‹ L'anneau du Nibelung de Richard WagnerChapitre 36 sur 124 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

J/apre hiver a fui le printemps vainqueur,d’un cfouxéclat

rayon.ne l’A.vril

tableau de sentiments tel qu'aucun peintre ne pourrait le rendre avec des couleurs plus brillantes et plus chaudes. Un tendre lyrisme alterne ici avec la force dramatique la plus saisissante. Le pp s’enfle en p et croit, dans un puissant crescendo du sentiment, jusqu'au forte, pour retomber l instant d’après en un murmure amoureux : tempête printanière dehors — tempête d’amour dans le cœur de l’homme ! Le salut de Siegmund se termine par ces mots : « Uni à l'Amour est l'Avril! » Sieglinde, elle-même, ne peut plus se retenir : « C'est toi VAvril — rêvé par mon âme ! » répond-elle, et sa réponse se continue par un dialogue brûlant d’amour. [Gomme attribut de Sieglinde paraît d’ailleurs une figure mélodique dont il ne faut pas méconnaître la parenté avec le motif de Freia dans Y Or du Rhin (Freia est la déesse de la jeunesse et de la beauté éternelles)]. On doit bien observer que Siegmund etSieglinde ne se sont pas encore reconnus pour frère et sœur, car les allusions que contient à cet égard le chant du printemps ne sont venues que de la comparaison poétique de leur double libération. Wagner nous montre avec beaucoup de sens leur reconnaissance progressive, Siegmund se reconnaissant en Sieglinde, elle en lui et tous deux en leur père Loup (Wotan). Alors Siegmund s’élance surle tronc

LA WÀLKYRIE

du hêtre et saisit la poignée du glaive : « Siegmund dis-je ,— et Siegmund suis-je! —ma preuve est l'épée /» Aux deux lignes du début de ce passage : « D'un saint amour — suprême angoisse , — d'un âpre amour , — ardente détresse , — brûle claire en mon cœur , — gronde au duel de mort , » le compositeur met sous les paroles du héros le motif de la renonciation (R. 12)^

Seul qui d amour la loi re me

le môme motif par lequel Alberich a maudit 1 amour et s’est forgé la bague toute-puissante, l’anneau fait avec l’or du Rhin, motif ici un peu élargi :

I)’uu saïut a. mour su . preme au.poisse

Le choix de ce motif pour la conquête du glaive, qui suit immédiatement, pourrait surpendre; mais il n’est pas si étrange qu'il parait peut-être au premier moment.

Le glaive de victoire est le symbole de la protection divine accordée par Wotan, père des dieux, à la race qu'il s’est choisie pour effacer la faute des dieux. Mais l'effacement de cette faute n'est pas concevable, comme le croit Wotan, par l’affermissement de sa propre race; selon les paroles de la voyanteErda, elle n’aura lieu que par la chute des dieux et par conséquent aussi de la race des Walsungen, issue des dieux. Lorsque

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