‹ L'anneau du Nibelung de Richard WagnerChapitre 76 sur 124 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

A peine Siegfried a-t-il disparu que Mime s’approche,

desprit

jetant autour de lui des regards craintifs ; après s’être assuré de la mort de Fafncr et n’apercevant plus Siegfried, il dirige ses pas vers la caverne.

Mais Alberich lui aussi est sorti de sa cachette; il s'élance sur Mime et lui barre la route. Dans la scène suivante, scène fort animée de discorde fraternelle où, dans un dialogue serré, chacun s’efforce de l’emporter sur l’autre en rapacité et en misérable rouerie, 1 orchestre s’emploie à dessiner une page de grand effet. Des figures hâtives, saccadées, où sont tissés les motifs de l’agitation d’esprit (114) et de la corvée (74) se croisent avec animation, \\r k M ot ifde layitation v jusqu’à ce que le motif de l’anneau (81) annonce le maître de l’anneau : Siegfried, avec le Tarnhelm et l’anneau, sort de l’ombre en se parlant à lui-même et en considérant son butin : « Que valez-vous? — Je ne sais. — Je vous ai pris — cependant , au tas de l'or. — Un bon conseil ni y poussa. » Gomme réponse nous entendons aux bois l'avertissement que donnent les sons de la plainte insinuante des filles du Rhin, qui semblent lui crier : rends-nous la bague. Mais Siegfried est arraché à ses réflexions par la voix de l’oiseau, qui le met en garde contre Mime, l’hypocrite sans foi. Siegfried n’a pas le temps de répondre à l'oiselet, car déjà Mime s’approche avec la soumission d’un chien, après avoir considéré Siegfried et réfléchi qu’il lui faut maintenant procéder avec beaucoup de prudence pour atteindre son but.

A l’orchestre, les altos accompagnent d’une façon très originale la révérence de bienvenue de Mime et,

SIEGFRIED

tandis que le motif de l’oiselet du bois fait cneore une fois entendre son avertissement, le nain commence son bavardage. Il demande si Siegfried a maintenant appris la peur. Celui-ci répond : « Nul maître ne me Vapprit , » et l'orchestre ajoute à sa réponse le motif du durcissement et du martèlement de Détresse (100). Tout ce qu’il y a de ruse secrète et d’inquiète agitation dans les propos de Mime (qui, sans le vouloir, s’embrouille et se trahit lui-même) se trouve excellemment marqué par cette petite figure des bassons, avec et sans appogiatures (Ho). Les motifs de l’oiseau du bois poursuivent toujours leurs avertissements.

Mime tire maintenant un flacon, pour faire croire à Siegfried qu’il veut le restaurer: ici surgit railleusement la mélodie du chant d’éducation de Mime (84). Mais de nouveau le nain rusé se perd dans son bavardage : il s approche de Siegfried en l'assurant qu’il ne l'entend pas ainsi, que Siegfried le comprend mal ; finalement, avec une déplaisante insistance, il lui offre la boisson qu’il a versée dans une corne. Sous l'empire du dégoût, le jeune homme, d'un coup de Détresse, jette à terre le nain rusé. Le motif de la forge (77) lui sert de chant funèbre ; mais, après ce motif — copie excellente et exacte du rire — résonne dans les gorges rocheuses le rire sarcastique d’Alberich (116) :

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