‹ L'Animal de Culture dans l'Ouest des Hauts Plateaux ConstantinoisChapitre 10 sur 24 · ES · texte numérisé non relu

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mier de plusieurs décimètres d'épaisseur. La mangeoire, sauf dans les grandes écuries, est inconnue, la maigre ration est distribuée à terre, sauf l'orge, qui est donnée à la musette. De pansage, il n’en est point question ; de temps en temps, lorsque l'animal est par trop sale, on le mène à l’Oued le plus proche ; si l’oued est par trop éloigné, ou s’il manque d’eau, on attendra la première pluie.

Dès le huitième mois, c’est-à-dire immédiatement après le sevrage, le poulain ou le muleton sont mis au pâturage et à quel pâturage !! C’est, en général, dans les terrains en jachère qu’ils sont placés ; heureusement, ils y trouvent une herbe suffisante au printemps et en automne. Le reste du temps, la ration se compose presque exclusivement de Teben (paille hachée). Les années de bonne récolte, on ajoute à: cette somptueuse ration un peu d'orge.

Au dix-huitième mois, Commence le dressage de l'animal de culture; la ration, pendant cette période, n’est pas changée dans sa composition, mais elle est plus abondante. Suivant qu’il est cheval ou mulet, l'animal fait alors connaissance avec la selle ou le Berda (bât), il sert alors de monture à son seigneur et maître ; le mulet, durant cette période, est plus maltraité que le cheval. Si celui-ci sert uniquement de monture, celui-là devient un véritable porteur, car, à la charge de son maître, s’ajoute un Tellis (grand bisac) bourré de marchandises.

À deux ans 1/2 pour le mulet, à trois ans pour le cheval, l'animal est en plein travail ; c’est-à-dire que tout en continuant à être bête de somme, il devient

aussi animal de trait. Avec un harnais spécial, composé de sangles en toile et de cordes, il est attelé à la charrue arabe qu’il tire du matin au soir, avec un léger repos à midi, repos pendant lequel il lui est royalement donné une ou deux poignées d’orge. Méme ration le soir, à laquelle il est cependant ajouté un peu de paille ; et on recommence le lendemain. A ce régime, on conçoit facilement qu’à la fin des labours l’animal est en piteux état. À ce moment, à part son service de porteur, il se repose ; l’orge disparaît alors complètement de la ration.

La saison des moissons arrivée, l’animal de culture est encore mis à la peine ; c’est lui qui va chercher au champ les gerbes de blé ou d'orge. Celles-ci sont rassemblées dans un Chebka (grand filet renfermant un plus ou moins grand nombre de gerbes), l’animal dressé à cet effet se couche, le Chebka est chargé sur son dos et animal se relève avec sa charge qu’il porte à la meule.

La moisson terminée, c’est toujours le même animal qui fait le travail de dépiquage. Pendant cette période, il tourne sur l'aire à battre, tous les jours, pendant cinq ou six heures, travail pénible au plus haut point, mais au moins pendant cette période, il est plus heureux au point de vue ration, car il peut prendre sa part dans la battue du jour.

Après cette période, l'animal de culture jouit d’un repos relatif, et pendant ce temps, il se refait un peu pour pouvoir recommencer à tirer la charrue dès l'apparition des premières pluies.

20 Chez l'Européen. — Les conditions d'existence de l’animal de trait sont meilleurs chez l’'Européen que chez l’Indigène.

L’écurie est en général spacieuse, suffisamment aérée, propre, mais la litière fait cependant trop souvent défaut. Les soins de propreté ne sont pas non plus ce qu’ils devraient être.

Les poulains ou muletons restent sous la mère jusqu’au huitième mois, même si celle-ci travaille, ils la suivent. Une fois sevrés, on les met en troupeau, ils sont conduits au pâturage, où ils restent toute la journée ; en été, on les rentre aux heures chaudes de la journée. Le soir, ils sont placés soit dans une écurie spéciale, soit dans de grands boxes, mais, plus heureux. que chez l’indigène, ils reçoivent, durant cette période, une ration en grain (2 kilogs d’orge en moyenne) ; dans certaines exploitations, il leur est donné, en outre, un peu de foin, mais le plus souvent, chez l’'Européen comme chez l’Indigène, ils ne leur est donné que de la paille hachée.

Vers dix-huit mois ou deux ans, les poulains ou muletons commencent à être pourvus de moyens d’attache ; ils n’en continuent pas moins à aller au pâturage. À deux ans, les mâles sont castrés, surtout les muletons. Les poulains sont encore souvent entiers ; de plus en plus, cependant, la castration des mâles semble vouloir se généraliser, sauf pour les poulains de race barbe destinés à l’armée. :

À trois ans pour le muleton, à quatre ans pour le poulain, l’animal est en plein travail. Le travail demandé à l’animal de culture chez l’'Européen est très

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pénible ; on peut dire qu’il ne chôme pas d’un bout de l’année à l’autre. En automne, en hiver, au printemps, il tire la charrue ; car avec le système de la jachère cultivée, on peut dire qu’on laboure d’un bout de l’année à l’autre, sauf pendant les périodes où les animaux sont employés à d’autres travaux; tels que moissons, transports de gerbes, transports de grain. L'animal de culture ne quitte donc pas le collier, mais il a au moins, chez l’Européen, l'avantage d’être convenablement nourri.

Elevage de l’animal de culture

1° Elevage chez l'Indigène. — L’Indigène du Sud se livre encore à l’élevage du cheval, mais uniquement à l'élevage du cheval barbe. Toutefois, depuis quelques années, la production chevaline dans ces régions a fortement diminué. Cet élevage, dans ces régions, présente de nombreux aléas; les années de sécheresse sont le fléau de cette production ; la pénurie d’orge qui en résulte amène la disparition de nombreux beaux sujets ; ceux qui résistent ne font que des chevaux à peine médiocre, l’alimentation durant le jeune âge ayant été insuffisante.

Dans le Nord, l’Indigène ne fait pour ainsi dire que du mulet. Voyons donc comment se pratique cet élevage.

Il n’y a pas très longtemps encore, l’Indigène livrait au baudet n’importe quelle jument ; les plus belles étaient réservées au cheval. Encore maintenant, il n’apporte pas beaucoup de soin dans le choix de ses

juments mulassières, mais au moins, aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les plus mauvaises qui sont livrées au baudet.

Lorsque l’Indigène possède plusieurs juments, il en réserve une ou deux qu’il mène à l’étalon du Beylick Œtalon de l'Etat, en l'espèce la Remonte), dans le seul but du reste d’avoir des pouliches, il réserve ses autres juments pour la production mulassière. Parmi ces dernières, se trouvent d'excellentes mères ; l’Arabe de nos régions est maintenant aussi heureux de présenter dans un Concours une belle jument mulassière, suitée d’un beau djach (muleton) qu’une poulinière ; de ce côté, il y a quelque chose de changé dans la mentalité indigène, S’il ne possède qu’une jument, l’'Indigène l’amène les deux ou trois premières années à la Remonte, et dès que sa jument lui a donné une pouliche, il s’empresse de la livrer au baudet.

La jument mulassière est maintenant soignée par l’Indigène avec autant de soin que la poulinière. Au cours de sa gestation, elle ne fait qu’un léger travail; le plus de nourriture possible lui est distribuée, malheureusement la ration en grain est toujours trop faible ; au point de vue home, c’est l’animal privilégié de la maison, elle a toujours sa petite écurie, et lorsque son propriétaire ne dispose pas d’assez de locaux, une place lui est réservée dans l'habitation du maître.

Ce que je viens de dire s’applique au propriétaire qui. ne possède que quelques hectares de terre ; il en est autrement pour ceux qui ont de grandes ou moyennes exploitations. Ceux-ci élèvent un peu à la

facon des Européens, mais leurs efforts se portent

uniquement sur la production mulassière. Le cheval de trait n’a pas encore fait son apparition dans les fermes indigènes ; tant que l’Indigène n’aura pas compris qu’il existe des méthodes d'élevage, en particulier qu’il faut nourrir mère et produit, il n’est pas à souhaiter qu’il soit fait d'expériences dans ce sens.

En milieu indigène, le baudet employé est le baudet du pays. Celui-ci a une taille de 1 m. 25 à 1 m. 30, surtout de robe baie brune; on trouve cependant pas mal de sujets souris ou gris foncé ; il est en général assez bien musclé, sa membrure est faible, quoique bien trempée.

Les Indigènes recherchent surtout chez le baudet, de la taille; pour eux, plus le baudet est grand, meiïlleur il est; aussi cbtiennent-ils des sujets qui ont assez de taille, mais souvent insuffisamment étoffés, et à membres grêles.

Les propriétaires disposant d’un certain nombre de juments, ont leur baudet particulier, mais dans la généralité des cas, ce sont des baudets rouleurs qui effectuent les saillies. Ces baudets sont chaque année de plus en plus nombreux, alors que, en 1919 il y en avait 93 inscrits sur les contrôles des circonscriptions vétérinaires de l'arrondissement de Sétif, en 1925 nous en trouvons 125. Ces baudets vont de marché en marché, et font dans la journée le plus de saillies possible, à ce régime, il est facile de juger dans quel état ils se trouvent à la fin de la saison de monte, qui dure de février à juin. Les baudets rouleurs, par application du Décret du 4 mars 1906, sont visités tous les quinze jours par les vétérinaires du Service

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