‹ L'Angleterre: son gouvernement--ses institutionsChapitre 6 sur 110 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

puissantes, ont été obligées de s'incliner devant Tinéluctable nécessité.

Peut-être même ne trouverait-on pas dans la Grande- Bretagne une sorte de décentralisation qui se voit trop chez nous : nous voulons parler de l'indépendance à laquelle prétendent certains services, tels que nos départements de la guerre, de la marine et des travaux publics ; nos marins, nos militaires, nos ingénieurs même, prétendent assez volontiers que leur spécialité technique et l'incompétence de quiconque n'appartient pas à leur noble métier doivent les soustraire à tout contrôle ; nous nous croyons obligés de livrer la direction de ces trois ministères à des amiraux, à des ingénieurs et à des généraux; il semblerait vraiment qu'il y eût impertinence à ne point faire ainsi; de là cette tendance à la constitution de vastes camaraderies, de quasi-mandarinats recrutés dans les écoles spéciales, et qui réduisent la plupart du temps le ministre à l'impuissance de commander réellement, surtout de rien réformer autour de lui. En Angleterre, le premier lord de l'Amirauté, pour ne prendre qu'un exemple et le plus important, est presque toujours un civil, et ses collègues du Conseil d'amirauté ne sont pas tous des marins; ils suivent généralement le sort des ministères, et ils ont à côté d'eux un secrétaire financier, qui change éga-

lement avec le cabinet. De cette façon, la pensée du pouvoir politique a la prédominance assurée, tandis que nous voyons chez nous un vice-amiral succéder à un autre vice-amiral et subir le même joug, sans que les autres ministres, voire le président du conseil, jettent le moindre coup d'œil dans son département et se préoccupent d'y faire cesser les abus.

Chez nous, du reste, la présidence du conseil ne semble point un rouage qui fonctionne. Nous n'avons pas de premier ministre qui se charge d'assurer le concert entre les divers services, de façon que tous tendent à un même but, concourent à l'exécution d'une volonté commune. Les Anglais ont remis ce mandat au premier lord de la Trésorerie; il est la plus haute expression du pouvoir exécutif; il contrôle tous les départements et notamment toutes les nominations faites par les autres membres du ministère. Il connaît et règle les budgets de ses collègues tout comme le sien propre, et il assure partout Tobéissance.

On ne voit pas non plus en Angleterre l'indécision et l'obscurité régner sur un des points les plus importants du droit constitutionnel : nous voulons parler des pouvoirs respectifs des deux Chambres enmatière financière. Il n'est pas un Anglais qui hésite sur la question. Consultez l'ouvrage de M. de Foiiblanque, et vous y lirez partout (notamment pages 9, 27, 53,

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