‹ L'Angleterre moderne, son évolutionChapitre 5 sur 21 · S4 L*AN6LET£RRB MODERNE · texte numérisé non relu

S4 L*AN6LET£RRB MODERNE

matière sociale. Le traité de commerce entre la France et l'Angleterre (1860) est une application nouvelle du principe libre-échangiste ; il est dû, pour le côté anglais, à l'initiative de Cobden, et au grand ministre libéral, Gladstone.

Enfin, Tesprit de réadaptation systématique atteint aussi les activités supérieures de la nation. L'Angleterre n'avait pas encore reconnu officiellement la fonction éducative ^de l'État. Les théories utilitaires et les doctrines des radicaux philosophes avaient insisté sur l'importance essentielle de l'instruction publique, formatrice des intelligences libres et des volontés éclairées. L'avènement de la démocratie, désormais inévitable, appelait un vaste effort de culture et -de discipline morale. Les principes de sa conduite, la société nouvelle continuait à les chercher dans la moralité puritaine, fortifiée encore par le triomphe de la bourgeoisie. Mais depuis deux siècles, la culture intellectuelle du peuple avait été négligée en Angleterre. Le niveau moyen des connaissances y était inférieur, l'élite mise à part, à celui qui existait en Allemagne et en France. Les vieilles Universités s'étaient endormies dans la torpeur d'un enseignement formel et de traditions surannées. Les écoles libres, affranchies de tout contrôle, étaient le plus souvent dirigées par des hommes sans conscience et sans culture. Seules, les écoles publiques, réservées à l'aristocratie, maintenaient du moins un assez haut idéal de formation civique, et de Tune d'elles, Rugby,

byGoogle

LES LOIS BT LBS MŒUfiS S5

partait à ce 'moment un mouvement de réforme.

C'est en 1833 que pour la première fois un crédit très restreint d'ailleurs est ouvert au budget pour la construction des écoles. En 1839, le crédit est augmenté; une commission du Conseil Privé est chargée de veiller au bon emploi de ces subventions. De ces humbles , origines est sorti, avec ses attributions actuelles, le Ministère de l'éducation (Education Board). De 1839 à 1870, la prise du pouvoir central sur l'instruction publique va s'élargissant. L'influence de Matthew Arnold, sa théorie de la culture, son effort pour élever les routines anglaises jusqu'aux méthodes françaises et à la pédagogie allemande, sont un facteur important de ce progrès. En 1870, une loi fameuse crée un enseignement primaire d'État. Partout où les écoles privées sont insuffisantes, des commissions scolaires (School Boards) établiront aux frais des contribuables des écoles neutres, où l'enseignement religieux, réduit à la lecture de la Bible, sera donné sans aucun élément confessionnel, béjà, en 1836, avait été créée l'Université de Londres, centre d'études plus moderne, mieux affranchi de l'influence aristocratique et religieuse, que les vénérables collèges d'Oxford et de Cambridge.

D'autre part, la logique libérale restreint sur plusieurs points les abus traditionnels dont profitait l'Église établie. En 1833, dix évèchés anglicans sont supprimés dans l'Irlande catholique. En 1869, la branche irlandaise de l'Église d'Angleterre cesse

S6 I«*AllOLBTBRfiB MODBRNâ

d'être ofOciellement établie et dotée. Ces mesures n'ont pas été prises sans de vives résistances ; elles ont contribué au mouvement de renaissance religieuse qui a fortifié à la fois le catholicisme et Tanglicanisme.

Ainsi retentit, dans les lois, la victoire de l'Angleterre nouvelle. La vie politique, administrative et sociale est réorganisée sous l'influence d'une volonté ordonnatrice et logique. Sans doute il ne faut pas exagérer cette transformation; elle n'est ni complète ni révolutionnaire. La société anglaise vers 1880 se distingue seulement de ce qu'elle était vers 1830 par son caractère mixte. Au lieu d'une structure encore toute féodale, d'une préférence constante pour les croissances spontanées de la vie, et d'une adaptation tout empirique à des conditions d'existence anciennes et confusément aperçues, on trouve un gouvernement presque démocratique, partiellement adapté à des conditions plus clairement perçues, selon des méthodes mieux définies. Dans le fonctionnement de cet organisme, une part énorme revient encore aux forces, aux idées, aux sentiments, aux influences, simplement hérités du passé. Ni la constitution politique, ni le système de l'administration, ni le droit, ni la religion, ni les habitudes civiques, ni les mœurs, ne rappellent k l'observateur l'uniformité centralisée, le détachement de la tradition, l'esprit d'égalité qui sont alors les traits de la société françaisei

Page 1