I. Dod’s Diary, p. 32C
li ANGLETERRE POLITIQUE ET SOCIALE.
dépravation des jeunes gens distingués, des femmes, qui se donnent à bon marché. Les duchesses se mêlaient aux mascarades des filles publiques, en habits d’hommes. » Les hommes de qualité se moquaient des lois. « Vous me menacez de la loi ! » dit avec mépris Lovelace à Clarisse. Les membres du Parlement vendaient leurs votes, les directeurs et inspecteurs des institutions charitables volaient les pauvres. En France, quand on racontait au xvm e siècle quelque trait dur, bas et féroce, « cela est bien anglais! » disait-on. (Lettres
de madame du Deffand.)
Sous l’humus épais de la barbarie teutonique, qui n’est pas encore épuisé, courent des sources profondes, inconnues, invisibles. La raison est partout mariée à la fiction, dans la politique, dans la religion, dans les lois, dans les mœurs : la superstition, le formalisme, se mêlent à l’esprit pratique ; quelque chose d’inquiet, d’inassouvi traverse’ ces vies en apparence satisfaites, placides et si bien réglées. L’âme, sans cesse retenue comme par un ressort, a comme une double vie, celle qui se trahit par des volontés, des méthodes, des actes, la vie logique et une
seconde vie illogique, capricieuse, faite de rêves, de stériles contemplations, de chimères.
La littérature est l’expression fidèle de ces tendances : elle se complaît à une sorte de naturalisme qui jette l’homme hors de lui-même ou à un lyrisme qui se perd dans les abîmes de la vie cachée. Les littératures antiques, la littérature allemande, la française, égalent ou dépassent la littérature anglaise sur certains points; elle- ne le cède à aucune en puissance d’imagination et en clairvoyance morale. L’imagination de Sliakspeare a créé tout un monde aussi vrai que le monde véritable. Quoi de pareil à celle de Coleridge, folle, âpre , téméraire ? Quelle grandeur sauvage et presque surhumaine dans Byron ! Comme il a peint les troubles, les ardeurs, les dédains, les colères d’une âme à la fois avide et lasse! Son orgueil a réussi à dépasser celui de la plus fière aristocratie du monde ; elle a saigné longtemps des flèches de ce demi dieu, de cet Apollon moderne.
La conscience, plus nerveuse, si l’on peut le dire, que dans les autres races, est toujours excitée : le silence, la froideur des corps cachent des orages terribles. Ces machinistes sont sans cesse occupés à démontrer le mécanisme intérieur des passions. Si timides qu’ils soient dans la vie réelle, ils sont hardis et téméraires dans la vie cachée. Leurs poètes sont des Narcisse qui se con-
femplent, mais sans amour, avec frayeur, émoi, quelquefois avec horreur, une horreur puritaine et farouche. Leurs amours ne sont point les joies sensuelles et faciles du Midi, ce sont des troubles d’esprit, des ardeurs aussi mystiques que charnelles, mêlées de tristesses sans raison ; iis aiment les tempêtes morales, comme leurs marins les mers soulevées et périlleuses. Ces âmes inquiètes ne veulent pas être apaisées : elles font sans cesse effort vers l’inconnu, l’invisible. Quelle douleur amère et quelle inconsolable langueur dans les chants de leur Shelley! Quel sens intime de l'inûni, de la force éternelle et sans merci qui vit dans le monde : « Soulève-moi, dit-il au vent, comme une vague, une feuille, un nuage. Je tombe sur les épines de la vie : je saigne! Le lourd poids des heures m’enchaîne et me plie, moi qui jadis te rassemblais et étais, comme toi, rapide et fier. »
La mort revient sans cesse en leurs rêveries, jusque dans leurs chants d’amour: elle est une de leurs muses. Shakspeare la salue familièrement, il remue volontiers les ossements, raille la vie, la beauté: «gars et filles, vêtus d’or, deviennent poussière, comme les ramoneurs. » ( Cymbdine .)
La plaisanterie de Lamb, esprit si charmant, délié, délicat, plein de tendresse féminine, devient souvent funèbre. Il trouve des litres tels que ceux-ci : « Du caractère du croquemort. » « Des inconvénients qui résultent de la pendaison. »
Une certaine crudité ne déplaît pas. La verve d’Hogarth va jusqu’à la férocité. Ses dessins font trembler plutôt que rire. Le vice, dans de Foe, a je ne sais quoi de raisonné, de posé, je dirais presque de domestique, plus effrayant que le vice léger des Latins.
Comparez à la Manon Lescaut française, encore poétique et touchante dans le vice même, cette Manon anglaise, Moll Flanders, dont de Foe a raconté la vie : cette femme qui, comme l’apprend le titre, « née à Newgate, fut douze ans prostituée, se maria cinq fois (une fois à son propre frère), fut douze ans voleuse, huit ans transportée en Virginie, devint enfin riche, vécut honnête et mourut pénitente ».
La mélancolie, comme une fleur naturelle, s’attache' à ces âmes sérieuses. «Ah! combien, s’écrie Shakspeare, sont fatigants, plats, usés et sans profit, tous les emplois que nous faisons de ce monde! » ( Hamlel .) Thomas Warton, à l’âge de dix-sept ans , écrit un poëme sur « les plaisirs de la mélancolie ». Fletcher la chante aussi, la peint, les bras croisés, les yeux fixes, les regards fichés en terre, la langue enchaînée. Milton, dans son Penseroso, adore la vierge chaste et pensive, dévote et pure, vêtue de noir. Mais écoutez ces stances que Slielley trouvait sous le beau ciel de Naples : « Pour moi, le désespoir est doux comme ces vents et ces eaux. Je pourrais me coucher comme
un enfantfatigué etuseren pleurs la vie soucieuse que j'ai soufferte et qu’il me faudra souffrir jusqu'à ce que la mort vienne glisser sur moi comme le sommeil et que dans cet air chaud je sente ma joue devenir froide et que j’entende la mer souffler sur mon cerveau mourant sa dernière monotonie. »
Ces cœurs tristes, méfiants, mécontents, ont besoin d’un ami, d’un confident muet; la nature leur en tient lieu. Aussi l’aiment-ils d’un amour plus tendre qu’aucun autre peuple ; ils la cherchent, la contemplent partout. Mais rien ne remplace pour eux les paysages familiers de l’Angleterre. « Une demeure anglaise, — le crépuscule gris versé sur d’humides pâturages, des arbres humides, plus doux que le sommeil, — toutes choses arrangées en ordre, — un séjoui* antique de paix. » (Tennyson, Palace of Art.)
Telle est bien l’impression du paysage anglais; les teintes tendres et amollies, la verdure sombre, les maisons qui posent sur les lourds tapis de gazon, un repos semblable à celui des nénuphars appuyés sur une eau dormante. Nulle sauvagerie. La verdure est épaisse sans être en désordre, les lignes des sillons sont bien parallèles, les haies bien dressées ; la nature est asservie depuis des siècles. Mais la lumière toujours changeante, les vents toujours en mouvement, lui donnent une sorte d’âme et de vie.
Les yeux, sous ce ciel doux favorable aux longues contemplations , savent chercher tous les détails, les plus humbles, les plus familiers. Crabbe peint Jusqu’aux mauvaises herbes et aux ronces : c’ést le Théocrite d’une misérable paroisse, du workhouse. Ses paysages , comme les miniatures de Gray, rappellent ceux de l’école hollandaise. Qui mieux que Goldsmith a raconté la vie rurale, le bonheur humble et près de terre? Wordsworth aime la nature comme un sauvage, comme le forestier aime sa forêt. 11 cherche une âme à toutes les choses visibles. L’amour de la nature vit jusque dans la rhétorique artificielle et pompeuse des Saisons de Thomson, ainsi qu’une fleur des champs égarée dans un parterre bien tracé.
La race est à la fois trop contemplative et trop active pour exceller dans les arts. Veut-elle traduire ses pensées, elle préfère la langue souple et vivante de la poésie à l’expression immobile des formes ou des couleurs. Son génie tendu, violent, ne connaît point la mesure qui est l’essence de l’art. Sa peinture cherche les tons irisés, criards, heurtés, et semble comme un défi à la nature. Elle se fait un soleil artificiel, une lumière outrée. Les femmes aiment les étoffes éclatantes; leur beauté pâle et blonde, idéale, si douce et rêveuse, semble chercher toujours ce qui lui sied le moins. L'art anglais ne connaît point cette suprême
indifférence, ce contentement qui respire dans la nature heureuse et sans conscience. On y sent toujours la volonté, l’effort. Dans tout écrivain, il y a un moraliste. Le pédant Johnson n’admirait que les poèmes où il trouvait quelque leçon de morale. Les ingénieurs construisent des ouvrages admirables, rien n’arrête leur audace; mais ils travaillent moins en artistes qu’en mercenaires. Une chose faite, vite ils en font une autre. Us cherchent l’utile, non le beau.
Ainsi cette race, singulière entre toutes, a comme deux âmes, l’une môle et l’autre femelle ; par instinct mécontente et rebelle, elle se contente par raison de choses communes, vulgaires, médiocres; portée au rêve, à la contemplation, elle étonne le monde par son activité ; passionnée pour l’indépendance, elle est sans cesse occupée à chercher des devoirs nouveaux, à se créer des obligations ; elle est à la fois banale et originale ; elle n’a jamais su se passer de liberté ni de victimes. Elle adore la richesse , mais elle est aussi généreuse qu’avide. Elle a le culte du hasard et le goût de la règle.
Depuis la conquête normande, le sang anglais n’a subi aucune infusion étrangère ; la sélection naturelle, opérant dans un espace étroit, a mêlé
les races barbares et produit une race nouvelle; pendant cette lente genèse, il se formait une société, dont rien n’arrêtait le développement naturel et pour ainsi dire organique.
L’empirisme politique trouvait en Angleterre les conditions les plus simples; car la Grande-Bretagne a toujours été la Grande-Bretagne, la nature y fixe les frontières. Dans toute l’Europe, les peuples ont passé des siècles à chercher, quelques-uns cherchent encore leurslimites; la guerre a cent fois déplacé leurs frontières; elle a séparé, rapproché, séparé de nouveau les provinces, les races, les idiomes. Partout où l’unité nationale n’est point achevée, la nation reste forcément militaire. Le peuple anglais a toujours été belliqueux, il n’a jamais été militaire; et n’étant pas militaire, il est devenu libre.
Il l’a été avant tous les autres peuples : la liberté barbare a, dans cette terre isolée, groupé non plus seulement des peuplades, mais un peuple; servi d’égide non plus à des provinces, mais à un État. La petitesse du territoire a fait la grandeur de la nation ; pour que l’idée de patrie domine les individus, plie toutes les résistances et anime tous les cœurs, il faut que la patrie ait une figure visible; et quoi de plus propre qu’une île à lui donner cette figure? L’Océan l’enveloppe, la borne, en sculpte l’image.
La liberté anglaise n’est point une conquête de
la raison, de la philosophie, c’est le vieux patrimoine des races barbares; unies en nation, elles n’ont trouvé rien de plus naturel pour protéger leur indépendance, que de la confier à des mains libres. Cette liberté ne connaît point les violences serviles de la révolte, les arguties juridiques, les théories philosophiques; elle est vivante, congénitale, inconsciente comme l’instinct, semblable aux forces naturelles.
Nos esprits, habitués à regarder la liberté ou comme un don ou comme une conquête, comme un octroi ou comme un droit, ne connaissent pas ce désintéressement singulier qui a toujours incliné l’égalité devant la liberté; l’idéal barbare qui soufflait à tout homme le sentiment de l’indépendance en môme temps que le besoin de se choisir librement un maître; cet idéal qui fut Tâme de la chevalerie, qui exige le renoncement et le sacrifice, nous est depuis longtemps incompréhensible. Nous consentons encore à donner à la patrie notre sang, nous ne voulons plus lui sacrifier une parcelle de ce que nous regardons comme nos droits : les races latines n’aperçoivent la liberté qu’à travers l’égalité; la race anglosaxonne n’a vu l’égalité qu’à travers la liberté.
Dans une île étroite, toujours menacée, jalouse de toute puissance qui devenait prépondérante en Europe, l’instinct de conservation devait tout dominer. Les forces féodales se serrèrent
promptement en faisceau. Chez un peuple animé de patriotisme, l’individu songe moins à lui-méme qu’à la nation. La patrie est une sorte de dieu vivant, visible, remuant, qui a besoin, comme le corps humain, d’organes divers pour des fonctions diverses. Les hommes n’aspirent qu’à travailler à la santé et à la beauté de ce corps immortel. Toutes les tâches sont bonnes; on ne s’étonne pas que les pieds ne ressemblent pas à la tête; les uns vivent d’une vie extérieure, épidermique, en pleine lumière; d’autres roulent invisibles dans les artères du grand corps, ou se fixent à l’ossature lourde et solide qui donne la force et la résistance. Les membres d’une telle société ignorent l’envie; l’inégalité leur semble même nécessaire. Ils pensent bien moins à leurs droits qu’à leurs devoirs. Ils trouvent la grandeur dans la petitesse; ils s’oublient, se font volontairement grains de sable ; tant qu’ils ressentent le vague contre-coup de toutes les émotions du corps, les atomes sont contents.
La nature physique elle-même a contribué à étouffer dans les âmes anglaises la passion de l’égalité : dans les pays froids, de climat rude, elle met plus de distance entre les hommes. Il n’y a pas si loin du riche pauvre, du travailleur à l’oisif, aux pays heureux de paresse et d’insouciance. Le soleil y dore et chauffe les haillons; les sens sont facilement satisfaits; l’esprit s’affine
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et trouve partout des joies continuelles. L’égalité devait naître en Grèce, eu Italie; un homme vaut un homme aux lieux où l’air, les belles eaux, le ciel bleu sont les principales richesses. On n’éprouve pas le besoin de s’enfermer dans des demeures closes, asiles fermés aux vents, au froid, à la pluie, à la maladie. L’art se livre, s’expose, élève de beaux monuments qui n’ont point de maîtresetqui n’appartiennent qu’aux dieux.
Mais dans une île du Nord assiégée de vents furieux, sur laquelle pleurent les pluies continuelles et traînent les brumes, l’homme est plus loin de l’homme. Il se cache, s’enferme. Quelle distance entre le paysan et le citadin, entre le pauvre et le riche, entre des vies humbles, souffrantes, qui -ne sont qu’une longue lutte et une longue douleur, et ces vies qui sont un triomphe de l’art, de la richesse, de l’ingéniosité humaines! Ce contraste finit par sembler nécessaire et fatal, comme celui de la laideur et de la beauté. On n’en est point étonné; chose étrange! l’envie est moins grande là où on a plus à envier. D’une autre part, la lutte virile contré les forces aveugles et écrasantes de la nature rend l’homme plus doux à l’homme, plus indulgent au bonheur d’autrui. Le matelot, en tout pays est bon; il n’a qu’un seul ennemi, la mer.
L’inégalité naturelle, héréditaire et consentie, loin d’affaiblir le patriotisme, le soutient et l’af-
fermît. L’envie ne court pas, comme un poison * caché, dans les veines de la nation. En France, il y a des gens pour qui l’histoire de leur pays finit, d’autres pour qui elle commence, en 89 ; personne assurément n’y songe plus à chercher l’alliance de l’étranger comme jadis les princes, les partis, la royauté trouvaient naturel de le faire; mais il y a toujours plusieurs nations dans la nation, et elles ne se réunissent volontiers que sur les champs de bataille. En Angleterre, la grandeur nationale, l’ambition britannique remuent les mêmes fibres chez le patricien et chez le vilain, chez le bourgeois et chez l’ouvrier, chez le soldat et chez le citadin. L’esprit saxon ne se méfie pas, ne se moque pas de ses propres émotions; je ne trouve pas, dans la langue anglaise, de mot qui puisse traduire ce sentiment que nous appelons le chauvinisme ; le patriotisme anglais est naïf, comme l’égoïsme; il ne connaît ni le doute, ni la critique, ni l’hésitation, ni le remords; il n’abaisse jamais ceux qu’il a élevés. L’Angleterre a le culte de ses héros-, envers ceux qui l’ont servie, qui ont ajouté quelque chose à sa puissance, à sa renommée, sa reconnaissance plus que royale ne connaît point de bornes. Elle se garde de l’ostracisme jaloux des démocraties, moins par calcul que par une disposition naturelle à grandir tout ce qu’elle touche. Ce que nous donnons a le prix que nous semblons y attacher nous-mêmes; aussi , '
ne ravale-t-elle jamais le prix de ses faveurs. Chez des gens si fiers, la gloire, la simple estime, semblent des biens inestimables. Des voyageurs vont au centre de l’Afrique, dans les glacesdu Nord, souffrent la faim, la soif, endurent mille périls et se croient assez récompensés par un compliment de la Société géographique, ou un serrement de mains de leur souverain. A quoi pensent ces Anglais dans l'Inde, plus puissants que des rois, entourés du faste et de la pompe asiatiques? Au jour où ils pourront vivre dansquelque rue morne d eMayKair. Si l’on pouvait embrasser toutes les mersd’un coup d’œil, on y verrait des petits points se mouvoir de toutes parts vers le môme centre; ce sont les vaisseaux qui de tous les coins du globe se dirigent vers les ports de la Grande-Bretagne. Les pensées volent aussi de toutes parts vers ce pôle unique. L’idéal anglais suit l’Anglais en tout pays, l’enveloppe comme une armure ou comme un nuage; la mollesse asiatique, la légèreté latine, la gaieté des races enfantines, n’oht point de prises sur ces natures solides, sérieuses, hautaines. Le commerce, la guerre, la richesse, les arts, le labeur matériel, ne leur ôtent jamais la vision de la patrie.
• caractères de la race.
L’idéal de l’Angleterre est d’un autre ordre que n’était celui de Rome et de la Grèce : Rome croyait surtout à sa puissance, la Grèce à son génie. L’Angleterre croit surtout à son excellence morale. Elle y croit avec une foi pleine, sincère, absolue, que rien ne peut troubler; elle se répète sans cesse ce que lui disait Covvper :
« Coin de terre où je suis né, ton climat est rude, chargé de vapeurs; il dispose les cœurs à la tristesse, et nul cœur plus que le mien. Tes manières incultes sont moins douces, moins faciles qu'il ne convient au monde; tu as besoin " de discipline et d’art pour gagner ce que la France polie reçoit en don de la nature: — l’urbanité, la douceur sans laquelle la conversation est sans - ‘ charme et languit dans une froide réserve, ou se tourne en chaude et âpre dispute, en rixe dénuée de sens. — Mais je t’aime parce que tu es • libre! » ( The Task — la Tâche, livre v). Nelson connaissait bien les hommes à qui il disait, à Trafalgar, ces simples mots : « L’Angleterre attend de chaque homme qu’il fasse son devoir. »
Je tire à dessein les lignes suivantes de Robert-
son 1 , un ministre anglican ; elles peignent le sentiment commun :
« Le devoir, le sacrifice, voilà ce que l’Angleterre honore. Elle s’extasie de temps à autre, comme un gauche paysan, devant d’autres choses; mais rien ne remue son cœur en son centre et ses profondeurs que le droit. Elle met mal son châle, fait mauvaise figure dans une salle de concert, sait à peine distinguer un rossignol suédois d’une pie — mais, bénie soit-elle ! elle apprend à ses enfants à sombrer comme des hommes sur un écueil, sans parade, sans phrases, comme si le devoir était la chose du monde la plus naturelle; elle ne prend jamais longtemps un acteur pour un héros ni un héros pour un acteur. Elle reconnaît à la longue des hommes comme Arnold et Wordsworth, immédiatement des hommes comme Wellington, et elle leur reste inaltérablcment fidèle. »
Un certain héroïsme froid, une énergie intéT rieure et toujours tendue, une force qui se contient, une vertu qui dédaigne les apparences et garde quelque chose de farouche, voilà les caractères où l’Angleterre se reconnaît avec complaisance. La note profonde du devoir vibre toujours en ses paroles. Elle se croit meilleure, supérieure. Elle voit toutes les nations de l’Europe lutter vai-