‹ L'Angleterre, la Chine et l'Inde (volume 2)Chapitre 7 sur 19 · HO · texte numérisé non relu

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si la Chine a rééHenêflt importé on exporté des métaux prédenx; mail k Londres, ni êuFareign office ni au Board of trade^ on n'a po me fournir des données, même approximatives» pour dresser un pareil tableau ; on n'y connaît que le mouvement du commerce entre le Céleste Empire et la Grande-Bretagne»

Dans une correspondance officielle au sujet de l'opium • qui vient d'être imprimée pendant celte année 1857 pour le parlement, je recueille, sur la matière qui nous occupe, quelques données malheureuseibent trèsvagues. Une grande maison 'de commerce suppose qu'en I85A et 1856 o» n'a point exporté des métaux de Chine ; deux autres maisons et le ministre plénipotentiaire sir J. Bowring assurent qu'an contraire on en &< importé, s'appuyant pour cela sur les publications de la Compagnie pénin* sulaire et orientale que je viens de citer. Mais ils parlent ainsi pour justifier le commerce de l'opium , et répondre au reproche que font k ce commerce les antiopistes, de causer un grand préjudice à la (3iine en lui enlevant ses métaox. £t ils ne font point entrer en ligne de compte les métaux exportés par les vaisseaux particuliers ou clippers ; seiriement sir J. Bowring y fait allusion, quoique d'une manière vague et hypothétique, avouant (janvier 1856) qu'il ne peut donner des renseignements positifs sur la question de l'importation et de Texportation de» métaux, et ajoutant que les ministres à Londres doivent avoir des statistiques plos exactes .que celles qu'il possède.

Ces pages ne manqueront pas d'impatienter certains économistes théoriciens pénétrés de cet4e doctrine que l'importation et l'exportation des métaux précieux est chose indifférente pour un Ëtat. Nous prions ces économistes de considérer qu'il s'agit ici, non de principes, mais de faits. L'exportation de l'argent a été la cause de la guerre de 1840 , source elle-m^e de la guerre actuelle et des autres guerres qui surgiront peutêtre plos tard* Le point qui nous occupe est donc très-essentiel, il importe de le bien édaircir, afin de pouvoir juger du passé , du présent et de l'avenir.

Dès avant le commencement de ce siècle jusqu'en 18S& la balancé du commerce a été défavorable à la Chine. Parmi les aot0ritéd>nillilîp)iiler^ que je pourrais citer pour dissiper toute espèce de doote^k ^IHj^ît j'^É^^ contenterai d'un petit nombre. ' '^ - ' ' * -^ -"

Je commencerai par M. S. Wells Williams, directe«ir depuis tongues années de la revue si estimée qui a pour titre Chine$e Repùsitaryy et auteur du grand ouvrage publié en i%h!è sous le titre de Tht Midle Kingdcm. Son chapitre relatif au compieree de la drâie aiee les étrangers se termine ainsi : « On estime que la owtrrbande de l'opinm repré-

sente une vente de quarante mille caisses (t}« (irodiiisafit vingt millions de piastres.... Le trafic d^ Topium a fait que pendant plusieurs années le aimmerce de la Chine s'est soldé par une exfmrtation.de près de quinie millions de piastres, et cet empire continuera probablement à voir ainsi chaque année son numéraire s'écouler au dehors, tant qu'on y conservera le goût de ce pernicieux narcotique , et qu'on aura de quoi le payer. L'approbation légale du commerce de l'opium n'amènerait pas une différence uotalile dans la sortie du numéraire tant que le diiffre de l'importation sera si fort au-dessus de celui de l'exportatiob. »

M. W. H. Methurst, qui a passé presque toute sa vie en Chine, où il a été interprète du gouvernement et où il a publié des, ouvrages trèsestimés, dit dans un document officiel en date du 27 octobre 4855 : • Le gouvernement chinois ne cesse de se plaindre de la sortie de l'argent hors du pays. ».

Sir J. Bowring disait dans une communication officielle en date du 19 mars i8iï9 : Sîu , le commissaire impérial , eh conséquence de l'Influence et de la popularité qu'(m lui suppose, a reçu des instructions par lesquelles il lui est prescrit de prendre des mesures dans le but d'anéantir le comm>erce de l'opium , comme moyen d'empêcher l'exportation de Fargent (saïci) , exportation signalée comme une des causes des embarras financiers de la Chine. »

Sir J. F. Davis, qui a passé la plus grande partie de sa vie en Chine, qui a fait le voyage de Pékin , qm a été ministre plénipotentiaire et gouverneur de Hong-kong, et qui s'est fait une réputation littéraire et scien* tifique par d'excellents ouvrages qu'il a publiés sur la Chine, a touché ce point dans plusieurs de ses dépêches au commissaire impérial de Canton , dans lesquelles non-seulement il convient du fait de l'exportation des métaux, mais encore if s'efforce d'en tirer un allument en laveur d'une mesure qui rendrait légal le commercé de ro|»um moyennant un droit à puyer aoi^jâiMianes de l'empire. Voici quelques pansages extraits de sa correspondance officielle de 184& à 1847 :

i^ |^:l(lél es 4'dDtres marchandises payant des drqits seraient exportés e0iéc)|^ge d^t'opiufn, et l'argent saîci ne sortirait pas de la Chine. •.. l/airg(|]t ^«^e^^iilt ^'^re le seul article échangé contre lie Topium , ne serait plus exporté en grandes quantités.. . . L'exportation de l'argent, qui contrarie si foftaflleiiltfrle' gouvernement chinois, serait ainsi arrêtée.... Les produits de la. Chine <|io«rraient être alors donnés en échange , et Tai^nt salci neserA plus exporté. J'ai entendu dire, que plus de vingt millions.

(1) ActueUement (en tB57), llmportation annuelle est de soixante-dix àqoattt-. vingt mille caisses.

(le pÂMbres sont exfiortés cbaqae aunée^.,^ LSu^ de prévenir cergrand écouleêaeni d*4rgeBt et dennettre en même temfs un lermetaux maux causé» par k cootrebaade, il ae faut c^u'admeUre Topium au moyen d'un droite..» Lorsque lea produits cbînois pourront être écbsm^ contre de Fopîum^ l'argent cessera d'être exporté en si grandes: qqanlitéSb. Ceci est teliement siiAfrie qu'un enlant pourrait le ooînprendre. »

Je ne pui» m'empêcher de remarquer que je ne comprends point dans quel but sir J* Da^visa présenté et répété un argument aussifutile.. L'importation ou l'exportation de» métaux < formant le solde de» comptes da com-; merce fnutuel de deux pays,r dépend de ce commerce lui-^iêtie et pas d'amre chose,. Si la Cbine reçoit de> l'étranger des articles doat la valeur totale surpasse cnile des {produits de son soi ou de son industrie qu'elle doaœen échange, U est évideoA qu'elle sera obligée de payer la di0é* rence en numéraire. Que tels ou tels des articles venant de l'étranger passent par la dooaae ou échappent à son contrôle, c'est un détail qui ne peut exercer aucune influence sur la balance commerciale* Je ne puis croice qu'uA bomme aussi supérieur que sir J. F. Davis ait p^ considérer ceci' autrement; et. dans ce cas^, je trouve singulier qu'il ail espéré convaincre le coiiimibsaire impérial au uK)yen d'ua argumem qui ne convaiii-' crait pasrten enfant.

Le docteur Beujamin Hobson, ancien résidente Canton et auteiur de. divers articles dans le Céinese ReposilQr'g, est uu des individus h, qui sir J. Bov^iog a refiû» dernièrement le mémoire du comité antiopiste de iJH^ea* afin qu'il fût procédé à uue enquête par ordre du s^uveraementsupérieur. Le doestfqr Bobson^ après avoir exprimé son opinion sur la. qu<9sliea de l'opium ,, dit en posteriptum ce qui suit :

<k P. «Si Ci-incluse la traduction d'un <lc ces opuscules chÎBois contre l'opMUn que l'on publie ici de temps en temp& Cet écrit exprime les idée», cpie plusieurs persoMie&em sur celte question» notamment 6ur la grande quantité d'wrgent expovté du pays» afin de se procurer une jouissance inutile. •

Yoici quelqpiea passages de cet écrite qui a pour titre : Discours pour rivHéiôr un^ généraHon stupid^ :

Lf argent diminua chaque jour, le prix des marchandises s'abaisse , et le Qutaivaiettr., l'ouvrier et le marchand- éprouvent des partes pé€unjaires ; autour de nous, (nom le voyons) des famiiiles ruiuées^ au UÂn la misèire s'étend sur tout Feâifire.

n L'opium porte atteinte à notre richesse. Examinez l'état du commerce pendant les dernières années : la monnaie de cuivre est à prime , les marchandises à bas prix, les transactions stagnantes ; l'opiunv seul est très^'

demandé. Quelle en est la cause? c'est que l'argent du |)ays est ^rhangé contre de l'opium , et qu'en même tem|)s qu'il diminue en quantité il s'élève en valeur. L'opium, dont l'importation annuelle s'élève maintenant à plus de 50,000 caisses, est échangé contre de l'argent pour une somme d'environ 20,000,000 de piaslre^t. Calculez le résultat d'un pareil commerce pendant quelques dizaines d'années, et vous trouverez qu'il sera sorti de l'argent du pays pour plusieurs centaines de millions de piastres ; et tout cet argent est transporté dans un pays d*où il ne revient plus. Il en résulte que dans le commerce légitime il y a pénurie d'argent, et que le prix des marchandises en baisse nécessairement.

» Autrefois le peuple chinois et les peuples étrangers qui commerçaient entre eux échangeaient leurs marchandises avec un mutuel profit. L*Âugleterre, l'Amérique, la France et les autres pays nous apportaient leurs draperies, leurs camelots, leurs pendules, leurs montres, leur coton tissé ou en fil, etc. La Chine donnait en échange du thé, de la soie, des salins, de là gaze, de la rhubiarbc et d'autres articles, ce qui augmentait notre richesse nationale et notre propriété; et les étrangers qui recevaient nos produits en tiraient des bénéfices. Ce commercé légal était avantageux sous tous les rapports, les droits perçus étaient suOisants, et les diverses branches du commerce étaient dans un état pios^.ère. Comment donc expliquer maintenant la pauvreté cro'ssante du peuple et l'abaissement du prix des marchandi^es7 II faut l'attribuer n^xessairement à l'extension qu'a prise la vente de l'oplimi. 11 est donc évident que la conséijuence est l<i sortie de l'argent chinois hors du pays jusqu'à épuisement, et tien ne pouvant être échangé contre nos denrées et contre notre 'monnaie de cuivre, il s'ensuit qu'elles diminuent également de valeur chatjue jour; et depuis qu'elles sont à si bas prix , toutes lés branches du commerce d'importation et d'exportation, tous les banquiers et négociants, supportent également des pertes. Mais ce ne sont pas se*ulement les marchands qui souffrent ; plusieurs articles de fabrique et de subsistance sont produits par le cultivateur et l'ouvrier ; les prix de ces articles étant trop I)a9, l'agriculture et les manufactures cessent de donner des profits. Ainsi les conséquences désastreuses de cet état de choses sont d'bne étendue illimitée. Et si les fumeurs d'opiutn n'abandonnent point spontanément leur habitude, le commerce de l'opium ne cessera pas, la richesse du pays sera épuisée, et toutes les branches du commerce fort embarrassées, les revenus impériaux seront en déficit, les officiers du gouvernement compromis.... »

» Hélas Iqoi aurait pu prévoir que l'opium, dont on n'usait d'abord que pour occuper une heure oisive, nous aurait conduits à un tel état? Premièrenrent en ruinant les familles particulières, ensuite en appauvrissant

l'empire tpat entier. C'est vérUablemeiit la plus désastreuse calamité

» Je le demande au fumeur d'opium , désirez-vous conduire votre famille à la mendicité, votre pays à la ruiue, exposer vos enfants à souffrir de la faim et du froid 7»

L'habitude de fumer l'opium fut communiquée aux Chinois par un peuple voisin , les habitants du royaume d'Asam , chez qui cet usag0 existait depuis Un temps ijnmémorial Ce furent d'abord les Portugais de Macao qdi leur fournirent cet article. On ne sait pas précisément k quelle époque cette colonie commença à l'impurter ; mais il est constant qu'en 1767 la consommation annuelle s'élevait déjà à 1»000 caisses. La caisse de Malwa contient 116 livres anglaises» et celle de Palna ou de Bénarès de 135 à lAO. Lorsque l'opium a reçu la préparation qui est nécessaire pour le mettre en état d'être fumé , son poids se trouve réduit de moitié. Cette branche de commerce exploitée par les Portugais ayant attiré l'attention de la Compagnie anglaise des Indes » celle-ci envoya pour la première fois , en 1773 , à la côte de Chine une partie d'opium. Nous devons donc constater, pour l'honneur de la vérité et de la justice» que lorsque les Anglais coiumeucèrent li apporter de l'opium aux Chinois» il y ^vait quarante et même cinquante ans que ceux-ci avaient» spontanément et à l'exemple d'autres peuples d'Asie , contracté l'habitude de le fumer. £n 1800, la consommation avait atteint le chiffre de 5,000 caisses; alors l'empereur rendit un édit par lequel il défendait l'introduction de l'opium, disant que c'était une occasion de perte de temps » et que ses sujets échangeaient leur argent et leurs biens contre la vile ordure des étrangers. Cela semble indiquer que déjà à cette époque on avait commencé à exporter de l'argent, au moins potir l'Inde. Cette prohibition resta sans effet, et ne servit qu'à procurer aux mandarins des présents/ Ce ne fut qu'en 1820 que la chose devint sérieuse. A cette époque la consommation avait augmenté, et le prix s'était élevé; il monta encore, et en 1822 la caisse valait environ ^800 piastres. Du reste, malgré tout ce qu'on put faire , la contrebande de l'opium , grâce à la corruption des mandarins , cohtinua et alla croissant. L'entrepôt était Macao , où la douane portugaise admettait cette denrée moyennant un droit ; mais elle voulut porter ce droit a un chiffre si élevé que les spéculateurs qui s'occupaient de ce trafic prirent le parti de s'établir avec dejs vaisseaux Gxes atiprès de l'Ilot de Lintin, et ils continuèrent de-la sorte jusqu'en 1839 , où cette affaire commença à préoccuper viveinent la cour.

La rareté toujours croissante de l'argent amena une grande dépréciation dans la valeur de toutes choses, spécialement des terres et de leqrs pro-

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diittloDS» et tomiiie le principal revéïu de TÉtat consitte dans TioipSt territorial , les recettes dû trésor dimiauèrent notabieiaeiu , taïadis que les appoiDleineiits des employés et les autres dépenses se mainienaieat sur< l'ancienpied , ce qai occasionna on déficit coirsidérable. ht gouferneoient ne tarda pas i reconnaître dans Vusage de Topium une eaose d'^ativrissèment pour le pays ; c'est ce qu'indique déjà le décret de profaibitioa de Tan l:8e00 , et bien que les décrets et édks postérieurs àitribûeol à Topioiii des efléts vénéneux el melâent en aVant la sollicitude du gouferuement pour la sbnté publique, ils laissent apereevoiir aseesi clairement le vérilabb nmtif , qui est d'eàeipécbêr l'exportation de l'argent; exportation qui , en effet, a produit de très-fâcheut résultats (i). H est ineoateatable ^qoe te

(i) Je vais reproduire ici ce que je disais il y a treiai aas, dans im' mémoire sur le commercei df Ning^po , qui fut publié dans lea journaux de MaftiUet «t qab Itar dnisit CD anglais ua jaurnal de Hong-kong. Ai^jo^rd'hui , après les diCficoItés qu'a fait naître en Angleterre et en France la sprtie de l'argent pendant la guerre de Crimée, mes id^es, je crois, ne paraîtront pas dénuées de fondement : « £n disant que Texportafion des métaux précieux Ta appauvrissant de jour en Jour la Chine, je ne veux pas qu'on suppose que j'igtrore les théories ^émisés parX.-B. Say el par d'aiit»es célèbres auteuis d'éoonooiie politique, /e sais parfaHèmeiit qiills regardent comme uq prëjiigé le principe de labiEdance dii commerce, f|;^telq«eauns ne craignent pais de pousser les applications de leurs prinoif-^s jusqu'à affirmer qu'une nation qui exporte pour dix millions et importe pour vingt gagne dix millions. Un pareil raisonnement est une véritable et ^^vidente aberration ; car il est clair que la nation qui , recevant des marchandises pour vingt millions , n'a poiir les payer que dix millions de marchandises , doit les dix autres mfTKons en espèces Si nous accordons que Vot et Taiigent soient une marehandise comme toute atrtte, il eu résulteia que la nàtioa eit question a reçu , par ex,emple, des soieries i des dnipa, des tifisu» de coton et de U quincaillerie pour vingt millions j qu'elle a donn^, par exemple, des laines, des vins, des fruits pour dix millions, et de la marchandise appelée or ou argent pour dix autres millions ^ dans ce cas, je ne vois pas oà. peut être le bénéfice. Mais cette théorie que l'or et ^argent sont, en eux-^mémes et dans leurs résultats , une marchandise comme toute autre , me semble complète^ ment fausse, qiielleqtte puisse être la réputation clô ses auteurs. Qo'une bouteille de Champagne vaille, par exemple, déttx piastres, c'est-à-dire deux onces é'nr^Bst; tant qu'elle sera entière et en bon é^t, ce sera upe même «ho^e qpe de posséda, soit cette bouteille, soit 1e^ deux onces dVgent; m^ÀA il y a cette différence essentielle que le vin se boit et qu'alors sa valeur est détruite, ce qui ne peut avoir lieu par rapport à r argent^^ et qnoiqu on dise qv H revient au même de boire te"vin et de dépenser les deux onces du précieux métal ,: il y a encore cette différence essen-^ tielle, que celui qui dépense Vargent reçoit. en échange un objet d*une viilenr égale ^ tandis que celui qui boit le vin en consomuie la valeur sans rien acquérir comme compensation^ Un millier d'oranges peuvent en ce moment valoir cinq piastres; mais, avant un aq, il faudra les consommer ou les jeter comme inutiles, tandis que les cinq piastres existeront durant des siècles. Si donc, chaque année , on intro-

chine a perda de Targent depuis le connuenceineiit do siècle jusqu'en iS&U. On sak que pendant nombre d'années Texportation n'est pas descendue au-dessous du chiffre de 15,000,000 de piastres. £n prenant senlemept la moitié de ce chiffre , nous trouverons pour ciuquante-^quatreans l'énorme total de /iOO, 000,000 de piastres» c'est-à-dire plus de 12,000 tonnes d'argent En iiàkf un négociant indigène, âgé de plus de soixante ans, me disait que lorsqu'il était encore enfant une piastre espagnole s'échangeait . contre 600 sapèques (monnaie de cuivre, la seule monnaie que l'on frappe en Chine) ; or, à l'époque où nous étions alors, on en donnait 1,300 et méno^ davantage. Je lui demandai d'où provenait ce changement. — De ce que, me répondtt-il, l'argent est plus cher aujourd'hui qu'alors. — £t pourquoi est-il plus cher? — Parce qu'il y en a moins. — Er pourquoi y en a-t*il moins ? — Parce que vous l'emportez.

Il faut remarquer qu'on a retiré de la Chine non-seulement de l'argent, mais aussi une grande quantité de monnaie de cuivre, qui a cours à Soulou, Bali, Tong-king, etc. J'ai vu envoyer dans ces différents endroits des chargements entiers de sapèques, surtout lorsqu'il entre en Chine beaucoup de riz de ces provenances. Si Ton n'eût exporté, en même temps que de l'argent , beaucoup de cuivre monnayé, la piastre espagnole aurait certainement 6ni par valoir 200 sapèques et davantage.

I/opium étant devenu pour la Chine une véritable calamité, plusieurs étrangers, bon^mes de cœur, se sont élevés contre le commerce et même contre la culture de celte substance ; mais quelques-uns ont montré dans leurs opinions beaucoup d'exagération et de violence, répétant souvent tout ce qu'ils avaient entendu dire, sans prendre la peine d'étudier euxmêmes la matière. Le plus ri^marquaUe de ces adversaires de l'opium est le comte de Shaftesbury , président d'un comité organisé i Londres pour anéantir ce commerce. Je n'ai certes pas le moindre doute sur les bonnes intentions et l'excellent cœur du noble lord. Il y a de la grandeur, de la générosité à combattre, pour le bieurêtre d'un nation étrangère et éloignée, contre les intérêts de ses propres compatriotes et de sa propre patrie. J'admire sincèrement les hommes de cette trempe et le pays qui les pro* dttît ; mais je regrette que le comte de Shaftesbury n'oie pas agi avec plus de maturité, et qu'avant d'intervenir dans cette question il ne l'ait pas

duit en Chine un nombre de caisses d'opium valant Tingt-denx millions de piastres, quoiqu'il soit qertain qu'en arrWant sur la côte ces caisses sont égales.comme pnH priété à Tingt-deux millions de piastres , ou k environ quatorze mille quintaux d'argent , Il n'en est pas moins positif et incontestable qo'ao bout d'one année tout Popium se sera é?anoni en fomée , sans être remplacé par rien, et que le capital social de la Chine se trouvera diminué de quatorze mille quintaux d^argent. »

étudiée ; je regrette sartout qu'il n'ait pas employé un langage plus modéré et de metHeure compagnie. Il se serait épargné le tort de publier un écrit que déparent des fautes grossières de statistique , dont quelques^ unes choquent le sens commun ; et d'injurier gratuitement bien deft personnes qui fie le méritent pas.

Il avance dans son exposé au gouvernement de la reine que Topium tue annuellement en Chine deux miliions de fttmeui*s. Comment le noble comte a-t-il pu parvenir à se persuader qu'il y ait chaque année deux millions de créatures humaines qui se tuent volontairement , sans être poussées par le dése8f)6ir , ni par aucune des causes qui mènent au suicide ; deux millions de personnes' adultes qui , au contraire , se tuent pour jouir d'un plaisir? Comment Sa Seigneiu*icn*a-t*elle pas été rr'«ppée de ce que présente d'absurde cette antithèse plaisir vi m>ort ? Anrait-il cru qu*en Ch'oe la nature humaine est tout autre qu'en Europe? Est il permis en bfinne logique de jeter au public des assertions aussi étranges, sans avoir la moindre donnée, la moindre preuve à l'appui?

Si. nous en venons aux accusaûons formdiées contre les marchands et les producteurs d'opium , nous ne trouverons ni pins d'exactitude ni plus de justice. C'est, une erreur de croire que les Anglais seuls font le trafic de l'opium ; car tous les étrangers indistinctement , et spécialement les Américains, rintroduisent et le vendent.

C'est encore une erreur de regarder le commerce de l'opium comme une infraction au traité de Nankin. Ce traité ne fait pas la moindre mention de l'opium, qui n'est pas non plus compris dans le tarifa d'où l'on doit conclure qu'il fait partie des articles non spécifiés , qui sont tenus de payer un droit d'entrée de cinq pour cent. Cela est si vrai que dans le principe quelques commerçants voulurent le présenter à la douane, réclamant son introduction moyennant le droit su8<rmentionné de cinq pour cent. Les vaisseaux portant de l'opium n'entrent point dans les ports et ne sont point contrôlés par les consuls; mais ils stationnent aux embouchures des rivières des cinq ports ouverts au commerce, ou mr d'antres points de la côte, où les mandarins les tolèrent moyennant des gratifications.

C'est une autre erreur de croire que si le gouvernement britannique défendait aux vaisseaux anglais d'apporter de l'opium en Chine, timportatîoR de cette substance cesserait ; en effet , elle serait importée par les vaisseaux des autres nations. Cela est d'autant plus évident que les premiers introducteurs de l'opium, comme Je l'ai déj^ dit, furent les Portugais * et que les sujets de la Grande-Bretagne ne firent que profiter d'un commerce lucratif qui était déjà, inauguré. depuis longtemps.

C'est une autre erreur de crmre que si aucun vaisseau étranger n'ap-

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fwitail de Topism en chine, Tofiage de œtle Hibstance cesserait En effet, les jonques oonnaîssent fort bien la roui» de Tlnde , et si elles. ne vont, pas maintenant y cfaercher l^opram, c^ que les Chinois trooTent pins d^avantage à le receYoir par rif)termédiaire des ciîppers anglais.

C'est une autre erreur de croire que si la Compagnie des Indes intendisaiil.ia cohure de Topioro dans ses domaines, cette sutetance disparaîtrait. Le pavot crok très4)ien depuis ia ligne jusqu'à une latitude de S# à hO degrés, et il produit beaucoup k Java, aux Philippines, à Bornéo, en Egypte, etc., et jusque dans ia Chine elle-même, où depuis plusieurs années on en récolte quelques milliers de caissea Peut<*être l'opium de Java , par exemple , aurait-il un goût différent de celui de Malwa ou de Bénarès et paraitrait-il d'abord de qualité moins parfaite; mais le eonsom^ mateur ne tarderait pas à s'y accoutumer, et sans doute finirait-il par le préférer. Celui qoi e^ît accoutumé à fumer des cigares de la Havane trouve nuuvais ceux de Manille, et celui qui fume habituellement des cigares de Manille n'aime point ceux de la Havane. Actuellement on ne cultive point l'opium dans d'autres plys, parce que celui de l'Inde revient à trèsbon marché. Aux Philippines cette cnlture a été prohibée parce qu'on a craint, ainsi que je l'ai déjà dit, que les naturels ne s'accoutument à le fumer , et par suite ne deviennent plus paresseux encore qu'ils ne le sont^. Je crois qu'en cela on se trompe, car la paressé chez les naturels des Philippines provient de ce qu'ils n'ont pas de besoins ; s'ils se créaient celui fie fumer de l'opium, ils seraient obligés de travailler pour se procurer de quoi en acheter.

Knfm c'est une autre erreur de Git)ire que les mandarins ont fort à cœur tl'empêcher l'iotroduciion de l'opsum.' Plusiem*$ le fument ; la plupart, sinon absolument tous, reçoivent des prés^^nts pour en tul^er la contrebande. Si l'on excepte le faïueux Lin-tsi-su et on petit nombre qui résident à la cour^ je citoîs que tous les autres, peut-être Ki-ying lui-même, ont participé aux bédéfices de ce trafic filicita Sir J.-F. Datis, lorsque était en Chine connie nrinistre plénipotentiaire, lui dénonça p^osieurs fors les sens de la concrdMuule, favorisée par des officiers cornompusw l^oic^ quelques passages de ses dépêches à ce sujet :

é J'ai déjà adressé à Votre Excellence une note iA je lui exposai que tand» que les contrebandiers hors des lois, qoi font le trafic de ropiom à l-extériear du port, forment des établissements à Namoa et à CdmsingnMMm' sur le territcnre chinois, y bâtissent desinaisons et y ouvrant des rouies, les Anglais honnêtes qui entrent avec autorisation dans k port sont exposés k tontes sortes de mauvais traitements et d'outrages clont les aufesors né sont pas punis.

» L*établis8ênient (contrebândiste) de Cumsinginooh a été formé dans ces derniers six mois à la suite de l'ordre que je donnai aux na?îres de sr retirer 2i Wampou ; mais celui de Namoa cxistii depuis un bon nombre d'années. Aussitôt aprè$ mon arrivée Votre Excellence appela mon attention sur ce fait. En conséquence je publiai un édit où je déclarais que ces gens-là agissaient contrairement aux stipulations des tï*aités , et que je ne les protégerais point. Cependant depuis tors ils sont demeurés là sans avoir été

» Non-seuletoeïit ces Contrebandiers ont osé bâtir des maisons et établir des routes , mais ils ont à terre des chevaux , dont ils se servent pour aller dans toutes les directions. »

Ki-ying, probablement sans agir contre ces contrebandiers, répondait froidement :

« Quant à la violation de la hA à Namoa et à Cumsingmooii par la contrebande d'opium et la coni^iveoce des mapdarins au moyen de présents côrrupteursi des investigations rigoureuses seront faites, et j'ai déjà doimé aux autorités l'ordre d'examiner sérieusement TalTaire.

« Quant à vous , honorable envoyé « en ne fwotégeant point ces contrebandiers ,>et en me donnant avis de ces laits, vous montrez suffisamment que dans ces affaires qui nous concernent matuellemcnt, vous agissez avec la plus grande justice et sincérité ) ce doqt je vous suis obligé.

» Taoukwang , 26* année , 2^ mois^ k^ jour (niars I846). »

Quel est dotic eu définitive le reproche qu'on adresse à h Codapagnie des Jades? Qu'elle autorise ou qu'elle encourage la culture de l'opium, dont elle retire un produit net d'au mohis trois millions de livi-es sterling ? On veut donc qu^elle interdise cette cultufe pour en laisser le bénéfice à d'autres pays» et qu'elle fasse payer aux habitants de l'Inde les fitns millions que lui donne maintétium l'opium? Mot qui ai visité l'Inde, tant supérieure qu'inférieure, et qui crois la connaître un peu, je suis convaincu que cette colonie est déjà trop suhôhargée, et que lui imposer nue nouvelle contribution capable de pttMluirc trois millions de livres, serait utt« affaire d'une extrême gravité (1). Et en faveur de qui ferait-on ce sacrifiée f Eti faveur des fumeurs de la Chine ? Non certainement , car ih n'en fumeraient pas moins. Ce sacrifice ii*auvàit d'autre résultat que de favoriser les pays qui entreprendraient la culture de Tôpittoi pour appro-^ visionner le marché de ta Chine.

Qu'a-t-on à reprocher aux commerçants? Ne sont-ce pas les Chinois

(I) Voyez la note H , à la fin de ce volume.

qui demandent Topittui et qui rachètent .vçIontaireiDeiit, quoique aucun étranger ne les excite par son exemple à en faire usage 7 Ne sont-de pas les Chinois qui vont chercher Topium en dehors des ports, à bord des receiving-ships ? La nation chinoise serail-elle composée d'enfants et de sauvages ne sachani pas ce qu'ils font? Préiendrait^on, par hasard, que la reine d'Angleterre entreprît de corriger ses habitudes ou , f^i l*on veut , ses vices , et même de réformer son administration des douanes en faisant la police sur ses cples? £t de quel droit le gouvernement anglais ou tout autre pourrait-il prendre de semblables mesures? Si ce n'est pas là ce qu'on demande, que veut -on donc? Contre quoi ou contre qui déclame-ton?

On dit que les receivivg-ships sont mouillés aux embouchures des fleuves, que les consuls le savent et le voient, et que les vaisseaux de guerre viennent jeter l'ancre à leur côté. Tout cela est certain; les consuls ne l'ignorent pas et ne prétendent p^s l'ignorer; ils envoient u^ême souvent leurs dépêches à Hong-knng par rinlermédiaire des clippers à opium. En maintes occasions, ils se sont expliqués avec les gouverneurs chinois au sujet des receiving-ships, ils leur ont dit : «Je ne les protège pas; allez les chasser si vous voulez. » Tout cela, je le répète; est notoire, et on doit regretter que les choses soient ainsi, quand l'opium pourrait entrer légalement avec un grand bénéfice pour le trésor impérial. Mais il n'a pas été possible de décider l'empereur è adopter ce système. Après avoir, dans plusieurs décrets, déclaré que l'opium est un poison et une calamité pour le peuple, il n'a pas cru qu'il fût de la dignité de ^a couronne d'en autoriser Tintroduction dans le but d'en retirer un bénéfice. Je comprends ce sentiment, et je le respecte; mais voudrait-on exiger du gouvernement anglais que, par le moyen de ses commodores, il empêchât ses propres sujets de faire un commerce avantageux , tandis que les Américains, les Hollandais,' les Danois, les Suédois, les Portugais continueraient à le faire librenient, et. profiteraient de l'étoignement des Anglais?

Lord Shafiesbury , en parlant de la valeur de l'opium introduit, dit que les commerçants voient (rob) aux Chinois Cette somme. Je ne sais cç qui doit paraUre ici plus étrange, ou la pensée du noble lord ou l'expression dont il se sert pour la rendre. Je puis aflBrmer à Sa Sdgneurie que parmi les. négociants qui font le commerce de l'opioni il y a des hommes émioeipment honorables, des gentlemen accomplis, qui non-seulement sont incapable^ de voler quoi que ce soit à personne, mais qui ne le cèdent à personne en sentiments de justice et en actes de bienfaisance et de charité. Je ne imiterai que M. Lancelot Dent, parce qu'il u'existe plus, et parce que, durant l'époque la plus critique pour le commerce en question, on le regardait comme y étant le principal intéressé, ce qui fit que le com-

tnissaire impérial Un attacha une importance extraordinaire à s'emparer de sa personne, au début des mesures violentes qui finirent par amener la guerre de 18'j0.

Quiconque a été en Chine sait jusqu'où allaient la bonté et la générosité de M. L. Dent. Ayant fait une fois avec lui le voyage de ilnde en Europe, je fus témoin de plusieurs de ses bonnes actions : je n'en rapporterai qu'une seule pour ne pas trop m'étendre. lin missionnaire catholique voyageait avec nous, mais à l'avant du navire et sur le pont. M. Dent, l'ayant aperçu, s'empressa, sans lui rien dire, de payer pour lui une cabine, et me pria ensuite d'aller l'inviter à venir en prendre possession. !.e missionnaire fut extrêmement reconnaissant; mais il représenta que, n'ayant point de linge pour se changer , il serait mal à l'aise tant dans la chambre de poupe qu'à table, où se trouvaient plusieurs dames, et que, pour cette raison , il aimait réellement mieux rester où il était. M. Dent comprit et approuva cette répugnance, et comme il avait .ou! dire que cet ecclésiastique désirait aller visiter Jérusal* m , il le pria d'accepter la somme qu'aurait coûté la cabine qu'il lui avait destinée, et le pauvre .missionnaire ne s'y refusa point.

Que l'abus de l'opium soit cause du malheur et de la ruine de quelques individus, de quelques familles, je ne le contesterai pas; mais je ne vois à cela d'autre remède que celui qui sortira du mal lui-même. Si l'opium est réellement nuisible, il est impossible qu'à la longue on ne finisse pas par le prendre en horreur; après tout, le plaisir qu'il procure n'est pas assez séduisant pour avoir plus de force que l'amour de la vie , que l'instinct de la conservation. J'ai déjà fait observer que ni les commerçants ni les matelots étrangers, qui ont sans cesse l'opium sous la main, n'aiment point à le fumer, parce qu'ils n'y sont point accoutumés, et ils n'en prennent poiqt l'habitude^ parce que, panni nous, ce fCt%t pas ia mode. Interdire la culture et la vente de l'opium parce que quelques débauchés en font on abus pernicieux , ce serait comme si l'on défendait les liqueurs parce qu'il y a des ivrognes, ou les rasoirs parce qu'il y a des gens qui s'en servent ponr se couper le cqu , ou la poudre parce qu'il arrive que des individus se brûlent la cervelle.

En France, pays florissant, il y a tous les ans environ 3,000 suicides, sur lesquels un dixième au moins, c'est-à-dire 300, se donnent ia mort au moyen de la poudre» La population de la France étant de 35,000,000 d'habitants, il y a on suicide au moyen de la poudre par 166,666 habitants. Si , en Chine , il mourait des gens par l'opium dans la même proportion , . le nombre des victimes devrait s'élever chaque année i plus de 3,500, ce qui certainement n'a pas lieu. Je suis donc convaincu que le nombre des individus qui, en France et dans le reste de l'Europe, meurent par le moyen

de la poadre, est proportionnellement phîs grand que celui des victimes que l'opium peut faire en Chine; et pourtant oU ne songe point à interdire la vente de cet article , qui sert pour la chasse , pour la composition des feux d^artifice et pour d'autres usages innocents.

Le côte réellement grate de ta question de ropiutfi se trouve dans la circonstance qui lui a donné tant d'importance aux yeux du gouvernement chinois, je veux dire dans Texportation des métaux précieux. Tant que cette exportation aura lieu , la tour de Példn regardera le commerce avec les étrangers comme mio calamité , et sa pofAique aura pour objet de le ruiner où du tnoins de lui mettre toutes les entraves possibles. La manière (Je raisonner des mandarins et même des simples particuliers animés de sentiments patriotiques sera celle-ci : « Les Anglais viennent nous apporter leurs marchandises et leur opiom pour nous enlever notre argent, et quand nous voulons mettre un terme aux préjudices qu^ils nous occasionnent , ils arrivent avec leurs vaisseaux à vapeur et leurs soldats potu* nous forcer de continuer un commerce qui nous est si funeste et continuer eux-mêmes ^ nous enlever notre argent. » Ces Idées existent déjà plus ou moins dans toutes les classes, et elles peuvent devenir générales.

On a pensé que le gouvernement finirait par autoriser publiquement la culture dcropium en Chine; mais il résulterait de là que, d'immenses terrains employés maintenant d produire du riz recevant une autre destination , il faudrait faire venir du riz de Tétranger, en sorte que le pays dépendrait de l'étranger pour sa subsistance. Dans une de mes dépêches au gouverneur de Manille, je calculai la quantité de riz que peut fournir un terrain produisant un nombre donné de caisses d'opium; mais je ne retrouve pas parmi mes notes une copie de ce travail. . Puisqu'on sait la quantité d'opium que consomme en moyenne chaque ftimeur, il n'est pas difficile de calculer le nombre de personnes qui «ont cette habitude; on a trouvé qu'il est de â à 3 millions. La population de la Chine étant de bOO miiliotis au moins, si Ton rédoit ce nombre d'un tiers pour les enfants et les jeunes gens de moins de vingt ans, on arrivera à ce résultat qu'il y a à peine un fumeur ou deux sur cent individus. Dès lors, quel effrayant accroissement peut prendre encore la Consommation dePopium!

Le éedderaium conl^iste à établir l'équilibre entre les articles importés en Chine et ceux qu'on en exporte, de telle sorte qu'il ne sojt pas nécessaire d'êtt faire sortir l'or et l'argent. Une diminution sur les droits d'entrée que paye le thé en Angleterre pourrait en augmenter la consommation. Il est probable que cette consommation s'accroîtra aussi dans le reste de l'Europe, malgré la concurrence que lui fait le café, le regardé aussi comme très-probable une augmentation presque indéfinie dans l'exporta-

tion de la soie; et Jes qdahdtés qui en sont Venues cesdernièires aimées montrent qoeRes sont, sous ce rapport, les facultés productrices de Fem^ pire chinois. On me dira que lli perle "de h récoite de la soie en Europe pendant ces dernières années , >et spécialement en i85#, est one chose acd * denteiie et passagère. Je n'en regarde pas moins comme très-proliable un ac^oisseraent considérable et pernu^nent dans l'exportation de ia aoie. àt la Chine pour l'Europe , et cela , non-seulement à cause de l*augmetotation de consommation qui doit résulter de l'accroissement de la population et du développement de la civilisation générale du monde, mais aussi parce qu'il est probable que la production de la soie ira diminuant en Europe. Je me fonde en cela sur ce que la grande quantité d'or qui sort des mines et la quantité plus grande encore de papier-monnaie que l'on crée doivent faire monter sans cesse le prix des terres et de leurs produits; en sorte que, dans quelques années peut-être, on trouvera beaucoup plus d'avantage à cultiver le blé ou les pommes de terre que le mûrier, vu que la soie peut, pendant bien dès années, venir de Chine sans que son prix actuel ^'élève sensiblement (1). Il est vrai que l'accroissengient de ces produits donne lieu , jusqu'à un certain point , à la même difficulté que celui de Topiuii) , c'està-dire à la nécessité d'importer du riz. Si l'on pouvait accoutumer les Chinois à la pomme de terre , on leur rendrait un immense service ; mais cela ne peut^ jamais détenir une ressource immédiate.

Dans tous les cas, le commerce de la Chine a un immense avenir. San^ aucun doute, un jour viendra où ce vaste empire abandonnera son système de réclusion, cause de sa faiblesse, touvrira ses rivières €t s^ canaux de bateaux à vapeur, et sillonnera ses vastes provinces par des chemins de fer, ce qui , dans aucun pays du monde , ne présente autant de facilité qu'en Chine, cqr .ce qu'il faut aux bateaux à vapeur et aux cbfimifls de fer pour donner 4e grands bénéfices, ç'e^t une grande pppulatîoa.

Le jour viendra aussi où se réalisera ie magnifique projet de couper l'isthme de Suez, surtout si i'^ypte a le bonb|^ur de poster Ipnf temps le prince écTatré qui lagouv^ne, Saïd-Pacha, digne 61s du célébré Mebemet-Âty, lequel désire si vivement immortaliser son nom par ce grand ouvrage (2).

Alors le commerce de la {Mne prendra un dévdoppement. qu'aucun autre n'aura jan^ais égalé; mon opinion est même qu'il doit à lui seul ac^ quérir une inqxirtance égale à celle du conunerce de tout le reste (iu monde.

Je vais terminer ce chapitre par un renseignement curieux; c'est ua extrait de deux tableamc généraux et détaillés du commerce d'imp(>rtati.oa

(1) Voyez U note A , à la fin de ce volame.

(2) Voyez la note B, à la fin de ce volume.

et d'exportation de la Cbioe pesdast l'aimée iSâ&. Ces tableaux, que e troQTe parmi mes papiers, ont été imprimés en Chine, et ils furent, je crois, dressés par le regrettable M. Tbom Ils comprennent tous les pays qui font avec la Chine le commerce par mer.

Valeur des importations générales de tous les pays étrangers en Chine pendant l'année 184^.

^ piastres.

Coton non tissé. 5,000,000

Tissas de coton de toutes sortes. 2,090,000

Tissus de laine de toutes sortes. ....... 1,047,000

Métaux de toutes sortes 261,650

Riz , 500,000

Perles. 300,000

Gingembre. 65,000

Poudre d'or de Manille et numéraire 1,000,000

'Autres arficles non énumérés 941,720

Opium (évaluation appr'oximative) 13,794,630

Valeurs des exportations générales dé Chine pour tous les pays étran*gersen 1844. ' ^

piastres.

Thé ' ^®'^^^»^^^ de livres pour l'Angleterre. ) ^ ^^^

1 10,000,000 pour les autres pays. • . . J ' *

Soie en rame : 1,700,000

Tissus de soie 1,047,000

Sucre et sucre candi 370,000

Cassia (cannelle). .«...« . 240,000

Autres articles non énumérés 532,750

Frais des navires et tonnage. . 500,000 1 , , ^^^ «^^

> il«660.250 Argent 11,160,250) __^^

Peut-être pourrai-je, avant de terminer cet opuscule, me procurer des renseignements semblables pour une des dernières années (1). En attendant, je puis affirmer que la valeur de tous les prodoits de la Chine exportés pendant l'annnée 1856 dépasse 50 millions de piastres, et que les articles importés de forment pas un chiffre moins élevé, tl résulte de li que le

(1) Voyez la note K, à Ta fin de ce volume.

couimerce de la Chine avec l'étranger a plus que doublé d'importance pendant les dix à douze dernières années.

Tout récemment, comme je l'ai vu par les journaux de Hong-kong, les gouverneurs de Chang-baîpt de Ning*po, pressés par le besoin d'argent, ont pris sur eux de permettre l'introduction légale de l'opium, moyennant un droit payé à la douane; ce qui, soit dit en passant, peut donner une idée de l'état de désorganisation dans lequel se trouve pif'ésf'ntemént l'empire cbinois.

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