‹ L'angoisse; théâtreChapitre 5 sur 7 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LE PÈRE, EDOUARD, CLAIRE, ROSINE el CHRISTINE,

LE PÈRE

Bonne nouvelle à tous, eh ! les oiseaux du nid ! — Le doute est un péché que Dieu laisse impuni : Il comble malgré nous notre ingrate demeure...

(Se plantant devant la vieille :) Vous, Christine, les temps sont à la paix... Je meure. Si votre fils...

CLAIRE, aperçoil Edouard.

Edouard !

LE PÈRE, vo\fant la surprise de Claire.

... Quoi! déjà débusqué! — Eh ! vos yeux parlent clair si le reste est masqué ! . . . ... Contentes? (Il présente :) Le voisin!... Eh bien?

EDOUARD, saluant Rosine.

LE PÈRE, moniranl Edouard.

Un convive de plus, louez-moi de mon zèle.

Mademoiselle !

ROSINE, à Claire, qui n'a point quitté Edouard des ^eux. Quand je te le disais, folle, qu'il t'éblouit ! . . .

CLAIRE

Hélas! à n'en trouver que des non... que des oui!

C'est l'amour...

(Ses hommages offerts à Christine, Edouard se dirige vers les jeunes filles.)

CLAIRE, un doigt sur les lèvres, à son approche. Le voici!

EDOUARD

Mille excuses, quel trouble !

ROSINE

Mais, nous causions...

CLAIRE, avec une importance charmante et désignant d'un geste boudeur leur toilette sans apprêt.

... de vous, et notre humeur redouble Contre l'intrus qui vous surprend les Cendrillons Sans que la Fée ait pu pourvoir à leurs paillons. . .

Mais voyez, admirez notre piteuse allure... Quand une fleur piquée à notre chevelure Aurait...

EDOUARD, en coupable, conscient de son crime.

Punissez-moi... tout châtiment est bon...

ROSINE

Non! la faute nous plaît, à cause du pardon.

CLAIRE, à Rosine, d'un ton de reproche.

S'il trouve en tes bontés d'indulgentes complices. . .

EDOUARD, galant, pour désarmer Claire.

Et puis... quel grand besoin de ces pâles calices...? C'est en vous que frémit un éternel rosier. . . La jeune floraison de ce teint printanier.

CLAIRE, dédaigneuse, plaisamment.

Allez-vous mettre à sac pour vos madrigaux. . .

EDOUARD, lui souffle l'épithète.

tnstes. . .

Les jardins de Lahor.

ROSINE

CLAIRE

... ou l'étal des fleuristes...

EDOUARD

Des fleuristes?... oh non! par cet hiver frileux. Où cueillir le bouquet digne de vos cheveux? Les corolles d'hiver, à mon gré, sont trop blêmes : Aussi, le don des fleurs, je le cueille en vous-mêmes!

CLAIRE

Si bien que vos cadeaux se font à nos dépens? Ce sont là, j'en conviens, de ruineux présents...

EDOUARD

La façon de donner fait valoir ce qu'on donne !

(Claire se préparant à répondre.) Moqueuse, épargnez-moi!... pitié!...

CLAIRE

Que je pardonne?...

EDOUARD

Pour quelle épreuve encor m'avez-vous donc choisi?

(A Rosine, en désignant Claire) Un corsaire farouche, et charmant, m'a saisi... Et dans l'ombre, tandis qu'il cingle à pleines voiles. Ses yeux phosphorescents allument... deux étoiles!

CLAIRE

... Corsaire? ici!... vraiment, Léandre sans Scapin! . . . Molière est de mon goût, l'auteur est des plus fin : C'est vous plaindre pourtant par trop « de la galère »... Au fait, expliquez-nous..., que veniez-vous y faire?

EDOUARD, avec un sourire.

Mon corsaire est aussi... curieux.

CLAIRE, piquée.

C'est exact...

En réparant l'oubli, vous prouvez votre tact!

ROSINE, bas à Claire.

Claire, modère-nous le plus fougueux des zèles... L'amour se reconnaît au carquois comme aux ailes...

(montrant Edouard)

Tu l'accables si bien de flèches et de traits...

CLAIRE, avec une fra})eur plaisante.

Le carquois se voit-il?...

ROSINE, la rassurant.

... qu'il se devinerait... CLAIRE, pour Edouard.

Le fat! lui, me dompter?...

EDOUARD, modeste.

Je ne suis pas Orphée..

CLAIRE, tigre!

Oui, ma fauve ironie à vous s'est agrifîée ! . . .

, LE PÈRE, qui a quitté Christine

pour se diriger vers la fenêtre, interrompant.

Quel monde encor ! que de lumière ! et que d'oisifs ! Quel bruit courait, parmi ces groupes attentifs?

Que dans l'hôtel d'en face où flambent les croisées. On devmt ce soir même, allumer des fusées? A minuit, parmi la p>ourpre éparse d'un feu De Bengale, on verra des gerbes, — or et bleu ! — Prendre l'essor avec les ailes chatoyantes D'un vol de papillon ou d'étoiles fuyantes...

(Pendant qu'il retourne auprès de Christine^ la conversation des jeunes reprend :)

EDOUARD, à Claire,

A minuit?... non, la fête a commencé plus tôt : Il part une fusée à chacun de vos mots. Et je vois retomber. . .

CLAIRE, sasiocianl à l'idée d'Edouard.

... du ciel de mon caprice,

EDOUARD

Les cent flammèches d'or de ce feu d'artifice!

CLAIRE

Demandez grâce, alors...

(La conversation continue...)

LE PÈRE, à Christine, montrant Edouard et Rosine.

Voyez-vous ces enfants?

Elle, pensive lin peu, — lui, des airs triomphants? Dès ce soir, leur jeunesse heureuse se fiance...

CHRISTINE, avec un soubresaut.

Rosine?...

LE PÈRE, confirmant.

Edouard!... Comprenez-vous l'impatience?

CHRISTINE, comme pour une objection.

Rosine...

LE PÈRE

... j'en suis sûr, recevra ses aveux Sans rester insensible à sa voix, et je veux, M'éclipsant tout le temps qu'exigent les conquêtes. Vous prier de veiller sur ces deux folles têtes.

CHRISTINE

Vous voulez?...

LE PÈRE

Je désire...

CHRISTINE, accepte tristement.

Il suffit,... je le puis...

LE PÈRE, pour tous.

J'emmène Claire et cherche à la cave le Nuits...

Un vin plein de chansons dont l'harmonie est l'âme...

(plus bas à Christine :)

Gageons qu'il y sommeille un chant d'épithalame !

(il dit quelques mots à Claire, puis :) Claire, viens-tu?...

CLAIRE

Presto...

(Des cloches tintent.)

Déjà le réveillon Rit dans la gamme d'or d'un lointain carillon

(A mi-voix, à Rosine :)

Rosine, il va parler... Prends garde... voici l'heure...

(Au père, impatient :) Je viens, je viens...

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