CHAPITRE QUATRIÈME
Conduite du gouvernement chinois depuis la guerre de 1840.
Il est hors de doute que les concessions faites par les Chinois dans le traité de Nankin n'aient été arrachées par la force : elles ouvraient une brèche dans le mode d’existence de ce peuple et étaient pour le gouvernement embastillé de Pékin le commencement d’une révolution. Il arriva donc une chose assez naturelle : la guerre terminée et la peur une fois passée , les mandarins retournèrent sur leurs pas et revinrent autant qu’il leur fut possible à leur ancienne manière de considérer et de traiter les Européens.
Sir J. F. Davis, qui, dès l’époque du traité de Nankin, fut ministre plénipotentiaire d’Angleterre en Chine, s’exprime ainsi dans scs derrières publications :
• ... Une succession de tentatives les plus harcelantes, directes ou indirectes, dans le but d'envahir les droits résultant de nos traités, occupâtes premiers temps de mes fouctions diplomatiques ou administratives. Des infractions à notre souveraineté furent tentées à Hong kong, quoique cette Ile eût été cédée à la Grande-Bretagne « pour être gouvernée par telles lois et tels règlements que Sa Majesté jugerait convenable d’établir. » Un fonctionnaire chinois eut la hardiesse d'essayer de lever des contributions sur les indigènes dans la partie sud de l'ile, et comme il était nécessaire de diminuer le goût pour de tels procédés, il fut remorqué par un steamer dans son propre bateau , et mis en prison à Victoria pour trois mois.
» ... Ki-ying lui-même 11 e put résister non plus à la tentation d'essayer de retenir à Canton quelque chose du monopole hong , qui avait toujours été si profitable au gouvernement. Il proposa qu’une centaine de marchands autorisés s'établissent dans cette localité; mais il lui fut répondu que le principe du traité, abolissant entièrement le système hong, serait aussi bien violé par l'établissement de dix que de cent marchands.
• Des batailles de la même sorte furent livrées aux nouveaux consulats. Le vice-roi de Fucban-fnu s’efforça de refuser <1 nos consuls une résidence, tant dans cette ville qu'à Amoy, précisément sous le même prétexte qu’à Canton, l’bostilité du peuple. Les mesures les plus fermes et les plus énergiques devinrent nécessaires, et j'eus la satisfaction, après beaucoup de difficultés, d'établir nos consuls dans des résidences convenables, à Fucltanfou et à Amoy, vers le commencement de 1845. Les consuls des différents ports signalèrent , dans leurs rapports , diverses infractions au principe de la liberté complète de commerce. Cette intervention indirecte avait pour
objet d’eiilraver le développement naturel du commerce européen dans les nouveaux ports. On en trouve un exemple dans les empêchements mis au transit des thés du lieu de leur production vers Chang-hai, afin d’essayer par là de les diriger vers leur ancienne destination, Canton. Un autre exemple en est offert par le permis de monopole accordé par les autorités locales de Ning-po à certaines personnes pour faire le commerce du fer. Un monopole semblable ou même pire du commerce de cassia (cannelle) fut accordé à un seul marchand , à Canton , qui , en conséquence , tirait de chaque acheteur de cet article une valeur montant à 50 poor 100 de plus que le droit requis par les tarifs du traité. On découvrit aussi qu'une douane avait été établie dans l’intérieur pour percevoir sur nos manufactures de coton des droits de transit, qui, conformément au traité, ne pouvaient être perçus dans les ports de commerce. Il fut enfin mis arrêt à tous ces dommages , mais ce ne fut qu’au prix de beaucoup de temps et après de nombreuses correspondances. *
L’empereur ordonna qu’on dressât secrètement une liste de tons les Chinois qui avaient trahi leur pays et aidé en quelque chose les Anglais. C’était là manquer à un article du traité de Nankin, par lequel l’empereur s’était engagé à tenir une conduite tout opposée.
Far suite de cette enquête , plusieurs Chinois commencèrent à être inquiétés sous divers prétextes, ce qui donna lieu à de vives réclamations adressées aux autorités chinoises. Le consul de Nittg-po , M. Thora , pour sauver un certain Luming , que les mandarins avaient fait emprisonner, se rendit lui-même à la prison et y arbora le pavillon britannique.
Quelques matidarins civils ou militaires furent condamnés à mort on exilés, mais un seul fut exécuté : ce fut le vieux général Yu Puyun, qui commandait à Che-kiang, et qui s'enfuit lors de la prise de Ning-po. Ce général avait rendu des services signalés en poursuivant et détruisant des bandes de voleurs, et il jouissait d'une grande réputation de bravoure et d’babileté. Il fut en conséquence envoyé contre les Anglais, <t cette distinction eut pour résultat de lui faire perdre l'honneur et la vie. Ou dit qu’au moment où il allait être décapité, à Pékin, ses amis lui administrèrent une substance analogue au chloroforme pour le rendre insensible.
Les gouvernements de Belgique, de Hollande, de Suède, de Prnsse et d’Espagne envoyèrent en Chine des agents ayant mission de s'informer de l'importance et dé l’avenir que présenteraient les ports qui venaient d’être ouverts au commerce étranger. Les gouvernements de Belgique et de Suède obtinrent du commissaire impérial une copie du traité de Nankin et du traité additionnel , revêtue du sceau de l'empereur, et une communication du même commissaire concédant à ces deux pays les bénéfices desdits traités.
Le président des États-Unis députa, de son côté, une mission assez.
nombreuse, à la tête de laquelle se trouvait M. Caleb Cushing, et qui débarqua à Macao le 24. février 1844. l)e 14, M. Caleb adressa au vice-roi commissaire une communication où il lui annonçait qu'il avait ordre d'aller jusqu’4 Pékin. Le vice-roi se rendit aussitôt à Macao et parvint à détourner le représentant américain de son projet d'aller à la cour. Les deux premières communications adressées 4 celui-ci par le vice-roi durent être renvoyées, parce qu’en conséquence de l’opiniâtreté avec laquelle le gouvernement chinois s’attache constamment 4 rabaisser les autres puissances , les mots Empire de. in Chine étaient placés plus haut que le nom des Etats-Unis. Les deux plénipotentiaires conclurent un traité conforme en substance 4 celui de Nankin. Le seul avantage réel qu’il renfermât se rapportait au droit de tonnage que chaque navire étranger devait payer, d'après le premier traité, chaque fois qu'il abordait 4 un des cinq ports ouverts au commerce, et, d’âprès le second, chaque fois seulement qu’il arrivait de l’extérieur 4 la côte de Chine. En conséquence de celte amélioration, les navires étrangers peuvent faire le commerce de cabotage entre ces différents ports, concurremment avec les jonques chinoises.
Voici ce qui se passa après que ce traité eut été conclu. Plusieurs négociants edropéens se promenant un soir dans le jardin de la Compagnie, la populace en força l’entrée et s’y rua tout 4 coup. Ces messieurs forent obligés de fuir au moyen de canots. Dans la soirée du lendemain la populace s’attroupa de nouveau , mais elle fut chassée sans opposer beaucoup de résistance. Deux ou trois Américains ayant accompagné un de leurs compatriotes qui s’en retournait chez lui 4 travers la foule , furent, 4 leur retour, attaqués 4 coups de pierres et d’autres projectiles; alors un Américain tira un coup de feu pour forcer la multitude à se retirer, et tua un indigène nommé Su-Amun. Une enquête fut ouverte 4 ce sujet par le magistrat du district, et un rapport adressé par le lieutenant-gouverneur 4 Ki-ying; mais celui-ci ne s’occupa point d’envoyer une force suffisante pour contenir la populace irritée, et demeura dans l'iuaction comme un homme qui ne sait que faire. Dans une communication au ministre américain, après avoir demandé qu'on lui livrât le meurtrier , il ajoute : « On assure que
• l’homme qui a été tué était du district de Tsingyuen et qu’il n'avait point
• de parents 4 Canton; s’il en eût été autrement, le peuple n’aurait pas » manqué de vouloir venger immédiatement sa mort , en mettant de nou-
• veau le feu aux factoreries, ou en les pillant, ou en commettant quelque
• acte du même genre. Du reste, la population est très-irritée, et il est im-
• possible que des collisions n’aient pas constamment lieu josqu’4 ce que
• la victime soit vengée. >
Un détachement de marins de la corvette Saint-Louii arriva 4 Canton le lendemaiu, et la tranquillité fut rétablie.
Ki-ying s’adressa pour la troisième fois il M. Cushing pour demander que l'Américain qui avait tiré le coup de feu fût livré , et avouant du reste que la populace de Canton était une turbulente canaille, mais ayant recours au subterfuge accoutumé , qui consistait à s'excuser sur l'impossibilité où il était de la maîtriser. Rien ne saurait donner mieux que ce fait. une idée du peu d'importance que les mandarins attachent aux traités conclus avec les Européens, car la complète exemption de la juridiction locale, tant an civil qu’au criminel, était parfaitement stipulée dans le traité qui venait d'étre signé avec les Américains aussi bien que dans celui qui avait été fait avec les Anglais. Mais des actes de cette nature étaient pour les Chinois des choses si nouvelles, et ils les comprenaient si peu , qu’en les rédigeant il leur arrivait quelquefois de faire des observations risibles; par exemple, dans une occasion ils refusaient de mettre aux articles les n°' 1°, 2", 3°, etc. , parce qu’ils se figuraient que cette numération désignait une sorte d’ordre hiérarchique; or, disaient-ils, un article ne devait pas être supérieur à l’antre, puisque tous avaient la même valeur.
Je l’ai dit déjà et je le répète, un traité pour les Chinois n’est pas autre chose qu’un acte de concession de certaines grâces en faveur d’un roi d’Europe-qui les sollicite ou eu faveur de scs sujets; et, par conséquent, il n’est pas étrange qu’en certaines occasions ils se figurent avoir le droit de retirer des faveurs qu’antérieurement ils avaient cru opportun d’accorder.
M. Cushing, dans le but de mettre fin à cet incident, adressa au viceroi commissaire impérial une réclamation relative à un Américain uommé Sherry, qui avait été tué en mai 1841, parce qu'il avait été pris pour un Anglais , et, quoique cette affaire eût été déjà terminée et qu’on eût alloué â la famille une indemnité de 8,000 piastres, M. Cushing la réveilla et obtint par lâ qu’on ne parlât plus de l’bomicidc commis & Canton. On ne doit pas oublier que les Américains ont toujours sur les côtes de Chine deux ou trois navires de guerre ; il en est de même des Français.
Après que M. Cushing eut quitté la Chine, M. J. AV. Davis arriva pour le remplacer en qualité de commissaire ou ministre résident. II fut reçu par le vice-roi dans une maison ou magasin particulier hors de Canton.
Lorsque, plus lard, le 17 février 1849, le même vice-roi, Siu, dut aller à bord du vaisseau le Haslings pour conférer avec M. lïonham , représentant de la Grande-Bretagne, ayant été invité à monter préalablement à bord d’une corvette américaine mouillée dans les eaux de la rivière, il s’y rendit an effet et fut reçu par le représentant américain, M. Davis, et par M. P. Parker, le représentant actuel. Ce dernier m’a raconté que Siu avait été très-froid et de mauvaise humeur, et qu’il s’était montré aussi peu poli qu’il l'avait osé (os lillle civil a.s ht dared lu ht). 11 est probable qu’il ne monta sur la corvette américaine qu’afm d<* ne pas avouer
implicitement qn'il n'entrait que par force dans le vaisseau anglais; et, néanmoins, il devait être reconnaissant envers le représentant américain, car il s'agissait en ce moment même de forcer l’entrée de Canton , et comme les Américains ont les mêmes droits que les Anglais de résider dans cette ville, M. Bonham avait demandé au ministre américain que les forces des deux nations agissent de concert, ce dont M. J. W. Davis s'était excusé.
M. Davis fut remplacé par M. Mac-Lanc , qui ne put jamais obtenir une entrevue avec le commissaire inq>érial, quoiqu'il la sollicitât avec iusistauce. Il n’eut pas plus de succès dans une visite qu’il lit à Tien-gin en 1854. 11 fut remplacé par le docteur Peter Parker , qui n’a pas trouvé les mandarins plus traitables que scs prédécesseurs Davis et Mac-Lane.
Ën juillet 1856, une querelle s'engagea 5 Fuchan-fou entre des Chinois et des Américains. Un de ces derniers, 11. Cunningham , négociant, fut tué d’un coup de poignard. Un Chinois qui était à son service succomba également, aussi bien qu’un compatriote de celui-ci.
En août de l’année 1844 , A1. de Lagrenée arriva à Macao , avec une nombreuse suite, en qualité d’envoyé extraordinaire de France. Le viceroi commissaire impérial se rendit aussi 4 Macao, et conclut avec le plénipotentiaire français un traité qui peut être considéré comme la reproduction de celui de M. Cushing.
Ën dehors du traité, M. de Lagrenée obtint un décret de l’empereur permettant, dans ses États, le libre exercice de la religion chrétienne. Les Français furent très-satisfaits de ce résultat, d'autant plus que c'était à peu près le seul avautage réel qu'ils eussent obtenu; mais je suis porté 4 croire qu’en louchant 4 cette question ils commirent une faute et ne ûreul que porter préjudice 4 la religion chrétienne. Je reviendrai sur ce sujet.
Les missions américaine et française furent traitées avec assez d'égards, parce que les échecs subis dans la guerre contre les Anglais étaieut trèsrécents, au point qu’on n'avait pas encore payé les 21,000,000 de piastres alloués 4 titre d’indemnité; parce qu'on voulait éviter que ces nouveaux envoyés ne prissent la résolution d’aller 4 Pékin; parce qu'il ne convenait pas aux orgueilleux mandarins de montrer que ce n'était que par force qu’ils avaient échangé avec les Anglais des visites et des politesses; euQn , parce que ces ambassadeurs ne demandèrent pas (ainsi qu’on l'avait redouté) une île chinoise comme l'avaient fait les Anglais pour Hong kong, et qu'ils se contentèrent des concessions faites au commerce de la Grande- Bretagne ; en quoi le commissaire impérial ne pouvait trouver Ia moindre difficulté, puisqu'il avait satisfait d’avance 4 leurs désirs en stipulant dans un article additionnel au traité conclu avec les Anglais que tous les étrangers jouiraient des droits accordés aux sujets de la Grande-Bretagne. Au moyen de cette clausd, Ki-ying empêchait que ses ennemis triompiiants
eussent le monopole des quatre nouveau* marchés, et il profitait pour leur nuire du seul moyen qu’il eût alors en son pouvoir.
Après que la mission extraordinaire de !U. de Lagrenée fut partie, le baron de Forth-Rouen fut envoyé en Chine en qualité de ministre résideut. Le commissaire impérial le reçut comme il avait fait pour le représentant américain, AL J. W. Davis, dans une maison particulière située hors de Canton , et !U. de Forth-Rouen ayant sollicité de lui une nouvelle entrevue, il ne l’obtint pas, bien qu'il consentit à ce qu'elle eût lieu d'une manière aussi peu convenable que la première fois. Ainsi , après un séjour de trois ans en Chine , il partit n’ayant vu le commissaire impérial qu’une seule fois.
Le baron de Forth-Rouen fut remplacé'par M. Bourboulon, qui n’a jamais été ni visité ni reçu par le commissaire impérial.
Nonobstant les stipulations du traité conclu avec M. de Lagrenée, et malgré le décret impérial obtenu par ce ministre en faveur de la religion chrétienne, le missionnaire français M. Chapdelaine fut, en juillet 1856, dans la province de Kiang-si, soumis à un martyre de deux jours et ensuite décapité. Sa tête , suspendue d’abord à un arbre , fut plus tard dévorée par des chiens et des pourceaux. On ouvrit le corps pour en arracher le coeur; on le dépeça ensuite, et il fut, dit-oiy cuit et mangé. Deux chrétiens chinois furent décapités en même temps que le missionnaire.
Les Anglais, ainsi que je l'ai déjà dit, ne tardèrent pas à ressentir les effets de la réaction provoquée par les mandarins. Sept mois à [veine après la cessation des hostilités, il arriva à Canton un grave événement qui eût pu devenir fatal à un grand nombre d'étrangers.
La milice irrégulière , que le gouvernement avait licenciée , était un élément de continuels désordres. Quelques malintentionnés commencèrent à faire courir le bruit que les troupes anglaises qui revenaient de la côte septentrionale allaient être cantonnées k Ho-nan, en face de Canton. Sous ce prétexte, on répandit parmi le peuple des manifestes fnnibonds, dont l’un , en date du 2 décembre (1853) , invitait les notables de toute la province k se réunir à Canton pour aviser. Le» autorités ne prirent aucune mesure pour arrêter ces manœuvres, jusqu’au 6, qu’elles publièrent enfin un édit contre ces réunions séditieuses. Mais le langage de cette pièce était si peu énergique qu’elle ne servit qu'à encourager les mutins. Le lendemain , sur le soir, une grande multitude se rassembla auprès des factoreries , ouvrit uue brèche dans le mur qui entourait le jardin dépendant de ces établissements, s’y précipita, et mit le feu au consulat d’Angleterre. A minuit, trois hongs (factoreries), composes chacun de plusieurs maisons, étaient en flammes. Dans une de ces maisons se trouvaient les directeurs d’une maison de commerce américaine; ils se défendirent vigoureusement.
tuèrent cinq t.liinois et se virent enfui obligés de s'échapper par derrière. Le gouvernement chinois paya une indemnité pour les pertes occasionnées par ces événements.
A Chang-hai, le major Balfour, consul anglais, ont des démêlés avec le gouverneur, parce que celui-ci se refusait , dans les communications officielles , a employer les formes convenables, et un petit navire était déjà prêt à mettre à la voile pour aller â Hong-kong donner avis de ce qui sc passait. A cette vue, le tautai céda enfin et sc décida II envoyer au consul une dépêche dans laquelle il lui donnait le même titre que le consul employait à son égard.
En mai 1844, sir J. F. Uavis remplaça sir H. Pottingcr.
En mars 1845, le vice-consul de Canton, M. Jackson, M. M. Martin , connu par ses écrits sur les colonies, trésorier 5 Hong-kong, et M. le chapelain de Sa Majesté Britannique dans cette même lie, se promenant tranquillement en dehors de l’enceinte de la ville , furent attaqués par un rassemblement , frappés , blessés et volés.
Les autorités chinoises, fidèles 5 leur usage â peu près invariable en pareil cas , firent tous leurs efforts pour éluder, pour différer, enfin pour amoindrir le châtiment des -coupables. Le magistrat que celle affaire concernait publia un manifeste dans lequel il parlait des personnes offensées comme d’individus qui , sç trouvant à bord de vaisseaux marchands , seraient descendus â terre. Son but était de faire entendre au peuple que les mandarins n’attachaient à cette affaire aucune importance , et qu’il ne publiait le manifeste en question que pour se délivrer des importunes réclamations des Anglais.
Au mois d'août 1845, on fut obligé d'envoyer la frégate â vapeur la Méduse â Fuchan-fou, parce que les Anglais qui y résidaient étaient insultés par la populace, qui allait jusqu'à leur cracher au visage. Le commissaire impérial cl le gouverneur de Fo-kien , dans leur réponse aux réclamations qui leur furent adressées à ce sujet, présentaient ces attaques comme d’innocentes manifestations de curiotiti de la part du peuple.
En février 1846, le commandant du vapeur de guerre le Vixtn avec quelques officiers et matelots, en tout une dizaine d'hommes, étaient descendus à terre pour tirer des oiseaux; environ 1,000 individus coururent sur eux eu poussant des cris et en leur lançant des pierres, et ils furent contraints de regagner leurs canots. Une longue correspondance fut échangée i ce sujet, mais il ne fut pas possible d'obtenir que les autorités locales punissent aucun des Chinois qui s’étaient rendus coupables de cet acte de violence. •
Vers la 6n de mars de cette même année 1846, des troubles ayant
éclaté S Fuchan-’fou, il y cul plusieurs blessés, cl des maisons de commerce anglaises furent pillées, âpres bien des débats, le gouvernement chinois fut obligé de payer une indemnité de 46,163 piastres.
Le 4 avril 1846, Ki-ying et sir J. F. Davis signèrent une convcntiou dans laquelle fut consigné le droit des Anglais d’entrer à Canton ; mais leur entrée était ajournée afin de donner aux mandarins le temps de disposer le peuple à supporter leur présence sans trop d’opposition. Celte convention fut ratifiée par l'empereur.
Aussitôt, et avant l’époque convenue, les Anglais remirent Chuzan. Il est à remarquer que Ki-ying s’opposait à cette remise , demandant que le traité fût strictement exécuté dans tous ses articles. Il est probable que les mandarins étaient bien aises de voir les Anglais demeurer à Chuzan, où ils souffraient infiniment du climat , et où ils avaient perdu plusieurs centaines des leurs.
Le 23 août 1846, sir J. F. Davis se plaignait amèrement au commissaire impérial d’une sorte de conjuration organisée parmi les gardes nationaux de Canton , dans le but d’empêcher qu’on ne cédât aux Anglais le terrain indispensable pour construire des maisons et établir des cimetières, et il appuyait ses plaintes par des menaces.
En même temps, on affichait à Canton des placards pleins de menaces furieuses contre les Chinois qui céderaient du terrain aux étrangers pour former des factoreries. Il y a tout lieu de croire que ces écrits avaient pour auteurs les mandarins eux-mêmes; du moins est-il certain que ceux-ci fermaient les yeux.
En juin 1846 , à l’occasion d’une querelle qui s’était engagée dans une rue, la foule envahit les factoreries européennes dans l’intention de les piller et de les brûler. Les Anglais et les Américains , s’étant unis pour la défense commune, firent feu, et trois Chinois furent tués. Les mandarins, qui, durant trois heures entières, n’avaient pris aucune mesure pour rétablir l’ordre, voulurent ensuite exiger que trois Anglais fussent exécutés afin de calmer le peuple. Or, il est à remarquer qu’il était impossible de savoir de quelles mains étaient partis les coups qui avaient tué les trois Chinois, et que , parmi les individus qui avaient fait feu , il y avait un grand nombre d’Américains et probablement des sujets d'autres nations. Par suite de ces événements, les étrangers qui résidaient à Canton s’organisèrent et s’armèrent de manière à former une sorte de milice nationale , et de sc mettre en mesure de repousser la force par la force.
«Vers la fin de 1846, dit le plénipotentiaire anglais sir J. F. Davis, le point culminant du désordre avait été atteint par la populace à Canton. Parmi les actes de violence commis contre les sujets anglais ou tous autres étrangers, deux matelots, après avoir été attirés dans les rues basses et y
avoir été assaillis par la populace; battus, lapidés et blessés dangereusement , furent portés à demi morts au consulat. I.e consul adressa des plaintes à ki-ying; mais la restitution de Chuzan avait produit un changement défavorable. D’autres griefs exigeaient qu’on adressât une énergique réclamation, appel que ki-ying n’accueillit qu’avec une brusquerie dont il n’avait pas encore donné d'exemple. Aussi, vers le commencement de mars suivant (1847) , une attaque brutale eut lieu contre un officier d’artillerie d'un grade supérieur et cinq autres personnes respectables pendant une excursion qu’ils firent sur la rivière de Canton. »
En mars 1847, la populace de Canton entreprit de détruire et d’incendier des hangars qui avaient été construits pour abriter les canots des vaisseaux, et les autorités ne prirent aucune mesure pour l'empêcher. Sir J. Davis leur adressa un message très-énergique, menaçant d’appeler la troupe qui était & Hong-kong.
Plus tard , il envoya à ki-ying une copie d’une communication extrêmement forte qu'il avait reçue de son gouvernement; et voyant que le commissaire impérial n’en tenait aucun compte et répondait d'une manière évasive à toutes les réclamations qui lui étaient faites, il décida, de concert avec les commandants des forces de terre et de mer qui se trouvaient à Hong-kong, de se diriger, sur Canton avec toutes les trou|ies dont il pourrait disposer. L’expédition eut lieu le 1" avril 1847; on prit les forts dits du Bogue , on encloua cent vingt-sept canons, et trente-six heures suffirent pour obtenir tous ces avantages et pour arriver à Canton.
Sur-le-cbamp, nue convention fut signée dans laquelle on stipula que les Anglais entreraient à Canton au bout de deux ans. En outre, ou détermina et on leur concéda les terrains nécessaires pour construire des factoreries et former un cimetière. Ce qu’il y eut de remarquable dans cette circonstance , c’est que les Anglais , après avoir remporté une victoire , firent une concession en consentant à n’oser que dans deux ans du droit qu’ils avaient d'entrer immédiatement dans Canton. Cette modération ne servit qu’à augmenter l’outrecuidance des Chinois et à les disposer à la résistance qu'ils firent en 1849.
Le 8 août 1847, huit Anglais passaient tranquillement dans un canot; lorsqu’ils se trouvèrent à la hauteur du village de Huan-chi , des gardes nationaux chinois tirèrent sur eux trois coups de canon en poussant de grands cris et en proférant des malédictions , en sorte qu’ils furent forcés de retourner en arrière.
Siu, gouverneur général des provinces de Canton et de kian-si, adressa à l’empereur, en date du 20 août 1847, un mémoire pour demander des instructions au sujet des réclamations que faisaient les Anglais relativement à leur entrée à Canton , et aux terrains qu'ils demandaient qu’on leur
louât pour éublir des factoreries et un cimetière. Nous signalerons dans cette communication le passage suivant :
« Toute leur confiance repose dans la contrainte , en vue de nous faire accéder â ce qu’ils veulent , et dans un violent et ingouvernable esprit d’usurpation.
» Lesdits barbares , depuis le temps où Votre Majesté a sanctionné le traité de pais , ont fréquemment moutré de hautes prétentions , et lorsqu'ils obtenaient la longueur d'un pouce , ils s’en emparaient d'un autre ■>
Le 8 mars 1848, trois respectables missionnaires étaient allés â quelques lieues de Chang-hai pour distribuer des imprimés relatifs â la religion ; ils furent attaqués avec fureur, renversés par terre, grièvement blessés et complètement dépouillés par une tourbe de matelots qui avaient appartenu aux équipages des embarcations employées à porter du blé à Pékin pour le compte du gouvernement. Il est à remarquer que ces misérables n'alléguèrent pas pour prétexte que les missionnaires distribuaient des livres destinés à propager une religion étrangère; ils avaient au contraire commencé leurs violences coutre les missionnaires en se plaignant que ceux-ci distribuaient trop peu de livres , et en exigeant qu’ils leur en donnassent davantage. Le consul, M. Rutherford Alcock, demanda â l’instant que les coupables fussent arrêtés et punis; mais les autorités ne répondirent que par de vaines excuses. M. Alcock, selant assuré l’appui de deux vaisseaux de guerre, empêcha la sortie de mille barques chargées de blé, qui devaient être dirigées sur Pékin , et envoya un des vaisseaux de guerre à Nankin, avec le vice-consul, qui, accompagné d'un interprète, portait une communication dans laquelle le gouverneur général de la province était supplié d'envoyer un employé supérieur pour examiner les faits. Les autorités de Chang-hai produisirent deux individus qu'elles supposaient être les coupables, mais on vit bientôt que ce. n’était qu'une supercherie. Elles essayèrent aussi de faire sortir les embarcations chargées de blé en trompant la vigilance de la corvette qui gardait le passage , et elles s’efforcèrent d'empêcher, au moyen de divers prétextes, l’autre vaisseau de guerre d'aller à Nankin. Enfin, voyant qu'ils ne pouvaient s’en sortir autrement, les maudarins firent arrêter les principaux auteurs des violences et les envoyèrent à Chang-hai, où leur identité fut constatée par les trois missionnaires blessés. El pourtant, même après cela, ils s'efforcèrent de rendre le châtiment illusoire , usant pendant le cours de cette affaire de toute la mauvaise foi et de tout le mauvais vouloir possibles. Dans le manifeste qu'ils publièrent à ce sujet , ils présentaient le fait comme une querelle survenue entre des Anglais et des Chinois.
Dans ces circonstances les consuls de France, des États-Unis et de Belgique, sur l’invitation de celui d'Augleterre, prirent officiellement connais-
sance de l'affaire, y intervinrent et déclarèrent qu’ils approoraient et appuyaient les démarches de M. Alcock.
Mais le ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique en Chine désapprouva la conduite de son subordonné de Chang-hai; le ministre d’État • écrivit de Londres dans le même sens , jugeant que le consul avait dépassé ses pouvoirs et qu’il s’élait exposé à provoquer de sérieuses hostilités. Il est très-possible que la même chose soit arrivée à scs collègues.
I.es négociations relatives à cette désagréable affaire durèrent un mois.
Dans les premiers jours d’avril 18ti8 , deux Anglais furent attaqués et maltraités à Canton. On demanda queles principaux coupables fussent châtiés publiquement dans le lieu même où le délit avait été commis, ce qui fut obtenu avec beaucoup de difficulté.
Le 31 août de la même année, le vice-consul de Fuchan-fou, M. Parish, passant â cheval â moins d’un demi-mille du consulat, on le siffla, on lui lança des pierres, et on le frappa violemment à coups de bâton. Le consul lui-même avait été bruyamment insulté par la populace.
Vers cette époque, six paisibles commerçants anglais, qui étaient sortis de' Canton pour se promener sur le Ocuve dans un canot, débarquèrent â un petit village situé sur les bords du fleuve et nommé ffuang-chu-ki. La populace s’étant ameutée , quelques-uns d'eux qui portaient des pistolet» firent feu et tuèrent un Chinois et en blessèrent un autre. Mais ils furent tous cruellement assassinés, et quelques-uns n’expirèrent qu’après avoir été soumis pendant deux o!l trois jours à d’horribles tortures.
Le gouvernement de Hong-kong réclama, et les autorités chinoises , malgré le principe adopté b l’égard des étrangers d’exiger toujours vie pour vie, ordonnèrent que quatre Chinois fussent décapités; mais, selon toute» les probabilités, ces criminels décapités n'appartenaient nullement au village coupable; c'étaient des pirates condamnés à mort, comme il y en a toujours un grand nombre dans les prisons de Canton, où l'on coupe annuellement jusqu'à mille têtes. El ce qui donne lieu de penser qu'il en fut ainsi, c’est la manière même dont on procéda. En effet, aucun Anglais n’assista â l’interrogatoire ni à la défense, et lorsque les coupables furent traînés au supplice, quelques-uns, dit-on, étaient bâillonnés, aflu qu'ils ne pussent pas répondre si on leur adressait quelques questions. L'exécution eut lieu en présence d’un piquet de soldats de marine, qui débarquèrent d’un navire anglais.
Par suite de ces tristes événements si fréquemment renouvelés, le gouvernement anglais recommanda â sir G. Bonham de veiller à ce que, toutes les fois qu’un sujet de la Grande-Bretagne aurait été insulté, un fonctionnaire anglais fût témoin du châtiment. Mais cet ordre fut retiré sur de très-sages observations du consul M. Rotherford Alcock , l’un de»
.hommes les plus capables que la reiue d' Angleterre ait eus à son service dans ces contrées.
Siu et sir G. Boubarn se virent pour la première fois à Hu-mao-chi , lieu où sir J. F. Davis avait été présenté à Kj-ying, et où avait été signé le traité additionnel. Après l’entrevue, Siu alla avec sir G. Bonbatn visiter la frégate de guerre Médit.
Le 27 décembre 1848, M. Meadows, interprète du consulat de Canton, fut attaqué, sur le Qcuve du même nom, par des pirates, et ne parvint à sauver sa vie qu’en tuant deux Chinois et en se jetant dans l’eau pour gagner 4 la nage la rive du fleuve. Le commissaire impérial fit arrêter plusieurs des coupables , et il ne craignit pas de faire savoir officiellement g sir G. Bunhatu que ceux chez qui on n’avait pas trouvé d’autre délit que celui d’avoir attaqué et volé M. Meadows seraient envoyés aux galères, mais que ceux qui , en outre, avaient volé des sujets chinois, seraient décapités, ■
Le 4 avril 1849 approchant, sir G. Bonbam entama la question de l’entrée 4 Canton, et Siu , le 17 février, se transporta à bord du vaisseau le Hastingt pour conférer avec lui. Avant de sortir de Canton, il avait publié un manifeste dans lequel il annonçait qu’il allait faire l’inspection des forts de la rivière. .Son but en cela n’était évidemment que de donner 4 entendre an peuple que ce n'était que par hasard et eu passant qu'il montât 4 bord d’un vaisseau des barbares anglais ; car leur faire une visite proprement dite lui eût semblé une humiliation. Le résultat de l’enlrevne fut que Siu obtint un délai de quarante jours pour écrire 4 Pékin et demander des instructions 4 l'empereur. Celui-ci répondit par un décret si laconique et d'une sublimité si nuageuse , qu’on pouvait y voir également l'ordre d'ouvrir ht ville aux Anglais et celui de la fermer; la décision de l'affaire était donc laissée 4 Siu.
Dans le courant de mars 1849 , il se forma 4 Canton un conseil ou comité de patriotes et de notables , dans le but de prendre des mesures pour empêcher les Anglais d'eutrer dans la ville. On organisa parmi les habitants de la ville et des environs une garde nationale , qui atteignit le chiffre de 80 4 100,000 hommes, et on prit des mesures pour s'assurer les fonds nécessaires 4 son entretien ; des amendes furent édictées contre ceux qui se montreraient indifférents; plusieurs corporations de négociants défendirent par des manifestes 4 tous leurs membres de faire aucune espèce de commerce avec les Anglais ; enfin on imprima , on afficha aux coins des rues et on répandit de tous côtés des placards incendiaires. Le consul anglais de Canton en envoya quelques-uns au commissaire impérial Siu, qui répondit qu'il ne pouvait empêcher ces manifestations de la volonté du peuple.
Les Anglais , à mon avis (et c’était l'avis de tout le mondé) , avaient dans la rivière de Canton plus de forces navales et de troupes qu’il n’en fallait pour s'emparer de celte ville, et il est très-probable' que si Sin eût été convaincu que cette affaire pouvait amener la guerre, il ne se serait point obstiné à la provoquer. La politique des autorités anglaises, à ce motnent- Ji, aurait dû être que Siu fût persuadé qu'on ue reculerait pas. Mais, tout au contraire, la croyance générale était que les Anglais n'en viendraient point a faire usage de la force. Sir J. Bowring , dans une dépècbc récente, faisant allusion a ce qui se passa à l’époque dont nous parlons, dit que malheureusement le commissaire impérial put savoir qu’il ne serait pas tiré un coup de cauou. Il u'ajoute pas de qui Siu reçut cette information; je ne le dirai pas non plus.
J’ajouterai seulement qu’il est déplorable qu'en Chine les étrangers ne s’unissent pas de bonne foi pour traiter avec les mandarins les questions auxquelles tous les étrangers sont intéressés. Plus loin , je reviendrai spécialement sur ce point.
Le jour de la décision arriva enGn, et Siu interpréta le décret de l’empereur dans le sens opposé à l’ouverture. En conséquence les Anglais se désistèrent et se résignèrent pour ne pas entreprendre une nouvelle guerre , quoiqu'il soit constant que la patience des Européens n'a servi et ne servira qu’à rendre les mandarins plus orgueilleux et plus insolents,
La sortie des vaisseaux anglais de la rivière de Canton fut regardée par les Chinois comme une victoire; on éleva des arcs de triomphe, on distribua des tablettes d’honneur, et on eu suspendit une dans le temple d'une certaine idole , auprès de Canton , à la protection de laquelle on disait qu'était dû en grande partie le triomphe obtenu sur les barbares.
En se refusant à ouvrir les portes de Cantou, Siu offrit de recevoir sir G. Bonhara et le consul D r J. Bowring hors de la ville, dans la maison de campagne du négociant How-Kua. Pendant la durée de la correspondance qui s'engagea à ce sujet , Siu envoya une fois un décret de l’empereur à sir G. Bonharn, en lui disant : • Obéissez respectueusement. •
Il y a toujours eu en Chine des personnes candides qui se sont laissé convaincre par les astucieux mandarins , lesquels ont constamment voulu excuser leur politique de réclusion par l'aversion naturelle et spoutauée des indigènes pour les étrangers. Sir G. Bonharn, qui a un peu partagé l’erreur de ces personnes- là , disait dans sa dépêche du 2Z avril 1849 :
• L’argument de l'aversion des habitants est sans uul doute fondé jusqu’à un certain point. Je ne suis pas aussi fixé sur le pouvoir des autorités à contenir la plèbe en cette occurrence, tout en étant convaincu que sir J. F. Davis ne se trompait pas en attribuant une grande partie de l'animoeité
du peuple à l'encouragement qu’il reçoit à ce sujet de k part de scs mandarins. »
Dans un décret de l’empereur en date du 7 mai 1849 , il était dit :
« Le gouverneur général (Siu) et le gouverneur en question (Yeh), en tranquillisant le peuple et en gouvernant les barbares , ont sur tons les points fait converger leurs mesures sur la racine et l’origine de l’affaire ; ce qui a eu pour effet de rendre lesdits barbares traitables et soumis. Il m’est impossible d’exprimer complètement le plaisir que nous en éprouvons; et afin d’encourager des services d’une haute valeur, il est convenable que des récompenses littérales soient accordées. •
L’empereur accordait ensuite de grandes récompenses à Siu , Yeh , etc. Au commencement de juin 1849, Siu adressa à l’empereur un rapport dans lequel il lui recommandait ceux qui s’étaient distingués en dirigeant, tout ( action des autorités, les mesures de protection.
Le 9 août 1849 , l’empereur disait dans un décret :
« En conséquence des mesures prises par les grands officiers des provinces de Kouang-toung, le peuple a été exercé aux manœuvres militaires, et les braves ont été animés par de hauts principes. C’est à cause de cela que les barbares anglais n’ont point osé agiter de nouveau la question d’entrer dans la ville. »
Dans le courant de cette même année 1849, le commandant (Johnston) et le second de la frégate de guerre Scout, et l’élève consul Parish , se promenant tranquillement , furent assaillis avec de grands cris et à coups de pierres. Les autorités chinoises se refusèrent à faire châtier les coupables en présence d’un fonctionnaire anglais.
M. le docteur Bowring (plus tard sir John Bowring) arrivai Canton en qualité de consul général. 11 sollicita une entrevue avec le vice-roi commissaire impérial , et , quoiqu’il n’exigeât pas que ce fût dans son palais, à l’intérieur de la ville, mais qu’il se contentât d’être reçu dans une maison de campagne quelconque, comme l’avaient été d’autres fonctionnaires européens , entre autres le consul de France comte de Ratti- Menton, il ne put rien obtenir.
Le gouvernement de Londres ne voulut pas recourir à la voie des armes pour refréner le mauvais vouloir des mandarins et obtenir là sincère exécution du traité de Nankin ; mais il prit le parti d’envoyer le vapeur de guerre Reinard à Tien-sin (port très-voisin de Pékin), afin probablement de donner connaissance à la cour de ce qui se passait , et de se mettre , s’il était possible, en communication directe avec elle.
Sur la mission pour laquelle ce navire fut envoyé à Tien-sin, durant le printemps de 1850, le gouvernement anglais a observé une réserve complète , même envers le parlement ; car ayant fait imprimer récemment,
pour en donner communication aux membres de celte assemblée , plusieurs cahiers de la correspondance relative aux affaires de Chine , il a entièrement laissé de côté cet incident. Ce que j’ouïs dire alors, ce fut que le gouvernement de Londres avait envoyé b son ministre plénipotentiaire une lettre autographe écrite par la reine Victoria b l'empereur de la Chine, lettre conçue dans des termes d’une grande énergie, et qu’ordre avait été donné de la faire parvenir à Pékin , de la manière la plus convenable, soit en y envoyant un fonctionnaire chargé de la porter , soit en la remettant b quelque mandarin expressément désigné pour la recevoir. Si ce renseignement est exact, il y a tout lieu de croire que le voyage du vapeur le Reinard. n’eut d'autre objet que la négociation de cette affaire. Dans tous les cas, il est certain , tant b cause du mystère dont on a enveloppé ce voyage, qu’b cause des événements subséquents, qu’on n’obtint aucun résultat satisfaisant.
Peu de temps après , la copie d’un décret impérial que je vais rapporter circula parmi, les habitants. Les autorités de llong koug demandèrent officiellement b Siu si ce décret était authentique ; il répondit qu’on ne lui en avait pas donné communication , et qu’il ne l’avait point vu dans la gazette de Pékin. Il est superflu d’observer que son assertion ne prouvait rien ; car les mandarins, dans leurs rapports avec nous, mentent jusqu’à la dernière impudence, même sans nécessité et sans aucun motif plausible. Voici ce décret :
■ Vers la fin de la quatrième luoe de l'année 30 de Fuk-naog, trois » vapeurs anglais grands et petits arrivèrent h Tien-sin , sous le prétexte
• de venir offrir leurs félicitations, mais réellement avec l’intention de » reconnaître secrètement le pays. Arrivés b ’l ien-sin , ils envoyèrent » immédiatement deux lettres aux ministres Ki-ying et Muchanga. L'auto- » rité principale de Tien-sin les reçut et en Gt part b ses supérieurs, » et ceux-ci, de même que les ministres, eh donnèrent connaissance b la » couronne.
» Sa Majesté répondit :
» Le gouvernement a déjà expédié ses instructions b toutes les autorités ,
• afin qu’elles s’acquittent de leur devoir et ne fassent point usage de » paroles trompeuses , car elles feraient naître par 1b des troubles. Elles
> doivent permettre auxdits barbares de faire le commerce ; telle est la » bienveillance sans bornes de la nation. Mes ancêtres ont toujours
> montré de l'affection au peuple et lui ont toujours prodigué toutes » sortes de soins ; iesdits barbares devraient être reconnaissants b l’ex- » trème cl se tenir en paix; c’est la première fois qu’ils sont veuus ouver- » tement b Tien-sin, présentantdes lettres aux grands ministres, ce qui est » irrévérencieux b l'extrême. li a été ordonné auxdits ministres de ne faire
» aucune réponse ,' cette réponse cessant d’être nécessaire depuis qne les » barbares se sont vantés qu’ils dépasseraient les limites et viendraient » présenter les lettres eux-mêmes.
» C’est donner la pins singulière excuse que de parler de la fatigue
• résultant du voyage depuis les ports de mer de Knan-lnng, Fu-kien,
• Che-kiang , Kiang-su , Chan-tung et Tien-sin. Ma dignité me dicte
• d’informer les ministres qu’il serait très-inconvenant que je fisse une » réponse afin d’expliquer le vide d’une telle déception. Siu, le gouverneur > général des 2 Kuangs , qui a traité si souvent ces sortes d'affaires , doit
• certainement savoir que les barbares sont comme le diable ou les fruits » du Yi (sorte de monstre marin). Ceux qui sont à Canton doivent doré-
• «avant écrire de cette ville, et toutes leurs transactions se feront par t l’entremise du gouverneur Siu, et tontes les autorités du littoral doi- » vent éviter de communiquer avec les barbares , car ils occasioneraient
• par 11 des troubles. Observez avec soin ces instructions.
» Respectez delà!... »
Enconragés par ce succès, les mandarins marchèrent à grands pas dans la voie de la réaction* et, au commencement de juin 1850, les autorités de Canton établirent un nouveau système pour le commerce du thé , dans le but avoué de retirer de ce commerce des sommes au moyen desquelles le trésor impérial pût rentrer dans ce que loi devait la corporation des anciens négociants hongs. Il faut remarquer que cette dette consistait tout simplement dans une somme de cinq millions de piastres que le gouvernement avait demandée aux négociants hongs, pour contrh bucr à parfaire celle de vingt-huit millions qu’il fut obligé de payer aux Anglais après la guerre de 18ô0. I.es commerçants hongs ne voulant ni ne pouvant payer une si forte somme, finirent par en fournir une partie (1,700,000 piastres). Voici en quoi consiste le nouveau système : Tout propriétaire de thés doit , en arrivant à Canton , les déposer dans l’un des entrepôts du gouvernement, c’est-à-dire dans les magasins de certains individus autorisés et patentés à cet effet. Aucun négociant ne peut acheter des thés sans avoir obtenu, dans un de ces entrepôts, une autorisation spécifiant la quantité, la qnalité, etc. Ces propriétaires des thés sont tenus de payer aux entrepôts, pour chaque quintal, un demitael d’argent (720 taels font 1,000 piastres) comme droit d’emmagasinage, et un cinquième de tael, qui doit être remis par les entrepôts à la corporation des anciens négociants hongs , d’où , en fin de compte, il doit passer dans les caisses de l’État. Le décret ordonne encore que, sur les payements, il soit ajouté , en faveur des entrepôts, 2 p. cent, pour la perle que peuvent causer les monnaies ; que ces monnaies soient pesées avec la balance de l’intendant des finances, et non avec celles qu’emploient
tes négociants ; enfin que tes appoints soient, non de 100 catis, mais de 90. Toutes ces dispositions, comme il e»t aisé de le reconnaître, tendent à accroître le produit de la contribution, en sorte que, par exemple. Tannée dernière , l’exportation du thé s’étant élevée à environ 140 millions de livres, le bénéfice que le gouvernement impérial retira de cette exportation ne fut pas de moins de 500,000 piastres. Cet impflt a naturellement fait renchérir la marchandise, et par conséquent ce sont en réalité les consommateurs étrangers qui l’ont payé. C’est ainsi que le gouvernement chinois a trouvé le moyen de rentrer pen 5 peu dans les 28,000,000 de piastres qu’il a payés aux Anglais pour le rachat de Canton et pour le remboursement des frais de la guerre. Cet établissement de magasins privilégiés pour le thé, et le système de contributions que nous venons d'exposer , constituent une violation flagrante du traité de Nankin ; car il en résulte la destructiorf de la liberté du commerce stipulée dans ce traité , et le rétablissement de la corporation des commerçants hongs , à laquelle les mandarins tenaient tant , parce que leur rapacité y trouvait <mc mine inépuisable ; enfin une brèche se trouvait ainsi faite au tarif luimême. A tous ces inconvénients il faut en ajouter un antre fort grand } ie précédent que cette mesure établissait. Car si Ton reconnaît aux mandarins le droit de grever l'exportation du thé d’un cinquième de tael par quintal, ne doit-on pas s’attendre à les voir pim tard augmenter ce chiffre , ou grever la soie et les autres articles? A quoi sert donc le traité obtenu au prix de tant de sang? Les Anglais réclamèrent et protestèrent, mais sans rien obtenir.
A la fin de Tannée 1850 , moiirot l’empereur Tao-Kuang, prince doué d’excellentes qualités , mais qui n'avait qu’une capacité médiocre. Il eut pour successeur un de ses fils , âgé d’un peu plus de vingt ans. Le parti réactionnaire s’empara aussitôt de lui, et voici le décret que publia ce prince :
s Décret ir rit à l’encre de vermillon, tUc tarant ie délit commis ■par Mu-Chanytt et Ki-yiny.
» Le premier devoir d’un monarque est, sans aucun doute, d'employer les bons et d'éloigner de son service les méchants; et l’administration ne peut être formée exclusivement d'hommes digues aussi longtemps que les indignes ne sont point écartés. Aujourd'hui l'état de ruine où l’empire a été conduit par une extrême faiblesse est arrivé , on peut le dire, S l’extrême. Certainement c'est k nous que doit être imputée la faute de la rétrogradation quotidienne du gouvernement cl de la démoralisation progressive du peuple ; mais il est du devoir de deux ou trois employés supérieurs
de nous proposer ce qni est juste et de nous avertir de ce qui ne l'est pas , nous venant ainsi en aide lorsque nous n'atteignons pas le but que nous devrions atteindre.
» Mu-Changa a été pendant plus d’un règne favorisé de i'euiploi de premier ministre de notre cabinet , mais il n’a pas tenu compte des difficultés , de l'attention diligente qu'il devait y porter, et de l'obligation qu’il avait de s’identifier avec la vertu et les bons conseils de son souverain. Au contraire , tandis qu'il conservait sa position et jouissait de la considération qui y était attachée, il a tenu éloignés des hommes dignes, au détriment de l'État. Sans loyauté et sans foi , dissimulant ses pensées et ses tendances complaisantes, il a fait passer inaperçue sa trahison. Faisant usage d’abord de ses talents et de scs connaissances, il est parvenu à amalgamer ses idées avec les vues de son maître. La manière dont il traitait , lorsque pour la première fois se posa la question des barbares , ceux qui ne pensaient pas comme lui , est un sujet fait pour exciter la plus grande indignation.
» Dans le cas, par exemple, de Talcungah et Yan-yong, dont l’extrême loyauté et l'énergie l’embarrassaient, il ne dut tendre qu’à amener leur chute; tandis qu’il fit tout son possible pour établir Ki-ying, parce quo dans cet homme sans podeur et sans vertu il trouvait un complice qui partageait son iniquité. Il y a eu beaucoup de ces cas où il a eu des préférences dans le but de s’arroger indûment une partie du pouvoir. Ces cas sont trop nombreux pour qu’on puisse les énumérer. Sa Majesté notre dernier empereur était trop noble pour pouvoir en agir autrement qu'avec honneur envers les hommes, et il en résulta que Mn-Changa eut toute latitude pour pousser en avant sans crainte ses procédés déloyaux. Si la lumière de la sainte intelligence était tombée snr sa trahison , il aurait été châtié sévèrement Certainement on ne lui eût montré aucune miséricorde; mais (n’ayant pas été découvert) il mit à profit la faveur qui lui était accordée pour se livrer à une plus grande licence , et il a continué ainsi jusqu’à la fin sans s’élre amendé.
» Dans le commencement de notre règne , qui date du premier mois de l'année courante , toutes les fois que j'eus l'occasion de lui demander de m’exprimer son opinion, ou ii me la donnait d'une manière ambiguë, on il gardait le silence ; mais après plusieurs mois il commença à mettre en pratique scs artifices. Ainsi, lorsque le vaisseau des barbares anglais arriva à Tien-sin , il voulut mettre en avant Ki-ying comme son confident , afin qn'il soutint sa propre politique , et il eût voulu exposer une seconde fois la population aux cheveux noirs de l’empire aux calamités passées. Il serait impossible de dire ce que ses intentions renferment de dangereux. Quand Shi-ngan recommanda Lin-tsi-su pour qu'il fût employé, Mu-Changa, à plusieurs Fepgises, exposa que sa santé débile et ses infirmités le reo-
-go-
daient impropre au service, et quand nous lui ordonnâmes d’aller à Kouang-si pour exterminer les rebelles de cette province, Mu-Changa exprima plusieurs fois le doute qu’il pût exécuter cet ordre (1). Il a obscurci notre vertu par ses faussetés , afin que nous ne vissions pas ce qui se passait dehors, et c'est en cela réellement que consiste son délit.
• Les tendances antipatriotiques de Ki-ying, sa lâcheté et son incapacité sont tout â fait surprenantes. Lorsqu’il était à Canton , il ne fit qu’opprimer le peuple pour plaire aux barbares sans prendre jamais souci des intérêts de l’État On en eut alors la preuve évidente, si on ne l’eût pas déjà eue dans d’autres occasions, lors de la discussion qui eut lieu à propos de l'entrée dans la ville. D'un côté il faussa le divin principe de la justice, et de l’autre il outragea les sentiments naturels de l’homme jusqu’au point presque d'occasionner des hostilités, quand il n’y avait poiut.de motif pour qu'il s’en élevât Le dernier empereur, bien informé de sa duplicité, lui ordonna de revenir promptement dans la capitale, et, quoiqu’il ne l’ait point dégradé immédiatement , il l’eût certainement fait plus tard.
» Souvent, durant mon règne, Ki-ying, toutes les fois qu’il fut appelé devant nous, a recommandé de cultiver des relations amicales avec les barbares anglais, exposant les divers services qu'ils pouvaient rendre; il pensait que nous ne nous apercevions pas de sa déloyauté. Mais , tandis qu’il travaillait à consolider son emploi et ses émoluments, plus il déclamait et plus il apparaissait clairement qu’il était dénué de tout principe de probité ; sa parole était comme la rage d’un chieu; mais il était, plus que l’animal, nu objet de compassion.
> Les vues de Mu-Changa étaient occultes et difficiles à découvrir ; celles de Ki-yiug étaient évidentes et faciles à connaître; mais le crime de tous les deux, eu tant qu'il devait porter préjudice à l'État, est égal.
» Par conséquent, si la loi n'était pas satisfaite, comment se feraient respecter les régies du devoir , de manière qu’elles conservent la rectitude dans le cœur des hommes? ou comment ne serions-nous pas ingrats et ne manquerions-nous pas à l’importante charge que le dernier monarque nous a confiée? Toutefois, considérant que Mu-Changa a été ministre sons trois régnes, nous ne pouvons nous résoudre à le condamner en un jour à subir le sévère châtiment qu’il mérite; qu’il soit donc, par un effet de grande miséricorde, privé de son rang, et qu'il ne soit plus jamais proposé pour remplir un emploi quelconque.
• L’insuffisance de Ki-yiog a été extrême ; mais comme il a été accablé par les difficultés de sa position , que la plus grande miséricorde possible
(1) Lin est mort en route, tandis qu’il te dirigeait vers Kouang-si.
s'étende aussi jusqu'il lui , qu’il soit dégradé , et qu’il reste en disponibilité, ’ aspirant à un emploi de yuen-vai-lang dans un des six conseils.
• La conduite intéressée de ces deux hommes et l’oubli qu’ils ont fait de leur souverain sont choses notoires dans tout l'empire. Ne faisant rien avec excès, noos ne les avons point condamnés 6 la dernière peine. Enprenant une décision sur ce cas , notre sentence a été rendue après une mûre délibération, après l’avoir longtemps considéré. Notre sensibilité, comme nos sujets peuvent se l'imaginer, est réellement émue d’avoir 1 faire ce qui est inévitable.
» Dorénavant tout employé , grand ou petit , civil ou militaire , ayant une destination dans la capitale ou partout ailleurs, doit régler sa conduite sur de bons principes et servir loyalement l’État. Que les maux accumulés pendant le long espace de temps qu’ont prévalu la paresse et l’artifice soient un motif de repentir et de réformes accompagnés de crainte et de tremblement: on ne doit point reculer devant les difficultés ni se laisser dominer par la paresse, et si quelqu’un est en position de proposer quelque mesure qni puisse avoir de l’importance pour le gouvernement de l'État et le bien-être du peuple, qu’il l’exprime avec droiture et sans résme.
» Qiio personne n'agisse dorénavant par affection pour son maître en politique, ou sons l'influence de ses sentiments envers qoi le favorise; mai» que tous s’attachent, comme nous espérons qn’ils le feront, à tout ce qui est chose de raison , sans s’eu écarter le moins du monde , remplissant avec modération ses fonctions respectives.
• Que cela soit promulgué spécialement dans la capitalo et hors de scs murs, pour que notre volonté soit rendue publique.
• Décret spécial du 18* jour de la 10* lune de l’an SU de tan-kulng
(21 novembre 1850). i
• Que ccd soit respecté: •
Au commencement de 1851, un Chinois, né 5 Singapour (territoire anglais) d’une mère malaise, et qui était employé 5 bord d’un des vaisseaux qui font le commerce de l’opium, fut arrêté par les autorités chie noises, bien qu’il se trouvât inscrit au consulat anglais comme sujet de la Grande- Bretagne. Le consul le réclama; mais les mandarins, avant de le remettre, le firent fouetter, et cela d’une manière si cruelle que, lorsqu’on l’envoya au consulat dans une chaise k porteurs, tes employés, au moment où ils voulurent le retirer de la chaise, n’y trouvèrent plus que le cadavro dudit Chinois, qoi s'appelait Tan-chin-chin. A cette vue, les porteurs, laissant la chaise 5 la porte du consulat , prirent la fuite. Les mandarins accusaient ce malheureux d’appartenir à la société secrète appelée San ho-huei.
A la fin de 1861, Leu-ke-vu, gouverneur de la province de Fou-kien,
fnt dégradé. Ce mandarin était coupable d’atoir publié, quelques années auparavant, une intéressante géographie universelle en six volumes, dans laquelle il donnait snr les pays étrangers des notices assez exactes, qne par conséquent on jugea n’avoir été écrites que pour favoriser ces pays. Les cartes qui accompagnaient cet ouvrage étaient copiées sur des atlas publiés en Europe.
En avril 1852, les autorités chinoises de Foclian arrêtèrent déni écrivains qu’employait dans son école un missionnaire anglais appelé M. Wetton, et les traitèrent avec la dernière inhumanité. Le consul Walker adressa , à ce sujet , un message très-énergique an gouverneur général de la province , lequel ne daigna même pas répondre. •
Le 25 avril 1852, Siu écrivait an plénipotentiaire anglais qo’il n’avait pas le temps d’avoir une entrevnc avec lni , et qu’il lui proposait de la différer jusqu’à ce que les hostilités contre les rebelles fussent terminé».
En novembre 1852, le lieutenant de vaissean H. de Lisle et un antre officier nommé Cushing furent volés et blessés à Kowloun , vis- à <vis Bong-kong. Le second pot s’échapper ; mais, le premier étant demeuré 5 terre, le commodore de l’escadre anglaise, accompagné d’employés et d’interprètes de Hong-kong, alla à sa recherche avec la frégate la Cléopâtre. Ils se rendirent auprès du mandarin de Kowlonn; mais il se cacha dans l’inférieur de ses appartements, faisant dire qu’il était absent, et les Anglais furent reçus par des officiers tout 5 fait subalternes, qui se montrèrent fort grossiers. Voici un passage du rapport officiel qui fnt fait à cette occasion :
* Je pois seulement m’expliquer la réception réellement impolie qoe nous avons trouvée par le fait que les autorités chinoises, dans leurs relations avec les officiers étrangers, sont toujours prêtes, lorsqu’elles supposent que ces derniers ignorent leurs règles d’étiqaette. 1 les recevoir d’une manière qui prouve 5 la fois leurs idées de supériorité nationale et leur désir de les abaisser dans l’estime de leur peuple ; tendance qui n'a pas été assez réprimée dans l'affaire des mandarins de Kowlonn , lesquels peut-être n’ont pas été suffisamment informés dti rang des personnes auxquelles ils avaient affaire. Dans notre cas, iis espéraient pouvoir continuer ce même système , et ce ne fut qu'aprèa nos péremptoires réclamations que nous parvînmes à obtenir d’eux le peu de courtoisie qui nous fui 5 la fin accordée a contre-cœur, et d'une manière très-incomplète. Eu effet, chaque fois que nous dûmes aller voir le mandarin, on nou9 laissa exposés aux artieurs du soleil jusqu’à ce qu’il parût, et après cela ou nous tint assis dans la salle extérieure de son tribunal, où on juge lea criminels ; ces deux modes de réception étant complètement opposés aux idées de politesse chinoise. •
En conséquence , le vapeur YOermit fui envoyé à l'endroit où se trouvait le chef local, et, après beaucoup de démarches et de difficultés, on obtint qu’il adressât au commodore une lettre d'excuses.
Sir J. Bowring écrivait le 25 avril 1854 que le ministre américain M. Rlac-Lane n'avait pu obtenir une audience du commissaire impérial, bien qu’il l'eût sollicitée avec beaucoup d’instances; il ajoutait que M. Bourboulon se montrait on ne peut plus mécontent des procédés dont on usait k son égard.
Le 22 mai 1854, le commissaire impérial Yeh écrivait k sir J. Bowring qu'en 1849 sir G. Bonltam avait renoncé pour toujours k entrer k Canton, et citait le passage suivant de la dépêche : • Désormais cette affaire ne doit plus être discutée. » Or tout cela était une pure invention du mandarin. En 1849 , Siu disait k sir G. Bonham que la convention en vertu de laquelle l’entrée de Canton devait être ouverte au mois d'avril de celte même année avait été signée en 1847 avec sir J. F. Davis, et que celui-ci étant retourné en Angleterre avant l'expiration du délai , la convention se trouvait par là annulée. Voilà ce que c’est qu’une correspondance officielle avec les mandarins chinois. Tant qu'il ne s'agit que d’échanger des communications, il n’y a point d'argument ni d’engagement qui les arrête, et ils ne se gênent pas pour se tirer d'embarras en débitant avec un merveilleux aplomb un mensonge ou une absurdité; mais quand ils voient arriver des vaisseaux de guerre et des soldais , alors c’est autre chose ; ils écrivent sur un ton plus sérieux.
Dans la communication que nous avons mentionnée un peu plus haut, Yeh se refusait à recevoir sir J. Bowring dans le palais où il faisait sa résidence; mais il loi offrait une entrevue hors de la ville, dans le magasin du commerçant Howkua.
Pendant l’été de 1854 , sir J. Bowring fit k Tien-sin un voyage que lo gouvernement anglais a entouré d’uu profond mystère, comme cela avait eu lieu pour le voyage du vapeur le Reinard , en 1850. Peut-être sir J. Bowring alla-t-il renouer personnellement les négociations dans le but de se mettre en relation avec la cour et de faire parvenir la lettre de la reine Victoria; peut-être aussi essaya-t-ii d’arriver de sa personne k Pékin. Quoi qu’il en soit, on peut assurer qu’il fut mal reçu et qu'il ne put obtenir le résultat qu'il s’était proposé en allant k Tien-sin ; car, dans une communication d’un ton fort aigre qu’il adressait k Yeh, eu date du 27 décembre de la même année, il lui rappelait les leçons passées (past lessons) , et formulait des plaintes amères, que l’on pouvait appeler des menaces, disant entre autres choses :
• Le gouvernement de Sa Majesté Britannique, qui a déjk été informé des résultats de ma visite à Tien-sin, saura aussi ce qui a eu lieu à Canton ,
afin qu'il poisse prendre les mesures qu’il jugera convenir à la dignité d’une grande nation. *
En décembre 1854 , Canton fut vivement menacé par les insurgés , et Yeh descendit jusqu’à l'humiliation de demander à sir J. Bowring (le 7 décembre) que les vaisseaux de guerre anglais aidassent les troupes impériales à repousser les rebelles , qui amenaient avec eux un grand nombre de bateaux, servant de transports et de magasins. Sir J. Bowring profita de cette circonstance pour demander de nouveau à être admis à une entrevue dans le palais du gouvernement, à l'intérieur de la ville; mais Yeh, malgré ses embarras, répondit négativement.
Le H juin 1855, sir J. Bowring sollicita de nouveau une entrevue, disant qu'il avait à présenter au commissaire impérial M. Alcock, .nouveau consul de Canton; que si cela présentait quelque difficulté , il priait le commissaire impérial de recevoir M. Alcock en tel endroit qu’il jugerait convenable; enfin que, si cela ne pouvait être, il désignât pour le recevoir une personne d'un rang convenable , par exemple le trésorier de la province.
Yeh répondit qu’une entrevue avec le consul Alcock serait sans motif ; car pendant que lui (sir J. Bowring) avait occupé le poste de consul à Canton , aucune cérémonie de ce genre n’avait eu lieu.
A la fin de juin 1856 , on imprima et on répandit à profusion un factum chinois d’une extrême violence , dans lequel on menaçait de mort tous les Européens qui oseraient sortir de leurs factoreries pour se promener dans la campagne. Sir J. Bowring, en rendant compte de ce fait, disait :
« D'après tout ce que j'ai pu recueillir sur ce sujet, je suis porté à croire que l’expression publique de sentiments hostiles envers nous a son origine plutôt dans le gouvernement que dans le peuple, et qu’elle est surtout à déplorer en ce qu’elle tend à ranimer les vieilles animosités que le cours du temps et les changements survenus dans l’état du pays semblaient avoir en grande partie affaiblie?. >
Sir J. Bowring ayant adressé à ce sujet une réclamation au commissaire impérial , celui-ci répondit que la publication de ce factum pouvait provenir de ce qne les Anglais avaient pris l’habitude d’aller de Canton à Hong-kong par la voie de terre, au lieu de faire le trajet par mer, et que cette manière d’agir était contraire aox traités. Nous voyons dans cette réponse une preuve de ce fait, que les mandarins, pour éviter d’entrer dans ce qui est véritablement en question , disent n’importe quoi , et vont jusqu'à paraître se moquer des autorités européennes. Hong-kong étant line lie, comment le commissaire impérial pouvait-il dire que les Anglais avaient pris l’habitude d'y aller par terre!
Le factum dont nous avons parlé tout à l'heure produisit son effet. Le 2 juillet, deux négociants anglais, MU. Johnson et Wittall, se promenant
à cheval, sans pouvoir déranger personne, car ils allaient an pas, furent
poursuivis avec des sifflets et à coups de pierres, jusqu’! ce qu'ils se réfugièrent dans les factoreries.
A la fin d’octobre de cette même année 1856, les autorités chinoises, ayant appris qne deux indigènes qu’elles voulaient arrêter se trouvaient à bord de la lorciia Arrow , mouillée dans les eaux de Canton, envoyèrent des gens armés qui emmenèrent prisonnier tout l’équipage. Cette gabare avait été construite ! Hong-kong, elle avait patente anglaise, portait pavillon anglais, et était dirigée par un patron anglais; les matelots seuls étaient Chinois. Le cousul anglais réclama les individus arrêtés et demanda satisfaction pour l'iusulle faite au pavillon. De cette affaire résultèrent successivement la réclamation de l’amiral Seymour, les coups de canon tirés par les Anglais, l'incendie du cousulat anglais et de toutes les factoreries de Canlou ; en un mot , la seconde guerre de la Grande-Bretagne contrôle Céleste Empire. Il serait superflu d'examiner dans tous ses détails l’affaire de l’ Arrow. Après tout ce que j'ai rapporté, n'est-ii pas évident qu’une seconde guerre était inévitable et prochaine J L'aurait-on évitée eu cédant dans l'affaire de la gabare T 11 me semble qu’un moyen bien plus sûr, c’eût été de ue pas souffrir, dès le principe, tant d’insultes et tant d’infraclious au traité.
Le gouvernement portugais nomma , en iSltà , ministre plénipotentiaire en Chine , M. A. da Silvcira Pinto , qui avait été gouverneur de Macao; mais le vice-roi refusa de le reconnaître, disant que, pour les rapports avec les Portugais, il suffisait du procurtulor (sorte de ministre d’État ou de secrétaire du gouvernement de Macao). Ce fonctionnaire ou employé civil.de la colonie avait jusque-là été chargé de ia correspondance avec les autorités chinoises.
En 18û9, le gouverneur de ladite colonie, M. J. M. F. Amaral, ayant eu avec les mandarins quelques difficultés, qu’il serait trop long de rapporter ici, on «ut qu’à Canton une bonne somme avait été promise à qui livrerait sa tète.
Cette circonstance n’était pas un mystère pour M. Amaral, et lui-même m’en parla deux jours avant sa mort , m’exprimant formellement sa conviction qu’ii finirait par être assassiné. En effet, se promenant à cheval avec son aide de camp, il fat attaqué, tout près de la ville, par huit ou neuf Chinois, qui les renversèrent tous les deux, blessèrent l’aide de camp et coupèrent au gouverneur la tête et une main qu’ils emportèrent dans un petit sac.
Les Portugais s'emparèrent alors de la porte du mur qui sépare le territoire portugais du territoire chinois, et qu’avaient occupée jusqu’à ce mu-
ment trois ou quatre soldats chinois. Ii s’ensuivit qu’un fort, qui était à portée de canon , commença a envoyer des boulets contre la porte. On se trouva alors dans la nécessité où d'abandonner la porte , ou de prendre Je fort ; on adopta ce dernier parti , et la chose fut immédiatement exécutée, grâce à l’intrépidité d’un jeune officier qui, sans avoir l'habitude de la guerre, s’uiïrit à prendre d’assaut le fort défendu par 20 pièces de canon de 18, suivi de 20 hommes qu’il choisit et de 12 autres qui sortirent volontairement de leurs raugs pour l’accompagner ; il enleva le fort avec autant de promptitude que d’iutrépidité. Ce vaillant jenne homme , qui , je crois , u’a pas reçu une récompense proportionnée au service qu’il a rendu, se nomme V. N. de Mezquita.
Le représentant de la Grande-Bretagne adressa directement au vice-roi une réclamation relativement à l’assassinat de l'infortuné Amaral ; en même temps nous lui adressâmes de Macao , le ministre de France , ceiui dés États-Unis et moi, une réclamation collective.
Après cela nous continuâmes séparément la correspondance i ce sujet ; mais pour ne pas entrer dans de trop longs détails, je dirai seulement que des communications faites par le commissaire impérial lui-inêmo, il résultait assez clairement qu’il n'était pas resté étranger à ce fait tragique. U avoua sans difficulté qne la tête et 1a maiu du malheureux Amaral sc trouvaient en sa possession, ajoutant qu’il ne les remettrait point, si on ne lui renvoyait pas les trois soldats chinois qui so trouvaient à la porte de ia limite de Macao, non loin de laquelle le gouverneur avait été assassiné et par laquelle avaient passé les malfaiteurs avec ia tête. Le gouvernement de Macao avait fait arrêter ces soldats afin d'obtenir par eux des renseignements sur les circonstances du crime. Dans ces tristes circonstances j'allai h Cautou avec le vapeur espagnol le Magallanex , et après avoir réossi â faire venir i bord un envoyé du vice-roi , je promis qne si on tne livrait ia tête, Les trois soldats .chinois seraient bientôt relâchés. Le vice-roi offrit de me remettre ia tête â l’instant même , si je promettais par écrit que les soldats seraient mis en liberté , en déterminant le jour où cela aurait lieu. Les Portugais ne voulaient point consentir à l'échange des Citinois contre la tête du feu gouverneur, et comme la promesse par Acrit qu’il exigeait de moi, une fois approuvée par le gouvernement de Macao, eût eu ia même force qu'un échange immédiat, je rompis la négociation et je retournai à Macao.
Enfin le très-digne évêque E. Y. S. G. J. da Matta , qui pendant tous ces temps difficiles fol , par bonheur, à la tête du gouvernement de Macao, persuada an conseil qu’il présidait de mettre les prisonniers en liberté, ayant compris par ies négociations entamées par moi que le vice» goi ne gardait la tête que comme une garantie de la reddition des Chinois,
lesquels Chinois eussent fait peut-être des révélations si I‘on se fût décidé à les mettre à mort.
Ces hommes une fois mis en liberté , le vice-roi envoya !i Macao la tête et la main parfaitement conservées, mais sans aucun appareil, par l’intermédiaire d’un estafier de bas étage et dans un misérable esquif de louage.
Il affichait tout le mépris possible envers une nation que les mandarins croyaient être hors d’état de se venger, et malheureusement ils voyaient juste; mais je ne puis m’empêcher de dire qu’à mon sens c'est et ce sera toujours une honte pour toutes les puissances chrétiennes qui ont des intérêts et des représentants en Chine de laisser sans châtiment un attentat si inique et commis avec tant de pcrGdie. Ce fut là un acte de scélératesse qui aurait dû être puni par toutes les puissances civilisées. Je reviendrai plus loin snr ce sujet.
Maintenant, je rapporterai brièvement ce qui m’est arrivé à moi-même en ma qualité d’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire d’Espagne.
Je dois dire avant tout que mon gouvernement n’a jamais eu de différends avec la Chine depuis que des relations se sont établies entre les deux pays, ce qui eut lieu après la découverte et la conquête des Philippines. Jusqu’à l'année 1815, l’empire recevait annuellement de Manille deux à trois millions de piastres fortes , en échange de soieries et d’autres articles qui étaient transportés au Mexique et aux autres colonies espagnoles d’Amérique. La somme totale depuis 1 565 ne saurait être portée au-dessous de 500,000,000 de piastres. Aussi les piastres espagnoles sont-elles encore aujourd’hui la monnaie courante sur toutes les côtes de Chine. Indépendamment de l’argent, le seul article de quelque importance que l’on reçoive des Philippines, c’est le riz, dont les mandarins favorisent avec sollicitude l’importation , afin que le premier aliment du peuple ne lui manque pas.
Les vice-rois, commissaires impériaux, Lin et Ki-ying, ont fait des sollicitations pour obtenir que le gouvernement anglais prohibât dans l'Inde la culture de l’opium : or, cette culture a été défendue aux îles Philippines, le gouvernement espagnol craignant que les naturels ne contractent l'habitude de le fumer, et ne deviennent plus paresseux encore qu’ils ne le sont Cependant les îles Philippines produiraient de l’opium aussi bon, sinon meilleur, que celui de Pataa, de Malwa ou de Benarès.
En abordant en Chine sur le vapeur la Heine, de Castille, j’annonçai mon arrivée à Siu , vice-roi et commissaire impérial , et je signalai à son attention la prohibition dont je viens de parler, mais je lui laissais entendre qu’on avait agi ainsi dans le but de faire plaisir au gouvernement
chinois (!). Je ne faisais point mention du IScheux événement du brick espagnol cl Bilbaino, et je lui demandais, de la part de ma souveraine, des nouvelles de la santé de l’empereur.
Le lecteur se rappellera que j’ai mentionné, dans le chapitre précédent, on navire espagnol brûlé pendant la guerre. Un petit mandarin de la marine impériale était allé & bord du brigantin cl Bilbaino , qui , complètement déchargé et son pavillon déployé , était mouillé à Tatpa en vue de Macao. Il emmena enchaînés un pilote et quatre matelots qui se trouvaient i bord et brûla le navire, annonçant aussitôt, dans no rapport pompeux , qu'il avait détruit une barque anglaise chargée d’opium.
Pour réclamer contre cet outrage, le gouverneur général des Philippines expédia en Chine le capitaine de vaisseau (aujourd'hui amiral) don José M. Balcon.
Celui-ci envoya une communication , qui loi fut retournée parce que la suscription ne portait paB le mot pin (pétition); et aucun mandarin ne voulut le recevoir.
Bientôt après, lorsque les Chinois durent payer aux Anglais les 6 millions de piastres «ipulés pour la rançon de Canton et pour indemnité des pertes éprouvées par les Anglais , le capitaine Elliot eut la bonté d'ajouter sur son reçu une somme de 30,400 piastres pour le Bilbaino, et les Chinois lui remirent relte somme, qu'il fit passer k don José M. Balcon. Les cinq hommes de l'équipage furent envoyés k Macao et remis au procurtuloT de cette colonie, dont le gouverneur avait fait des réclamations k l’occasion de l’attentat ci-dessus rapporté.
Les mandarins avaient traité notre envoyé avec le -dernier mépris , quoique ses qualités personnelles lui eussent mérité partout Une grande considération. Remplissant en Chine une mission tonte pacifique, et me conformant aux intentions formelles de mon gonvernement, je m'abstins de faire la moindre allusion à cet événement
Je reçus du commissaire impérial une lettre d’an style très-Deuri, mais dans laquelle il ne répondait point k mes questions sur l’état de la santé de l'empereur.
Il me disait qu’il «avait bien que C'était une obligation pour lui d'aller
(i) L'attention que Siu fit à cette particularité prouve la justesse de ce que sir J. tkrwring écrivait A lard Clarendon, en date du S janvier i«a« : « It mav »«|| be doubted welher a déclaration on Ibe part of Use east India Company, tbat lltey «ère vritling to stop Uie growth and Ibe export of opium, would influence .in ttie sligbteat degree tire répulsive polie; of China or oblain for us, as lord Sbaflsbury assures Vour Lurdsbip R couli not fait to do, roinorercial concessions from Oie Cltineae gevernvnent in My shape wtwtevera»
me faire une visite, mais qu’il était très-occupé, et que mon 'séjour à Macao devaul être de longue durée , il irait mC^oir quand cela lui serait possible. Sur l’enveloppe de sa réponse, il avait mis les titres que moi-même je m’étais donnés; mais son nom et ses titres étaient placés plus haut que les miens, ce qui signifiait qu’il se considérait au-dessus de moi.
Afin qu’on se fasse une idée plus exacte de ces détails de l’étiquette chinoise, je donne ci-jointe une copie de l’adresse : à droite est le nom de celui qui écrit, à gauche celui de la personne à laquelle est adressée la dépêche. Il m’envoyait incluses dans la sienne des copies des traités faits avec l’Angleleire, la France et les États-Unis, en me disant qu’ils renfermaient toutes les règles par lesquelles devaient se conduire les commerçants étrangers.
Du reste, cette communication ne me fut ni apportée par un employé ni remise par l’inlei médiaire du mandarin résidant à Macao; on se contenta de me l’envoyer par un des patrons qui portent des marchandises de Canton à Macao, et qui, moyennant rétribution, se chargent des lettres qu’on leur confie.
Toutefois, désirant éviter les difficultés, et sachant que mon gouvernement n’était pas disposé à me soutenir s’il en survenait, je fermai les yeux sur tout cela; seulement, lorsque j’eus à écrire de nouveau au vice-roi, je plaçai mon nom plus haut et le sien plus bas, de la même manière qu’il l’avait fait à mon égard.
Je compris aussitôt que Siu n’avait nullement l’intention de venir me voir, et qu’il ne viendrait qu’autant qu’il y serait contraint, C’est ce que j’écrivis i Madrid, eu ajoutant que le seul moyen de le contraindre était de le menacer que j’irais à Tien-sin, pour passer ensuite à Pékin; mais que pour cela il était nécessaire que l’on m’envoyât deux ou trois navires de guerre , afin qu’il prit ma menace au sérieux.
Le ministre, à Madrid, satisfait du style fleuri de la «ommunication chinoise, ine répondit qu’il ne voyait pas de motif de se méfier de ces jtaroles; qu’il trouvait intempestive ma demande touchant les navires de guerre, et craignait que leur présence ne produisît un mauvais effet; enfin il m’enjoignait de conclure promptement un traité avantageux.
Il serait trop long de raconter les démarches officielles et particulières que je fis toujours sans résultat. Siu , après m’avoir écrit qu’il savait que c’était une obligation pour lui de venir me voir, se refusa constamment à le faire sous toutes sortes de prétextes , et finit par se renfermer dans l’offre de se rencontrer avec moi dans un des magasins ou maisons de campagne des commerçants chinois.
J’essayai de conclure un traité par l’intermédiaire de secrétaires. En effet les miens eurent des entrevues avec quelques mandarins que Siu en-