers doivent lui obéir et le suivre. « Comme je lus cela sans faire aucune remarque, il dit en me regardant d'un œil interrogateur: « Le vrai seigneur n'est pas seulement le seigneur de la Chine , il n'est pas seulement notre seigneur, il est votre seignenr autel. »

Les chefs tae-pings offrirent à M. Meadows d'envoyer une lettre à bord de VHermès, au sujet de l'entrevue demandée par le ministre plénipo^ tentiaire anglais. En effet, ils y envoyèrent la communication suivante :

Page 1