‹ L'Angleterre telle qu'elle estChapitre 17 sur 29 · Tôt circa unum caput tumultuanles Deos · texte numérisé non relu

Tôt circa unum caput tumultuanles Deos

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l'infini, la continuité, divisée en son essence et contradictoire, est, pour ainsi dire, de droit. C'est qu'aussi bien que l'infini, le nécessaire est subjectif et illusoire. Dans le nécessaire, en effet, comme dans l'infini, la pensée voit du dehors, et, comme, en ce point de vue, tout est indistinct, rien ne peut fixer son mouvement; elle est condamnée, pour représenter soit un terme fini, soit un mouvement spontané de l'âme à la répétition sans fin.

Quelles conclusions se dégagent des considérations qui précèdent ? Le voici en deux mots :

Les iaits sont dans la nature étroitement liés les uns aux autres. Telle est la loi supérieure du phénomène, et nul ordre de science ne lui échappe. Ainsi dans les séries innombrables de phénomènes qui composent l'univers visible, tout terme est à la fois antécédent et conséquent, conséquent de celui qui le précède, antécédent de celui qui le suit*.

Mais le phénomène n'est pas le tout des choses ; à côté du phénomène, il y a place pour l'action ; à côté du nécessaire, pour le spontané.

Et la spontanéité, nous le savons maintenant, peut pénétrer dans les séries de la nature, sans se laisser ni confondre avec elles, ni éliminer par elles. Reste à savoir si, en fait, elle intervient dans le phénomène, et s'il est possible, dans le phénomène, de lui mesurer sa place.

Le nécessaire; concment il est absorbé peu à peu par le spontané.

La solution d'un tel problème n'est plus qu'une question

1. Ce principe est d'une nécessité si absolue que lexis tance même de la liberté ne lentame pas. Nous pouvons, on le verra plus tard, créer des antécédents nouveaux en tendant ou en laissant se détendre le ressort de notre énergie, mais nous ne ferons jamais qu'un antécédent, sïl est donné, produise autre chose que le conséquent qu'il doit produire.

Posé, l'antécédent appartient au phénomène ; c'est le tout fait sans I)rogres possible, et le conséquent dès lors est fixé.

d'observation intérieure. Oui ou non, apercevons-nous dans le champ de la conscience des désirs et des vouloirs ? Si le fait est indéniable, il est indéniable aussi que c'est la spontanéité qui les pose, et nous nous trouvons, sans doute possible, en face de l'action.

On n'entend pas dire par là, bien entendu, que rien ne méritra plus le nom d'état parmi les événements de la vie mentale. Il est d'expérience, au contraire, que les groupes d'états font toujours cortège aux mouvements spontanés de la vie intérieure, soit pour en préparer l'apparition, soit pour en représenter les suites.

S'il en est ainsi, le terrain va se trouver momentanément partagé entre les deux puissances rivales de la spontanéité cl de la nécessité, et rien, de prime abord, ne semble plus acceptable que ce condominium où chacune doit rester maîtresse chez elle. Nous serions, au moins, dans cette hypothèse, déjà à demi libérés d'un déterminisme rigide. Au lieu d'un tissu serré d'inerties qui se tiennent toutes, sans qu'on puisse savoir comment, immobiles, elles se réunissent, ou, inconsistantes, elles subsistent, nous apercevons des séries, multiples, nettement distinctes les unes des autres et créées par lés modes innombrables du vouloir de la nature. Le monde est devenu, de la sorte, un compromis entre le fait et l'action. Le fait, sans doute, continue à appeler le fait, et, comme toujours, il suit, sans dévier, son mouvement automatique ; mais l'action, maintenant, peut intervenir, et elle intervient. De là des coupures et, par suite, des commencements spontanés, où se font jour des directions nouvelles el des combinaisons inattendues.

En ce monde nouveau, toutefois, la nécessité a vu singulièrement diminuer sa puissance et se resserrer les bornes de son empire. On peut encore, dans la vie universelle, lui abandonner ce qui est passif ; mais devant la spontanéité, il faut qu'elle recule. Elle gouvernera sans conteste ce qui subit l'action et ce qui est mû ; elle n'a plus rien à voir avec ce qui produit l'action et ce qui meut.

Est-ce là, du moins, le terme des sacrifices qu'on a le droit de lui demander ? N'en croyons rien. Sur le terrain,

188 LA RAISON PURt ET LES ANTINOMIES.

déjà limfEë, qui lui reste, elle recule encore, elle recule toujours, sans rencontrer nulle part le point d'appui qui la soutienne ou le cran d'arrêt qui la fixe.

C'est que l'énergie, pour peu qu'elle se glisse entre les mailles du mécanisme, le confisque peu à peu à son^profit, c( rabsorbe tout entier,

rout plein de promesses, le dualisme semble vouloir donner à la spontanéité et à la nécessité même réalité et mêmes droits; mais les faits eux-mêmes protestent contre la conception où Ton voudrait les faire entrer. La vérité est que le monde, en son unité réelle, est tout autre que le monde artificiellement divisé qu'on imagine : la spontanéité n'est point ici, la nécessité, là ; partout où la nécessité apparaît à la surface des choses, se pose au fond et s'affirme l'invisible spontanéité.

Réaliser la nécessité et la faire ainsi l'égale de la spontanéité, ce n'est donc pas résoudre l'antinomie, c'est, au contraire, la rendre insoluble. Disons plus : la seule hypothèse qui .retranche, à première vue, toute espérance de conciliation, et la seule aussi que nous devions d'abord t'Tarter, est précisément celle qu'on nous propose. Si l'on cioit à l'existence de deux solutions réelles, comme les deux conclusions qu'on afiirme sont rigoureusement contradictoires, on afiirme, à la fois, catégoriquement et sans différence de point de vue, le oui et le non.

Il faut donc qu'ici, comme toujours, l'un des termes op- ]H>sés soit subordonné à l'autre, et que la réalité prime l'apparence.

Or, nous l'avons vu, l'apparence, c'est la nécessité, c'est Tétat ; la réalité, c'est la spontanéité, c'est l'action.

Dos deux idées en lutte, quelle est celle qui, marquée d'un siLi;ne de vie, se pose d'elle-même et d'abord? Quelle est celle, au contraire, qui, toujours défaillante, suppose l'autre el ne saurait intelligiblement s'en passer ?

La réponse est facile. Le monde ne saurait se concevoir ( omme une collection d^étals purs. De tels états, vides d'action, ne sont en définitive les états de rien. Ils ne se groul>ent ni ne se posent. Tout ressort leur manque, toute éner-

gie leur fait défaut. Vus de près, ils s'évanouissent dans le néant.

L'action seule leur rend le fantôme d'être qu'ils possèdent ; elle les ranime en les expliquant, mais, avant tout, elle s'explique elle-même par les trésors d'énergie dont elle dispose.

a Au commencement de tout était V action » ; ajoutons, au centre et au fond de tout. Partout où se montre le phénomène, elle est présente ; dans le champ de l'intuition sensible, elle double, comme d'elle-même, sous le nom de substance, et consolide dans l'être les fuyantes apparences parmi lesquelles nous vivons, et il n'est pas de science de la na ture 1, à commencer par la plus générale de toutes, la mécanique, qui ne fasse de l'action, par l'intermédiaire du mouvement, le principe de l'explication totale des choses.

1. L'énergie est partout en physique. C'est le principe à chaque instant invoqué et nécessaire. L'antécédent empirique n'est que l'accident qui lui permet de se déployer, la condition qui, de virtuelle, la fait actuelle. L'immersion n'allège pas, à proprement parler, le corps immergé, elle détermine une poussée qui contrarie la pesanteur et donne lieu à une diminution de poids. Le grave tombe, dit-on, si on l'abandonne à lui-même. Sans doute, mais le fait de l'abandon est, comme cause, sans aucune valeur théorique. Il n'y a au phénomène de la chute qu'une cause véritable, l'attraction qui, elle encore, est action,

En physique, la loi de pure séquence s'imposait à l'origine, et a rendu les plus utiles services ; elle a catégorisé les faits, comme la classification, les espèces'; mais comment, au point de vue théorique, lui trouver un sens'? Je fais le vide, et j'y vois monter un liquide. Vide et ascension, si l'expérience s'est produite dans les conditions voulues, vont former couple, et les deux faits seront liés de telle sorte que, le vide posé, l'ascension suivra. Mais quels rapports peuvent bien . exister entre deux termes aussi hétérogènes que le vide et l'ascension, l'un statique, l'autre dynamique? Lorsque la séquence est aperçue, l'explication reste tout entière à donner. C'est ce qui n'échappe pas à un esprit comme celui de Pascal. Il vient, étudie le vrai problème, multiplie les expériences et s'aperçoit que le liquide, lorsqu'il s'élève, ne fait que céder à l'air qui le presse. Voilà une loi plus haute, la seule réellement explicative, la seule qui puisse satisfaire un théoricien. Avec elle nous sortons de l'abstrait et nous touchons le réel des choses, car qui dit pression dit action.

La physique, au fond, n'est qu'une mécanique. Dilatation, condensation, attraction, répulsion, tout cela est mouvement et enveloppe V énergie. Lier selon la diversité des accidents et des circonstances l'énergie au mouvement, voilà le but qu'elle poursuit, et qui domine et inspire toute sa méthode.

Et maintenant que visiblement l'action est partout, n'est il pas évident que la nécessité n'est plus nulle part ? Nous l'avons vue tout d'abord maîtresse incontestée d'un domaine sans limites ; puis les libres mouvements de la vie et de la pensée sont ven»s borner sa puissance en la contraignant de se réfugier dans le phéooHiè&e ; voilà enfin que le phénomène lui fait défaut et que l'inertie f&'dle lui prêtait apparaît active. Et de ces diminutions successives, c^esl la spontanéité qui profite. Peu à peu, mais d'un pas ste, elle avance. On dirait un rayon de lumière qui, de degré en degré, descend dans Tombre et pénètre enfin jusque dans ses profondeurs la nuit qu'il efface.

Si donc nous nous plaçons en pensée à l'échelon le moins élevé de la hiérarchie des choses, ce que nous apercevrons tout d'abord, c'est une forme de spontanéité encore pauvre où la pensée, bein que présente, semble néanmoins incertaine, tant elle est obscure. Au-dessus, croissant toujours eu complexité et en richesse, la spontanéité deviendra vie, conscience, réflexion, jusqu'à ce que, de puissance en puissance et de perfection en perfection, elle se donne enfin à ellemême, en un progrès qui graduellement l'affranchit, l'idéale limite de la liberté.

Telle est son œuvre ; elle apparaît, on le voit, toujours identique sous ses manifestations les plus diverses, et c'est son active et industrieuse unité qui les explique.

Déjà, sans doute, il est pour elle du plus favorable augure qu'elle ait pu se poser rationnellement et échapper aux contradictions de sa rivale, mais son triomphe ne sera complet, sa victoire définitive, que si, défiant tout soupçon d'impuissance, elle se propose et atteint un double but : satisfaire aux exigences de la science, et fonder la vie morale sur la liberté.

Nous allons aborder ce double problème.

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