CHAPITRE DEUXIÈME
Influence de Confucius sur se nation; conséquences de celle influence.
Pour bien comprendre la nation chinoise, il faut d'abord se pénétrer des écrits de Confucius; en effet, l'influence qn'ils ont eue sur les idées et sur les mœurs de ce peuple est si grande , qu'on peut dire que ses oeuvres ont été le moule qui a donné à cette nation une forme et une physionomie aussi spéciales qu'ineffaçables.
Cet homme extraordinaire naquit 551 ans avant Jésus-Christ et mourut à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Thaïes et Pythagore, Xerxès, celui qui envahit la Grèce, et Léonidas qui mourut aux Thermopyles, furent ses contemporains. Socrate ne viut au inonde que neuf ans après sa mort.
Son père fut gouverneur d’une ville de troisième classe; cependant Confucius ne fut point élevé sous sa direction, mais sous celle de sa mère, qui devint veuve à la fleur de son âge. Lejeune Confucius, parvenu à l’adolescence , obtint un emploi dans lequel il se distingua par son talent et a probité. fiiemOl il fut nommé surintendant pour la direction de la campagne et des troupeaux. Sa réputation allait croissant, quand il perdit tout â coup sa mère. Alors se conformant à nn ancien usage qui s’observe encore, il se retira des affaires publiques, et porta durant trois ans an deail rigoureux. Pendant ce temps il se livra avec ardeur â l’étude de l’antiquité, et particulièrement â celle des livres appelés Kiny ou classiques.
Le deuil terminé, les ministres de son pays voulurent le rappeler au service public, mais la science étant devenue pour lui une passion , il s’y refusa, et se livra à des voyages dans les différents royaumes dont sc composait alors la Chine. Il cheminait sur un char traîné par un bœuf, et différents disciples le suivaient à pied. Dans ccs excursions il ne sc bornait pas à apprendre tout ce qu’il pouvait, il profitait encore de toutes les occasions qui sc présentaient â lui pour donner de bons conseils aux gouvernants dans l'intérét du bonheur des peuples. Par exemple, il demanda à un roi qui avait un oiseau en cage s'il ne le mangerait pas cuit : « En aucune manière , » répondit celui-ci. Confucius lui fit observer qu’il mangeait bien journellement d'autres oiseaux , et le roi lui répondit qu’il n'avait jamais vu ces oiseaux qu’ou servait sur sa tablç , tandis qu’il était accoutumé à son petit oiseau qu'il voyait de près et qu’il aimait pour
ce motif. • Ceci vous apprend , seigneur, jusqu’à quel point il vous convient de connaître vos sujets et de vous informer de leurs besoins, car de cette manière vous les aimerez et vous désirerez les rendre heureux. • A un roi qui lui avait demandé, entre autres puérilités, comment un philosophe doit se vêtir : • De la même manière que les gens des pays où il se rencontre,» répondit-il. Ce roi lui demanda ensuite quelle devait être la manière de vivre d'un sage, et alors il lui répondit :
< Le vrai philosopho ne se produit pas de lui-même dans les festins de parade pour avoir occasion do briller , mais il attend qu’on l’y invite. S'il est du nombre des invités, il s'y rend, et fait exactement, et sans ostentation, tout ce qui est d’étiquette. Parût-on ne pas faire attention à lui , il ne s'en offense pas , et ne donne aucun signe de mécontentement.
» Il n’est occupé du matin au soir que de ce qui peut lui procurer l’acquisition de quelque vertu ou augmenter le nombre de ses connaissances.
» S'il sent qu’il a assez de droiture et de fermeté pour remplir les grands emplois, il ne les refuse point quand on les lui offre; il fait tous ses efforts pour les remplir dignement. Il n’ambitionne pas les honneurs, et ne cherche point à amasser des trésors, l'acquisition de la sagesse est le seul trésor après lequel il soupire ; mériter le nom de sage est le seul honneur auquel il prétende.
> Il n'emploie pour traiter les affaires que des hommes sincères et droits ; il ne donne sa conilance qu’à des hommes fidèles et sûrs. Il ne rampe pas devant ceux qui sont au-dessus de lui , il ne s’enorgueillit pas devant ses inférieurs; il respecte les premiers, il est affable envers les autres, il rend à tous ce qui leur est dû. S'il s'agit de reprendre quelqu’un de ses défauts ou de loi reprocher ses fautes, il ne fait l'un et l'autre qu'avec une extrême réserve.
» il estime les gens de. lettres, mais il ne mendie pas leurs suffrages; il ne s’abaisse ni ne s’élève devant eux. Il est au-dessus de toute crainte, quand il fait ce qui est de son devoir; une conduite irréprochable, jointe à des intentions pures et droites, lui sert de bouclier contre tous les traits qu'on pourrait lui lancer; la justice et les lois sont les armes dont il se sert pour se défendre ou pour attaquer. L’amour qu'il porte à tous les hommes le met en droit de n’en craindre aucun ; l’exactitude scrupuleuse avec laquelle il pratique les cérémonies, obéit aux lois, et s’astreint à l'observation des usages reçus, fait sa sûreté, même parmi les tyrans. Quelle que soit l'étendue de son savoir, il travaille toujours à l'agrandir ; il étudie sans cesse, mais non pas jusqu'à s’épuiser.
» Quelque ferme qu'il soit dans le bien , il veille continuellement sur luimême, pour ne pas se négliger. Dans tout ce qui est honnête et bon, il ne voit rien de petit; les plus minutieuses pratiques tournent chez lui au profit de la vertu.
» Il est grave quand il représente; affable et boa avec chacun, gai et d'humeur toujours égale avec ses amis.
» H se platt de préférence dan9 la compagnie des sages, mais il ne rebuto point ceux qui ne le sont pas.
» Dans son intérieur, il ne témoigne aucune prédilection pour un membre de sa famille plutôt que pour l’autre; à l'extérieur, ou en public, il traite éga-
lemcnt tous les hommes. L’etU-on grièvement offensé, ott par des paroles injurieuses, ou par des actions insultantes, il ne donne aucun signe de colère ou de haine ; et son extérieur serein et tranquille est une preuve non équivoque de la tranquillité d'à me dont il jouit.
> Le vrai philosophe cherche à se rendre utile à l’État, n'importe de quelle manière. Si par quelque action éclatante, ou par quelque ouvrage important, il mérite bien de la patrie , il ne Tait pas valoir ses services dans la vue d'en être récompensé, il attend modestement et avec patience qu'on lui rende justice, et s’il arrive que dans la distribution des récompenses on l'ait oublié, il ne s’en plaint point, il n'en murmure point.
» Lo suffrage des hommes honnêtes, l'honneur d’avoir contribué en quelque chose à l'avantage de ses compatriotes, et la satisfaction dont il jouit intérieurement, d'aeoir fait te bien pour te bien, sont pour lui la plus flatteuse des récompenses. Si, au contraire, en vue de son mérite, on le place au faite des honneurs, il n’a garde de s'en enorgueillir; il ne perd rien de sa modestie ordinaire , et n'est pas moins accessible à ceux qui vont à lui pour le consulter ou s’instruire, qu'il le serait si la fortune adverse lui faisait éprouver des malheurs. Le changement do fortune, soit en bien , soit en mal , ne change rien dans ses mœurs ni dans sa conduite; il est le même en tout temps.
«Uniquement occupé de remplir sa tâche dans ce monde et de la remplir de son mieux, content de la place qu’il occupe parmi ses semblables, il n'ambitionne point d’étre ce qu'il n'est pas; il ne porte point envie à ceux dont le mérite, la sagesse, la science et les talents sont égaux ou supérieurs dans l'opinion des hommes à ceux qu’il possède lui-méme. Il n’a pas de mépris pour ceux qui manquent de ces qualités , de ces talents ; il vit en bonne liarmonie avec les uns et les autres ; il s’accommode de tout et avec tous, et les respecte également comme étant ses semblables dans l'ordre de la nature. Le respect et la bonne harmonie font naître la bienveillance; les manières douces, décemment complaisantes, affectueuses, en sont les fruits; les éloges fondés sur la vérité, donnés libéralement, mais sans affectation , les services rendus à propos et sans être sollicitée, sont le comble de la perfection. C’est de tout cela réuni que se forme sans effort cette charité universelle, qui ne fait exception de personne, et qui embrasse tout le genre humain ; et c'est de cette vertu , source féconde d’où découlent toutes les autres, quo le vrai philosophe cherche à se pourvoir avant tout; c’est par elle qu’il se distingue de l’homme ordinaire ; c’est elle qui dirige toute sa conduite, et qui vivifle, pour ainsi dire, toutes ses actions (IJ. >
Ce discours causa une vive impression au roi , et il dit que désormais il traiterait les philosophes avec la plus grande distinction et qu’il véoérerait leurs conseils. Confucius lui répondit :
« Cela est très-bien , mais un grand roi doit se pruposer quelque chose de mieux encore. 11 doit avoir un amour tendre pour tous ses sujets ; faire en sorte qu’ils soient heureux et contents, et qu’ils se. félicitent de vivre sous son règne. «
(I) Ces lignes, ainsi que les autres pensées de Confucius que je copie dans ce chapitre, ont été traduites du chinois par le sinologue bien connu , M, Th. Pauthier.
On lui demanda dans une aulrc occasion quelle règle devait suivre celui qui voudrait agir toujours conformément à la 'justice; il répondit : • Ne faites à personne ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît •
A un autre qui voulait savoir ce que devait faire celui qui désirerait être sage et vertueux , il répondit :
< Faites le bien en tout temps, en tout lieu, dans toutes les circonstances où vous pouvez le faire, vous serez, n'en doutez pas, vertueux et sage.
» Faites le bien pour lui-mème, sans aucun motif d'intérêt personnel; on vous rendra la justice que vous méritez , et vous jouirez , sans contestation , de la réputation de vertu et de sagesse qui se fait d'elle-même en faveur de ceux qui se conduisent ainsi sans paraître l’ambitionner.
» Soyez sévères envers vous-même quand il s'agira de vos propres défauts, mais indulgents envers les défauts des autres ; ne dites jamais du mal de personne , et ne faites point cas du mal qu’on pourra dire de vous ; gardez-vous bien surtout do rechercher ou de mépriser l'approbation des hommes, mais recevez les louanges et les mépris avec une égale indifférence. Si vous ne contentez pas tout le monde, personne du moins ne vous haïra. Je n'ai pas d’autre réponse à vous faire pour le moment, a
Qui pourra lire sans en être touché les paroles suivantes, qu’il adressa , alors qu'il était déjà très-avancé en âge, h son disciple favori Yeh-hoeî, en présence de ses autres disciples ;
« Mon cher Yeh-hoeï, j'avance à grands pas vers la En de ma carrière , et le temps de ma dissolution n'est pas éloigné. Vous avez été témoin de tout ce que j’ai fait pour tâcher d'inspirer aux hommes l'amour de la vertu , et vous n’ignorez pas combien j’ai eu peu de succès. Il y a peut-être de ma faute si je n'ai pas réussi : dans ce cas vous la réparerez, et vous viendrez à bout de ce que j'ai tenté inutilement. La connaissance que j'ai de votre bon naturel , et les progrès que vous avez faits dans l'étude de la sagesse , me font fonder sur vous les plus douces espérances.
> Voua aimez les hommes, je vous ai vu compatir à leur faiblesse, excuser leurs défauts , ne pas vous offenser de leur ingratitude , ni de leurs autres vices ; je vous ai vu leur faire tout le bien que vous avez pu , et leur souhaiter tout celui que vous auriez voulu pour vous-mème; en un mot, je me suis convaincu, en observant de près toute voire conduite, que vous avez l'humanité (jin) gravée dans votre cœur en caractères ineffaçables. Continuez à faire de celte vertu votre vertu favorite, et puisque vous savez parfaitement en quoi elle coosiste , et ce qu’elle exige de ceux qui veulent l’acquérir, faites tous vos efforts pour en faire connaître l’excellence , et prenez sur vous d'en expliquer la doctrine quand je ne serai plus. C’est ce que je vous recommande pardessus tout. •
Confucius recommandait sans cesse les usages et les coutumes de l’antiquité, et particulièrement ceux du temps des rois Yao et Chun; cette époque est l'âge d’or des Chinois. Suivaut les chroniques et les traditions,
Yao, qui vécut treize siècles avant Jésus-Christ, fut un souverain patriarcal, et l’idole de son peuple. Entre autres choses ou rapporte de lui qu’il avait dans un endroit de son palais accessible li tout le monde une tablette où l’on pouvait écrire, et un tambour. Le premier venu entrait et écrirait ce qu'il lui plaisait , puis il donnait un coup sur le tambour; à ce bruit le roi accourait pour lire ce qu'on avait écrit. Avant de mourir, Yao choisit pour successeur l'homme le plus vertueux qu'il connût dans son royaume et l’associa à son autorité. Après sa mort cet homme, appelé Chun, continua le gouvernement paternel de Yao. Quand on demandait à Confucius d’expliquer sa doctrine , il répondait :
« Ma doctrine est celle que tous les hommes doivent suivre; c'est la doctrine de Yao et de Chun. Quant à ma manière d'enseigner, elle est toute simple : je cite en exemple la conduite des anciens; je conseille la lecture des livres sacrés (King), et j’exige qu’on s’accoutume à réfléchir sur les maximes qu’on y trouve. »
En effet, l’antiquité était pour Confucius le moyen le plus puissant soit pour inculquer les maximes qu’il en tirait, soit pour donner de l'autorité aux siennes propres; et il poussait son système jusqu’à l’exagération, donnant une grande importance à la musique, parce que les anciens la cultivaieut; recommandant avec ardeur l'exercice de la chasse, parce que, du temps de Yao, le pays se trouvant peu habité, il était nécessaire de tuer les animaux qui se multipliaient en trop grande quantité; et discutant même avec les rois sur la question de savoir s'ils mangeaient le grain avant les fruits ou les fruits avant le grain , ou s'ils faisaient certaines cérémonies de telle ou telle autre manière, voulant ainsi rétablir dans toute leur pureté les usages anciens.
Confucius vécut à une époque où la Chine , qui auparavant avait formé un seul royaume, se trouvait divisée en plusieurs États distincts, d’où résultaient, par une conséquence naturelle, l'anarchie et les guerres. Soit à cause de ces circonstances, soit par suite de la bonté naturelle qui formait le trait principal de son caractère , il est positif qu’il éprouva une grande horreur pour la guerre , et s’efforça de graver dans le cœur de ses innombrables disciples l’amour de la paix. Voici la leçon qu’il leur donna un jour. Étant allé se promener avec eux sur une montagne, il en descendit tout mélancolique, et leur dit que de ces hauteurs il avait promené ses regards de tous côtés et fait cette triste réflexion, que de toutes parts on voyait surgir des ambitieux turbulents, et que les hommes se détruisaient mutuellement. 11 invita ensuite les plus distingués de la réunion à manifester leur opinion et à exposer les moyens qui , à leur avis, étaient les plus propres à remédier à de tels maux.
a Tseu-lou répondit : « Je pense que j’en viendrais aisément à bout avec
une bonne armée qu’on me donnerait à commander. Avant de me mettre en campagne, j’assemblerais en particulier et f exercerais séparément les différents corps dont elle serait composée; je leur assignerais la place qu’ils devraient occuper dans la réunion générale , et je les mènerais droit à l’ennemi. Quand nous serions en présence , je ferais déployer les drapeaux et les étendards, et je voudrais qu'ils fussent tels, qu’ils répandissent un éclat semblable à celui dont brillent le soleil et la lune. Je ferais battre les tambours et les instruments d'airain , et je voudrais que leur bruit fût égal au bruit du tonnerre , lorsqu'il gronde avec fracas; alors je donnerais tête baissée contre tout ce que j'aurais en face. Je ferais couper la tête aux principaux d'entre ceux qui tomberaient en mon pouvoir; et toutes ces têtes coupées, je les exposerais publiquement pour servir d'épouvantail aux méchants et d’exemple à tous ceux qui seraient tentés de le devenir. Après ma victoire, je me retirerais dans ma capitale, si j’étais roi, et je me servirais de mes deux compagnons que voilé pour faire observer les lois et revivre les anciens usages.
» — Vous êtes un brave, répondit Confucius.
• — Pour moi, dit Tseu-koung, je m’y prendrais autrement. Les royaumes de Tsi et de Tsou sont prêts à en venir à une rupture ouverto; les hostilités commencent déjà de part et d'autre sur les frontières ; on rassemble des troupes de tous côtés; les royaumes voisins se disposent à tout événement; je croirais pouvoir leur faire mettre bas les armes et les engager à vivre en paix. J'attendrais pour cela que les armées fassent en présence et sur le point d'en venir aux mains : alors , revêtu de mes habits de deuil , je me présenterais entre ces deux armées ; je supplierais les chefs de faire faire silence, de me laisser parler et d'écouter avec attention. Alors je ferais un discours des plus pathétiques, dans lequel je développerais tous les avantages de la paix et tous les inconvénients de la guerre- Je leur mettrais devant les yeux l'ignominie et la mort ainsi que les malheurs qui fondraient inévitablement sur leurs femmes, leurs enfants et toute leur race. II n’est pas douteux que, touchés de mon discours, ils ne missent bas les armes, et si j'étais roi , je me servirais de Tseulou pour ministre de la guerre, et de Ven-hoeï pour ministre de l’intérieur.
i — Vous êtes éloquent, répondit Confucius.
» Yen-hoeï dit : « Si j'avais quelque souhait à former pour pouvoir travailler efficacement au bonheur des hommes, ce ne serait pas celui d’être roi; mes vues ne portent pas si haut que celles de mes condisciples. Je désirerais seulement vivre sous un roi qui fût vertueux et éclairé ; je souhaiterais que ce roi vertueux et éclairé jetât les yeux sur moi pour tirer parti de mes faibles talents et m'engager à concourir avec lui à la bonne administration du royaume. - .
> Les plantes hiun et yeou (la plus odorante et la plus fétide des plantes), lui dirais-je , ne peuvent croître dans un même champ : Yao et Kie n’auraient pas pu gouverner ensemble. Commençons donc par écarter loin de nous les flatteurs et les hommes vicieux , et subsliluons-leur des hommes sincères et pleirfs de vertu; chargeons ces hommes vertueux et sincères d'instruire le peuple des cinq devoirs capitaux (f 'humanité, la justice, l'amour de l’ordre,
la fidélité , la bonne foi), et de lui apprendre à les remplir. Après cela, n'ayant plus d'ennemis à craindre , nous n'aurons pas besoin d’avoir des troupes sur pied , ni de fortifier nos villes par des remparts et des fossés. Nous sèmerons des grains dans nos fossés ; les matériaux de nos remparts serviront pour élever des édifices à l’usage des citoyens, et les armes seront employées à faire des instruments aratoires. La science militaire et la valeur de Tseu-lou nous devenant inutiles, je loi conseillerais de ne plus penser aux exploits militaires, et de s'en tenir à la pratique exacte et constante de toutes les vertus civiles. N'ayant pas besoin d'user d'artifice pour persuader de faire le bien et d'éviter le mal, l'art oratoire de Tseu-koung nous sera pareillement inutile, et je lui conseillerais de ne plus s'occuper d'éloquence et de se contenter de persuader par son exemple ce qu’il aurait envie de persuader par ses discours. Voilé ce qui me parait le plus propre à procurer aux hommes le plus grand bonheur dont ils puissent jouir. Si je suis dans l'erreur , je prie notre maître de m'en tirer.
» — Vous (tes un sage , répondit Confucius. •
I.cs voyages de Confucius dans les différents États de la Chine et les leçons de philosophie qu’il donnait, augmentèrent beaucoup sa réputation, et à son retour dans le royaume de Lou, sa patrie, le souverain le nomma premier ministre, emploi qu’il accepta parce qu'il lui procurait les moyens de faire du bien et de mettre en pratique ses principes de morale et de gouvernement. Il s'acquitta de ces hautes fonctions au grand avantage du pays pendant quelques années , jusqu’à la mort du roi qui l'avait élu, et dont le successeur le destitua, ne pouvant se plier au système rigoureux du sévère philosophe.
Rentré dans la vie privée , il ouvrit nne école où ne tardèrent pas à se réunir trois mille disciples ; il passa le reste de. ses jours à rédiger et à expliquer ces livres qui devaient être si célèbres sous le noin de U-king (les cinq livres classiques ou les cinq livres sacrés).
Les fondements de la morale de Confucius, relativement à l'individu, s’appuient sur le perfectionnement de soi-méme, sur la piété filiale et sur la charité.
Quant à la politique , il regarde les gouvernants comme les pères des gouvernés, et par conséquent le souverain comme le père de tous. D'où il résulte, suivant son grand système de la piété filiale, que tout ce que possède le sujet appartient au prince , et que celui-ci est maître absolu des biens et de la vieMe ses sujets. Mais en donnant au prince une telle autorilé, il exige de celui-ci la venu, et déclare que c'est pour lui une obligatiou imposée par le ciel de bien gouverner et d'aimer ses sujels. Il va même jusqu'à admettre ce principe que le peuple peut détrôner le roi quand il est mauvais souverain.
L'idée fixe de Confucius était le bien-être du peuple plutôt que la per*
fcction spéculative de l’homme; mais jamais il ne songea à lui procurer des droits et des garanties. D'un côté, obéissance aveugle du peuple, et de l’autre, souveraineté absolue mais sage du prince : voilà sa théorie gouvernementale.
Il consacra toute sa vie à acquérir la sagesse et à prêcher la vertu ; mais en réalité c’était un homme d'un savoir très-restreint, soit à cause de l'époque où il vécut, soit à cause de l’isolement do la Chine. Enfoncé dans les régions sublimes de la morale , il ne s'abaissa jamais à considérer les phénomènes de la production et de la consommation des richesses ; il ne se douta pas de l’importance de procurer des débouchés aux produits naturels de son pays, d’encourager l'industrie et de protéger le commerce. S’il recommandait la culture assidue des champs et la facilité des communications, il n’avait en vue que l'abondance, et par conséquent le bon marché des subsistances et nullement la pensée de Y exportation au bénéfice des propriétaires. El quant au commerce, on peut comprendre ses idées d’un seul coup par le fait suivant. A l’époque où il était à la tête du gouvernement de sa patrie, il y avait un spéculateur qui, personnellement et par l'entremise de scs agents, accaparait le bétail dans la campagne et le vendait ensuite dans la capitale , avec tout le bénéfice possible ; par ce moyen il était parvenu à acquérir de grandes richesses, de sorte que personne ne pouvait lui faire concurrence dans ce commerce. Confucius le fit venir et lui dit d'un ton sévère :
t J’ai appris que vous étiez l'un des plus riches citoyens de la ville : je souhaiterais que ces richesses fussent le fruit de votre travail ou d’une honnête industrie, je m'en réjouirais avec vous; mais il n’est malheureusement que trop vrai que la fortune dont vous jouissez n'est duc qu’à ud monopole dont vous devriez être sévèrement puni. Je vous fais grâce, à condition néanmoins que vous vous corrigerez et que vous restituerez au public ce qui a été volé par vous au public. La manière dont je veux que cette restitution se fasse mettra votre honneur à couvert. De toutes vos richesses , ne réservez pour vous que ce qu'il faut pour vivre dans une honnête aisance; vous laisserez le surplus à ma disposition pour les besoins de l'État. N'entreprenez pas de vous justifier, encore moins de me donner le change ou de me tromper. Vous n’y réussiriez pas. Je vous donne quelques jours pour faire vos dispositions ; pensez sérieusement à ce que vous ferez; je n’ai pas autre chose à vous dire : retirez-vous. »
En conséquence le commerçant dut se laisser dépouiller de la plus grande partie de sa fortune.
Mais le plus grand défaut de Confucius, comme homme d'Ètat, ce n’est pas son ignorance absolue de ce que nous appelons aujourd’hui Vvconomic politique, mais son culte aveugle pour tout ce qui est ancien. D'après ses maximes, point de changement, point de progrès, point d’im-
portatkm des sciences étrangères ; son beau idéal s'arrête à la civilisation des temps de Yao et de Chnn, qui viraient il y a quatre mille ans! ! !
A sa mort il jouissait d'uue grande célébrité, et le roi de Loti, qui n’avait pas fait grand cas de lui, lui fit rendre de grands honneurs funèbres. Il y assista lui-même, et , prosterné devant son tombeau , il le reconnut pour son maître; cérémonie qu’il renouvela chaque année, qui a été continuée depuis et même convertie en loi. C'est un usage sacré chez les Chinois d'aller tous les ans, au jour qu’on peut appeler des morts, se prosterner devant les tombeaux de leurs ancêtres et de pratiquer certaines cérémonies religieuses. Tous les mandarins et les lettrés rendent cet honneur à Confucius; et comme il n'est pas possible que tous se transportent au lieu où se trouve le véritable tombeau, ou a érigé, dans toutes les villes de quelque importance , un édifice ou temple destiné à le représenter. De là Tient que plusieurs Européens ont cm et croient encore qu’on lui rend un cuite divin ; et il est assez général de dire que la religion officielle de Chine est celle de Confucius.
La vérité est que le gouvernement de ce pays singulier ne professe aucune espèce de religion. Il reconnaît sans doute le pouvoir du Ciel et d’un Être suprême, mais il ne traduit cette idée par aucun signe matériel Point de dieu*, point de mythologie, point de prêtres. Le Ciel! Qu’est -ce que veut dire le Ciel 7 Personne ne le sait et ne s’occupe guère de le savoir (1). (jette absence même de croyances religieuses a été proba-
II) Il n’est pas facile de donner une notion exacte sur le culte public ou religion t l’État de la Chine. Il y a des temples , des idoles , des sacrifices d'animaux , des encens brûlés, des cérémonies, des processions; et avec tout cela il n’y a pas, à proprement parler, de religion , comme nous entendons ce mot. L'empereur adore, à Pékin, dans des temples différents et spéciaux , le ciel, ta terre, le soleil et la lune ; et met, dans ces occasions, une robe pontificale dont la couleur change selon le temple où il se rend. Il est sévèrement défendu à toute autre personne que le souverain d'adresser des prières on des adorations k ces objets célestes : on voit par Ik qu’ils ne sont pas considérés comme des dieux. Des personnages d’un rang inférieur au priqfe peuvent sacrifier aux esprits du vent, de la pluie, du tonnerre , du dragon, des patrons spéciaux des villes et des villages. Ceux-ci sont nommés par l’empereur parmi les hommes grands ou vertueux qui ont rendu des services importants. Ou sacrifie aussi aux mènes de Confucius et des ancêtres , et à ceux de certains sages ou guerriers célèbres auxquels ou a élevé des temples par ordre de l'empereur. Pour sacrifier, on ne tue aucun animal devant les autels : on apporte tout simplement des veaux , des cochons, des lapins, ou d’autres animaux tout morts et préparés pour être cuits. Après la cérémonie, on fait un repaa et on se réjouit. Mais tous ces actes sont plutôt des superstitions (dont le nombre, il parait, augmente tous les jours) que les rites d’aucune croyance. Autrement, comment pourrait-on concevoir qu'on trouve des milliers de Clünois, lesquels étant des fanatiques bouddhistes ou musulmans, exécutent cependant toutes les cérémonies du culte officiel arec la même
lilemcm b cause de la tolérance des gouvernants de ce pays. On ne les a pas t us s'opposer à l’introduction et à la propagation do judaïsme, du bouddhisme, du mahométisme, 'du rationalisme (culte de Tao , secte de Laotseo), ni même du christianisme (1).
Confucius n’a rien écrit en fait de religion , et il n'est pas même facile de déduire de ses outrages s’il croyait ou non à l'immortalité de l'itnc (2).
Sa renommée, comme celle des autres grands hommes, s’est accrue par la
gravité et bonne foi que tous les autres Chinois ? Cela prouve bien qu'ils ne considèrent pas ces cérémonies comme des rites d’une religion , laquelle se trouverait alors en opposition avec la leur. Quant aux idoles des hommes célèbres, il n’y a pas de doute qu’on ne puisse les comparer aux statues que nous élevons en Europe ; et les sacrifices et encens brûlés équivatentaux honneurs militaires et funèbres qui sont en usage parmi nous. Pour des hommes moins importants , l'empereur décerne des arcs de triomphe , des tombeaux d’honneur, et des tablettes écrites qui sont conservées dans les (amitiés.
Le missionnaire américain 5. W. Williams , dans son grand et important ouvrage sur la Chine , raconte qu'en 1835, à la suite d’une grande sécheresse , le gouverneur de Canton publia un édit singulier dont U donne la copie. Le haut mandarin enjoignait de ae présenter à quiconque se croirait en mesure de faire tomber la pluie au moyen de prières ou d'exorcismes, en lui offrant des récompenses en cas de rcuysite. Un pr/lre de Bouddha se présenta ; on lui dressa un autel , et il se mit pendant trois jours à faire des pénitences et des cérémonies ridicules. Si par hasard il avait plu, il serait devenu un homme important; mais comme il n'en fut rien, on se moqua de lui. Le gouverneur chinois aurait accepté de même les services d’un brahmane hindou ou il’un adorateur de Zoroastre pour [intercéder vis-à-vis du ciel. Il se disait probablement touchant ces prières ce que quelques-uns disent des médicaments homccopathiques : « S'ils ne guérissent pas, du moins ils ne font pss de mal. »
M. Williams établit son opinion à ce sujet en ces termes explicites : « The State religion of China is a inere pageant , and ran no more he called lhe religion of the Ctiinese than the teachings of Socrates could be termed lhe failli of the Greeks. »
(I) 11 est vrai que, dans les dernier s siècles, la religion chrétienne a éprouvé des contrariétés et des pcrsécuiions , mais il ne faut les attribuer qu’à des causes politiques dont nous parlerons en un antre Heu.
(1) « The remarks of Confucius upon reiiglous subjects were very few ; he never taugiit the duty of luan to any higher power than the liead of the State or family though he supposed hiraself eomissioned by heaven to restore the doctrine and usages of the ancient Kings. He admtttéd thaï he did not understand mnch about tbegods, liât the y were lieyond and above the compréhension of man , aod that lhe obligations of man lay rallier is doing bis duty to liis relatives and society tlian in worshiping spirits unknown. « Not knowing even Life , said he, how can weknow deatli ? a
The midle kinjdom , by S. Wells Williams, vol. II , p. 236,
suite des siècles. Différents empereurs l’ont honoré des litres de grand sage, grand saint, maître de (a nation, prédicateur impérial, te plus sage et le plus vertueux de tous les instituteurs des hommes, etc.
La collection de ses œuvres est pour les Chinois ce qu'est le Koran pour les musulmans, et l’Évangile pour les chrétiens; elle est la source des coutumes et des lois de l’empire. Par exemple , l’empereur Kang-hi, homme éclairé, fit une ordonnance composée de seize articles qui résume tous les devoirs du bon citoyen, et ordonna que les autorités la lussent une fois par mois au peuple.
Cette loi provint des conseils suivants, que Confucius donna à un de ses disciples, lequel, ayant obtenu un gouvernement, vint lui demander des règles pour sa conduite.
« Soyez diligent à traiter les affaires; informez-vous exactement de toutes les circonstances qui peuvent contribuer à vous les faire connaître, à démêler le vrai d’avec ce qui n’en a que l'apparence , et à vous faciliter les moyens de les terminer agréablement.
» Soyez juste, désintéressé, toujours égal à vous-même. La justice ne fait acception de personne, elle rend à chacun ce qui lui est dû. Le désintéressement conduit à l'équité; quand on est intéressé, l'on cesse bientôt d'étre juste. Tout ce qu’on reçoit de ses inférieurs, sous quelque titre que ce puisse être , est un véritable vol qu’on leur fait. L’égalité d'humeur dans un bomme en place lui attire la confiance , elle le fait aimer des bons, craindre des méchants et respecter de tout le monde.
» Soyez d’un abord facile ; ne montrez un front sévère à qui que ce soit, et recevez avec bonté , sans aucune exception, tous ceux qui s’adresseront à vous. Vous devez vous regarder comme le père commun.
» S’il faut traiter les affaires avec toute la diligence possible , il faut être extrêmement sur vos gardes pour ne pas les terminer avec précipitation. Ne portez de jugement qu'après que la vérité vous sera parfaitement connue.
» Dans chacune des quatre saisons de l’année, assembles le peuple au moins une fois pour lui expliquer vous-même ses devoirs. Faites en sorte qu’il ne manque d’instruction dans aucun temps; car, s’il ignore ce qu'il doit faire, comment pourrait-il être coupable en ne le faisant pas ?
» Ne l'occupez jamais à des ouvrages de corvée, lorsque les travaux de la campagne et ceux qui sont de nécessité pour lui même doivent l'occuper. >
Dans les préceptes de Kang-hi mentionnés plus haut, on inculque principalement l'amour filial et le devoir d’honorer d’abord la littérature , qui est la source de la sagesse, et en second lieu l'agriculture, qui procure aux hommes leur subsistance ; tout ceci conformément aux maximes de Confucius. On y rabaisse aussi toutes les religions, mais on ne les prohibe pas.
On trouve une autre preuve de l’influence de Confucius dans le système fiscal q t: régit encore de nos jours. Si l'on a établi des droits de douane,
on l'a fait seulement pour en lircr des revenus, et non pas pour protéger l’agriculture ni l’industrie nationale. Aucun article, aucune marchandise n’ont jamais été prohibés dans ce but, et les droits n’ont pas été excessifs. On dirait que ces Asiatiques ont adopté avant nous le principe de la liberté du commerce; mai» la vérité est que Confucius n’altacba aucune importance au trafic ni à l’industrie. Le riz, qui est le froment des Chinois, a toujours été libre de tout droit, même aux époques oit il s’est exercé une plus grande oppression sur les négociants étrangers. Et non-seulement le riz était exempt de tout droit, mais de plus le navire qui en était chargé, ne fût-ce qu’à moitié , était aussi exempté (avant les derniers traités) du droit exorbitant de tonnage auquel étaient soumis tous les autres navires. Si l’on a mis des obstacles au commerce étranger , s’il a subi des extorsions, on doit les attribuer à la méfiance du gouvernement ou à la rapacité de ses agents. «
Quand on fait un traité avec les diplomates chinois, ils ne songent pas même au principe de la réciprocité. Ils ne demandent rien, ne veulent rien ; pour eux, le traité est une concession de certains avantages faits aux Européens, et voilà pourquoi ils évitent autant qu’ils le peuvent d’en conclure ; et quand ils ne peuvent l’éviter, leur habileté s’exerce à accorder le moins possible. Ils ne se préoccupent jamais de faciliter l’exportation de leurs produits naturels, et encore moins de protéger leurs sujets qui vont en d’autres pays. A Manille, dans les premiers temps de la domination espagnole, les Chinois accoururent par milliers; il s’ensuivit qu’ils s’enhardirent et sc soulevèrent à trois différentes reprises. Une fois, ils assiégèrent les Espagnols dans la capitale et allèrent jusqu'à douner l’assaut; mais ils finirent toujours par être vaincus : le massacre fut horrible.
Lors du dernier soulèvement qui eut lieu en 1762, le gouverneur général de la colonie publia un décret qui ordonnait que dans toutes les lies de l'Archipel, en quelque lieu que l’on prît un Chinois, on le pendit immédiatement, sans aucune forme de procédure. Dans aucune de ces circonstances il n’est jamais venu à l’esprit du gouvernement chinois de faire ni réclamation ni recherche. Si l’on eût dit à quelque mandarin que plusieurs milliers de Chinois avaient été massacrés sans raison aux îles Philippines , il aurait répondu : • Pourquoi y vont-ils? •
Les gouvernants anglais maintiennent avec une extrême rigueur le principe de l’indépendance absolue de leurs sujets en Chine vis-à-vis de l'autorité du pays; et cependant, à Hong-kong, il y a des milliers de Chinois entièrement soumis aux lois et à la justice de la Grande-Bretagne , sans que les mandarins réclament pour leurs sujets l’exemption de la juridiction locale dont les Européens jouissent sur le territoire chinois.
Après Confucius d’autres philosophes ont écrit, et quelques-uns ont
commenté ses maximes. Parmi eux se distingue Meng-iseu , quoique , à vrai dire, on ne trouve chez lui rien d’original et rien de nouveau: au contraire, scs écrits, généralement dialogué* avec vigueur, semblent plutôt être une confirmation et une amplification des maximes de Confucius. Toujours la piété filiale d’un côté et le prince parfait de l'autre. S’il offre quelque différence , c’est dans la plus grande énergie de scS expressions. Par exemple , il raconte qu'il fit cette question à un roi i * Croyez-vous que ce soit la même chose de tuer un homme avec un sabre ou avec un bâton? » Le roi répondit : « C’est la même chose. » • Et n’est-ce pas la même chose, répliqua lUeng-tseu, de le tuer au moyen d’un bâton ou d’un mauvais gouvernement? >
Il rapporte aussi qu’un roi lui (varia de Tching-tong , qui détrôna Klé et le bannit, et de Wou-wang qui tua le roi Ghéou, et lui demanda : • Est-ce qu’il est permis aux sujets de détrôner et de mettre à mort leur souverain? • Le philosophe répondit :
• Celui qui fait un vol à l’humanité est appelé voleur, celui qui fait un vol â la justice est appelé tyran ; or, un voleur et un tyran sont des hommes . et on doit les regarder comme tels (de quelque dignité qu’ils soient revêtus), l’ai toujours entendu dire que l'homme nommé Chéou avait été mis à mort, et non pas que Wuu-wang ait tué son priDce. >
Et il est remarquable que dans un pays aussi essentiellement despotique que la Chine , les livres où l'on admet comme licite le détrônernent des mauvais roia soient destinés par ie même gouvernement h servir I l’instruction et i l'éducation de ceux qui se livrent â l'étude et à la politique.
Après tout cela, on doit avoir compris que les écrivains qni sortirent de l'école de Confucius ne firent par leurs écrits que canoniser ses maximes, exalter les temps de Yaoet de Chun.et fermer la voie à toute idée de progrès.
La classe élevée, la noblesse (gentry ), si ou peut employer ce nom à propos de la Chine, se compose des mandarins et des gradués dans les universités, qui soûl tous absorbés nécessairement dans les livres de leurs philosophes, ce qui fait qu’ilasont les ennemis naturels de toute inoovation ou de toute réforme.
Au troisième siècle avant Jéaus-Christ , l’empereur Thsin-cfai-itoang-ti réunit sous son sceptre tous les différents États suzerains dans lesquels la Chine était alors divisée, ce qui occasionnait de* guerres continuelles; il fit ouvrir de grandes routes; il parcourut tout sou empire ; il fit exécuter sur plusieurs points des travaux d’utilité publique, il réforma ie calendrier $ il réduisit en un seul les cinq caractères jusqu’alors en usage pour l’écriture : ce caractère est celui qui s’emploie encore aujourd’hui. Il fit orner la capitata de monuments d’une sompluusiié telle, que l'imagination aurait peine i se les figurer. Ayant reçu de la nature un caractère très -indépendant,
il ne tolérait de remontrances d’aucune espèce. Avisé des désordres dans lesquels vivait sa mère, il l'exila. Quelques lettrés ayant osé lui rappeler ses devoirs de piété filiale, il défendit sous peine de mort de lui parler de sa mère; mais n'avant pas tenu compte de celle défense, il en fit mettre A mort jusqu'à vingt-sept; il ordonna de leur couper les pieds et les mains, qui furent exposés en public. 11 finit néanmoins par rappeler sa mère. L’animosité entre lui et les lettrés ne fit que s’accroître. Une discussion s’étant élevée sur le mode du gouvernement de l'empereur, il en fut telle- . ment irrité que tous les livres furent brûlés par son ordre, et que quatre cent soixante lettrés qui avaient osé lui faire une opposition ouverte perdirent la vie dans une grande fosse où on les jeta.
Cette mesure violente fut suggérée à l'empereur par son premier ministre , lequel lui tint un discours dont j’extrairai les passages suivants :
« Il faut avouer que les gens de lettres sont, en général , bien peu au fait de ce qui concerne le gouvernement.... de pratique, qui consiste à retenir les hommes dans les bornes de leurs devoirs réciproques. Avec toute leur prétendue science, ils ne sont, en ce genre, que des ignorants : ils savent par cœur tout ce qui s’est passé dans les temps les plus reculés, et ils ignorent ou ils font semblant d'ignorer ce qui sc passe même sous leurs yeux. — Prévenus en faveur de l’antiquité, ils en admirent jusqu'aux sottises, ils sont pleins de mépris pour tout ce qui n’est pas exactement calqué sur des modèles que le temps a presque entièrement effacés de la mémoire des hommes... — Incapables de discerner ce qui était convenable autrefois d'avec ce qui ne convient nullement aujourd'hui , co qui était alors utile et peut-être même nécessaire, de ce qui serait très-certainement préjudiciable dans le temps où nous vivons, ils voudraient que tout se fit conformément à ce qu’ils lisent daos leurs livres. — A les entendre, on ne doit vous regarder que comme un prince bouffi d'orgueil qui se préfère sans pudeur à tout ce que l’antiquité a eu de plus respectable; que comme un prince d’un esprit futile, d’un caractère inquiet et remuant, qui bouleverse tout, qui renverse tout dans l’empire; si vous publiez quelque édit, ils croient y découvrir de l’injustice ou tout au moins de l'inutilité ; si vous donnez quelque ordre, ils l’éludent, ils en critiquent jusqu'aux termes dans lesquels il est conçu , ils font tous leurs efforts pour le rendre méprisable ; si vous faites travailler A quelque ouvrage public , vous grevez, disent-ils, le peuple, vous opprimez vos sujets, voua en faites les malheureuses victimes de vos caprices... — De pareils discours, répétés sans cesse , éteignent dans lo cœur de vos sujets toute affection pour vous. Ce sont des semences de révolte qui germent insensiblement, qui poussent de profondes racines, et qui ne tarderont pas, si vous n’y niellez bon ordre, de prendre tout leur accroissement au dehors. — Les lettrés forment dans l’empire une classe d'hommes à part. Pleins d’eux-mêmes, infatués de leur prétendu mérite, ils ne voient de bien que ce qui se fait conformément à leurs idées : ils ne voient le beau que dans les usages suranués, que dans les cérémonies
antiques, qui ne peuvent avoir lieu de not jours ; ils ne trouvent de véritablement utile que cette vaine science qui les élève si fort à leurs propres yeux, et qui, dans la réalité, les rend inutiles à tout le reste du genre humain. Oseraije, seigneur, vous proposer ici sans détour ce qu'il me parait que vous devriez faire... Ce sont les livres qui inspirent à vos orgueilleux lettrés les sentiments dont' ils se glorifient; àtons-leur les livres... A l'exception des livres qui traitent de médecine et d'agriculture, de ceux qui expliquent la divination par la Koua , ou lignes de Fou-hi , et des mémoires historiques de votre glorieuse dynastie..., ordonnez, seigneur, qu'on brûle généralement tout ce fatras d’écrits pernicieux et inutiles dont nous sommes inondés; ceux surtout où les mœurs, les actions et les coutumes des anciens sont exposées en détail. »
Celte période de l'bistoirc de la Chine, dont nous devons surtout la connaissance aux investigations faites par le père Amyot, offre un grand intérêt. On y voit quelles sont les difficultés qu'aurait i vaincre quiconque voudrait opérer des réformes en Chine, et de quelle mission se croient chargés les lettrés : chacun d’eux se prend pour un petit Confucius. J'entends parier de ceux qui sont honnêtes et dont le caractère est indépcndani. Le sépulcre du roi Thsin dii-hoang-ti fut détruit et pillé après sa mort, et le pays continua et commue d'être ce qu'il était auparavant. Mais les paroles que nous venons de copier, prononcées il y a 2100 ans par le ministre de ce remarquable souverain, ne seraient-elles pas applicables aujourd'hui même et ne devront-elles pas être répétées pir ceux qui out à régénérer ce grand empire?
Le missionnaire français M. Hue, bien connu en Europe par les trèsremarquables voyages qu'il a faits en Chine, en Tartarie et au Thibct, eut d'étroites relations dans ce dernier pays avec le célèbre Kishen , un des commissaires impériaux établis à Canton pendant la guerre de lSûO, et qui avait été aussi ministre d’Étal. Par suite du peu de succès qu'il eut dans scs fondions pendant la susdite période, il fut envoyé au Thibel en qualité d'ambassadeur, et , par conséquent , eut indirectement ce pays à gouverner.
Dans une des conversations familières qu’il eut avec le missionnaire Hue, il lui parla des événements ci-dessus rapportés et lui dit (selon ce que me raconta le même M. Hue, de l'amitic duquel je m’honore), & peu de chose près ce qui suit :
> Si on me laissait faire, j'aurais battu les Anglais avant que six mots se fussent écoulés. Nos armes sont bonnes pour lutter avec les soldats du Thibel, de la Corée et des autres pays qui nous entourent, parce que les leurs sont encore plus arriérées, mais les uôtres ne servent à rien pour combattre contre les Anglais.
» J’aurais en peu de temps des bateaux à vapeur, des fusils à piston,
des canons k la Paixhans et des régiments disciplinés à l’européenne, et j'expulserais des cOtes de Chine jusqu’au dernier Anglais; mais si je disais de telles choses à Pékin, on me ferait couper la tête. »
Peu de temps avant la guerre précitée, un commerçant de Canton qui, ayant navigué par navires étrangers, connaissait tout l’avantage de la forme de leur gouvernail sur celui des jonques, en üt fabriquer une k laquelle il fit poser seulement un gouvernail à l'européenne. Avant même qu’il eût pris la mer, il fut dénoncé au mandarin, qui ordonna de détruire ou de brûler la barque, frappant en même temps le novateur d’une amende pour avoir tenté de se soustraire aux prescriptions de la loi établie.
Dans la maison d’un riche négociant de Macao, nommé José-V 1 ' Jorge, se passa ce que je vais raconter et dont je lieDs le détail de sa propre bouche. Je dirai d'abord que dans cette ville les planchers des habitations sont en bois, et qu'on a coutume de les couvrir de couleurs qui forment des dessins imitant un tapis ou une toile cirée.
Cette sorte d’ornements s’opère au moyen de force coups de pincèau , prend beaucoup de temps aux artistes chinois, et ne laisse voir qn’unc œuvre fort imparfaite. Le sieur Jorge suggéra k son peintre décorateur l’idée d’employer les cartons percés à jour dont on fait usage en Europe. Le décorateur chinois adopta cette idée immédiatement, et se mit à peindre la spacieuse et jolie maison dudit seigneur en tirant parti de cet expédient — Tont le monde aurait cru que ce mode d’ornementation allait être adopté par les autres peintres, mais ce fat tout le contraire qui arriva. L’innovateur ayant été accusé par-devant les chefs de sa corporation (chaque art ou métier ayant 1a sienne avec ses règlements), fut contraint de détruire tout ce qu’il avait commencé et k rétablir les choses suivant le mode de peinture antérieurement usité. L’affaire se termina par un repas k payer par lui k tons ceux de sa profession : conclusion qu’il regarda comme très-heureuse.
Voici de quelle manière opèrent les maximes de Confucius. C’est k cet homme extraordinaire qu’on doit, sans aucun doute, qu’un si vaste empire se soit maintenu compacte et sur pied jusqu'k nos jours, mais c'est aussi jusqu'k lui qu’il faut faire remonter la cause des obstacles qui s'opposent k ce que ce pays se régénère et parvienne à jouir des bienfaits de la civilisation moderne.
Il ne manquera pas de gens qui, aujourd’hui même, soutiendront qu’il vaudrait mieux pour les habitants de la Chine qu’ils ignorassent ce qui se passe dans les autres parties du monde , qu'ils s’en tinssent pour vivre k leurs propres ressources, et qu’ils conservassent autant que possible le mode de vie le plus conforme k celui des époques patriarcales de Yao et de Chun , au lieu d’avoir des bateaux k vapeur, des chemins de fer, des télé-
graphes électriques, et les sciences et les machines européennes. Peut-être serait-ce mieux pour eux. Je ne veux pas lo nier; mais se rencontrera-t-il quelqu'un qui croie que ce soit possible? Et dans ce cas, ne vaudrait-il pas mieux que cet immense pays vint à subir le plus tôt possible la transformation qui, après tout, finira par lui être imposée, et adoptât notre civilisation , et avec elle probablement notre religion ?
Je crois que le lecteur aura compris de reste le motif par lequel la Chine, si elle a été précoce, est demeurée stationnaire. Il ne lui sera pas plus difficile de comprendre le mépris qu’inspirent dans cet empire les commerçants en général et les Européens en particulier.
Les commerçants indigènes sont considérés comme parmi nous l'étaient il n’y a pas encore longtemps les usuriers, et comme aujourd’hui le sont les boutiquiers. En Europe même nous n’avons pas été exempts de ce» idées erronées. On rapporte que le grand Napoléon lui-même appelait les commerçants : le brigandage organisé.
Ea ce qui regarde les étrangets , les circonstances sont plus défavorables. Tous les Chinois sont tenus, comme je l’ai déjà dit, d’houorer les tombes de leurs pères et de leurs aïeux. A cet effet, les lois défendent aux citoyens de changer de domicile et, bien plus, de sortir du pays. Abandonner les ossements de ses pères est une des choses les plus déshonnêtes qui puissent se faire en Chine. — Il est vrai que, malgré tout, la surabondance de population contraint un très-grand nombre d’habitants d’émigrer, et que le gouvernement, fatigué de couper des têtes de pirates et de larrons, tolère l'émigration. Mais il n'est point sorti de Chine, que l'on sache, pour passer à l'étranger, un Chinois gradué ayant ne fût-ce que le titre de siut-sai.
Ceux qui émigrent appartiennent à la classe la plus abjecte. Ils n’emportent pas avec eux d'autre équipement que les haillons qui les couvrent. Ils se mettent dans une barque de transport pour Manille , Singapor, etc. A leur arrivée là se présente à bord quelqu'un d'entre les Chinois établis dans le pays, qui paye alors lo montant du prix du passage d'un ou do quelques-uns des nouveaux venus; ceux-ci s’engageant à le servir, pour tout ce qu’il leur commandera, durant deux ou trois années, en échange seulement de la nourriture.
Telle est la classe de Chinois qui sortent de leur patrie pour chercher fortune.
Après cela, comment voudrait-on qu’un disciple de Confucius pût voir un homme respectable dans un Anglais ou un Français qui entreprend de naviguer rien moins que de l'Océan jusque vers les bouches du Yanse-kiang dans le but de tirer de l'argent des Chinois '/
Volney a dit que les musulmans ne se civiliseront point aussi longtemps
qu'ils n'auront pas abjuré la loi du Coran. — On peut dire 1a même chose relativement aux Chinois et à leur Confucius. Heureusement dans ce cas il n’y a pas de préjugés religieux qui s'opposent 4 la révolution d’idées qu’il est nécessaire d'opérer.
Ce. que nous avons dit touchant les idées politiques de Confucius et de son influence sur la nation chinoise explique l'état arriéré où elle sc trouve relativement à l'art militaire. On n’y a jamais accordé de l'importance aux talents guerriers ; on n'y a point travaillé au perfectionnement des armes et des navires de guerre i les officiers et les généraux reçoivent de faibles rétributions et ne jouent qu'un rôle secondaire près des employés civils, qui, eux, exercent seuls le commandement. Si l'on compare les armes que fabriquent les Chinois à presque tous les autres produits industriels, on est frappé infailliblement de leur grande infériorité, et il faut reconnaître alors que cet effet doit avoir sa cause. Il n'en a point d'autre que l’horreur que les Chinois ont pour la guerre. Confucius a fait tout ce qu'il a pu pour exalter les bienfaits de la paix.
Après avoir terminé ici ce chapitre sur Confucius, et aGn que l’on ne croie pas que je le respecte moins qu'il ne le mérite, que personne ne soit tenté de l'estimer moins que ce qu'il vaut et de mépriser le peuple qui a pour lui une vénération si grande , je donnerai uue copie des principes de sagesse suivants ;
11 raconte (Confucius) qu'il les trouva gravés au dos d'une statue d’or dont les lèvres étaient traversées et jointes par trois aiguilles. Cette statue, qu’il vit dans le sépulcre d’un ancien souverain chinois, devait avoir été faite 1100 ans avant Jésus-Christ Mais comme on connaît la propension qu'avait le philosophe chinois à corroborer ses principes par l'autorité de l'ancienneté, il est permis de soupçonner que les maximes, en tout ou en partie , sont bien plutôt siennes qu’elles n’appartieuneni 4 la statue.
< Anciennement lea hommes étaient très-circonspects dans leurs discours , il faut les imiter. Ne parler pas trop; car, lorsqu’on parle beaucoup, on dit presque toujours quelque chose qu'il ne faudrait pas dire.
» Ne vous chargez pas de trop d'affaires; beaucoup d’affaires entraînent avec elles beaucoup de chagrins, ou tout au moins de soucis sans nombre. Ne vous embarrassez que de celles qui sont de votre indispensable devoir.
» Ne cherchez pas à vous procurer trop do joie , ni une trop grande tranquillité ; la recherche que vous en feriez est elle-même une peine et un obstacle au repos.
» Gardez-vous de jamais rien faire dont tôt ou tard vous puissiez avoir sujet de vous repentir.
» Ne négligez pas de remédier au mal, quelque petit qu'il vous paraisse; un petit mal négligé s'accroît peu à peu, et devient très-grand.
» Si vous oe tâchez d'éviter qu’on ne vous fasse de petites injustices, vous serez bientôt dans le cas d'employer tout votre savoir-faire pour vous mettre à couvert des plus grands torts.
> En parlant ou en agissant , ne pensez pas , quoique vous soyez seul , que vous n'ètes ni vu ni entendu : les esprits sont témoins de tout.
> Un feu longtemps caché devient un incendie difficile à éteindre. Un feu dont la flamme parait s’éteint aisément. Plusieurs ruisseaux réunis forment une rivière; plusieurs fils joints ensemble forment une corde qu'on ne peut rompre qu’avec peine.
> Un jeune arbre qui n’a point encore de profondes racines peut s’arracher aisément; il faut employer la hache si on le laisse devenir gros.
» il peut sortir de la bouche des traits aigus qui blessent, un feu brûlant qui dévore : une vigilance extrême peut mettre obstacle aux traits et au fqu , et empêcher qu’ils ne nuisent. Ne vous persuadez point qu'un homme qui a la force en partage puisse , sans risquer sa vie , s'exposer à tous les dangers : un fort trouve un plus fort qui le terrasse.
• C'est ressembler â des brigands que de haïr ses maîtres légitimes; c’est se mettre au niveau de la vile populace que de murmurer coutre ceux qui gouvernent justement. On ne résiste au souverain que lorsqu’il exige trop; on lui obéit sans peine lorsqu'il se contente de peu.
» Les hommes du commun, et même le commun des hommes, ne sont pas des premiers à faire ce qui ne s'est pas encore fait , ni à former des projets pour une entreprise; ils ne font que ce qu'ils voient faire : il leur faut des modèles. En voyant souvent des hommes circonspects et respectueux, des hommes vertueux et instruits, ils deviendront eux-mèmes tels, et seront à leur tour imités par d'autres.
» J'ai la bouche fermée, je ne puis parler; c'est en vain qu’on me proposerait des doutes, je ne les résoudrais point. De mon côté , je n'ai rien à demander. Ma science, quoique cachée , n’en est pas moins réelle. Quoique je sois dans un état élevé , les hommes ne sauraient me nuire : qui de vous peut en dire autant?
» Le ciel n'a point de parents; il traite également tous les hommes.
» Quelque pleins que soient les Qeuves et la mer , ils reçoivent les autres eaui et ne débordent point.
» Ce que vous venez de lire mérite de votre part les plus sérieuses réflexions. ■