‹ L'Angleterre politique et socialeChapitre 7 sur 13 · Montesquieu, Esprit des Lois, livre XX, chap. vu · texte numérisé non relu

Montesquieu, Esprit des Lois, livre XX, chap. vu

des fortunes rapides. Titres, places, commissions, tout se vendait. Sous Jacques II, Sunderland, le président du conseil, recevait de Louis XIV une pension de 8,000 livres; d’Irlande, Tyrconnel lui envoyait des sommes énormes, le roi l’accablait de ses dons. Aujourd'hui, il y a des bourgeois presque inconnus, dont le nom n’est jamais prononcé hors de la Cité, des grands ports, des districts manufacturiers, qui sont aussi riches, plus riches que les descendants des vieilles familles. Cependant il n’y a aucune hostilité entre la richesse héréditaire et la richesse des parvenus. La classe nobiliaire s’étend à mesure que grandit la fortune publique. Pitt à lui seul fit cent quarante pairs-, il dédaignait trop les honneurs pour n’en être pas prodigue. La pairie, à son avis, convenait natu-r Tellement à la grande fortune : c’était une vanité ajoutée à d’autres vanités. 11 n’y a pas aujourd’hui moins de quatre cent soixante -deux pairs qui ont droit de siéger à la chambre des lords; il n’y a pas de limite constitutionnelle à ce chiffre. Par les mariages, les alliances, l’aristocratie résorbe continuellement la richesse produite par le travail. Le tiers-état, qui ne se sent pas séparé de la noblesse par une insurmontable barrière, n’éprouve pour elle aucune haine : il y a une noblesse non qualifiée qui est toujours mêlée au tiers. Le parlement dès longtemps a été l’assemblée d’un ordre mixte formé de nobles et de marchands. Les

gens de finance, de loi, de commerce, s’y trouvaient mêlés aux porteurs des noms les plus antiques. Le tiers ne devint point, comme en France, ennemi de l’aristocratie, car, celle-ci étant plus démocratique que dans notre pays, la démocratie y est devenue plus aristocratique.

il n’y a pas encore en Angleterre de lutte ouverte entre l’aristocratie et la démocratie ; l’histoire du pays est remplie des luttes entre l’aristocratie et la royauté. Le triomphe de l’aristocratie n’a été si durable et si glorieux que parce qu’il était une victoire contre la tyrannie. Sous les deux premiers George, les whigs défendent les droits de la maison de Hanovre; ces défenseurs sont en réalité des maîtres. Sous George III, les tories reprennent quelque influence, mais ce n’est qu’au prix de l’abandon de leur fidélité à une cause détestée par le peuple. Le souvenir des grandes luttes contre le despotisme religieux et politique sert d’auréole à la classe aristocratique, et la nation assiste comme de loin â ce duel des partis qui se disputent le pouvoir, les places, lesdignités, le patronage. 11 lui ♦ suffit de voir la royauté séparée de Rome et docile aux parlements. Peu lui importe que les uns réclament tous ces biens comme un droit, que les autres les achètent par un peu plus de complaisance envers la royauté. Cette complaisance n’est déjà plus que de la courtoisie. Les grandes familles whigs, nées dans la pourpre, se trans-

mettent la puissance politique comme un héritage. Elles imposent au roi des ministres qu’il déteste.

11 y a déjà un peuple anglais, mais ce peuple n’a que des passions simples, élémentaires, la haine du pouvoir absolu, l’horreur de Rome, un patriotisme jaloux. Tant que ces passions sont satisfaites, il ne demande rien de plus. Il ne se mêle point au drame politique. Les vvliigs deviennent les ennemis de la royauté roidie contre leurs prétentions, ils sont les champions de la suprématie parlementaire; cependant leurs ministères sont, comme ceux des tories, des ministères de patriciens. Dans celui de lord North (de 1770 à 1782), il n’y a que des pairs et des fils aînés de pairs; North, fils aîné d’un comte, reste presque seul aux communes. M. Pitt, qui succéda au ministère de coalition, fut seul aussi dans la chambre basse; tous ses collègues étaient des pairs. Le ministère d’Addinglon, qui le remplace, renferme cinq pairs et quatre aînés. Dans le deuxième ministère de Pitt (180 i), il n’y a avec lui à la chambre des communes que Castlereagh. La puissance politique était un monopole, un patrimoine. Elle ajoutait quelques émotions de plus aux plaisirs et aux enivrements de la jeunesse. A vingt-neuf ans, lord Shelburne est secrétaire d’Élat, Pitt à vingt-cinq ans premier ministre. Chesterûeld n’avait pas atteint sa majorité quand il entrait à la chambre des communes, ni Fox, ni lord Liverpool : celui-ci, à

trente ans, négociait, comme ministre des affaires étrangères, la paix d'Amiens.

La guerre avec la révolution française et avec l’empire servit les intérêts de l’aristocratie. Elle la grandit outre mesure; elle hissa Liverpool, Castlereagh, des hommes médiocres, à la hauteur de la gloire impériale, et, quand Napoléon tomba de ce sommet où l’avait porté son funeste génie, ils y demeurèrent dans les rayons de Trafalgar, de Waterloo, admirés, redoutés, pareils à des dieux. Si l’Europe vit avec un étonnement et un respect nouveaux les représentants d’une politique si heureuse, si ses souverains mêmes se firent les courtisans des hommes d’État de la Grande-Bretagne, le peuple anglais pouvait-il rester insensible à ces triomphes? La royauté n’y avait eu aucune part : l’Angleterre avaitété sauvée par son parlement aristocratique, et non-seulement sauvée, mais portée à travers mille hasards et mille périls, par une volonté tenace et romaine, à un degré de puissance qui confond l’imagination et qui étonnera l’histoire, quand elle ne regardera qu’à l’étendue et à la population des Iles-Britanniques.

Si la politique extérieure de l’aristocratie anglaise fut aussi heureuse que hardie, sa politique intérieure sut éviter les fautes qui ont ruiné la plupart des aristocraties. Elle ne contraignit jamais la nation à la regarder comme une ennemie; elle ne sépara jamais ouvertement, insolemment, ses

intérêts des intérêts du peuple, son honneur de l’honneur anglais. Elle sut toujours plier pour ne jamais rompre. On ne la vit jamais se porter tout entière du même côte dans les grandes luttes de l'opinion : elle sut donner des soldats et des chefs à toutes les causes; o;i trouve quelque grand nom aristocratique mêlé à tous les mouvements, à toutes les réformes, à toutes les luttes politiques, religieuses et sociales. Elle ne cherche jamais la gloire de se perdre, les plaisirs féminins de la vanité qui défie la nécessité, les joies amères de la défaite. Elle a des instincts plutôt que des principes, des préférences plutôt que des doctrines; elle obéit à des traditions plutôt qu’à des règles immuables.

Après la révolution, les deux partis dont l’un avait vaincu la royauté, dont l’autre avait été vaincu avec elle, se transformèrent graduellement. Les jacobiles devinrent les tories: rattachement ardent, personnel, chevaleresque pour la rôyauté se transforma en fidélité raisonnée et attiédie pour des principes et des théories de gouvernement; quant aux whigs, défenseurs naturels de la dynastie étrangère, ils avaient eux-mêmes affaibli et comme neutralisé la royauté, ils lui accordaient une fidélité despotique, elle était leur ouvrage et leur créature pour ainsi dire. Entre ces triomphateurs jaloux, hautains et une royauté douteuse, de fraîche date, que pouvaient faire les tories? Ils résistèrent à la centralisation , défendirent les

petits propriétaires, les paysans, contre les grandes familles opulentes et avides. L’insolence, le népotisme des vainqueurs, la corruption qui suit toujours les grandes révolutions politiques et qui atteignit moins les vaincus, les froideurs de la royauté, tout contribuait à rapprocher du peuple le parti dont les principes étaient pourtant le moins populaires. Ainsi se perpétua dans tous les rangs de l’aristocratie un sentiment de solidarité avec la nation, ici entretenu par les souvenirs de la révolution, ailleurs par une nécessité politique eu même temps que par une plus grande rusticité, partout par la diffusion continuelle des idées et des intérêts. Un esprit commun pénétrait ces factions qui se disputaient le pouvoir : ne jamais changer que ce qu’il était impossible de conserver, conserver tout ce qui ne menaçait pas immédiatement ruine, réparer plutôt que renverser, céder toujours assez vite pour ne jamais paraître contraint, — opposer au spectacle des libertés anglaises les stériles agitations et les chutes lamentables des nations tourmentées du rêve de l’égalité, — maintenir enfin et exalter par tous les moyens le patriotisme de la nation, et lui faire voir dans son antique constitution la sauvegarde de sa grandeur et l’instrument de son ambition.

Ces sentiments, que personne ne discute, qui sont devenus comme des formes congénitales de la pensée, trop profondes pour être des calculs,

ont acquis la puissance des instincts. Ils font de l’aristocratie anglaise la plus souple à la fois et la plus tenace, la plus ûère et la moins entêtée, la plus solide et la moins immobile. Une double clientèle attache de toutes parts l’aristocratie à la nation, celle de la vanité et celle du besoin. Tous les fleuves de la richesse descendent vers la mer aristocratique, et les patriciens n’ont pas besoin, comme les sénateurs de Rome, de se faire un cortège de parasites. D’un autre côté, le droit d’aînesse tient autour des chefs de maison les cadets et leurs familles comme autant de satellites qui gravitent autour d’une pesante planète. Ces cercles concentriques de la richesse et de la pauvreté noble se mêlent, se traversent en tout sens comme des ondes, et vont expirer bien loin du centre. Aussi l’aristocratie se laisse toujours pénétrer à la longue par les idées nouvelles ; elle n’oppose jamais au progrès ces barrières d’imagination que nul raisonnement, nul traité ne peut faire céder. En livrant, en détachant une à une les pièces de son armure féodale, elle n’a rien perdu de sa puissance morale; elle a toujours fait plus de cas de son autorité politique que de son prestige social; sa grande affaire a moins été le gouvernement que la jouissance de la terre anglaise. Le vieil esprit normand l’emporte encore sur l’ambition romaine. Jamais possession ne fut plus pleine, moins précaire, moins contrariée par les caprices et les hauteurs

de ce qu'ailleurs on nomme l’État. On cherche partout l’État dans les provinces anglaises, on ne le trouve nulle part. Police locale, justice, routes, prisons, asiles, écoles, tout relève des propriétaires. On ne croit pas aux autorités déléguées et de seconde main. Ce n’est point parce qu’un grand seigneur est lord lieutenant d’un comté qu’on le respecte : il est lieutenant du comté parce qu’il est un grand seigneur, parce qu’il a de grands domaines, un grand nom.

Les parlements ont été les serviteurs de cette puissance, appuyée au sol et seule visible pour le peuple; les splendeurs d’une cour comme celle de Versailles n’en ont jamais détourné les yeux. Que de chèteaux plus beaux que les palais royaux, environnés déplus de majesté et d’autant de souvenirs ! Les ministres restent de simples citoyens, ils vont à leur ministère comme à un bureau : ce sont des intendants, des hommes d’affaires; le pouvoir ne met pas en un jour tout à leurs pieds, rang, fortune, talent, beauté. Ils n’ont pas les enivrements d’un pouvoir qui reste absolu, quoiqu’il s’exerce au nom d’un maître. Pilt a eu des visées personnelles, il était consumé par une volonté so-

litaire, et sans confidents: seul, il a fait par exemple l’union de l’Irlande et de l’Angleterre; mais la plupart des ministres, et je parle des plus illustres, ' se sont moins regardés comme les maîtres que comme les serviteurs d’un parti, d’une classe. Walpole, Liverpool, Palmerston, n’ont jamais rien inventé. Walpole demeura vingt ans au pouvoir sans rien perdre de la rudesse joviale du gentilhomme campagnard, d’humeur facile, infatigable,, toujours prêt; esprit délié d’ailleurs et plein de ressources, quoique sans nulle hauteur, il voulait surtout rester en place, et fit l'Angleterre pkis grande, presque sans le savoir, presque sans le vouloir. Dans tous les cabinets, il y a les orateurs, les hommes d’affaires hissés au pouvoir et à côté d’eux des hommes que leur simple nom y porte naturellement, plus oisifs et aussi indispensables, d’ambition plus muette et cependant aussi impérieuse. Los batailles politiques de l'Angleterre font penser aux combats d’Homère, où il y a toujours deux sortes de combattants, les hommes et les dieux. Les passions sont presque les mêmes, les dieux sont quelquefois vulnérables; mais Troyens et Grecs se donnent des coups mortels, et quand leurs favoris ont mordu la poussière, les dieux remontent à l’Olympe. Dans les ministères de ce siècle, les Atrides ont été Fox, Perceval, Canning, Peel, Disraeli, Gladstone. On a vu des ministres assez hardis pour faire à leur parti une sorte de vio-

lence : avant les deux réformes parlementaires, il s'en est trouvé qui ont songé à ce grand peuple sans voix et véritablement sans représentants. Tout en servant leur parti, les meilleurs ont cherché à servir la nation; mais ils n’ont jamais prétendu le faire autrement qu’en convertissant leur propre parti à leurs idées, ils n’ont jamais montré au peuple un ennemi dans le parlement ni dans l’aristocratie.

« Vous autres, écrivait Burke au duc de Richmond en 1772, gens de grande maison et de grande fortune héréditaire, vous ne ressemblez pas à des hommes nouveaux comme moi. Quelque forts que nous puissions devenir, quelles que soient la dimension et l’exquise saveur de nos fruits, nous n’en sommes pas moins des plantes annuelles, nous naissons et nous mourons dans la même saison ; mais en vous, si vous êtes ce que vous devez être, mon regard se plaît à reconnaître ces grands chênes qui ombragent toute une contrée et qui perpétuent ces ombrages de génération en génération. » C’est ce même Burke qui appelait l'aristocratie « le chapiteau corinthien de la société anglaise ». Si, pour juger un pays, on examine l’idéal social qu’il s’est donné, et c’est le seul moyen de le bien juger, il faut voir ce qu’a produit dans l’ordre moral la primauté incontestée et séculaire de l’aristocratie. L’idéal social de l’Angleterre se résume dans le type du gentleman, figure

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unique et presque indéfinissable, qui est comme le dernier fruit du système aristocratique : que de temps, de luttes et d’efforts, que de sang, de combats n’a-t-il point fallu pour composer cet exemplaire idéal de la virilité anglaise! Comme un métal en fusion suinte à travers des monceaux de scories, ce type s’est lentement dégagé de la grossièreté, de l’avarice, de l’orgueil vulgaire des temps passés.

Paley ne pourrait plus définir aujourd’hui le point d’honneur « un système de règles établies par les gens du inonde pour faciliter leurs rapports mutuels et non pour un autre objet » ; il n’affirmerait plus que ce code n’est ppint blessé par « la cruauté envers les domestiques, la rigueur envers les dépendants, les fermiers, par le manque de charité vis-à-vis des pauvres, par les injustices que fait aux marchands l’insolvabilité ou le refus de payement ». Ces paroles étaient peu injustes, adressées à la génération qui demandait la mode aux fils dissolus de George 111, mais le triomphe des idées libérales a été aussi le triomphe des idées morales. Le mot de gentleman est pourtant bien ancien; il paraît déjà sous le règne d’Henry VI, seulement il s’applique moins pendant les siècles suivants à un caractère qu’à une condition sociale; il n’a encore qu’une partie de son sens moderne, et désigne ceux qui, sansavoir de titre, ne sont pas des plébéiens. Au xvn e et au

xviu' siècle, les mœurs des gentilshommes campagnards étaient encore très-grossières, lis étaient élevés par des valets, des gardes-chasse, des chapelains réduits au rang de domestiques. Ils voyageaient peu, sortaient rarement de leur terre. La chasse et ses hasards, la guerre d’occasion, l’esprit de famille et de race, l’autorité du magistrat et la vanité du commandement militaire, entretenaient l’esprit d’indépendance. La hauteur patricienne se couvrait d’une rude étoffe plébéienne, les idées nouvelles avaient peineà pénétrer ces intelligences alourdies, ces vies matérielles, ces fidélités héréditaires et presque canines aux dogmes politiques et religieux les plus étroits; mais le temps, la culture, l’impérieuse histoire, ont graduellement transformé ce caractère : en gardant ses vertus et sa vigueur native, il s’est dépouillé de son âpreté. Le gentleman anglais n’est point le gentilhomme français : il a des qualités plus froides, plus sérieuses. Son courage n’est pas bouillant, téméraire et chevaleresque; il est toujours calme, et il ne cherche et n’aime les extrémités du péril que pour faire briller son indifférence. Ce n’est pas non plus l’honnête homme du temps de Louis XIV; il est moins courtisan, moins poli, moins facile. Il ne s’efface jamais complètement, se respecte trop lui-même pour prendre les airs de néant ou les aimer chez les autres. Ce qui chez le baron féodal était l’indomptable fierté barbare est devenu, en

traversant les siècles, une assurance tranquille.; par un retour naturel, l’égotisme, ce sentiment qui fait que chacun ose être soi, s’accompagne d’un respect scrupuleux du droit d’autrui, d’une réserve délicate qui va parfois jusqu’à la timidité.

Mais il n’y a pas dans ce caractère de plus beau trait que le viril amour de la vérité; l’âme s’y est attachée d’une force si invincible qu’elle s’en est pénétrée, et que tout mensonge y devient impossible. L’aristocratie anglaise est la plus authentique, la plus vraie qu’il y ait au monde. Un gentleman rougirait de changer de nom, d’usurper un titre. Il ne trouverait pas de dupes volonfaires d’une si basse supercherie. Nulle part on n’a mieux calculé ni pesé ce que vaut la parole humaine. II faut venir étudier dans les tribunaux anglais l’art de témoigner, de comprendre, d’interpréter les témoignages. Le mensonge anglo-saxon n’est point le mensonge naïf et fanfaron des peuples du Midi, qui n’a pas de but et s’enivre de lui-même; il paraît, même à ceux qui s’en rendent coupables, une horrible extrémité. L’œil ne perd jamais la faculté de séparer l’ombre et la lumière, de distinguer le vrai du faux. L’ùme va au vrai comme un trait bien lancé et ne s’en détourne qu’avec un grand effort. Tant de conventions, de préjugés, de fictions, sont comme des voiles dont l’esprit s’enveloppe pour ne pas trop apercevoir le vrai. Si l’on procède avec tant de lenteur, c’est qu’on n’aime

point à se démentir. « Si un enfant, dit Johnson, déclare qu’il a regardé par cette fenêtre, et qu’il ait regardé par la fenêtre d’à côté, fouellez-lé. » L’air delà liberté est mortelà la fraude : dire d’un homme qu’il est sur ( safe ) est le plus bel éloge qu’on en puisse faire. Le gentleman anglais n’a aucune peine à porter un secret : il est le secret vivant. Sa vie est tissée de prudence, de réserves; il a peu de confidents, n’aime point à faire voir à des yeux étrangers les faiblesses, les contradictions, les incohérences de la vie cachée. Il ne s’abandonne point aux plaintes vaines, aux indiscrètes imprécations des peuples du Midi. On sent, on devine en tout homme une vie cachée; les cœurs ne sont point des portes dont les gonds sont usés. Les amours, les haines sont silencieuses. La conscience, enfermée sous des enveloppes plus épaisses, est plus délicate, plus tendre, plus morbide. Les mots sont mesurés, parce que les mots sont des actes. L’Anglais remplit les devoirs de l’amitié avec un soin scrupuleux qui fait penser au devoir, pas assez au plaisir. Il en est ainsi pour son hospitalité ; il se doit à lui-même de bien traiter son hôte : il lui montre fleurs, tableaux, chevaux, tout, ce qu’il possède, — de luimême, peu de chose. Dans un pays d’aristocratie, le type du gentleman représente le principe d’égalité ; la moindre nuance de servilité, de flatterie, 1 émotion instinctive devant le titre ou la richesse.

l'imitation, l'affectation, sont des dissonances. Toute imitation est vulgaire, toute affectation blesse la sincérité. Tout au plus peul-on admettre un certain genre de gaucherie qui ressemble à de la pudeur; mais l’idéal est dans le parfait équilibre entre l’être et le paraître, entre la pensée et l’action, dans une sécurité paisible qui ignore plus encore qu’elle ne dédaigne tous les fauxsemblants, les hommages injurieux, le luxe inutile des vanités. C’est ainsi que la vertu, l’honneur, la culture de l’esprit, ont fait naître une certaine ’ égalité au sein même des privilèges. De même que dans l’ancienne noblesse militaire française • tout gentilhomme valait un gentilhomme, dans la société anglaise un gentleman vaut un gentleman.

Vous trouverez le gentlcmùn aux États-Unis comme en Angleterre ; toutefois il reste à la civilisation anglaise la gloire d’avoir produit l’idéal moral d’où ce type devait sortir. Il n’est pas vrai que l’aristocratie soit ouverte à tous : elle n’est ouverte qu’à la richesse. II y a un certain degré de pauvreté, — qui ailleurs ne s’appellerait pas la pauvreté, — qui déclasse, qui rejette l’homme dans une espèce de gouffre où il s’enfonce, inconnu, non pas méprisé, mais oublié, pareil à une chose sans nom, épave humaine qui flotte quelque temps sur la misère ; au-dessus, malgré la diversité des conditions, une sorte d’égalité peut naître, fondée sur quelque chose de presque

indéfinissable, sur la culture de l’esprit, sur le raffinement des sentiments, sur une certaine vision morale qui se mêle aux visions grossières des sens. Je ne sais pas si l’on ne trouverait point dans la haute bourgeoisie anglaise les représentants les plus parfaits de l’idéal, bien qu’il ait été créé au sein de la société aristocratique. Comme une tache d’huile qui s’étend, l’idéal a depuis longtemps débordé l’aristocratie, il a gagné la bourgeoisie riche, puis la petite bourgeoisie ellemême. Les classes moyennes ont cherché à racheter ce qui leur manquait par des vertus plus achevées, par une culture plus intensive, si je puis me servir de ce mot;. elles ont perdu à cet effort un peu de grâce, elles y ont gagné plus de finesse. Le type, au reste, est aujourd’hui indépendant ; il ne tire plus rien de son origine, semblable ,à ces oliviers aux larges rameaux dont le tronc est réduit à une mince écorce.

Le propre d’un idéal, c’est de dominer la réalité, de servir aux faits de contraste en même temps que de modèle. Si l’on doit accorder à l’aristocratie anglaise le mérite de s’êlre tenue aux plus hauts étages et d’avoir en tout temps offert au pays des modèles dignes d'être suivis, il est juste aussi de la rendre responsable des maux qui sont toujours attachés aux privilèges. Si ces maux ne sont pas plus apparents, c’est qu’ils ne frappent directement que la partie la plus

L’ARISTOCRATIE ANGLAISE. 1 il

intelligente et la plus cultivée de la nation; encore celle-ci en a-t-elle à peine conscience. L’idée pure du droit et de l’égalité ne peut traverser les mailles serrées des notions artificielles ; elle est sans cesse voilée par le respect, la fiction, par un certain genre de patriotisme superstitieux. On est tout surpris en Angleterre de n’entendre jamais attaquer le droit d’aînesse, qui chasse chaque année hors de leur pays tant d’hommes obligés de chercher fortune. Celui que le hasard de la naissance n’a point favorisé, le bûlard de la fortune, va sans se plaindre au-devant des combats et des aventures de la vie. L’effort perpétuel cesse d’ètre pour beaucoup une douleur et devient presque un besoin. Le marchand, le négociant, ne s'arrêtent pas volontiers sur le chemin de la richesse, ils veulent toujours monter plus haut; ils ne savent pas, ne veulent pas se reposer. A vingt ans, on est trop confiant et trop généreux pour accuser le droit d'aînesse ; à cinquante ans, on n'attaque pas ce qu’on a toute sa vie, de la bouche au moins, défendu. Le plaisir qu’on éprouve à défendre le droit est plus difficile à goûter que le plaisir de se sentir supérieur à l’injustice, joie négative, muette et hautaine, qui convient bien à des natures discrètes. Ainsi toutes les passions humaines, les meilleures comme les plus mauvaises, sont liguées pour souteuir le privilège, — la fierté, la générosité, l’esprit de famille et

de caste, le besoin d’agrandir sans cesse ce prestige qui sert à la gloire et à la richesse de la vieille Angleterre, l’ardeur au travail, le besoin de se repaître au moins par la vue, si on ne peut le faire par la possession, de splendeurs matérielles éclatantes et de richesses qui nulle part n’ont d’égales.

Au-dessous du souverain, les lords sont ce qu’il y a de plus élevé dans la nation. Pour la multitude, pour le paysan, pour le boutiquier, pour le radical même, le lord n’est pas un homme comme un autre. On n’a pas d’autre nom à donner à Dieu. Le respect que les barons imposaient jadis par la force est offert aujourd’hui comme un tribut volontaire. Il n’y a pas d’égalité, même dans l’enfance. A Oxford, les étudiants nobles se reconnaissent à un détail de costume. A Eton, quand un écolier va faire ses adieux au maître, il trouve dans l’antichambre un plat couvert de billets de banque. Il y dépose de 10 à 15 livres sterling, s’il est roturier; s’il est titré, il va jusqu’à 50. Les nobles- payent tous les ans 12 guinées au head-master, le double de la rétribution ordinaire 1 , traduction un peu plate du fameux adage « noblesse oblige ». Ces respects d’exception qui déforment la droiture naturelle de

4. Paper s on public school éducation «n F.ngland in 1860, by M. J. Uiggins.

l’enfance, tant de détails vulgaires de préséance, dé pantomime servile, sont devenus naturels. Les âmes sont pliées à l’admiration volontaire et à l’adoration naïve. Le spectacle de tant de vies qui sont des combats et ne se hissent au pouvoir et à Infortuné qu’à travers les souffrances, les hasards, a moins de charme pour des imaginations naturellement sombres que celui d’existences pleines, faciles, heureuses, sans doutes et sans craintes. Les yeux se tournent volontiers vers les lampes dont la flamme égale ne vacille jamais.

On trouve le même sentiment mêlé aux instincts les plus bas dans cette très-nombreuse partie de la petite bourgeoisie qui se plaît aux courses, aux paris, aux jeux de toute sorte. Elle voit, elle cherche dans le lord non pas l’homme politique, le législateur, mais l’homme de plaisir ; elle l’aime prodigue, dissipé, beau joueur, un peu vicieux, d’allure insolemment familière. Les nouveaux riches envoient leurs enfantsdans les grandes écoles, à Oxford, chercher la familiarité des enfants de

l’aristocratie; ils encouragent bien plus qu’ils ne blâment toutes les extravagances que se permettent leurs aînés en bonne compagnie. Que leurs fils obtiennent des honneurs universitaires, ce n’est pas ce qui les touche le plus; ce qu’on leur demande, c’est de rapporter dans le cercle bourgeois des noms, des souvenirs. Les fils des nouveaux riches remplissent les universités ; ils y

lit ANGLETERRE POLITIQUE ET SOCIALE.

donnent ie ton autant qu’ils le reçoivent; c’est là qu’on peut étudier à sa source le principe fondamental de la société anglaise, qui est le mariage de l’aristocratie et de la richesse.

Et pourtant, si la noblesse a quelques ennemis, c’est dans la bourgeoisie qu’il faut les chercher; mais ce n’est pas dans la bourgeoisie à peine parvenue, c’est plutôt dans celle qui a elle-même déjà une sorte d’assiette et de tradition, dans les rangs de ceux qui reçoivent. en plein visage les rayons du soleil aristocratique, qui connaissent le mieux la noblesse, ses défauts, qui sont le plus souvent contrariés par ses privilèges. Deux hommes ont été élevés ensemble, à la même école, à la même université; pour l’un des deux, un titre, un mot remplace trente années de luttes, de tourments. Que de labeurs, d'humiliations, de dégoûts, avant d’obtenir une baronnie ecclésiastique ou temporelle! Et, pour un heureux qui monte à l’Olympe, combien d’autres restent parmi les dii inférions de la finance, de la chicane, de l’administration ! Les affaires, la politique, les laborieux plaisirs de Londres, confondent souvent les pairs, les gens de loi, les gens de finance. A la longue, l’homme actif, tenace, intelligent, honnête, est sûr de conquérir ce qu’on pourrait nommer la pairie morale; toutefois la patience a de sourdes colères, la générosité se lasse, et par moments glisse dans l’envie. Tous ces sentiments confus,

Njui peuvent naître de la lutte de l’ambition et de la faiblesse, qui se redressent contre des fortunes doucement insolentes et naïvement cruelles, sont des forces invisibles et muettes. On n’y saurait voir un danger réel pour l’institution aristocra- tique; la bourgeoisie, qui cache sous ses admirations et ses hommages des instincts vaguement hostiles, ne cherche point à lutter contre elle, ne • l’attaque pas. Le peuple, au contraire, qui ne la hait point, la détruira peut-être quelque jour. Il l’aperçoit de loin, ses admirations contiennent moins d’envie et plus de tolérance; il a moins de souci du prestige social de la noblesse que de sa puissance politique : aussi ce prestige pourra-t-il survivre à la perte de tous les privilèges. L’aristocratie gardera bien longtemps les immenses avantages que lui confèrent sa richesse territoriale, sa haute culture, ses traditions. Les puissances d’imagination sont les plus tenaces, les seules invincibles; mais l’autorité politique de l’aristocratie est sans doule destinée, en revanche, à s’affaiblir de jour en jour. Les pairs ne jouent déjà plus ce rôle idéal qui dans la théorie constitutionnelle est assigné à une chambre haute. Le vice de leur situation tient à ce qu’ils semblent toujours moins défendre la justice et la vérité que leur propre privilège, les traditions d’une caste, des biens trop personnels. Leur impartialité est ainsi suspecte, et leur autorité politique est

amoindrie par cela môme qui établit leur auto-''' rite sociale Quand le parti radical dénoncera la chambre haute comme hostile aux intérêts de la nation, la chambre haute sera en grand péril. On ne supporte plus de sa part, même aujourd’hui, une hostilité prolongée à*ïa volonté des communes; on la représente comme un frein à la violence du nombre, des majorités populaires. Le frein serait brisé le jour où on le trouverait trop résistant.

Depuis bien longtemps, la chambre des lords ne tient que la seconde place dans le gouvernement du pays. La réalité a été plus forte que la fiction. Le talent parvenu battra toujours le talent héréditaire. Parmi les pairs mêmes, ce sont des parvenus qui font la loi. Les ducs, les comtes ne pourraient se passer de. pairs juristes, sans apanage, sans naissance. Jusqu’au bill de réforme de 1832, les deux chambres, ayant une origine presque commune, n’en faisaient vraiment qu’une. Les pairs gouvernaient indirectement et par procuration dans la chambre des communes, y faisaient entrer leurs frères cadets, leurs fils, leurs cousins, leurs neveux, leurs créatures. Depuis cette époque, la chambre des lords a senti la puissance politique lui échapper par degrés. Tacitement elle s’est promis de savoir toujours céder à temps aux volontés des communes. Sa complaisance garantit sa durée ; « céder pour exister » semble être devenu sa devise.

Les lords sont plutôt des correcteurs de législation que des législateurs. M. Brigbt les a nommés un jour « des rétameurs de lois » ; mais la critique des lois est peut être ce qui exige les capacités les plus variées, et l’esprit de la haute chambre est un peu trop uniforme pour cette tâche. Tout est jugé, compris, examiné, interprété ù un point de vue trop exclusif. Dans les questions de politique extérieure, la critique de la chambre haute a plus de portée : l’histoire, la diplomatie, sont des besognes qui conviennent bien à ceux qui portent un grand nom historique; dans ces questions mêmes, la pompeuse fierté des discours, l’évocation des grands souvenirs, couvrent mal une autorité qui décline et des traditions qdi s’effacent. L’âme des lords est plus chatouilleuse et plus guerrière que celle des communes : il semble que les premiers redoutent sans cesse de voir évanouir ce rêve de puissance, de force et de grandeur terrestre qui a pris corps en eux et avec eux; mais notre temps, qui change tout, méprise les longs calculs. La menace ne sied d'ailleurs pas longtemps à ceux qui ne tiennent pas l’épée. La chambre des communes, avare du sang et des trésors du pays, décide seule aujourd’hui de la paix et de la guerre, et n’obéit qu’aux volontés spontanées et directes de la nation.

11 est fort douteux que la chambre des lords

puisse conserver longtemps encore un caractère judiciaire. En ce moment, elle est la plus haute cour d’appel du royaume ; elle domine la hiérarchie des cours de comtd et des cours supérieures; c’est le lucus, le bois sacré où l’on arrive après avoir traversé toutes les forêts de 1a jurisprudence. La logique moderne, habituée à la distinction des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, les trouve sans cesse confondus dans la constitution anglaise. Le pair est un législateur héréditaire. Cette idée étonne moins que celle du juge héréditaire : c’est qu’il est plus facile de faire la loi que de l’interpréter. La loi arrive devant le législateur héréditaire, écrite par les communes, portée par l’opinion publique. Il la repousse ou la sanctionne ; certes le privilège est grand, mais, pour le bien exercer, il ne faut guère que de l’honnêteté, une intelligence générale des besoins du pays, quelquefois du désintéressement. L’administration même de la justice demande de tout autres qualités, une intelligence bien plus aiguë, des habitudes et des aptitudes spéciales que le premier venu ne saurait posséder. Aussi; en fait, quand la chambre des lords devient cour d’appel, elle ne se compose plus que du chancelier, des jurisconsultes de la chambre (les pairs légistes), disons le mol, des parvenus. Les autres pairs ont cependant le droit de siéger, et parfois ils en usent : cela est arrivé dans le procès de

O’Connoll; deux pairs ordinaires entraînèrent par leur voix sa condamnation. A une époque troublée et dans une affaire qui passionnerait la multitude, les lords ordinaires ne pourraient plus sans doute revendiquer leurs privilèges judiciaires Sans soulever des colères qui pourraient ' devenir fatales à tous leurs privilèges. Bornée aux pairs légistes, la chambre des lords est cependant une mauvaise cour d’appel. Elle siège si rarement en cette capacité, à des intervalles si irréguliers, qu’on ne peut jamais prévoir le jour ou même l’année où elle prononcera ses jugemens, et le mot de jugement ne s’applique à ses décisions que par un abus de langage, car il n’y a point de juge qui prononce un arrêt : chaque pair se contente d’exprimer ses vues dans un discours adressé à la chambre dans les formes ordinaires. Les jugements de la cour suprême d’appel perdent ainsi leur force principale : ce ne sont que les opinions d’une majorité, balancée souvent par une minorité presque égale.

Enfin la juridiction de la chambre des lords a pour inconvénient de scinder l’exercice du droit d’appel. Certaines affaires vont aux lords, d’autres, en plus grand nombre, au conseil privé. Expliquez, par exemple, pourquoi les appels des cours ecclésiastiques anglaises sont du ressort du conseil privé, ceux des cours ecclésiastiques irlandaises du ressort de la chambre des lords, pour-

quoi la Grande-Bretagne n’a pas la même coup suprême que les colonies. Dans cette confusion» des conflits peuvent naître aisément. Si l’un des deux tribunaux doit être quelque jour sacrifié, ce sera plutôt la chambre des lords. Ce qui la protège encore, c’est la jalousie des partis, car le chancelier en fonction choisit les juges au sein du conseil privé, et dans les questions politiques il désigne de préférence ses partisans, tandis que le comité judiciaire de la chambre haute est permanent et semble promettre plus d’impartialité. En cessant d’être une cour d’appel ordinaire, la chambre des lords restera sans doute toujours la haute cour de justice politique. On n’en saurait imaginer de plus solennelle, de plus procédurière et de plus lente, — grand avantage quand les passions sont soulevées : qu’on se souvienne du fameux procès de Warren Hastings !

11 est admis en principe que les lords abandonnent aux communes tout ce qui concerne les finances; la loi du budget n’est pas en réalité une loi ordinaire. L’impôt est un don volontaire que la nation se fait à elle-même; elle le livre au pouvoir exécutif et en règle l’emploi par l’organe de la chambre élective. C’est pour cela que les lords ne peuvent amender la loi du budget; si on la leur envoie, si cette loi reçoit également l’assentiment de la couronne, c’est qu’on n’a pas voulu lui donner dans la forme un caractère exceptionnel. Au

fond, les mandataires élus de la nation ont seuls droit de disposer des trésors de la nation. Les lords toutefois, s’ils ne peuvent amender les lois de finance, peuvent les rejeter, de même que le souverain peut opposer son veto à une loi quelconque.

Les pairs ne peuvent être traduits que devant la chambre des lords pour crime de trahison et de félonie; pour les simples délits et les contraventions, ils sont passibles des tribunaux ordinaires. On ne peut pas dire qu’ils aient tel ou tel privilège; ils n’en ont en réalité qu’un, qui est la pairie ; mais peut-on imaginer un privilège plus grand que le droit héréditaire à gouverner les hommes?

Tout se transforme en Angleterre; comment la chambre des lords pourrait-elle se transformer? A plusieurs reprises, on a songé à la création de pairs à vie. Cette innovation n’a jamais trouvé grande faveur. Une chambre qui renfermerait deux catégories de pairs serait trop divisée si la lutte s’établissait entre elles, trop dépendante de la couronne si les pairs à vie l’emportaient; si ces derniers tombaient sous la dépendance des pairs héréditaires, elle ne gagnerait rien à ce triomphe de la naissance sur le talent, sur l’éloquence, sur les grands services rendus au pays. Les esprits les plus radicaux ne vont pas encore bien loin sur le chemin des réformés; certainsvoudraient qu’il y eût

1j2 ANGLETERRE POLITIQUE ET SOCIALE.

des pairs Représentatifs d’Angleterre, comme il y a déjà des pairs représentatifs d’Écosse et d’Irlande. Dans chaque comté anglais, par exemple, on élirait, parmi tous les pairs héréditaires du comté, celui ou ceux qui rempliraient les fonctions législatives pendant un temps donné. On espère pouvoir rendre ainsi à la chambre des lords l’activité, la vie qui lui échappe. Ce problème de la chambre haute, qui est une des difficultés capitales du gouvernement parlementaire, ne se posera toutefois clairement devant le pays que quand la réforme électorale aura porté tous ses fruits. En ce moment, il n’y a pas encore de divorce véritable entre les communes et les lords.

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