ACTE III. — SCÈNE III
se déchaîne , — qu'il ceigne la roche , — cercle embrasé ! — qu'il brille, qu'il brûle — et broie dans ses dents — le lâche qüi ose , infâme, — du roc redoutable approcher ! »
Wotan est vaincu : avec émotion il regarde sa fille en face et fait entendre un adieu saisissant. Il lui accorde ce qu’elle demande et plus encore : « Qu'un homme ici t'éveille seul , — plus libre que moi, le dieu ! » Mais ce seul — les bois nous le prophétisent par le superbe motif 68 — est Siegfried. Déjà pendant la prière de Brünnhilde et sous les paroles de Wotan s’annoncent les traits de Loge (le dieu du feu) ; sous la forme que voici (73, cf. R19) ils désignent Pétincellement
73 Motif >le l’incantation flu feu Cordes
et le flamboiement tremblotant du mouvant élément. De même nous rencontrons, comme une allusion, le magnifique motif du sommeil (74) qui forme la conclusion de l’œuvre sous sa forme complète et accompagné de la sorte par les traits caractéristiques de Loge.
Émue, Brünnhilde tombe sur le cœur de Wotan et
LA WALKYRIE
l’incomparable chant d’adieu de Wotan commence, ayant pour introduction le motif 70 (à quatre temps) employé d’une façon vraiment sublime et saisissante. A la fin de cet adieu
de Wotan, qu accom- I
pagne pendant sa plus r - Q — J- - Mi n - \- A z grande partie la mélodie du motif 74, le dieu baise les yeux, « ces deux yeux, soleils de mon cœur ». Sous ces mots : « Le dieu qui — s'écarte de
toi , — te prend d'un baiser le Divin », résonne d ’une façon significative le motif de la renonciation (motif 48). Nous pouvons appliquer à l’emploi de ce motif, à cette place, une double signification : il a pour première raison la séparation du dieu d’avec son enfant chérie ; mais, en la dépouillant de sa divinité, Wotan la consacre pour participer à l’œuvre de rédemption ; il faudra qu elle aussi renonce un jour à « la puissance de l’amour », mais seulement pour reconnaître l'amour véritable et pour le dispenser au monde par son secours, comme nous le verrons dans le Crépuscule des dieux.
Les mystiques harmonies du motif 7:2 résonnent ppp . Wotan embrasse Brünnhilde ; les yeux fermés, dans une douce langueur, elle tombe dans ses bras. Il la couche sous un arbre, sur un tertre de mousse ; il lui met le heaume ; il la couvre de son grand bouclier de Walkyrie; avec un dernier et douloureux regard sur — la vierge endormie, il se retourne vers 1 arrière-plan et, brandissant sa lance ( ff , motif de la lance, R 14), il appelle le dieu du feu : « Loge, entends! — ... J ail-