‹ L'anneau du Nibelung de Richard WagnerChapitre 21 sur 124 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

la conquête : quel coin, dis-moi, m'y flxes-tu pour logis ? »

A ces mots et à d’autres semblables, à Wotan qui lui réclame pour rançon l’or de son trésor, Alberich répond avec une humeur mal dissimulée. Mais à quoi bon ? 11 faut que son ordre appelle scs sujets qui montent des profondeurs, chargés de trésors pour fournir la somme de l'amende (motifs 7 et 8). A son grand grief, le heaume lui même est compté dans le butin. Confiant dans son anneau, Alberich a garde jusqu ici un certain calme; mais lorsque Wotan déclare considérer l’anneau d'or comme appartenant aussi au trésor, il ne peut plus se contenir. Wotan observant que l'or ne lui appartient pas puisqu’il l’a ravi aux filles du Rhin, Alberich réplique qu'il n’a péché là que contre lui-même tandis que : « ... A tout ce qui fut — est, sera, dieu, attente le tien [ton forfait] — Si tôt tu m'arvaches l'anneau. »

Pourtant, rien ne peut détourner Wotan de son projet et il arrache de force à Alberich son anneau. Le motif de l’or du Rhin retentit sur un ton de terrible menace, uni au cri de douleur du nain qui, aux sons du motif de la renonciation (12), s’affaisse. On lui retire ses chaînes. Alors, Alberich se relève avec un terrible rire de moquerie. Ayant par une malédiction - la renonciation à l’amour - donné sa puissance à l’anneau magique, par une seconde malédiction il transforme l'anneau puissant en un anneau de malheur et confirme par là, comme nous l’avons remarqué plus haut, la malédiction attachée à l’anneau dès le moment de sa fabrication ; « Si par lui -j'eus toute

POCBHAMMEK.

L OR DU RHIN

puissance , —■ qu'il marque donc — de mort qui le tiendra. »

Comme il vint d’un vœu maudit, maudit soit cet an.neau

Tel est l’essentiel de celte malédiction, dont les suites de détail ne font que pénétrer plus avant au cœur de l’afTaire. Le motif des géants (17) et celui de la jeunesse éternelle (18) nous annoncent l’approche de Freia et des géants ; un clair rayon, naissant à l’arrivée de Freia, rend aux dieux leur ancienne fraîcheur. Fasolt veut qu’on dresse le trésor en un tas qui s’élève entre des poteaux enfoncés, jusqu’à ce qu’il cache entièrement Freia, restée debout par derrière. Lesdieux voient avec déplaisir la rapacité grossière que les géants mettent à tirer le plus haut prix possible de Freia. Il faut que Wotan ajoute aussi le heaume. Enfin, l’œil de Freia brillant encore derrière le trésor, Fasolt exige en plus l’anneau que Wotan s’est joyeusement passé au doigt. Mais Wotan ne veut pas le laisser et lorsque Loge lui rappelle la promesse faite aux filles du Rhin, il répond : « Ta promesse est nulle pour moi : — l'Anneau conquis me demeure », et, se tournant vers les géants : « Tous vos vœux effrontés — tous , j'y accède , — mais pour l'univers — je ne livre pas cet anneau. »

Déjà les géants entraînent Freia derrière l’or, pour l’enlever à jamais, car ni les appels de Freia, ni les réprimandes de Fricka, de Donner et de Froh, ne peuvent décider Wotan à rendre l’anneau; tout à

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