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retour et eu mémoire de la première croisade (i); la chapelle de Notre-Dame-des-Gardes , due au vœu formé en 1480 par Gabriel de l'EsprooDlère , tombé captif aux mains de corsaires barbaresques dans ud pèlerinage en Terre -Sainte et par lui réalisé dès après sa miraculeuse délivrance (2) sur le point culminant de ses domaines (3); puis aux frontières opposées de TAnjou, le monastère delà Trinité de Chateaubriand, qu'en 1252 Geoffroy de Gh&teaubriand érigea en faveur des frères de la Trinité ou de la Rédemption des captifs, pour avoir été par eux racheté dans la croisade d'Egypte (4).
Viennent ensuite les Commanderies du Temple qui, du douzième au treizième siècle, ont couvert notre province. Signalons seulement parmi ces nombreuses fondations la commanderie de Saulgé- l'Hôpital, avec sa gracieuse chapelle et son logis à tourelles (5)^ dissimulés sous un léger rideau de verdure aux
(1) Notes extraites des archives du château de Baupreau et communiquées par M. le marquis de Civrac — Dict. hiat. de M. C. Port, art. Beaupreau.
(2) Dont malheureusement on ignore les circonstances.
(3) Origine et naissance de la fréquente dévotion qui se voit dans l'église de Nostre-Dame-des-Gardes en Anjou, desservie par les Pères Augustins reformez de la communauté de Bourges. Ensemble les miracles et prodigieux effets qui sont arrivez en ce lieu ces années dernières. Le tout tiré des archives du couvent desdits prêtres, et mis en ordre par un religieux de la mesme communauté, p. 5 vo. .- NotrO'Dame Angevine^ p. 109. — V. en outre la récente publication du P. Théophile.
(4) C'est ce même Geoffroy dont la femme portant déjà son deuil, à sa réapparition subite expira transie de joie en l'embrassant ; et c'est sur un vitrail de ce même monastère de la Trinité que resplendissait ce navrant épisode. Le monument du sire de Chateaubriand existait encore au dix-septième siècle. — Hist, de plusieurs maisons illustres de France^ par Fr. -Augustin du Paz. (Paris, 1619.) — Hiret, pp. 28^283.
(5) La chapelle au style Plantagenét remonte évidemment à l'époque des Templiers, dont Tordre ne fat supprimé qu'au quatorzième siècle. Quant au logis, qui date de la fin du quinzième siècle , il ne peut être que Fœuvre de leurs héritiers les chevaliers de Malte. — Signalons à ce propos , dans l'église de Luigné toute voisine, une cloche provenant sans doute de la commanderie, car elle porte le nom d'un Marbœuf, commandeur de Saulgé-l'Hôpital et qui fut en 1748 grand hospitalier de Malte, où son portrait se voit encore dans les salons du gouverneur anglais à côté de ceux de FIsle-Adam et de Lavalette. Hiret, An, et Antiq. d'Anj, pp. 286-287. — Commune de Luigné et chapelle de Saulgé-l'Hôpital, par M. Godard-Faultrier. (Repert. archéoL, an. 1861), pp. 294-296; et année 1862, pMsim, — D^ Angers au Bosphore , par M. Godard-Faultrier (1858), p. 184. — Ann. eceles. de l'Anjou {Rev. dM^ijou), janvier-février 1876, n« 19. — Dic^ hi^l.
^de M. G. Port, art Luigné et Saulgé-r Hôpital,
— 5zD —
conQns des plaines du Saumarois et des humides bocages de Chavagnes; la commanderie de Saint-Biaise, avec son église couverte do fresques et aux voûtes décorées des bannières et des blasons des plus illustres Hospitaliers angevins (1) ; et enfln la charmante nef de Saint-Jean de Saumur, où se déroule sur un harmonieux vitrail le cérémonial d'admission d'un chevalier de Malte (2).
Rappelons enfin, parmi ces institutions de notre Anjou se rattachant aux croisades, une partie de nos aumôneries, dont celle du Saint-Esprit fondée au douzième siècle pour les enfants trouvés par les Templiers de la commanderie de Saint-Biaise (3) ; et à Angers la maladrerie de Saint- Lazare, où le lépreux entrait revêtu d'un drap mortuaire, tandis qu'au seuil le clergé qui l'avait escorté la croix en tête lui jetait une pelletée de terre en
(1) La commanderie de Saint-Biaise relevait de celle de Saulgé-rHôpital et a donné son nom aux deux rues de Saint Biaise et de l'Hôpital. L'on y trouve encore dos vestiges de la chapelle. Elle fut jadis visitée à la Saint-Biaise par un pèlerinage annuel. Hiret, eod. — Bulletin historique et monumental, no9, 186%, pp. 29i-295; etlef mai 1868, p. 367. — Dict. hist, de M. C. Port, 5» liv. p. 7. •— Ann, eccl., eod, — Signalons encore à Lévière, dans la rue qui en tire son nom, une autre commanderie du Temple relevant aussi de Saulgé-Hiôpital , et dont la modeste chapelle à cintres a été reproduite par Ballain (mss. 867.. p. 301). Hiret, eod.^ Péan de la Tuilerie, pp. 228 et 229. — Eodùi, 1. 1, p. 375. — Bulletin historique et monumental, (mai 1869), p. 73. — Ann. eccles. eod.
(2) Co vitrail est sorti des ateliers de Didron, qui l'a exécuté sur un dessin de M. Joly, restaurateur de la chapelle. Notre éminent architecte diocésain se refuse, il est vrai, à rattacher à une fondation quelconque du Temple ou de THôpital la chapelle de Saint-Jean de Saumur, où n'apparaît, il est vrai, aucun des signes <!aractéristiques i élevés d'ordinaire dans les chapelles de commanderies. Mais les titres remportent nécessairement sur les constatations archéologiques. Notes pour servir à VEListoire de Saumur, p. Bernard (mss. 880), p. 56. — Repert. nrch.i août 1861, p. 252. — Notices archéologiques : les Églises de Saumur, par M. d'Espinay {Rev. d'Anj., nov.-d. 1875, pp. 242, 243 et 249. — Dict. hist., de M. C. Port, art. : Saumur, p. 491.
Sur la multitude des autres commanderies , du reste beaucoup moins célèbres, nous ne pouvons que renvoyer aux Archives de Poitiers où résident les archives générales du grand-prieuré d'Aquitaine , dont elles relevaient toutes. V. aussi add. aux Mém, de M. de Miroménil (Arch. d'Anj.,p. Paul Marchegay, p. 91); Bulletin monumental, mai 1869, pp. 295-297; collection de pièces relatives aux Commanderies des Templiers et des chevaliers de Malte , à Angers (mss. 801).
(3) L'aumônerie da Saint-Esprit a été depuis réunie à Tordre de Saint- Lazare et du Mont-Carmel. Bulletin monumental, 1©' mai 1858, p. 367 ; et n" 9^ 1862, pp. 278 et 294. — U Anjou et ses monuments, t. U, p. 374.
le recommandant aax prières des fidèles et en l'exhortant à la patience au nom des sonffrances du Christ (1).
Littérature : Vltinéraire de saint Antonin, — L'Office du Saint^épulcre. — Le Fragmentum historiœ andegavensis de Foulques-Réchin. — VHistoria Hierosolymtiana de Baudri de Bourgueil.
Après avoir indiqué l'iofluence des croisades sur notre culte et nos monuments, étudions-la maintenant au point de vue de la littérature angevine.
Signalons d'abord avec notre savant Claude Ménard, au monastère de Saint- Serge |(^), un Itinéraire d'un saint Ântonin par ailleurs fort obscur, mais demeuré célèbre grâce à la relation d'un voyage en Terre-Sainte formant, avec le fameux Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem , Tun des meilleurs guides à suivre par les pèlerins des dix premiers siècles de l'Église. C'est d'ailleurs une nomenclature fort sèche des pieuses étapes de la Palestine , mais qui renseigne utilement sur la prospérité dont la Syrie a joui depuis le recouvrement de la Vraie-Croix par Héraclius jusqu'à l'invasion d'Omar. Ce manuscrit fut sans doute apporté d'orient à une époque peu éloignée de la publication de Vltinéraire par un très ancien moine-pèlerin de l'abbaye de Saint-Serge , pour le transcrire ou en user comme d'un canevas pour le récit de
(1) La fondation de Thospice de Saint-Lazare date du commencement du douzième siècle, c'est-à-dire de la pleine époque des Croisades, dont un des résultats fut, comme on sait, Timportation et le développement de la lèpre en Europe. — A la léproserie de Saint-Lazare est venue s'ajouter la léproserie noble de Sainte-Madeleine, dotée du privilège de réclamer chaque aniiée de la ville une certaine quantité de langue de bœuf (c'était là un des mets les plus aristocratiques du moyen âge), et où chaque année un prêtre en crosse et en surplis amenait vingt-cinq porcs gras dans un charriot couvert de feuillage et conduit par des bouchers couronnés de fleurs. — Dans le quartier de la Madeleine existe encore la rue de la Léproserie. Bulletin monumental, i*^ mai, 1858, p. 357 ; Ur mars 1858, p. 303. — Dictionnaire historique de M. G. Port, art. Angers, p. 61. — Signalons aussi près de la commanderie de Saulgé-rHôpital le champ de la Maladrerie (commune de Luigné, par M. Godard-Faultrier, p. 195).
(d) A la fin d'un Tolume renfermant les œuvres de Baudri, archevêque de DoL
son propre voyage. Qaoi qu'il en soit, c'est en collationnant ce précieux document avec un exemplaire de la bibliothèque de de Tbou que Claude Ménard composa son édition > enrichie de notes mais aujourd'hui malheureusement perdue, de V Itinéraire (le saint Antonin (1).
Mais voici un souvenir monastique bien autrement vivant des pèlerinages angevins. C'est à l'abbaye de Beaulieu, près Loches, le grandiose Office du Saint-Sépulcre, inspiré par la pieuse munificence de Foulques Nerra et dont nous détachons ces strophes monumentales :
c Publie dans tes chants, ô ma langue, le triomphe du > sépulcre où reposent les restes mortels du roi des rois, après » son suppUce et son agonie vitale. — De la baleine est sorti le Jonas qui devait sauver les Ninivites ; de la prison s'est échappé le Joseph qui devait nourrir l'Egypte ; de môme le sépulcre a rendu le Christ à son royaume céleste. — C'est ce sépulcre qu'Isaïe a proclamé glorieux ; car au moment où le Roi-Messie s'en échappe , la mort exhale son dernier soupir, et lui nous ouvre le ciel en montrant les routes de la vie éternelle. — monument de notre salut, d'où est ressuscitée le troisième jour la vraie hostie qui change en joie nos pleurs et lamentations! — C'est de toi qu'est sorti après son sommeil Celui en qui s'unissent les deux substances divine et humaine, cette fleur sortie par voie de génération d'une fleur qu'elle égale en substance, ce Christ pour ainsi dire enivré par le vin de son cellier. — C'est dans ton sein que la grappe foulée sous le pressoir a répandu ses parfums. C'est en toi que le grain jeté dans le monde par la Vierge- Mère a levé et produit une abondante moisson de froment (3) »
(1) Imprimé à Angers , chez P. Avril, en 1640. Petit in-4° de 54 pages. Cette édition n*est pas celle insérée aux Bollandistes. Claude Ménard, publ. P. Marchegay [Revue de V Anjou et de Maine-et-Loire, 2« partie, t. I, p. 19).— Michaad» Hiitoire des Croisades, dernière édition, 1. 1, pp. 6-7 en notes.
(2) c Pange lingua, triumphalis Tumuli preconium, In qao gleba corporalis ^
Régis regum omnium Reqoievit, post vitalis Agonis supplicium*
Et pins loin :
c ... En sortant de son tombeau pour remonter aux cieux, Jésus nous apparaît comme Joseph sortant de la citerne. — En ressuscitant le troisième jour après sa mort cruelle, lion généreux, il brise les portes du sépulcre ; — et, tandis que retentit, pareille à un rugissement, la voix du Père Éternel, il accourt jeter dans le sein de sa mère les dépouilles de son ennnemi vaincu. — Nouveau Joseph, Jésns nous ouvre les greniers où il avait entassé le blé pour le salut de l'Egypte ; car c*est dans son sépulcre qu'il avait déposé la semence d'où
sortirent ces copieux approvisionnements — Dans sa
naissance, Jésus est une fleur sortie du sein de Marie; dans
Ninivitis profataruxn Getus Jonam prodidit ;
Et Egyptam aliturum Garcer Joseph edidit,
Sic Sepalchrum, regnaturam Ghristum cœlo reddidit.
Hoc sepulchrnm Tsaias
Gloriosum asserit, Quo (dum surgit) rez Messias
Mors solula dépérit, Et premonstrans vite Tias
Celum Dobisaperit.
salutis monumentiun !
De quo die tertia, Vera, crncis post tormentum ,
Resurreiit hostia, Fletus nostros et lamentam
Gommutans in gaudîa.
De te surgit soporatus Duplex in substancia,
Flos à flore generatus, Gompar in essencia
Ghristiis, tanquam crapulatus De cella vinaria.
In te, Botrus inolevit
Pressus in angaria.
In te, granum et excrevit
In frumenti copia , Qnod in mundo mater sévit
Mater viri nescia. •
> sa résarrectioD, c'est une flear sortie du sépulcre. Mais il y a » cette différence, — que Marie l'a enfanté pour la mort, tandis » que le sépulcre le rend à la domination universelle (1).... » En poursuivant nos investigations au sein des abbayes ange- Ci) Joseph exit de cisterna, Jhesus redit ad superna Resurgens ex tumulo.
De sepulchro leo fortis Fractis portis, dire mortis Die surgens tertia ;
Rugiente voce Patris Âd superne siuum mat ris, Toi revexit spolia.
Du m Egyptum Joseph servat Et frumeiitoruiu concervat A périt celaria.
In sepulchro granum sévit Alter Joseph de qiio crevit Frumentum copia.
Flos Marie Christus natus Flos sepulchri suscitatus, Sed est différencia.
nia dedtt moriturum Istud reddit regnaturum Régna super omnia »
Hymne des premières vêpres et Prose de la Messe, pp. 501 à 503 ; et 542-54i. — V. encore les leçons II et III des Matines, pp. 510-512. — De pareils morceaux de poésie liturgique peuvent rivaliser avec les plus belles hymnes d*Adam de Saint- Victor. — Ajoutons qu*en tout ce qui est de Thistoire des pèlerinages et des reliques de Foulques Nerra, l'ofûce du Saint-Sépulcre, composé vers Tan 11 11 (nuper,.. anno ab Incamatione Domini millesimo centeaimo un (Ucirno, leçon IV des Matines, p. 513), a dû, quant aux leçons XI et XII des Matines (pp. b27-538), servir de calque (témoin la similitude du texte) aux Geêta Consulum andegavensium, écrits au plus tôt en 1254: à moins que les Geata et l'Office n*aient tous deux puisé à une source commune aujourd'hui disparue et qui peut-être serait une chronique spéciale de Tabbaye de Beaulieu (de his... que eadem legimus cronica, lec. X, p. 126). Quoi qu'il en soit, VOffice nous en a du moins sauvé plus d*ttn extrait précieux entièrement inédit jusqu'au jour de son exhumation. Telle est la mention de l'apport par Foulques d'une des lampes allumées sumaturellement le samedi-saint à Jérusalem (leçon XII, p. 531). Telle est encore Nhistoire de ce moine incrédule , nouveau Thomas, dont Jésus- Christ, en songe, rompit miraculeusement la ceinture pour lui enseigner comment lui-même , en ressuscitant , avait d'autorité soulevé la pierre du Sépulcre (leçon IV des Matines, p. 513). — V. du reste, sur la partie littéraire et historique de l'Office du Saint-Sépulcre, l'avant-propos de M. Alex, de Salies [eod,, pp. 48S.W}.
vines ou d'origine angevine, nons trouvons comme incrusté dans UD des vénérables rouleaux du cartulaire du Ronceray un débris transformé d'une vieille Geste, détachée sans doute du Cycle de Roland ou des Croisades, car on y voit un comte d'Anjou inconnu appelé Isembert, aidant le vicomte Othon, son vassal, à repousser une invasion de Sarrasins campés sur les coteaux de Cbalonnes (1).
Cependant voici le cri de la guerre sainte qui éclate jusque dans nos murs. Où en surprendrons-nous pour la première fois le retentissement dans notre littérature angevine ? Chose étrange! c'est dans le Fragmentum historiœ andegavetisis de Foulques Réchin , de ce grand seigneur dépravé dont le cœur ne put se réchauffer aux accents d'Urbain II et de Robert d'Arbrissel ! Dans ce précieux écrit, rédigé peu après la délivrance du Saint-Sépulcre, et consacré par l'indigne héritier d'Ingelger à la glorification de sa race, après en avoir fastueusement proclamé tous les titres de gloire et au moment où il se complaît avec le plus d'arrogance dans l'énumération de ses propres grandeurs, le voilà qui tout à coup, comme enlevé par un souffle supérieur et perdant de vue les étroites limites de l'Anjou, entonne un bref mais magistral récit de la première croisade, qui ne nous est malheureusement parvenu que jusqu'à la prise d'Antioche. En vérité le petit-fils du Jerosolymitain et le père de Foulques V devait bien à Jérusalem ce tardif hommage ! Et au moins le seul des grands vassaux de France qui sur l'appel d'Urbain II n'a pas volé à la conquête des Saints- Lieux , nous a donné l'unique exemple d'une relation de la première croisade émanée, au début du douzième siècle, d'un prince, d'un laïc et d'un guerrier (2) I
(1) Cartularium monasterisc Beatae Maris caritatis Andegavensis (mss. 760), Rota 6. — Dictionnaire historique, de M. C. Port, art. Angers, p. 90.
(S) Fragmentum historise andegavensis, auctore Fulcone Rechin {Chronique d'Anjou, publication Marchegay), pp. 381-383. — C'est ce caractère si original du Fragmentum historiœ andegavensis qui lui a valu une honorable place dans la Bibliographie des Croisades (éd. de 182Î, 1. 1, p. 350 ; et éd. de 18î9, 2* partie, pp. Ui et 443. — Hist. Htt. de France (t. IX, publication Paulin — Paris], p. 397. — Signalons à cette occasion, dans les Annales -eccléitastiques
Hais c'est décidément au clergé , et surtout aux moines qu'il faut demander, dans ce siècle de Pierre THermite, d'Urbain II et de saint Bernard, une vraie histoire de la guerre sainte ; et le Fragmentum historiœ Andegavensis n'est qu'un prélude de YHistaria Jerosolymitana de Baudri , abbé de Bourgueil puis archevêque de Dol (1). VHisloria Hierosolymitana fut le couronnenement de la carrière littéraire de cet aimable érudit, de cet ingénieux et fécond latiniste , qui l'entreprit une fois promu à son archevêché de Dol, vers 1110, à l'âge d'environ soixante ans et avec une vue déjà fort aifaiblie (2). Mais lui-même nous donne les motifs de sa détermination.
II ne manquait pas de Sallustes et de Cicéronsi qui eussent » pu s'appliquer à cette œuvre digne de leur talent ; nul pour-
> tant ne daignait l'entreprendre. Les hommes dont le génie » surpassait le mien s'abandonnaient au sommeil de la paresse.
> Saisi d'indignation, je me suis mis à l'œuvre encore qu'une
1 si grande entreprise excédât les ressources de mon faible
» génie Je ne voulais pas qu'une histoire si digne d*être
» conservée disparût dans Toubli, et j'ai tenté de récrire d'une » main presque sexagénaire. Ce n'est ni le .désir d'une vaine f gloire, ni un mouvement d'orgueil , qui m'ont jeté dans cette
> entreprise ; si je me suis donné tant de peine , c'est que j'ai
> voulu, dans la suite des âges, plaire à la chrétienté (3). »
de M. Fabbé Pletteau, une haute et fine appréciation littéraire du Fragmentum (septembre-octobre 1875, pp. 138-139).
La Bibliographie des Croisades (éd. de 1822, pp. 350-351) a aussi enregistré VHistoria abbreviata constUum. andegavensium qui, à défaut de tout renseignement sur les croisades contient, du moins un curieux portrait du roi de Jérusalem Foulques V (Chroniques d*AnjoUt pp. 360-301).
(1) Nous ne pouvons aller plus loin sans avouer notre témérité de revenir sur un sujet traité avec autant de délicatesse et de sagacité que d'érudition, par M. Tabbé Pasquier dans son étude sur Baudri (Lachése, 1878). Reconnaissons du moins, en même temps, le grand profit que nous avons retiré de Tattrayante ecture de son livre, et Tobligeance avec laquelle il a mis ses notes à notre disposition.
(S) ... « Seniles ociilos. . . •
(3) • Hcyus histori» seriem posteras succession! stilo nostro , licet non sati« t eipoUto, nisus sum commandare; quamvis tantum onus ingenii uostri tenuitas » non sufficeret convenienter erplicare. Sed quoniam diebus nostris magna > erat Salostiorum et Ciceronom copia ; qui tamen huic otio non ignobili as»-