‹ L'Anjou dans la lutte de la chrétienté contre l'IslamismeChapitre 3 sur 8 · RICHARD GŒUR-DE-LION · texte numérisé non relu

RICHARD GŒUR-DE-LION

Au moment où le décès d'Henri II, le H juillet 1189, appelait au trône d'Angleterre son fils Richard , il y avait longtemps que la pensée du nouveau roi s'était tournée pour la première fois vers la Terre-Sainte. Bien avant la conférence de Gisors, apprenant un soir la prise de Jérusalem, le jeune comte, à l'instant, sentit son cœur battre avec violence (2); et, dès le lendemain, à la pointe du jour, devançant tous les princes chrétiens, il avait pris la croix solennellement , à l'insu et au grand roécontement de son père (3). Mais ces ferventes aspirations furent vite étouffées dans les implacables luttes intestines ; et ce n'est qu'à l'immortelle entrevue du Champ-Sacré qu'on le vit, entraîné cette fois par le vieil Henri II lui-même, reprendre la croix avec des résolutions immuables et pour ne la plus quitter. Aussi, son père à peine expiré, Richard se hàta-t-il de renouveler avec Philippe-Auguste, à Gisors, le serment de partir ensemble pour

(1) y., pour les numéros précédents, les livraisons de mai, juin, octobre, novembre 1874, avril et mai 1875.

(2) • Laudabile propositum toto mox pectore combibit. »

(3) Gulielm. Neubr., pp. 434-435, 443. — Geoffr. de Vins., p. 85. — Rich. ol Dev., p. 5«

la Terre-Sainte; et, ensemble, ils fixèrent le voyage au prochain carême (1). Cette croisade , annoncée tant de fois, ne se pouvait plus ajourner; oar il semble que le foyer de toutes les discordes venait de s'éteindre; et, d'ailleurs, Richard tressaillait à l'idée d'inaugurer par une lointaine expédition son nouveau règne. Dans ce but, il se livra tout entier, dès le lendemain de son avènement, à de vastes préparatifs, auxquels son père n'avait jamais pu songer que de loin et à de rares intervalles.

Avant tout, il fallait retrouver de l'argent, car les luttes intestines avaient jusqu'ici dévoré presque tout le produit de la dime Saladine; et, avec les cent mille marcs d'argent qui restaient au trésor à son avènement , Richard pouvait à peine suffire aux premières dépenses de la croisade. Aussi il n'est sorte d'expédients qu'il n'avisât pour faire affluer vers l'Echiquier toutes les richesses de l'Angleterre. Tout en redonnant une énergique impulsion aux rouages administratifs créés par Henri II pour la perception de la dime, tout en faisant inventorier et peser minutieusement toute la monnaie recueillie dans les caisses publiques , il vendit à l'encan, avec une aveugle précipitation, toutes les dignités du royaume et tout le domaine de la couronne (2). Les charges de régent, de grand-justicier, de forestier et de schérif, les archevêchés, les comtés et les châteaux furent, en quelques jours, jetés en proie à pleines mains au plus offrant. Aussi il fallait voir avec quelle rapacité les prélats et les abbés normands , principaux détenteurs de toifte l'opulence britannique , se disputaient aux pieds de Richard les plus riches portions du patrimoine du Conquérant (3). Le plus acharné à cette curée fut le

(1) Chron. Gervas., col. 1 547.

(2) Au dire des chroniqueurs, Richard ne se serait même pas piqué d'un grand scrupule à distinguer, dans ces aliénations précipitées, le domaine public d'après les propriétés privées.

(3) Ce fut à cette époque et à cette occasion que Geoffroy, bâtard d'Henri II, se fit mettre par son frère , moyennant trois mille livres sterling, en possession de son évéché d'Ëvreux , en dépit du vice canonique infirmant son élection. — Du reste, il est probable que la haute aristocratie cléricale et normande ne fut pas la seule à exploiter largement cette veine de libéralités royales. Ecoutons encore Augustin Thierry : • Les bourgeois Saxons de plusieurs villes qui étaient 9 la propriété du roi se cotisèrent alors pour racheter leurs maisons et devenir, » à charge de rente annuelle, propriétaires du lieu qu'ils habitaient. Par le seul

Yieil et insatiable Hugaes, évéque de Darhain, qm, en peu de jours et pour quelques milliers de livres, acheta, avec d'immenses terres et le titre de grand-justicier, topt le comté de Northumberland; ce qui inspira à Richard cette joyeuse saillie : « Voyez quel coup de maître; d'un vieil évéque j'ai fait un jeune » comte! » Dans l'impétuosité de sa ferveur pour la croisade, Tinsouciant héritier des conquérants de la Grande-Bretagne alla même jusqu'à porter les plus graves atteintes à l'intégrité de son royaume; car, pour dix mille marcs d'argent, il affranchit de son vasselage à perpétuité le roi d'Ecosse; et, cqmme ses conseillers lui demandaient avec anxiété où s'arrêterait enfin cette foreur de prodigalités : « Je vendrais, leur dit-il, jusqu'à la ville » de Londres, si j'en trouvais un acheteur. » Sans les avertissements de la sagesse, non seulement la ville de Londres, mais toute l'Angleterre y eût vite passé , grâce à l'afiQuence et à la frénésie des enchérisseurs. Us étaient entretenus dans leur avidité par la persuasion que Richard partait pour l'Orient sans esprit de retour, et que même les fatigues du voyage allaient vite épuiser les dernières ressources d'une santé déjà fort ébranlée par l'abus des exercices militaires, auxquels le jeune prince s'était Uvré tout entier, dès l'adolescence, avec une fougue incorrigible. On le disait même sourdement miné par les ardeurs d'une fièvre quarte. « Voyez, se disait-on, ce visage blême, cet » embompoint suspect, ces membres labourés par les médica-

> ments ! Ne sont-ce pas là tous les symptômes d'une fin pro- » chaîne? et qui oserait douter qu'il va chercher son tombeau

> en Palestine? > Richard en lui-même riait de voir ainsi le public prendre le change sur des apparences maladives cachant d'inépuisables trésors d'énergie morale et une force musculaire

fait d'un pareil traité , la ville qui l'avait conclu devenait une corporation et • s'organisait, sous des syndics responsables envers le roi , pour le payement de

■ la dette municipale, et envers les bourgeois pour l'emploi des sommes levées 9 par contiûbutions personnelles. Les règnes des successeurs de Richard I«' offrent > un grand nombre de ces conventions par lesquelles les cités d'Angleterre » sortirent graduellement de la condition où la conquête normande les avait fait

■ descendre. Il est probable que Richard mit en usage ce moyen de remplir ses » coffres, dans un temps où il semblait attentif à n'en négliger aucun. >

à toute épreuve ; mais il laissait courir librement ces bruits sinistres > qui attiraient la foule et alimentaient le feu des enchères autour des distributeurs de domaines et d'offices (1).

Quand Richard eut vendu toutes les charges de l'Etat et tout le domaine royale sans réaliser qu'une mince portion de tout ce qu'il lui fallait pour les gigantesques préparatifs de sa croisade , pour ouvrir de nouvelles sources de richesses il fallut mettre à contribution tout le génie de la ûscaUté. S'il en faut croire Matthieu Paris, il feignit d'avoir perdu le sceau royal; et^ en conséquence, il envoya par toute l'Angleterre inviter à son de trompe les possesseurs d'anciens titres à venir à Londres les faire régulariser, moyennant composition, par l'application du nouveau sceau. Ensuite il fit de la justice un scandaleux trafic, témoin l'évéque de Winchester, qui dut payer trente mille livres l'octroi d'un décret judiciaire le réintégrant dans les domaines de son église. Enfin Richard envoya demander à Rome, et obtint du pape Clément m l'autorisation de vendre des dispenses à une foule de guerriers retenus à leur grand regret sous les drapeaux de la croisade par des vœux irréfléchis.

Ces moyens épuisés, avec son ardeur toujours croissante Richard se jeta effrontément dans la voie des brutalités fiscales* Dès les premiers instants de son règne il avait déjà fait saisir et incarcérer, sur de ténébreux soupçons, l'illustre Etienne de Tours , sénéchal d'Anjou et trésorier d'Henri II , qui ne racheta sa tiberté qu'en lui livrant , avec les trésors du roi défunt , .sa propre fortune presque entière. Plus tard ces odieuses rigueurs, exploitées comme un suprême expédient financier, pesèrent sur tous les citoyens en butte aux accusations les plus légères et les plus vagues; et, parmi les victimes encombrant toutes les prisons du royaume, on vit languir longtemps le grand-justicier

(I) Richard of Dev., pp. 5-6. — Rog. de Hov., pp. 658, 660, 66i. — Gulielm. Neubr,, pp. i43 et suiv. — Brompton, col. H62, 1168-1169. — Kiiigton {Hist. angl. scriptores deccm)^ col. 2402. — Hypodigm. Ncustr., per Xbom. de Walsingham {Anglic., Norman., Hyhemic, Cambr.t a veter. scripta)^ p. 453. — Rymer, acta publica, ibid., p. 21. — Hume, ihid., p. 464. — Lingard, pp. 316-317, - Rapin de Toyras, pp. 203, 205. — Aug. Thierry, ibUJl., pp. 22-23.

Raoul de Glanville, qui, pour son élargissement, dut fournir quinze mille livres sterling. Mais personne n'échappa aux étreintes du fisc ; et , chose inouïe sous le despotisme sagement oppresseur d'Henri II ! ceux qu'avaient épargné les dénonciations subirent^ en gémissant, le joug des emprunts forcés (1).

Lorsque enfin , grâce à ces brusques alternatives de fougueuses drodigalités et d'exactions barbares, Richard eut entassé à l'Echiquier plus de trésors qu'aucun de ses prédécesseurs (2) , il les employa surtout à l'équipement d'une flotte. Les récents désastres essuyés par les croisés allemands en Asie-Mineure lui avaient appris, en efiet, ainsi qu'à Philippe-Auguste, à se défier des routes continentales ; et d'ailleurs , à l'aide de forces maritimes, Richard pouvait transporter de vastes approvisionnements et se tenir en communication prompte et directe avec ses propres états et les parties occidentales de l'Europe. Dans ce but, il rassembla tout ce que l'on put recueillir de navires dans les ports de l'Angleterre et le long des côtes de la Normandie, de la Bretagne et du Poitou : ce qui lui donna bientôt, en attendant les renforts qui allaient la grossir tout le long de la route , une flotte de deux centg voiles, équipée et montée avec le plus grand soin (3). Chaque vaisseau était muni de trois gouvernails de rechange^ de treize ancres, de trois assortiments de cordages et d'un double gréement; et, sous la conduite d'un timonnier consommé, il devait transporter quarante fantassins et quarante cavaliers, avec des vivres pour une année entière et une portion du trésor royal , réparti dans toute la flotte pour diminuer les chances de perte totale (4).

Cependant, parmi ces immenses préparatifs, Richard perdait de vue Tépoque fixée pour le départ; et, pour la lui rappeler.

(1) Rich. ol Dev., pp. i-5 et 7. -r- Ro«. de Hov., p. 817. — Brompton, col. 1162, 1169. — Knigton, ibid. — Matthieu Pâris(éd. Huillard-Bréholles) , t. H, p. 132. — Hume, ibid. — Rap. de Toyras, ibid. — Aug. Thierry, ibid., pp. 21-22. — Rohrbacher, ibid.^ p. 451.

(2) Brompton, col. 1162.

(3) Hume, ibid., p. 46G.

(i) Geoffr. de Vins., p. 158. — RicK of Dev., pp. 11-13. - Ex Bened. Petroburg., pp. 500-502, — Brompton, col. WQd.'^VOxieet aux Croisades j p. 173.

PhQippe-Auguste , moins aventareux et plus circonscrit dans ses calculs, dut lui adresser, en octobre H89, Rotrou, comte du Perche , avec cette lettre : « Votre Sérénité sait que nous soupi- » rons ardemment après la délivrance de Jérusalem, et que

> tous nos souhaits tendent à assurer le service de Dieu en

> Terre-Sainte. Nous sommes également convaincu que, de » votre côté, vous persistez dans la résolution de marcher vers

> Jérusalem. Mais donnez-nous-en l'assurance par vos messa-

> gers et vos lettres, comme nos messagers vous la donneront, » en ce qui nous concerne , par les présentes (1). » Au reçu dç cette lettre, sur l'invitation du comte du Perche, et à l'exemple de Philippe-Auguste, Richard, la main sur les Evangiles, jura avec tous ses barons d'être exact au rendez-vous de toutes les forces de la croisade, fixé à Vezelay pour l'été prochain. En même temps il redoubla d'activité dans l'achèvement de ses préparatifs; et, le 11 décembre 1189, il s'embarquait à pouvres, en se plaçant sous la protection de saint Thomas (2).

Dès à son arrivée en Normandie, Richard recueillit sur les côtes de nouveaux renforts, qui grossirent encore sa flotte. Il en confia le commandement à Robert III de Sablé, à Richard de Channeville, à Guillaume-le-Fort d'Oléron, à Girard, évêque d'Auxerre et à Bernard, évêque de Rayonne; et, à Chinon, il leur remit ce fameux règlement de police maritime, où semble avoir passé tout le génie législateur d'Henri II avec son énergique rudesse : « Que celui qui aura tué un homme sur le yais-

(1) * Noverit vestra dilectio quod ad subventionem terrae Jerosolymitanse

• nostmin anhelat et fervet propositam, Deoque nostrum in Jerosol3^itanis parte tibus exhibere servitium votis aifectamus plenissimis. Sane dudum.... intellexi- » mus quod propositum et voluntatem habeatis eundi Jérusalem ; voluntatem

• igitor vestram et propositum super hoc nuntiis vestris praesentium latoribus, 1 vice nostri assecurari faciatis, nosque per litteras vestras patentes super hoc 1 certificetis. Eidemvero nuntii vestri super hoc vobis securitatem prœstabunt, > Yobisque litteras tradent patentes. »

(2) S'il faut même en croire Matthieu Pâiis, Richard aurait, durant la traversée, fait le vœu de bâtir à saint Thomas une chapelle en Terre-Sainte ; et plus tard il aurait accompli ce vœu à Ptolémals. Mais, de tous les historiens anglais, le cré* dule Matthieu Paris est le seul à relater cette circonstance. — Rog. de Hov., p. 660. — Rymer, ïbid.y p. 20. — Ex Benedict. Petroburg., p. 497. — Rymer, ihid., p. 20. -<- Matthieu Paris, Qnd.

.> seau soit lié au mort et jeté à la mer; que celui qui aura tué 1 un homme sur terre soit lié au mort et enterré avec lui. |iS » quelqu'un a été convaincu d'avoir tiré un couteau pour en » frapper un autre, ou de l'avoir frappé jusqu'au sang, qu'il ait » le poing coupé. Que celai qui aura frappé avec la paume de

> la main soit plongé trois fois dans la mer. Si quelqu'un pro-

> nonce contre son compagnon opprobre, insulte ou malédiction j) de Dieu, qu'il lui paye autant d'onces d'argent qu'il Taura in-

> suite de fois. Si quelqu'un est convaincu de vol, qu'il soit

> tondu comme un champion, qu'ensuite on lui verse sur là » tête de la poix bouillante, et qu'on lui secoue de la plume » d'oreiller afin de le reconnaître ; et qu'en cet état îl » soit abandonné sur la première terre où le vaisseau touo chera (1). »

Après avoir ainsi pourvu à Torganisation , au commandement et à la police de sa flotte, Richard la dirigea sur Marseille; puis M se rendit avec toute son armée à Vezelay, où il rejoignît Philippe-Auguste vers la fin de juin 1190. Les deux armées ensemble s'élevaient à cent mille hommes, et on voyait là , pour la première fois, un roi de France et un roi d'Angleterre armés et unis pour la même cause. En arrivant, Richard reçut la pannetière avec le bourdon du pèlerin ; car le bourdon qu'en route û avait pris solennellement à Tours s'était rompu dans la cathédrale, sans que ce mauvais présage, dont frémit toute l'assistance^ -ait pu ébranler ses résolutions. Ensuite les deux rois renouvelèrent leurs protestations d'assistance mutuelle, en appelant les foudres

(1) « Qui hominem in navi interfecerit, cum mortuo ligatiis projiciatur in B mare. Si autem eum ad terram interfecerit, cum mortuo ligatus in terra infon diatur. Si quis autem per legitimos testes convictus fuerit, quod cultellum ad

• alium perculiendum extraxerit, aut quod alium ad sangulnem perçussent, 1 pugnum perdat Si autem de palma perçussent, sine effusione sanguinis : tribus

■ vicibus mergatur in mari. Si quis autem socio opprobrium et convitia, aut

• odiumDeiinjecerit: quot vicibus ei conviciatus fuerit, tôt uncias argcnti eidet.

■ Latro autem de furto convictus tondeatur ad modum campionis, et pix bulliens

■ super caput ejus effandatur, et pluma pulvinaris super caput ejus excutîatitr

• ad cognoscendum eum^ et in prima terra, qua naves applicuerint , projiciatur.

• Teste meipso apad Chinonem. • — Ei Benedict. Petroburg., p. 502. — Rymer, ibid., p. il.

de rSglise sur celai des deux qni yiolerait le premier se3 serments; et ils se séparèrent pour aller rejoindre leurs flottes respectives ^ dont l'une devait attendre Philippe- Auguste à Gènes, et l'autre Richard à Marseille (1).

A Marseille , Richard ne prit que le temps de fréter quelques nouveaux navires pour y jeter ses troupes , en attendant le ras-i* semblement de sa flotte, dispersée par la tempête en vue des côtes du Portugal (2). Après l'avoir recueillie sur sa route ^ l'^mhouchure du Tibre , il alla relâcher le 20 septembre à Mes* sine (3).

Parvenu à cette dernière étape, où Philippe-Auguste l'avait précédé d'une semaine, il semble que Richard, à la tète de toute sa flotte ralliée, n'avait plus qu'à s'élancer de là avec lui pour voguer ensemble à pleines voiles vers la Palestine. Mais déjà avaient éclaté en Sicile de graves événements, destinés à les y retenir longtemps; des événements, qui, par eux-mêmes étrangers à la croisade , en devaient compromettre gravement les résultats par les germes 'd'incurables discordes qu'ils jetèrent entre les deux monarques. Guillaume-le-Bon , roi de Sicile,, venait de s'éteindre sans enfants, en laissant pour héritière sa tante Constance, épouse de l'empereur d'Allemagne Henri VI^ Mais, Guillaume à peine décédé, un frère naturel de Constance, le brillant Tancrède, adoré de la noblesse et du peuple, oQcupa à main armée le trône de Sicile et jeta en prison Jeanne, veuvç du roi défunt et sœur de Richard, qui s'était déclarée pour Coùstance. Richard naturellement se prononça contre Tancrède, lui réclama avec hauteur la liberté et le douaire de Jeanne; et, après avoir occupé Messine, il y arbora l'étendard d'Angleterre-

(1) Geoffr. de Vins., pp. 157-459. — Rich. of Dev., p. il. — Ex Benedict. Petrobarg., ïtnd* — Micha^d, ihid.^ p. 74.

(2) Cette tempête, qui contraignit la flotte anglaise à relâcher à Lisbonne, lut iViccasîon d'une brillante expédition de Robert de Sablé contre les Maures du Portugal. Ndus j reviendrons à l'endroit de notre travail consacré â la noblesse angevine.

(3) Geoff. de Vins., p. 462. — Ex Bened. Petroburg., ibid. — Lingard, p. 206. f-*- Remarques .bist. etcrit. surl'hist. d'Angleterre de Repin de Toyras, par Nicolas Tindal (Lahaye, 173â), t, I, p. 58.

Philippe-Auguste, choqué de cet acte d'autorité exercé par un vassal sur une ville où lui-même résidait à titre d*hôte de Tan- ,

crède, ordonna Tenlèveraent de la bannière et le fougueux Richard n'obéit qu'en maugréant.

Quelque temps après, Tancrède fit sa paix avec Richard, qui le reconnut pour roi de Sicile, moyennant la délivrance de Jeanne et le paiement de quarante mille onces d'or. Mais, en même temps, l'heureux compétiteur de Constance, intéressé à jeter la division parmi les croisés, cultiva soigneusement le ressentiment de Richard , en insinuant dans son cœur ulcéré des soupçons sur la loyauté de Philippe-x\ugu£te; et, de là, de mutuels reproches de perfidie et de trahison.

Cependant les derniers beaux jours de l'année s'étaient écoulés dans ces luttes et dans ces querelles stériles; et désormais les deux armées durent attendre en Sicile le retour d*une saison plus propice à la navigation. Dans la longue oisiveté des quartiers d'hiver, les sourdes inimitiés des deux rois ne firent que s'envenimer de jour en jour par la multiplicité des occasions de rixe. En vain renouvelaient-ils quotidiennement leurs démonstrations cordiales parmi l'éclat des festins et des tournois: dès le lendemain, un contact trop direct remettait aux prises l'humeur tapageuse et fringante du vassal avec le sang-froid dédaigneux, les méfiances réfléchies et les hautaines prétentions du suzerain. Bientôt même cette situation tendue aboutit à Téclat le plus retentissant. Richard avait jadis recherché passionnément Alix, sœur de Philippe-Auguste , au mépris de l'énergique opposition d'Henri II, qui, pour la soustraire à ses poursuites, la retint longtemps captive ; et ce fut même surtout ce violent dissentiment entre le fils et le père qui les arma l'un contre l'autre. Henri II décédé, Philippe-Auguste, à maintes reprises, somma Richard de remplir ses engagements vis-à-vis de sa sœur redevenue libre. Mais, sur ces entrefaites, la vindicative Eléonore de Guyenne, acharnée, depuis son divorcée, à brouiller à tout jamais les deux cours d'Angleterre et de France , avait dirigé vers de nouveaux charmes le cœur changeant de son fils Richard; et, au moment où Philippe-Auguste réitérait ses impérieuses instances, sans

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