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aussi dirigée contre la religion des Anglais L'école neutre ne saurait donc être une arme aux mains des anglomanes contre les
Français.”
Celui qui tiendrait ce langage montrerait que non-seulement il n'entend rien à la lutte scolaire du Manitoba, mais qu'il ignore jusqu’à l'essence du protestantisme.
Le protestantisme, à toutes les époques, mais surtout à notre époque et en Amérique, consiste accessoirement dans le christianisme qu'il retient encore et principalement dans sa protestation contre l'Eglise catholique. C'est une religion moins positive que négative. nous vouions dire une ‘eligion dont l'essence est moins un ensemble de croyances et d'observances qu'une opposition fanatique à la religion veritable. C'est pourquoi l’école neutre étant directement contraire à la religion catholique, étant hautement condamnée par l'Eglise catholique, n'inspire pas beaucoup d’horreur à la plupart des protestants. L'école neutre se trouve être une protestation contre la vérité catholique : à ce titre, elle est protestunte en substance et les protestants ne croient pas renier leur religion en s'en accommodant. Sans doute il se rencontre encore des protestants qui sont plus chrétiens que protestants : ceux-là n'aiment pas l’école neutre : mais un nombre beaucoup plus considérable sont plus protestants que chrétiens : tous ceux-là, soit
au Canada, soit aux Etats-Unis, aiment l'école neutre,
Nous pouvons dire d'une façon générale qu'au Canada, l'école neutre ou l'école nationale a peur partisans tous les ennemis de la religion catholique et de la race française, et qu'ils y sont d'autant plus attachés qu'ils détestent davantage notre religion et notre langue. Ceux qui ont établi au Manitoba le régime des écoles publiques et neutres, à l'époque même où ils faisaient la loi qui supprimait les ecoles catholiques, supprimaient, par une autre loi, nous l'avons vu, la langue francaise au parlement et dans les cours de justice. Ces deux lois avaient une même fin : celle-ci, de faire disparaitre la langue francaise dans la vie publique de la province: celle-là, de l'anéantir dans la vie privée ellemême et jusqu'au foyer domestique. Les anglomanes n'aiment pas à entendre résonner la langue rivale dans les conseils et les tribunaux de la nation : ils ne veulent pas plus l’eniendre dans les magasins, sur les places publiques et dans les maisons privées, Le français aurait dû disparaitre au XIVe siecle sur la terre même de France ; qu'il cesse du moins de retentir, au XIXe siècle, dans le Manitoba, colonie d'Ontario, lui-même colonie de “ loya-
listes et de purs Anglais.” Comprenez done bien le jeu de vos ennemis dans l'établisse-
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ment des écoles publiques du Manitoba, vous, hommes de sang francais, qui autrefois étiez maitres au Canada, qui maintenant y avez déjà une part bien petite, et qui, si vous ne vous defendez pas, y êtes condamnés à une extinction totale, comme dans la Nouvelle-Orléans. (1)
La question scolaire du Manitoba x une extrème importance ; le dirons-nous ? elle est une question de vie où de mort pour la
race francaise, dans le Canada. Si les Canadiens-français ne
veulent pas que leur langue et leur religion disparaissent un jour
dans l'Amérique du Nord, il faut qu'iis sauvent leur existence
menacée dans le Manitoba. S'ils laissent les écoles anglaises prévaloir dans le Manitoba, un jour la langue anglaise sera l'unique langue du Canada.
Qu'on ne dise pas: * Le Manitoba est une petite province! Il renferme seulement deux cent mille habitants, la population d'un quartier de Paris où d'une des villes de troisieme ordre !7 Oui ; mais le sol du Manitoba est l'un des plus riches du monde entier.
Oui; mais le Manitoba est le centre du Canada et le point de:
départ pour la colonisation des immenses territoires du Nord- Ouest. Le Manitoba a deux cent mille habitants: mais dans cinquante ans, il en aura deux miilons. S'il etait peuplé un jour ‘comme la Belgique, il compterait trente-cinq millions d'habitants.
Aussi l'Anglais, dans sa lutte contre le Francais, a “ompris que le Manitoba est, dans l'Amérique du nord, une position strategique de premiere importance, dont l'occupation lui assurera la domination immédiate de Ha moitie du Canada et la domination future de l'autre moitie.
L'issue finale de la lutte entre les deux races sur le territoire américain dépend de sa cnclusion prochaine sur le sol manitobain. Si, au moyen de l'ecole publique, les anglomanes reussissent à éteindre la langue française au Manitoba, ils la supprimeront un jour au parlement d'Ottawa, dans les cours fédérales et dans toute la Puissance: si la race francaise conserve sa liberté au Manitoba, l'égalité des deux langues et les deux religions demeurera la loi fondamentale de la constitution du Canada et assurera la libre expansion de la race française dans toute l'Amérique du Nord.
Faut-il donc s'étonner que depuis neuf ans, la question des écoles du Manitoba soit pour tous, Français et Anglais, conservateurs et libéraux, la grande question du Canada, la question qui
{1) L'année dernière, en 1898, l'usage de ia langue française, jusqu'alors tolérée dans l'assemblée législative de la Nouvelle-Orléaas, à été supprimé sur la motion des anglomanes de cet Etat, Notre langue a cessé de retentir dans le dernier Etat de l'Union américaine où elle fût encore tolérée.
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