ACTE II. — SCÈNE III
pu le retenir. Mais lorsque Hagen veut saisir l’anneau, la main du mort se dresse, aux sons du thème du glaive victorieux... Tous reculent épouvantés... Mais voici que, du Rhin, arrive Brünnhilde (motifs du destin des dieux, du crépuscule des dieux et de l’annonce de la mort). Elle écarte Gutrune du cadavre car : « Sa seule épouse y c'est moi, — et feus ses serments pour toujours — quand Siegfried , toi , t'ignorait. » Gutrune, au comble du désespoir, comprend qu elle a été trompée par les ruses de Hagen et, en le maudissant, elle cède la place à Brünnhilde. Elle s’éloigne avec horreur du cadavre de Siegfried et, avec une douleur muette, se penche sur celui de son frère, tandis que Hagen, perdu en de sombres réflexions, s'est farouchement écarté et reste là, immobile. Brünnhilde, après avoir considéré Siegfried avec émotion et tristesse, se ressaisit et ordonne qu’on élève un bûcher sur le bord du Rhin. Le thème de la Walkyrie (14G) montre que Brünnhilde a retrouvé son courage et sa décision. Mie ordonne qu’on lui amène Grane, son coursier, afin de pouvoir suivre avec lui le héros (son chant suit ici le thème de Siegfried). Sur son ordre, le bûcher s’élève ; les femmes 1 ornent de Heurs, d herbes et de feuillages. De nouveau Brünnhilde s’abîme dans la contemplation du cadavre. Puis son visage s’éclaire et elle fait entendre ce superbe adieu d’amour: «Soleil sans tache — ilbrille âmes yeux.
— Si pur fut f homme — qui m'a trahie . — . Nul
n a juré — serments plus fermes ; — nul n'est resté — plus droit en ses pactes ! —. Toute chose je sais...
— De tes corbeaux sacrés — l'aile vibre. — Le tant rêvé message , — qu'ils te le portent pour moi. — Dors !
LE CRÉPUSCULE DES DIEUX
dors — o dieu ! » Les motifs du glaive, de l’annonce de la mort et du Walhall (134), qui s'unissent au dernier vers, sont suivis des thèmes de la malédiction, du destin des dieux, du chant des ondines et du Walhall.
Brünnhilde prend alors au doigtde Siegfried 1 anneau, qu’elle meta sa propre main. Les thèmes de 1 anneau etdu malheur, ainsi que celui des nixcs (187) et de 1 or du Rhin, complètent le sens de la promesse qu’elle fait alors de rendre au fleuve 1 anneau maudit, comme le lui ont conseillé les filles du Rhin. Du rivage s envolent les messagers de Wotan, les deux corbeaux ; l’héroïne les envoie vers Wotan, en passant devant le rocher de Brünnhilde, afin qu'ils avertissent Loge, — qui flambe là-bas — de se rendre au Walhall, car :
« des dieux— lanuit /inaledescend » (motifs 130 et 132, du crépuscule des dieux et des nornes). « I el soit embrasé — le Walhall, burg éclatant ! » Le motif du Walhall, descendant fortissimo, se continue par le motif de l’anneau (139) ; maisles figures thématiques de Loge flamboient autour de lui, car Brünnhilde a pris une torche aux mains d un homme et 1 a jetée sur le bûcher. On amène Grane. Le motif de la Walkyrie (146) nous le dit : Brünnhilde a repris conscience de son origine divine ; elle libère les dieux et le monde de la malédiction qui pesait sur eux, par amour pour Siegfried,
dont le motif domine les flammes. Elle l’appelle !
Le thème de la toute-puissance de l'amour (192) pénètre ses dernières paroles. Elle saute alors sur son cheval, s’élance dans les flammes, aux sons des motifs de la Walkyrie et de la chevauchée : « lleia-oiho !