Scène XII
Les mêmes, LETRISSE
Leyrisse, en coup de vent. — Je VOUS demande pardon d'entrer à l'improviste, mais j'arrive en proie à la plus vive émotion!... Messieurs, je suis obligé de I vous faire part d'une révélation accablante... Edouard
LA PETITE ILLUSTRATION
Giberfc vient d'arriver au journal, il nous apporte la certitude, hélas ! absolue que le coup était concerté et, j'ai le regret de le dire, que M. Dartès va être compromis dans l'affaire des scandales!
DABxàs. — Moi!...
Les autres. — Heint Quoif Qu'est-ce qu'il ditf
Saint-Abbak. — Ça y est!
Letbisse. — Edouard Gibert exhibe une lettre qui vient de me bouleverser, une lettre où M. Dartès discute lui-même des offres fermes pour la création d'un journal... Des offres, et ceci est plus troublant que tout, d'une personnalité dont vous avez d'ailleurs là, sur le bureau de M. Dartès, un télégramme de jubilation confraternelle! H a les preuves en mains, il va vous les montrer!...
Dabtès. — Je proteste de toutes les forces de mon énergie!... C'est un chantage éhonté!
FuBTZ. — Ça y est, l'infamie !
De Costier. — Parbleu, j'en étais sûr!
Saint-Abbak. — Voilà l'erplication I Tout s'édaire !
LuOAYA. — Je m'en doutais!... Il était affilié à la bande!...
Db Costieb. — ^Yons étiez un vendu! Un concussionnaire !...
PURTZ. — Un traître!
Dartès. — Ma vie entière est pour prouver le contraire!...
Furtz. ■— On la conmdt, cette phrase-là!
LsYRissE. — Vous comprenez que je n'aie pas pu me retenir de vous conununiquer une pareille révélation.
Lasserre. — Vous faisiez partie de la troupe infâme, et vous vouliez tuer le journal avant d'en partir !...
LnOATA. — Judas!... Combien avez-vous touché?
On Tentoure en vociférant.
Dartès. — Je jure sur la tête de mon enfant que c'est une calomnie monstrueuse !... C'est la réponse de Gibert... Où est-il T... Il a osé venir jusqu'ici? Je veux le voir en face.
Lasserre, lui barrant la route. — Vous vous disculperez ailleurs!
Dumontel. — Nous souhaitons de tout cœur qu'il ne s'agisse que d'une équivoque, mais nous ne pouvons pas conserver un jour de plus à la tête du journal un homme qui sera compromis Qemain dans les scandales!
Lasserre. — Pas un jour de plus!
Purtz. — La suspicion suffit!...
DxjMONTÈL. — Vous n'avez pas trafiqué peut-être, mais nous ne pouvons pas admettre que notre directeur soit impliqué dans l'affaire!
Dartès. — Vous avez raison, messieurs... J'affirme sur l'honneur qu'aucune compromissicm de ma part n'existe en fait... que ma conscience est pure... je le prouverai !... Mais, en attendant, la suspicion est pour vous impossible à soutenir, je le reconnais !... C'est bien, je vous donne ma démission!... Effacez mon nom de la manchette. Demain paraîtra ma lettre de démission!
Mouvement d'apaisement et de soulagement.
Lasserre, très vite. — Nous l'acceptons !
PuRTZ. — H n'y a plus qu'à régler : sur les six cent soixante-huit actions, vous en avez soixante, sans que vous les ayez souscrites ; elles furent dues à un geste du conseil d'administration...
Dartâs. — Je vous les rends!
Lasserre. — Nous les refusons!... Mais nous
acceptons la résiliation pure et simple de notre contrat!
Furtz. — L'honneur de la...
DUMQNTEL, froidement et debout, imposant un silence habile et satisfait à l'assemblée. — Assez; Furtz... Pas un
mot de plus, la séance est terminée!... Notre présence n'est plus nécessaire ici... Soyons maîtres de nous-mêmes, et prenons congé de notre ancien directeur, à qui nous adressons tous nos regrets d'avoir à nous séparer de lui sur un malentendu, une équivoque atroce, qu'il dissipera, nous le* souhaitons de tout cœur, nous en sommes même persuadés... Adieu, Dartès!...
Dartès. — Messieurs, une secondé!... Oii est le calomniateur?
Letrissb. — A côté, dans mon bureau!
Dartâs. — Alors, qu'il se montre... Je me contiendrai comme un honnête homme qui sait qu'on n'arrivera pas à le salir... mais que je fasse" justice devant vous de cette vengeance!... Que je sache de quoi l'on m'accuse... quelles sont les armes qu'on a forgées!... En un instant, j'aurai tout détruit!
DUMOKTEL, fermement. — Liutilc, noUS n'aVOns pas
à intervenir personnellement... Nous ne sommes pas juge et partie.
Dartès. — Je vous demande au moins de ne pas vous séparer avant que je Taie vu, moi le premier... Montez tous dans le bureau de Dumontel... Je ne quitterai pas la maison sans que vous ayez la preuve que j'avais les mains nettes !... Leyrisse, allez chercher Gibert ! Dites-lui qu'on n'apporte pas une accusation de ce genre comme on place une bombe derrière une porte!.'.. Je l'attends ici, face à moi!...
Il fait un geste de menace. I^eyrisâe sort.
Dartès. — Voyez mon émotion, messieiûrs...
Dumontel. — Nous avons des questions intérieures à agiter et d'immédiates déterminations à prendre. Le temps vous appartient, Dartès. Ne vous pressez pas... Quand vous le désirerez, vous n'aurez qu'à monter dans mon cabinet, je vous y attends...
Dartès. — A tout à l'heure, messieurs...
Ils sortent à la file, dans un silence volontaire et ironique. Dartès demeure agité, les bras croisés, arpentant la pièce jusqu'au moment où Ton entend un bruit de porte et la forte voix de Gibert qui s'exclame:
a Mais comment donc, je ne demande pas
mieux ! » La porte s'ouvre, Leyrisse fait entrer Gibert et referme vivement la porte derrière lui. Les deux hommes se mesurent du regard.