‹ L'Angleterre: son gouvernement--ses institutionsChapitre 41 sur 110 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Popularité de la marine. — Ses commencements. — Prépondérance navale. — Prises de guerre. — Grandeur des vaisseaux de premier rang. — Conseil de Tamirauté. — Classification des navires. — Flotte cuirassée. — Stations de la marine britannique. — Forces de la marine. — Recrutement de la marine. — Assimilation des grades dans l'armée et dans la marine. — Commissions ou brevets d'officier do marine. — Pensionnaires (invalides et retraités). — Discipline navale. — Gardes-côtes. — Réserve de la marine royale. — Soldats de la marine royale.

Des forces anglaises, la marine de la Grande-Bretagne est peut-être la plus populaire, et à juste titre. L'armée a remporté des victoires à l'étranger et a couvert le pays de gloire; mais c'est la marine qui protège le territoire de l'Angleterre; depuis le jour où lord Howard d'Effingham et ses grands capitaines Drake, Hawkins et Frobisher dispersaient devant eux les restes de l'invincible « armada » espagnole, jusqu'au jour non moins heureux où les canons victorieux de Nelson tonnaient dans la baie de Trafalgar, la marine a été la meilleure citadelle de l'Angleterre contre l'invasion, et ces remparts de bois ont épargné aux délicieuses prairies de la Grande-Bretagne les traces dévastatrices qu'y aurait laissées le passage d'une armée ennemie. Jamais la marine n'a été soupçonriôc

de pouvoir servir d'instrument à un souverain inconstitutionnel pour empiéter sur les libertés et les droits du peuple. Au contraire, excepté pendant cette triste période où le roi d'Angleterre était pensionné par le monarque français et appliquait à ses plaisirs et à la satisfaction de ses vices les sommes qui auraient dû servir à l'entretien de la flotte, le souci constant des gouvernants et des gouvernés a été de conserver à la marine sa force et sa puissance. En 4707, dans une adresse à la reine Anne, la Chambre des lords disait que « l'honneur, la sécurité et la richesse de ce royaume dépendent de la protection et des encouragements donnés à son commerce, de l'amélioration et de l'accroissement de ses forces navales;... en conséquence, nous supplions Votre Majesté, de la manière la plus instante, d'apporter toujours vos soins les plus particuliers aux questions maritimes. y> Ce sera pour l'Angleterre un jour néfaste que celui où l'on se départira des principes posés dans cette adresse.

Avant le règne d'Elisabeth, les souverains de TAngleterre ne possédaient que quelques navires de guerre. Les forces navales que l'on avait rassemblées pour combattre la c armada » étaient les plus considérables qui se fussent trouvées jusqu'alors sous le commandement d'un amiral anglais. Elles se composaient de 176 navires et d'environ 15 000 hommes. Mais, sur cette flotte, 40 navires et 6000 marins seulement appartenaient à la marine royale ; le reste avait été fourni par Londres, par Bristol, par Yarmouth, par les Cinq Ports (Douvres, Sandwich, Hastings, Romney et Hythe), etc. La marine ne formait, pas encore un service séparé et une profession distincte. Les capitaines étaient soldats ou marins selon l'occasion. A la bataille de Flodden Field (9 septembre 1513), l'amiral anglais commandait l'aile droite de l'armée, et lord Howard d'Effingham n'était pas un marin de profession.

La carrière de Jean Sheffîeld, comte de Mulgrave, montre bien comment les officiers de marine étaient recrutés à la fin du xvi^ siècle. A dix-sept ans, il s'engagea dans la marine pour aller combattre les Hollandais; six semaines après, il revint en Angleterre prendre le commandement d'une troupe de cavalerie. Six années plus tard, il fut nommé capitaine d'un vaisseau de 84 canons, quoique dans tout le cours de sa vie il n'eût jamais été trois mois en mer. Quelque temps après, on lui donna un régiment d'infanterie ! Sous les premiers rois de la maison des Stuarts, la marine dégénéra ; mais l'habile et énergique administration d'Olivier Gromwell lui fit atteindre rapidement un degré de force et de grandeur inconnu jusqu'alors. Gromwell la divisa en ordres et en classes. Sous le commandement de l'amiral Blake, non seulement elle égala, mais elle surpassa même la fameuse marine hollandaise. Jacques II, qui était lui-même officier de marine et son propre grand amiral, apporta aussi une attention aux questions navales. Au moment de son abdication, la flotte se montait à 173 navires à voiles, jaugeant 101 892 tonneaux et ayant à bord 6930 c^gions et 42 000 marins. Depuis ce moment, la puissance de la marine royale s'est réguhèrement accrue, et, bien qu'à de certaines époques les flottes combinées de la France et de l'Espagne, ainsi que d'autres nations coalisées, aient fait perdre un moment à l'Angleterre sa prépondérance, les victoires de Rodney, de Howe, de Duncan, de Saint-Vincent et de Nelson lui rendirent bientôt cette souveraineté de la mer à laquelle elle peut encore justement prétendre par l'étendue de son empire, par son vaste commerce et par ses mœurs essentiellement maritimes.

Le tableau qui suit fera voir quels ont été les triomphes remportés par ses vaillants marins dans les dernières guerres où ils jouèrent le rôle principal.

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NAVIRES PRIS OU DÉTRUITS PENDANT LA GUERRE CONTRE BONAPARTE, JUSQU'eN 1814.

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