‹ L'année 1817Chapitre 13 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'Académie française et les journalistes de la Restauration. — Bonaparte et Ihistitut. — La Loi du 3 brumaire an îv, l'Arrêté du 3 pluviôse an xi et l'Ordonnance du 21 mars 1816. — M. de Vaublanc. M. Bruguière de Sorsum. Mme Cottin. Millevoye et lord Baron. M. de Lamartine et son maître d'anglais. — Mme de Staël, la duchesse de Duras et Charles Nodier. — Le Voltaire-Touquet et les Tabatières à la Charte. — F. de La Me?inais. Ce qui se passait aux Feuillantines... vers 1817. — Itinéraire de Chateaubriand à Paris.

Passer des journaux à l'Académie, c'est à peine changer de terrain. A aucune époque, la presse ne compta dans ses rangs autant d'Académiciens que de 1814 à 1830 : l'abbé de Féletz, Michaud, les deux Lacretelle, Auger, de Bonald, Aignan, Jouy, Etienne, Brifaut, Villemain, Chateaubriand. Et à côté d'eux, combien d'écrivains destinés, après avoir pris part aux luttes du journalisme sous la Restauration, à devenir académiciens à leur tour : Charles Nodier, Guizot, Jay, Tissot, Salvandy, Thiers, Rémusat, Vitet, Patin,

l'année 1817 225

Sainte-Beuve, Mignet, Saint-Marc Girardin, Ampère, Sacy, Nisard, Duvergier de Hauranne, Jules Janin. N'oublions pas le plus illustre de tous, le rédacteur principal du Conservateur littéraire, Victor Hugo.

« En 1817, dit Victor Hugo, l'Institut laissait rayer de sa liste l'académicien Napoléon Bonaparte. » Voici la vérité sur ce point.

Le 21 mars 1816, une ordonnance royale réorganisa l'Institut, et nous aurons tout à l'heure à revenir sur cette mesure.

Etait-il possible que Napoléon, déchu de son titre d'Empereur, conservât celui d'Académicien ? Evidemment non. Ce n'est pas la jalousie mesquine des hommes, c'est la force irrésistible des choses qui lui a enlevé du même coup son trône aux Tuileries et son fauteuil à l'Institut. Le jour où Napoléon cessait d'être le maître en France, il ne pouvait plus y être rien, pas même académicien.

Et d'ailleurs l'était-il véritablement avant 1814 et 1815 ? Est-ce qu'il n'avait pas, dès les premières années du Consulat, repoussé bien loin de lui cette idée que les membres de l'Institut pussent être ses collègues ? « Ne trouvez-vous point, disait-il à son secrétaire Bourrienne, lors de son retour d'Egypte, qu'il y a quelque chose de trivail, d'ignoble dans ces mots : J'ai r honneur d'être, mon cher collègue... Cela m'ennuie l. »

Ni sous le Consulat, après la victoire de Marengo, ni à plus forte raison sous l'Empire, Napoléon ne

1 Mémoires de Bowrienne, m, p. 232.

226 l'année 1817

daigna paraître une seule fois à l'Institut ' : il borna à recevoir officiellement ses membres aux Tuileries, comme ceux des autres grands corps de l'Etat, et voici les paroles les plus bienveillantes qu il leur ait adressées pendant toute cette période de 1800 à 1815 ; je les emprunte au Moniteur du 28 février 1808 : « Messieurs de la seconde classe de l'Institut...

« J'attache du prix au succès de vos travaux. Ils tendent à éclairer mes peuples et sont nécessaires à la gloire de ma couronne.

» J'ai entendu avec satisfaction le compte que vous venez de me rendre.

» Vous pouvez compter sur ma protection. »

Napoléon n'était pas autre chose, en effet, que le protecteur de l'Institut, il n'était pas le collègue de ses membres ; et à cet égard j'invoquerai, après le Moniteur, un autre témoin qui a bien aussi sa valeur, un autre livre qui a bien son prix, VAlmanach Impérial. Si je l'ouvre au chapitre xv, je vois qu'au lieu d'être inscrit dans la section de mécanique, à son rang de nomination, comme l'égalité académique l'aurait voulu, Napoléon Bonaparte est placé hors ligne, en tête de la liste, sous cette rubrique : l'Empereur.

Soyons juste : il ne pouvait en être autrement ; l'Empereur ne pouvait pas être le confrère et l'égal des 170 membres de l'Institut. Si élevé que soit ce dernier titre, il est incompatible avec celui de souverain et de

* La dernière séance laquelle il ait assisté est celle Ju 15 germinal an vin (5 avril 1800).

l'année 1817 227

maître suprême. Ni Napoléon ne doit donc être blâmé pour ne s'être pas prêté à des rapports de confraternité je venus impossibles, ni le gouvernement de Louis XVIII pour n'avoir pas conservé son nom sur la liste de l'Institut réorganisé. S'il l'eût fait, on n'aurait pas manqué d'y voir une amère dérision, une insulte à la proscription et au malheur.

La proscription et le malheur, Napoléon Bonaparte ne les avait guère respectés, il faut bien le dire, lorsqu'il était entré à l'Institut, en 1797.

A la suite du 18 fructidor, le Directoire notifia à cette assemblée la loi de déportation qui lui enlevait, dans la classe des sciences mathématiques, le directeur Carnot ; dans la classe des sciences morales, Pastoret, du conseil des Cinq-Cents, et le directeur Barthélémy ; dans la classe de littérature, Sicard et Fontanes ; il lui enjoignit en même temps de nommer des successeurs aux membres éliminés. C'est dans ces conditions que le général Bonaparte fut élu, pour remplacer dans la section de mécanique Carnot déporté.

Il serait donc équitable et vrai d'écrire qu'en 1797 l'Institut laissait rayer de sa liste l'académicien Carnot et que le général Bonaparte recueillit la succession du proscrit ; mais il n'est ni vrai ni équitable de dire qu'en 1817 l'Institut laissait rayer de sa liste l'académicien Napoléon Bonaparte, et cela pour plusieurs raisons : 1° ce n'est pas en 1817, mais en 1816, le 21 mars, que l'Institut de France fut réorganisé par Louis XVIII : 2° il y avait déjà bien des années, en 1816, que le nom de Napoléon Bonaparte ne se trouvait plus sur la liste

228 i/ année 1817

de l'Institut ; en tête de cette liste, hors ligne et hors rang, figurait bien Y Empereur, mais cette désignation tombait naturellement et nécessairement avec l'Empire lui-même.

Depuis la création de l'Institut par la Convention nationale et son organisation par la loi du 3 brumaire an iv (25 octobre 1795), tous les gouvernements qui s'étaient succédé en France y avaient porté la main ; il était indiqué que la Restauration y toucherait aussi : elle le fit, le 21 mars 1816, par l'ordonnance dont parle Victor Hugo dans cette phrase : « M. de Vaublanc, réformateur de l'Institut par coup d'Etat, ordonnance et fournée, auteur distingué de plusieurs académiciens, après en avoir fait, ne pouvait parvenir à l'être. »

La Convention avait rendu, le 8 août 1793, sur le rapport de l'abbé Grégoire, un décret dont l'article 1er supprimait toutes les académies et sociétés littéraires, patentées par la nation.

En fondant deux ans plus tard Y Institut national des sciences et des arts, elle le divisa en trois classes, subdivisées elles mêmes en plusieurs sections. La première classe était celle des sciences physiques et mathématiques ; la seconde, celle des sciences morales et politiques ; la troisième portait le nom de classe de littérature et des beaux-arts. Deux traits principaux distinguent cette organisation : la prééminence accordée aux sciences sur les lettres, et la mutilation

l'année 1817 229

complote de l'Académie française qui, suivant l'expression de l'un de ses historiens, n'existait pas dans la nouvelle institution *.

L'article 9 de la loi du 3 brumaire attribua au Directoire exécutif la nomination des quarante-huit premiers membres qui devaient choisir les quatre-vingt-seize autres, l'Institut devant être composé de cent quarantequatre membres.

Après le 18 brumaire,- on songea au rétablissement de l'Académie française. Le ministre de l'intérieur, Lucien Bonaparte, crut pouvoir, au mois de prairial an vin, pendant la campagne de Marengo, engager les anciens académiciens à lui soumettre le plan d'une réorganisation de leur compagnie, et il se porta fort pour son frère qui, disait-il, voudrait être sur la liste. Le troisième consul, Lebrun, et le ministre des affaires étrangères, Talleyrand, demandaient à y être portés. Les négociations étaient fort avancées lorsque, le 15 messidor, Bonaparte rentra à Paris : il témoigna un vif mécontentement de ce qui avait été essayé en son absence et voulut qu'il n'en fût plus question.

Le 3 pluviôse an xi (23 janvier 1803), il constitua lui-même un nouvel Institut. Il y eut quatre classes au lieu de trois : les sciences physiques et mathématiques conservèrent le premier rang ; on plaça dans la seconde classe la langue et la littérature française ; dans la troisième Y histoire et la littérature ancienne ; dans la

1 Histoire de F Académie française, par M, Paul Mesnard, p.

230 l'année 1817

quatrième les beaux-arts. La classe des sciences morales et politiques était supprimée.

Aux termes de l'article 0 de l'arrêté du 3 pluviôse, les statuts et règlements particuliers de chaque classe devaient être soumis à l'approbation du gouvernement ; les nominations n'étaient valables, d'après l'article 8, qu'autant que les sujets élus étaient confirmés par le premier consul, et cela seul suffirait à trancher la question que nous examinions tout à l'heure : il est évident que le premier consul n'était point le collègue de ceux qui tenaient de lui leur existence. A l'Institut comme au Conseil d'Etat, comme dans les camps, il n'était et ne pouvait être que le maître, imperator : quia nominor leo.

Il le montra bien lorsqu'il rendit, le 8 pluviôse an xi, un second arrêté par lequel il nommait tous les membres du nouvel Institut. « L'élection, ce qui était sans exemple, dit M. Paul Mesnard — n'eut aucune part à cette première formation. Il s'introduisait ainsi un fâcheux principe, et l'on sentait bien que le vent ne soufflait pas du côté de la liberté ' ». Sur cette liste, figuraient en grand nombre les membres du gouvernement, les puissants personnages, les hommes politiques du jour ; on y remarquait, outre les trois consuls, Lucien Bonaparte, Talleyrand, Sieyès, Rœderer, Portalis, Regnaud de Saint-Jean d'Angély, Merlin, Bigot-Préameneu, Lacuée de Cessac, Grégoire, le rapporteur du décret de la Convention qui avait sup-

» Op. cit., p. 226.

l'année 1817 231

primé toutes les académies, etc., etc. La liste du 8 pluviôse se compléta bientôt par l'addition des noms de Joseph Bonaparte élu, le 23 germinal an vm, dans la classe de littérature et d'histoire ancienne, et de Maret, secrétaire-général des consuls, appelé à remplacer Saint-Lambert dans la classe de la langue et de la littérature française et dispensé, par un privilège très monarchique, du discours de réception. La première Restauration n'apporta aucun changement au régime de l'Institut ; la seconde le modifia au contraire profondément ; mais dans quelles circonstances et dans quel but, c'est ce que nous apprend l'historien de l'Académie française, aussi libéral dans ses appréciations qu'exact et consciencieux dans ses recherches.

» Lorsque l'ancienne royauté, une seconde fois rétablie, dit M. P. Mesnard, eut donné une espérance plus solide à cet avenir de liberté constitutionnelle, qui était le besoin de la France ; lorsqu'elle eut, quelques mois après son retour, commencé à s'affermir, elle eut à cœur de montrer que les lettres lui étaient chères. Le goût du roi pour la littérature, une prédilection naturelle dn gouvernement des Bourbons pour les institutions dont l'origine remontait à la vieille monarchie, l'influence du secrétaire perpétuel, Suard, qui n'avait cessé de déplorer l'imparfaite restauration académique de 1803 et qui pouvait maintenant exprimer librement ses regrets et son vœu, tout rendait inévitable un complet rétablissement des académies 1. >

L'ordonnance du 21 Mars 1816 rendit aux classes leur nom primitif d'académies, « afin, était-il dit, de

' Op. cit., p. 283.

232 l'année 1817

rattacher leur gloire passée à celle qu'elles ont acquise. » L'Institut devait être composé à l'avenir de quatre académies, classées suivant l'ordre de leur fondation : L'Académie française la première; puis, l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'Académie des sciences , l'Académie des beaux-arts. Chacune d'elles avait son régime indépendant, sa constitution particulière. L'Académie française reprenait ses anciens statuts. Une séance publique commune, tenue tous les ans le 24 Avril, jour de la rentrée du roi en 1814, était établie pour consacrer et maintenir l'unité de l'Institut.

« Il ne pouvait y avoir, en ce moment, dit encore M. P. Mesnard, de plus sage, de plus intelligente conduite, que de faire revivre celles de nos anciennes institutions qui avaient honoré la France d'autrefois et n'avaient rien d'incompatible avec le nouvel état de société créé par la Révolution, et en même temps de conserver les institutions nouvelles qui avaient déjà pris racine et porté leurs fruits, et dont on ne pouvait déposséder le pays sans le blesser et l'inquiéter. Les bons esprits sentaient bien que cette heureuse conciliation devait être le caractère de tous les actes de la royauté restaurée ; et sur quelques points, par la sagesse du prince comme par l'évidence de la nécessité, on entrait dans cette voie. L'Ordonnance qui maintenait l'Institut et rendait aux Académies leur nom et leur ancienne constitution, appartenait à cette politique libérale et prudente qui était celle même de la Charte. En même temps, lorsqu'on replaçait l'Académie française à la tête de cette grande confédération de tous les travaux de la pensée, il semblait que l'on ne voulût pas seulement reconnaître une sorte de droit d'aînesse, une préséance fondée sur l'antériorité de date, mais aussi la précellence réelle des lettres, leur souveraineté universelle dans le domaine de l'intelligence ; il semblait en un mot qu'on déclarât l'intention de reconstituer cette autorité, cette influence des écrivains qui

l'année 1817 233

est l'honneur des époques pacifiques, et d'affranchir, de seconder le libre développement des esprits •. »

Malheureusement les bienfaits de l'ordonnance du 21 Mars, de laquelle date la renaissance et comme la seconde fondation de l'Académie française, furent compromis et gâtés par une disposition regrettable que les passions de l'époque expliquent sans la justifier. Onze membres de la seconde classe de l'Institut furent exclus de la nouvelle liste de l'Académie. Les noms omis étaient ceux de Lucien Bonaparte, Cambacérès, Merlin, Garât, Sieyès, Rœderer, le cardinal Maury, le duc de Bassano, Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, Etienne et Arnault. « Si l'on examinait, dit M. P. Mesnard, la liste des éliminés de l'Académie, on y trouverait des hommes qui n'avaient pas toujours euxmêmes été assez ennemis de l'arbitraire et des proscriptions, qui, à l'Institut, sous le Directoire, avaient approuvé ou souffert, sans protestation, l'exil et l'exclusion de leurs collègues fructidorisés, ou qui, sous l'Empire, avaient, dans les bureaux de la police, surveillé la littérature ; qui avaient pris la direction des journaux confisqués, et, comme il arrive souvent, ne devinrent libéraux qu'en devenant le parti vaincu. Mais lors même que des actes tyranniques peuvent passer pour des représailles, ils ne se trouvent point par cela seul justifiés 2 ».

Si M. de Vaublanc, ministre signataire de l'ordon-

• Op. cit., p. 280.

2 Op. cit., p. 287.

nance, eut le tort de frapper d'exclusion les principaux serviteurs du régime impérial * , oubliant qu'il était lui même un ancien préfet de l'Empire, il eut du moins le bon goût de ne point imiter les auteurs de l'arrêté de pluviôse an xi, Lucien Bonaparte, son prédécesseur au ministère de l'intérieur, et les consuls Cambacérès et Lebrun qui, réorganisant l'Institut, s'étaient inscrits sans façon sur la liste. Est il vrai, comme le dit Victor Hugo, qu'il ait essayé, en 1817, de se faire nommer membre de l'Académie et qu'il ait échoué ? Il y eut cette année-là deux vacances, par suite de la mort du comte de Choiseul-Gouffier et de M. Suard, et deux élections, le 7 et le 28 août. Voici les noms des candidats au fauteuil de M. de Choiseul-Gouffier : le comte de Pastoret, Laya, Benjamin Constant, Chênedollé, d'Avrigny. Les suffrages se partagèrent, au premier tour de scrutin, de la manière suivante : le comte de Pastoret, 14 ; Laya, 7 ; Benjamin Constant, 5 ; Chênedollé, 3 ; d'Avrigny, 2. Au deuxième tour, Laya, l'auteur de l'Ami des lois, fut élu par 17 voix contre 14 restées fidèles à M. de Pastoret. — Les concurrents pour le fauteuil de Suard étaient : Benjamin Constant, Roger, Treneuil, Jay, de Wailly, Delrieu. Les votes se répartirent ainsi : au premier tour, Roger obtint 7 voix, Treneuil 8, Benjamin Constant 5, Jay 3, de

1 L'ordonnance du 21 mars 1816 maintint sur la liste de l'Académie plusieurs des grands dignitaires de l'Empire, d'anciens ministres, Dam, Bigot de Préameueu, Lacuée de Cessac ; le comte deSégur, ex-grand maître des cérémonies ; un ex-président du Sénat, François de Neufchâteau ; d'anciens sénateurs. Volney. Destutt de Tracy, etc.

l'année 1817 235

Wailly 2, Delrieu 2, Cuvier 1 ; ce dernier ne s'était pas présenté. Au septième et dernier tour de scrutin, Roger, auteur de la comédie de Y Avocat, fut élu par 16 voix contre 6 données à Treneuil et 6 à M. Jay *.

Ni à l'une ni à l'autre de ces élections, M. de Vaublanc ne brigua les suffrages académiques 2.

Après avoir parlé de' l'Académie, Victor Hugo dit un mot de quelques écrivains : « 1817, écrit-il, c'est l'année où M. Bruguière de Sorsum était célèbre. » Eh ! mon Dieu ! nul n'est tenu d'être célèbre, et M. Bruguière de Sorsum ne se piquait point de l'être. Homme du monde et homme d'esprit, il ne demandait aux lettres que d'occuper et de charmer ses loisirs. L'Académie française avait accordé, en 1807, une mention à sa pièce sur le Voyageur :J. Après avoir

1 Journal des Débats, des 8 et 29 août 1817.

2 Le comte de Vaublanc (1756-1845), député à l'Assemblée législative en 1791 et au Conseil des Cinq Cents en 1795, préfet sous l'Empire, ministre sous la Restauration, a écrit de nombreux ouvrages, dont les principaux sont : Rivalité de la France et de l'Angleterre (1808) ; le Dernier des Césars ou la Chute de l'empire romain, poème en douze chants (1836) ; Mémoires sur la Révolution de France et Recherches sur les causes qui ont amené la Révolution de 1789 et celles qui Font suivie (1838) ; Cinq tragédies non représentées (1839) ; Contes et Mélanges (1840). Notre littérature de Mémoires, si riche pourtant, compte peu de Mémoires qui soient supérieurs à ceux de Vaublanc.

3 L'Académie française avait proposé, pour sujet du prix de poésie à décerner en 1807, le Voyageur. Le prix fut remporté par Millevoye, deux mentions furent accordées à Victorin Fabre et à Bruguière. Suard, dans son rapport du 1er avril 1807, jugeait

236 l'année 1817

donné, en 1821, une traduction en vers du poème de Robert Southcy, Roderick, le dernier roi des Goths, il traduisit quelques-uns des chefs-d'œuvre de Shakespeare l, conformément au texte original, en vers blancs, en vers rimes et en prose. Cette tentative inspira à Alfred de Vigny, dans la Muse française, une page remarquable et qui ne serait pas pour déparer ses œuvres 2. L'auteur des Misérables a d'ailleurs mauvaise grâce à railler M. Bruguière de Sorsum, qui était un de ses plus chauds admirateurs. Le 3 Octobre 1823, Alfred de Vigny, de Bordeaux, où il était en garnison, écrivait à l'auteur des Odes et Poésies diverses 3 ."

«.... Je ne sais si Emile * ou moi vous avons parlé de M. de Sorsum ; c'est un de vos admirateurs, un homme plein de simplicité et de mérite, un de mes parents et beau-père de M. de Montrivault 5. Il m'écrit de Paris où il est, tout exprès pour avoir votre adresse et pour que je lui procure l'occasion de

en ces termes les pièces couronnées : t Pendant cent cinquante ans, l'Académie française avait distribué des prix de poésie, et nous osons affirmer que, dans ce long espace de temps, dans les plus beaux jours de notre siècle de gloire littéraire, aucun des concours de l'Académie n'a produit à la fois trois ouvrages en vers d'un talent aussi mûr, d'un goût aussi sain, d'une poésie aussi brillante, d'une élégance aussi soutenue que les trois poèmes que la classe a distingués. •

1 Macbeth, Coriolan, la Tempête et le Songe d'une nuit d'été.

2 La Muse française, t. i, p. 141 ; t. h, p. 43.

3 C'est le titre sous lequel avait paru, au mois de Juin 1822, le premier recueil de Victor Hugo.

4 Emile Deschamps.

s Le comte James de Montrivault, cousin d'Alfred de Vigny, et colonel du 55e de ligne, ou le poète servait alors avec le grade de capitaine.

l'année 1817 237

vous voir. Je vous en prie, aimez-le pour moi. et qu'il vous dise de ses vers, je n'aurai pas besoin de vous dire d'en être enchanté. Il a déjà traduit sis tragédies de Shakespeare d'une manière originale, littérale, et la seule qui révèle le génie anglais. Il demeure hôtel de Hambourg, rue Jacob... ' »

Si l'on ne menait pas grand bruit, en 1817, autour de cet excellent M. Bruguière de Sorsum, il est bien vrai qu'à ce moment Mme Cottin était célèbre. Ses romans, dont aucun, pour le dire en passant, ne porte le titre de Malek-Xdel 2, comptaient encore d'assez nombreux lecteurs. On n'allait point cependant jusqu'à la considérer comme le premier écrivain de l'époque. La supériorité de Chateaubriand et de Mme de Staël comme écrivains était universellement reconnue ; nul ne songeait à placer sur la même ligne et surtout au-dessus d'eux, l'auteur de Claire dAlbe et de Mathilde. Si cette pensée avait pu venir à quelqu'un, elle eût été, sans nul doute, accueillie par ses éditeurs, MM. Le Normant et Michaud, et elle se serait produite dans les réclames qu'ils envoyaient aux journaux, et sur lesquelles ils auraient volontiers écrit ce vers de Boileau :

Qui n'aime pas Cottin, n'estime pas son roi.

1 Extrait d'une lettre d'Alfred de Vigny, dont je dois la communication à l'obligeance de Mme Gaston de Saint-Valry. J'ai publié, dans Victor Hugo avant 1830, pages 320 et suivantes, le texte complet de cette curieuse et très remarquahle lettre.

2 Malek-Adel est un des personnages du roman publié en 1805, par Mm8 Cottin, sous ce titre : Mat/tilde ou Mémoires tirés de l'histoire des Croisades, 6 vol. in-12, Paris, L.-G. Michaud, éditeur.

238 l'année 1817

Et cependant, voici ce qu'ils se bornaient à dire : « Parmi les romans publiés depuis une vingtaine d'années, il n'en est point qui aient obtenu plus de succès, et un succès plus mérité, que ceux de Mme Cottin ». » Notons, d'ailleurs, qu'en 1817, Mme Cottin était morte depuis dix ans.

« Lord Byron, continue Victor Hugo, commençait à poindre en 1817 ; une note d'un poëme de Millevoye l'annonçait à la France en ces termes : « un certain lord Baron. » Millevoye n'annonçait rien de semblable à la France en 1817, par l'excellente raison qu'il était mort le 12 août 1816. En 1815, il avait publié un petit volume contenant Alfred, roi d'Angleterre, poëme en IV chants et La rançon d'Ègild, poëme tiré d'une tradition Scandinave ; chacun des chants du poëme d1 'Alfred était accompagné de notes, et dans l'une d'elles, après avoir cité quelques vers de la Dame du lac, il disait : « M. Walter Scott, auteur de plusieurs poèmes du « même genre, tels que Marmion, Le lai du Ménestrel, « etc., n'est pas le seul poète dont s'honore, de nos « jours, la littérature anglaise. On cite avec éloge les « ouvrages de lord Baron, de MM. Campbell, Moore et « plusieurs autres 2. » Lord Baron — si ce n'est pas tout simplement une faute de l'imprimeur, — a sans doute de quoi nous choquer aujourd'hui ; mais cepen-

1 Journal des Débats, du 6 octobre 1817.

* Alfred, roi d'Angleterre, etc., chant î, note 3. Paris, 1815, chez Eymery, un vol. in-12.

l'année 1817 239

dant il y a loin de ce lapsus calami à la phrase arrangée par Victor Hugo : un certain lord Baron ! phrase qui joint au tort de manquer d'exactitude celui de chercher à rendre ridicule un poète digne d'estime. Certes, les petites épopées de Millevoye ne sont pas à la hauteur de la Légende des siècles. Alfred, roi d'Angleterre, ne vaut pas Nugno, le petit roi de Galice, et la Rançon d'Egild fait assez piètre figure, j'en conviens, auprès du Parricide, petit poëme tiré lui aussi des traditions Scandinaves et l'une des plus belles inspirations de Victor Hugo; mais sied-il donc au génie de railler le talent? Le rôle de l'aigle est-il d'arracher une plume à l'aile de la fauvette ?

Il faut se rappeler, d'ailleurs, que le poëme de Millevoye fut écrit, non en 1817, mais en 1814, au lendemain de la chute de l'Empire. Or, sous Napoléon, la littérature anglaise avait été soumise, comme l'industrie, au blocus continental ; les idées passaient encore plus difficilement que les marchandises, et si l'on obtenait quelquefois, en les payant fort cher, des licences pour importer du coton ou du sucre, on n'en obtenait jamais pour introduire des journaux et des livres. Il n'avait pas été permis à Mme de Staël de célébrer les poëtes de l'Allemagne ; Savary et ses agents n'eussent pas manqué de rappeler à l'ordre l'audacieux qui eût vanté les poëtes de la perfide Albion, et je n'oserais pas affirmer que la note de Millevoye sur Walter Scott, lord Byron, Moore et Campbell eût pu paraître, si les événements de 1814 n'avaient pas eu lieu. Napoléon veillait à tout, et, au

240 l'année 1817

faîte de sa puissance, il prenait ombrage de tout, même d'un enfant qui, au coin du foyer domestique, balbutiait quelques mots d'anglais. « L'inquisition de cet homme contre la pensée était telle, a dit M. de Lamartine, dans le commentaire de sa Méditation sur Bonaparte, que la police de Paris ayant été informée qu'un jeune homme de Mâcon, âgé de dix-sept ans, prenait des leçons de langue anglaise d'un prisonnier de guerre en résidence dans cette ville, le préfet vint chez le père du jeune homme lui signifier, au nom de l'empereur, de faire cesser cette étude de son fils, s'il ne voulait pas porter ombrage au gouvernement. »

Sous un pareil régime, la méprise sur le certain lord Baron eût donc été possible, à la rigueur ; elle ne l'était plus sous la Restauration '.

En 1816, M. Léon Thiessé publia une traduction de la Fiancée d'Abydos, des Adieux de Child-Harold et de

1 Dans son Introduction aux fragments des leçons de Royer- Cotlard, Théodore Jouffroy fait remarquer que nos frontières avaient été fermées, sous l'Empire, à tout commerce intellectuel avec les autres peuples, «r La guerre avait suspendu, dit-il, toutes les communications savantes avec les autres parties de l'Europe, et les idées étrangères ne pouvaient venir, comme elles l'ont fait depuis, corriger, étendre et animer les nôtres. » Jouffroy parle ici des communications philosophiques ; ce qu'il dit peut s'appliquer également aux communications littéraires, et l'on sait que dans l'ordre d'exil intimé par la police impériale à Mme de Staël, dont le livre sur Y Allemagne venait d'être mis au pilon, se trouvait cette phrase significative : « Il m'a paru que l'air de ce pays ne vous convenait point, et nous n'en sommes pas réduits à chercher des modèles chez les peuples que vous admirez. Votre dernier ouvrage n'est pas français. »

l'année 1817 241

plusieurs autres morceaux de Byron ' ; en 1817, la gloire du grand poëte anglais avait si bien franchi le détroit que le Journal des Débats disait, dans son numéro du 15 avril :

« Lord Byron ne veut pas se laisser oublier des lecteurs. A peine avait on eu le temps de lire Manfred, qu'il vient de publier un autre poëme intitulé la Plainte du Tasse. Le Tasse, assez hardi pour avoir conçu de l'amour pour la princesse Eléonore d'Esté, est enfermé comme fou dans l'hôpital de Sainte-Anne, à Ferrare. C'est dans sa bouche que lord Byron met environ deux cent cinquante vers qui composent tout son poëme. C'est un de ses meilleurs ouvrages, et l'auteur y a prouvé qu'il peut réussir à peindre des sentiments tendres aussi bien que le crime et la scélératesse, ce dont on doutait jusqu'ici. i

Victor Hugo, qui fait vivre en 1817 Millevoye, mort au mois d'août 1816, écrit quelques lignes plus loin : « Il y avait un an que Mmc de Staël était morte, » et fait ainsi mourir en 1816 ou même dès la fin de 1815 Mme de Staël qui vivait encore en 1817.

Son salon, le plus célèbre et le plus influent de Paris, ne fut pas un seul instant fermé pendant tout l'hiver de 1816 à 1817. Les ministres des cours alliées s'y rencontraient avec quelques royalistes, qui hono-

1 Paris, chez Plancher, in-12, 1816. — M. Villemain, dans sa notice sur l'auteur de Child-Harold {Biographie universelle, l" et 2° édition), indique comme la première traduction de lord Byron qui ait paru en France celle de Mme L. Swanton Belloc, publiée en 1814, sous ce titre : Lord Byron, 2 volumes in-8° chez Renouard. Il y a là une petite inexactitude. Les deux volumes de Mm« Swanton Belloc, contenant la traduction de divers ouvrages de Byron avec l'original en regard, ont paru chez Renouard, non en 1814, mais en 1824. (V. le Journal de la lirairie, année 1824, n° 5530).

242 l'année 1817

raient en elle une des plus nobles victimes du despotisme impérial, et avec les principaux membres du parti libéral auquel appartenait son gendre, le duc de Broglie. Pozzo di Borgo y coudoyait le général La fayette, Mathieu de Montmorency Benjamin Constant, et l'ancien évoque d'Autun l'ancien archevêque de Malines.

Dans les premiers mois de 1817, la santé de Mme de Staël donna de vives inquiétudes, mais elles se calmèrent bientôt, et je trouve dans un recueil du temps, les Lettres champenoises ', une élégie sur sa convalescence. La maladie ne lui avait rien enlevé de cet esprit intarissable et charmant, fertile en mots heureux qui méritent d'être recueillis.

Pendant la convalescence dont nous parlons, elle avait désiré que M. Baour-Lormian, récemment élu à l'Académie française, lui fût présenté. La conversation tomba sur la traduction de la Jérusalem délivrée dont s'occupait alors notre académicien, et M. Baour, qui avait par hasard sur lui le chant d'Armide, le tira modestement de sa poche et commença de le lire. Ses vers furent d'abord extrêmement applaudis, mais, hélas ! on se lasse de tout, même des plus jolies choses. Il y avait déjà une grande heure que durait la lecture, quand le voisin de Mme de Staël, se penchant à son oreille, lui dit : « C'est fort beau, sans doute ; mais ne trouvez-vous pas que ce soit un peu long? » — « Je prends mon plaisir en patience, » répondit-elle 2.

1 Lettre ni, p. 23.

2 Lettres champenoises, lettre x, p. 24.

l'année 1817 243

Plus impitoyable que le poète, la maladie revint et les longues souffrances ; les organes, minés avant l'Age, s'affaiblirent, s'engourdirent, laissant le cœur entier et le génie debout. «. J'ai toujours été la même, vive et triste ; j'ai aimé Dieu, mon père et la liberté. » Telles furent quelques-unes de ses dernières paroles ; elles étaient adressées à M. de Chateaubriand. Mme de Staël mourut le 14 juillet 1817, à Paris, dans un hôtel de la rue Neuve-des-Mathurins '.

Sa mort fut un événement. Le docteur Portai publia le Tableau de sa dernière maladie ; on fit l'autopsie du cadavre et l'on constata la dimension extraordinaire du cerveau. — Les restes de Mme de Staël furent transportés le 26 juillet au château de Coppet et réunis à ceux de M. et de Mme Necker.

Les Considérations sur la Révolution française, auxquelles elle n'avait pas eu le temps de mettre la dernière main, parurent au mois de mai 1818.

Inexact à l'endroit de Mme de Staël, Victor Hugo ne l'est pas moins en ce qui touche la duchesse de Duras :

1 Cet hôtel portait le n° 9. Mme de Staël mourut dans l'appartement de Mmo Sophie Gay, auteur de Léonie et d'Anatole et mère deMme Emile de Girardin, son plus bel ouvrage. « Quelques mois avant sa mort, dit Mmc Sophie Gay (Plutarque français, iv), Mmo de Staël étant trop souffrante pour supporter la promenade en voiture, désira louer un appartement attenant à un jardin exposé au midi. Le rez-de-chaussée de la jolie maison que j'habitais alors (rue Neuve-des-Mathurins, n° 9) ayant toutes ces conditions, elle me fit prier de le lui céder. Je refusai d'abord... mais le baron de Staël étant venu me prier de ne pas résister au désir de sa mère, je cédai à ses instances... C'est donc chez moi, dans la chambre que j'habitai quinze ans, dans mon lit,

244 l'année 1817

« La duchesse de Duras, dit-il, lisait à trois ou quatre amis, dans son boudoir meublé d'X en satin bleu de ciel, Ourika inédite. » Comment l'aurait-elle fait, si Ourika n'était pas née, et elle ne Tétait point, ni elle, ni Edouard, son frère. Jusqu'en 1820, en effet, il n'y a pas trace dans la vie de Mme de Duras d'essai littéraire ni d'intention d'écrire. Sainte-Beuve, dans son excellente notice, composée d'après des témoignages et des documents irrécusables, est formel sur ce point. « Ce fut par hasard, dit-il, si elle devint auteur. En 1820 seulement, ayant un soir raconté avec détail l'anecdote réelle d'une jeune négresse élevée chez la maréchale de Beauveau, ses amis, charmés de ce récit (car elle excellait à raconter), lui dirent : « Mais pourquoi n'écririez-vous pas cette histoire? » Le lendemain, dans la matinée, la moitié de la nouvelle était écrite. Edouard vint ensuite, puis deux ou trois autres petits romans non publiés, mais qui le seront avant peu, nous aimons à le croire !. Elle s'efforçait ainsi de se dis-' traire des souffrances du corps en peignant celles de l'âme ; elle répandait en même temps sur chacune de ces pages tendres un reflet des hautes consolations vers lesquelles chaque jour, dans le secret de son

qu'elle a rendu le dernier soupir. » Eu mourant elle laissa à la fille de son hôtesse un brin de sa plume et de son laurier ; un souffle de génie, échappé des lèvres expirantes du grand écrivain, alla se poser sur le front rayonnant de la jeune Delphine, mais, hélas ! sans pouvoir s y fixer jamais ?

1 Ces romans inédits sont le Frère Ange, Olivier, les Mémoires de Sophie. Le vœu de Sainte-Beuve touchant la publication de ces trois ouvrages ne s'est pas réalisé.

l'année 1817 245

cœur, elle s'acheminait l. » Ourika n'a été publiée qu'en 1824, sous le voile de l'anonyme.

Au lieu de parler du « boudoir meublé d'X en satin bleu », Victor Hugo eût mieux fait de parler du salon de la duchesse de Duras. Un écrivain américain, George Ticknor, l'auteur d'une remarquable Histoire de la littérature espagnole, dans les curieuses notes qu'il a laissées sur Paris en 1817 et 1818, parle longuement de Mme de Duras, chez laquelle il fréquentait. Ardente, enthousiaste, extraordinairement instruite, bien que toujours simple et sans prétention, elle ne pouvait parler sans captiver tous ses auditeurs, même les plus célèbres, Chateaubriand, Humboldt, Talleyrand, etc., etc.. Femme du premier gentilhomme de la chambre du roi, elle était chargée, lors des grandes réceptions, de faire les honneurs du palais ; mais c'était surtout dans ses petites réunions intimes qu'on pouvait juger du charme magique de sa conversation. « Un soir qu'elle n'avait â sa table que sa plus jeune fille, M. de Humboldt et moi, dit George Ticknor, je fus littéralement transporté en l'écoutant. Une autre fois, j'assistais chez elle à une ravissante réunion en l'honneur de la duchesse de Devonshire. Chateaubriand y lut sa nouvelle sur les Abencerages, pleine de descriptions brillantes et poétiques, qui rappellent celle des environs de Naples dans les Martyrs. » Outre ses réunions du soir, la duchesse de Duras restait chez elle dans l'après-midi, de quatre à six heures, mais

1 Portraits de femmes, p. 68. Paris, 1845.

246 l'année 1817

seulement pour des intimes ou des personnages d'élite. M. Ticknor se rendait le plus souvent possible aux « petites cinq heures », comme les appelait Mme de Duras. Parmi les habitués, le plus assidu comme le plus illustre était Chateaubriand. Un soir, on parlait de l'état de l'Europe. Il s'écria tout-à-coup : « Je ne crois pas en la société européenne, » et, il appuya cette assertion pessimiste d'une série de phrases un peu déclamatoires, mais tellement brillantes que des arguments ne leur auraient pas donné plus de force. « Telle est la misère de notre condition, conclut-il, que nous assistons non seulement à la décrépitude de l'Europe, mais peut-être à celle du monde. » Ces paroles furent prononcées avec un tel accent et accompagnées de tels regards qu'un silence mortel s'ensuivit : « Il semblait, ajoute M. Ticknor, que pour tout le monde, comme pour moi-même, l'avenir fui devenu terriblement incertain. » Au bout de quelques instants, plusieurs des assistants se demandèrent ce que chacun d'eux individuellement devait faire devant une semblable perspective. Tous les regards se portèrent de nouveau sur Chateaubriand : — « Si je n'avais pas de famille, dit-il, je voyagerais ; non pas que j'aime les voyages — je les déteste ; — mais parce que je voudrais voir d'abord l'Espagne, afin de juger des résultats qu'y ont produits huit années de guerre civile, et ensuite la Russie, afin de mieux apprécier le pouvoir qui menace d'engloutir le monde. Quand j'aurais vu ces deux pays, je crois que je connaîtrais bien les destinées de l'Europe. Et alors j'irais fixer ma dernière résidence à Rome : c'est là que je bâtirais

l'année 1817 247

mon tabernacle ; c'est là, que je bâtirais ma tombe ; c'est là, parmi les mines de trois empires et de trois mille années, que je me donnerais tout entier à mon Dieu ' ! »

Comme il s'était trompé sur Mme de Duras, qu'il ne connaissait guère, Victor Hugo se trompe également sur Charles Nodier, avec lequel il était étroitement lié. « Charles Nodier, dit-il, écrivait Thérèse Aubert. » Je sais bien que Mme Mennessier-Nodier, dans le volume qu'elle a consacré à la mémoire de son père, a écrit, de son côté : « Cette année 1817 fut celle de la naissance de Thérèse Aubert, ainsi que l'indique Victor Hugo dans un étincelant chapitre des Misérables 2. » Mais je crois pouvoir récuser ici le témoignage de Mme Mennessier-Nodier, dont le livre laisse singulièrement à désirer sous le rapport des dates ; il y en a peu, beaucoup trop peu, et celles qu'elle donne sont trop souvent erronées. J'en citerai un ou deux exemples. Elle nous dit, à la page 253, que Trilby fut composé en 1823 ; j'ouvre le Journal de la librairie et je vois que Trilby parut au mois de

1 Life, letters and Journals of George Ticknor, deux volumes in-8°, Boston, 1876. — Un Américain à Paris en 1817, 1838 et 1857, par Anatole Langlois, dans le Correspondant du 10 octobre 1876. — Voy. aussi l'étude de Villemain sur M. de Féletz et quelques salons de so?i temps, dans ses Souvenirs contemporains.

8 Charles Nodier, Épisodes et souvenirs de sa vie. p. 213. — Paris, Didier, éditeur, 1867.

juillet 1822 ' . « Pendant cette année 1823, dit-elle encore, j'écrivis Smarra sous la dictée de mon père. » Or Smarra fut publié au mois de septembre 1821 2. Si Mmo Mennessier-Nodier s'est trompée pour 1823, il est moins étonnant encore qu'elle se soit trompée pour 1817, puisqu'elle n'avait que six ans à cette date, étant née, c'est elle-même qui nous l'apprend, le 26 avril 1811 3.

Ce témoignage écarté, reste une considération qui ne permet pas d'admettre que Charles Nodier ait écrit Thérèse Aubert en 1817.

Les premières années de la Restauration furent pour lui une époque d'activité et de production incessantes. Attaché à la rédaction du Journal des Débats, romancier, bibliophile, quelque peu dramaturge, il laissait tomber de sa plume, sans les compter, des articles de polémique et des feuilletons de théâtre, des mélodrames et des nouvelles, et c'est ainsi qu'il fit paraître, en 1817, outre de nombreux articles de journaux, un Commentaire des fiables de la Fontaine dédié au Roi, Jean Sbogar en 1818, Thérèse Aubert en 1819, Adèle, deux volumes de Mélanges de littérature et de critique, Lord Ruthwen ou les Vampires en 1820. —

i Trilby ou le Lutin d'Argail, nouvelle écossaise, par Ch. Nodier. Paris, 1822, chez Ladvocat. Un vol. in-12. Journal de la librairie. 1822, page 458.

2 Smarra ou les Démons de la nuit, songes romantiques, traduit de l'esclavon du comte Maxime Odin, par Charles Nodier. Paris, 1821. Un vol. in-12, chez Ponthieu. Journal de la librairie, 1821, p. 485.

3 Charles Nodier, etc., par Mme Mennessier-Nodier, p. 120.

l'année 1817 249

Nodier n'écrivait point comme Mme de Duras pour le plaisir de quelques amis délicats ; il écrivait pour le public ; ses oeuvres ne demeuraient pas de longues années renfermées au fond d'un tiroir ; il les livrait à l'impression aussitôt qu'elles étaient terminées. « J'ai besoin de travailler, mais je n'en ai pas le goût, dit-il luimême dans une lettre reproduite par sa fille ; je travaille pour vivre '. » En présence d'une telle déclaration, comment admettre que, s'il eût composé Thérèse Aubert en 1817, il eût attendu pour publier ces quelques pages le mois de mars 1819 ?

Quoiqu'il en soit de la date à laquelle Thérèse Aubert a été composée, c'est certainement à tort que Victor Hugo rattache à l'aunée 1817 la publication du Voltaire- Touquet. « En 1817, dit-il, deux choses étaient populaires : le Voltaire-Touquet et les tabatières à la Charte. »

Le colonel Touquet, réduit à la demi-solde par les événements de 1815, ne se fit libraire-éditeur à Paris qu'en 1820. Il ne fut même breveté, comme libraire, que le 22 août 1821, et il ne prêta serment comme tel qu'au mois de septembre 1822 2. Son magasin était situé rue de la Huchette, n° 40, au coin du quai Saint- Michel.

1 Op. cit., p. 206.

2 Mo?iiteur du 30 septembre 1822.

250 l'année 1817

Ce n'est pas en 1817, mais en 1820 seulement qu'il publia une édition à bon marché des Œuvres choisies de Voltaire, en 15 volumes in-12 : inutile de dire que le brave colonel ne s'était pas fait faute de comprendre dans son choix les écrits les plus obscènes et les plus impies du patriarche de Ferney. Le premier volume parut au mois de septembre 1820. {Journal de la Librairie, 1820, n° 3171.) — « Nous avons eu une Charte-Touquet à vil prix, » écrivait le journal de Victor Hugo, le Conservateur littéraire, dans sa livraison d'octobre 1820 ; « on nous promet maintenant un Voltaire-Touquet à bon marché l. »

Pendant ce temps, un des anciens compagnons d'armes du colonel Touquet, un ex-officier de la garde impériale, le capitaine Dulac, faisait, lui aussi, de la librairie, mais d'une façon peut-être plus intelligente. Notre capitaine tenait, rue des Jeûneurs, un commerce de liqueurs : il imagina des bouteilles-livres, qu'il intitula : Esprit de Voltaire, Esprit de Rousseau, Esprit de Molière, etc. Elles se vendirent à un nombre considérable d'exemplaires : le pavillon couvrait la marchandise 2.

En 1821, Touquet prépara, en même temps qu'un Rousseau en 12 volumes, une nouvelle édition de son auteur favori en 75 volume in-12, et il inonda la France entière d'un prospectus où il annonçait à la fois Quatre Voltaire, savoir : 1° le Voltaire de la petite propriété;

1 Conservateur littéraire, n, 72.

2 Th. Muret, Y Histoire par le théâtre, n, 230.

l'année 1817 251

2° le Voltaire du commerce ; 3° le Voltaire de la grande propriété : ces trois éditions ne différaient entre elles que par la qualité du papier sur lequel elles étaient tirées et par le prix ; 4° le Voltaire des chaumières : c'était, avec de nouveaux titres et des couvertures nouvelles, le l'estant de l'édition des Œuvres choisies. Le Voltaire des chaumières s'écoula facilement : le Soldat-laboureur , qui était alors dans tout son éclat et dans toute sa vogue *, sut gré au Colonel-éditeur de ne l'avoir pas oublié et d'avoir travaillé pour lui.

Malheureusement pour Touquet, les choses n'allèrent pas aussi bien du côté de la petite et de la grande propriété, sollicitées par d'autres éditions faites avec plus de soin que les siennes. Le commerce lui-même ne répondit pas à son appel ; les commis-voyageurs préféraient acheter les Chansons de Béranger, moins coûteuses et plus portatives. Le débit des Quatre Voltaire ne tarda pas à s'arrêter presque entièrement : la catastrophe, quelque temps retardée, éclata enfin. Ce fut un désastre complet, un véritable Waterloo commercial. Trahi par la fortune, entouré d'un régiment de créanciers, plus impitoyable qu'un régiment d'Anglais, l'intrépide colonel ne mourut pas, mais fut obligé de se rendre... en Belgique, où il arriva suivi de ce refrain moqueur, emprunté à une chanson populaire :

• Le Soldat- laboureur, vaudeville de Brazier, Dumersan et Francis, fut joué pour la première fois aux Variétés, le 1er septembre 1821.

252 l'année 1817

S'il tombe dans le ruisseau, C'est la faute de Rousseau :

Et si le voilà par terre, C'est la faute de Voltaire.

Les éditions Touquet, publiées seulement, comme nous l'avons dit, en 1820 et 1821, avaient été précédées de nombreuses réimpressions de Voltaire. L'année 1817 mérite, à cet égard, une mention spéciale : elle vit commencer quatre éditions différentes des Œuvres complètes, celles de Déterville et Lefevre, en 42 volumes in-8°, — de Plancher, en 44 volumes in-12, — de Perronneau, en 56 volumes in-12, — et de Desoer, en 12 volumes grand in-8.

Quatre éditions pour une seule année, c'était beaucoup ; Victor Hugo trouve sans doute que ce n'est pas assez et il écrit : « Le libraire Pélicier publiait une édition de Voltaire sous ce titre : Œuvres de Voltaire, de l'Académie française ; « cela fait venir les acheteurs, » disait cet éditeur naïf. »

J'ai demandé cette édition à mainte bibliothèque : on n'a pu me la procurer nulle part. Je l'ai cherchée dans la France littéraire de Quérard, elle n'y figure point. Nous nous trouvons placé, par suite, dans une alternative fort délicate : ou il faut supposer que Victor Hugo connaît mieux que Quérard la bibliographie de Voltaire ; ou il faut admettre que, voulant faire une épigramme contre l'Académie française, et pour cela, ayant besoin d'un nom d'éditeur, il a pris celui de Pélicier, sans rechercher si ce dernier avait réellement publié une édition de Voltaire, mais uniquement

l'année 1817 253

parce que son nom était resté dans sa mémoire. Pélicier. en effet, a été le premier éditeur de Victor Hugo; c'est lui qui a consenti à publier, au mois de juin 1822, son premier volume de vers : serait-ce pour cela que Victor Hugo a cru pouvoir l'appeler un éditeur naïf*. C'est également Pélicier, dont le magasin était situé place du Palais-Royal, n° 243, qui publia en cette même année 1822, le premier recueil de vers d'Alfred de Vigny qui parut, sans nom d'auteur, sous ce titre : Poèmes. Quelle merveilleuse succession de chefd'œuvre : en 1819, les Poésies d'André Chénier ; en 1820, les Méditations de Lamartine ; en 1822, les Poèmes d'Alfred de Vigny et les Odes et Poésies diverses de Victor Hugo ' !

Au colonel Touquet revient également l'honneur d'avoir mis à la mode les Tabatières à la Charte — non en 1817 mais à la fin de 1820, ainsi que l'établit un prospectus distribué dans les premiers jours de novembre 1820 et en tête duquel on lisait ces mots : « A la Charte-Touquet, ?'iie de Biche lieu ,83. Première mise en vente de deux cent mille tabatières constitutionnelles -. » Quatre tableaux différents entraient dans la composition de ces tabatières : 1° la Charte élevée sur

1 Les Odes et Poésies diverses forment un volume in-32 de 324 pages ; il renferme vingt-quatre odes et trois pièces qui n'ont pas été recueillies par Victor Hugo dans les éditions suivantes : tes Derniers Bardes, une Idylle, publiée dans le Conservateur littéraire s^us ce titre : les Deux Ages, et Raymond d'Ascoli, élégie également publiée dans le Conservateur sous le titre du Jeune Banni.

2 Journal de la Librairie, 1820, N° 3960.

un autel, avec cette inscription : Serment du 16 mars 1815 ; 2° la colonne de la place Vendôme : 3° la Charte gravée dans un cercle de vingt lignes de rayon ; 4° un calendrier pour l'année 1821. Prix : 1 fr. 25s. 30s et 408 ».

Cette invention s. g. d. g. fut au début extrêmement prisée : les abonnés du Constitutionnel n'auraient pas cru avoir de bon tabac dans leur tabatière si la Charte n'eût pas été gravée sur le couvercle. Le succès fut cependant trop peu durable pour empêcher la ruine de Touquet, dont nous avons parlé plus haut ; et qui sait si, dans son malheur, il n'a pas entendu quelques-uns de ses coreligionnaires lui répéter, sur un air connu :

J'ai du bon tabac dans ma tabatière ; J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas !

Tandis que Victor Hugo veut rattacher à l'année 1817 des ouvrages qui lui sont étrangers, il néglige d'en signaler d'autres qui appartiennent véritablement à l'année dont nous nous occupons. Je n'en citerai que deux, le premier volume de VEssai sur l'indifférence et le livre du Pape.

Le livre de Joseph de Maistre a paru seulement en 1819, à Lyon, mais le Discours préliminaire est daté de mai 1817 et nous voyons dans la correspondance du grand écrivain avec son éditeur, M. Déplace, qu'il

1 Prospectus des Chartes-Touquet. A la Bibliothèque nationale.

l'année 1817 255

attachait beaucoup d'importance à cette date. Il lui mandait de Turin, le 19 décembre 1818 : « Je tiens beaucoup à ce que l'ouvrage soit daté, ou à la fin du discours préliminaire ou à la fin de l'ouvrage (mai 1817). M. Baillot vous l'aura peut-être marqué '. » D'un autre côté, on lit dans la préface mise en tête de l'édition de 1819 : « L'ouvrage que nous publions devait paraître vers la fin de 1817. Des obstacles, qu'il ne nous a pas été possible de surmonter et qu'il est inutile de rappeler aujourd'hui, nous ont forcés d'en retarder l'impression jusqu'à ce moment. »

Si le livre du Pape avait pu paraître vers la fin de 1817, sa publication aurait coïncidé avec celle du premier volume de YEssal sur V indifférence, et la même année aurait vu naître deux des chefs-d'œuvre de notre langue, deux des plus beaux monuments que le génie ait élevés à la religion et aux lettres. Mis en vente au mois de décembre 1817 2, le premier volume de Y Essai obtint, dès son apparition, un succès considérable. « La Providence bénit d'une manière étonnante ce pauvre livre, écrivait l'auteur à son ami, l'abbé Brute, le 22 février 1818... En deux mois, la première édition, c'est-à-dire 1,500 exemplaires, ont été enlevés. Je prépare en ce moment une seconde édition où, d'après le conseil de quelques amis, et contre le gré

1 Notice sur Guy-Marie- Déplace, suivie de lettres inédites de Joseph de Maistre à M. Déplace, par F.-Z. Collombet, Lyon,

2 Journal de la librairie, année 1817, n° 4066.

256 l'année 1817

de quelques autres (car les sentiments ne sont pas d'accord), je retranche et corrige beaucoup de choses. » L'abbé Jean de la Mennais écrivait de son côté, le 11 mai 1818 : « Féli vous a envoyé son Essai ; livre excellent, admirable, qui finit toutes nos controverses avec les philosophes, comme le» ouvrages de Bossuet avaient fini celles de son temps. C'est un coup de massue donné d'un bras vigoureux sur la tête de nos sages ; aussi frémissent-ils de colère et jettent-ils de beaux cris. Quoi qu'il en soit, la première édition est vendue ; la seconde le sera bientôt ; il semble que cette malheureuse France, qu'on croyait perdue sans retour, soit affamée de religion \ »

U Essai avait été écrit en 1816 et en 1817 '2, durant le séjour de la Mennais dans l'impasse des Feuillantines. Voici en quels termes Victor Hugo s'exprime sur le célèbre écrivain et cette période de sa vie : « L'abbé Caron parlait avec éloge, en petit comité de séminaristes dans le cul-de-sac des Feuillantines, d'un prêtre inconnu, nommé Félicité Robert, qui a été plus tard la Mennais. » Dans ces quelques lignes encore, presque autant d'erreurs que de mots.

Pendant la Révolution et l'Empire, le saint abbé

» Lettres inédites de J.-M. et F. de la Metinais, recueillies par M. Henri de Courcy, et précédées d'une introduction par M. Eugène de la Gournerie, pages 140 et 142.

2 Commencé vers le mois d'avril 1816, le premier volume de YEssai sur V indifférence a été terminé vers le mois d'octobre 1817. V. Lettres inédites, etc., pages 129 et 134. — Correspondance de la Mennais, publiée par M. Forgues, lettre du 17 avril

LANNKE 1817 257

Carron (Victor Hugo, dominé sans doute par la puissance de ses souvenirs classiques, écrit à tort Caron,) avait fondé à Somers-town, près Londres, plusieurs établissements charitables, et notamment deux maisons d'éducation destinées à recevoir les enfants des émigrés pauvres ; à la première Restauration, il fut invité par Louis XVIII à venir à Paris, amenant avec lui ses élèves et les dames qui s'étaient consacrées, sous sa direction, à cette oeuvre de dévouement. « La maison que l'abbé Carron, dit son historien, choisit pour y installer son intéressante colonie était située rue du Faubourg-Saint-Jacques, impasse des Feuillantines '... Le titre officiel de l'établissement varia. D'abord on l'appelait Institut des nobles orphelines. Plus tard, en 1816, sur la demande de l'abbé Carron, Madame la duchesse d'Angoulême consentit à ce que l'établissement prît le nom d'Institut royal de Maine-Thérèse. Mais le nom des Feuillantines est resté le plus populaire dans l'esprit de celles qui y passèrent les plus douces années de leur vie, et c'est toujours sous ce titre qu'elles aimaient à le désigner entre elles. — C'était un lieu très propre au but qu'on se proposait. La position était saine et agréable. Il y avait un jardin assez spacieux, de longues allées, et un petit bosquet de marronniers, qui pouvaient servir pour donner la récréation aux élèves, tandis qu'une autre

1 Au n° 12 de l'impasse des Feuillantines. C'est la même maison que V. Hugo avait habitée pendant son enfance, du commencement de 1809 à la fin de 1810, et pendant les années 1812 et 1813.

258 l'année 1817

partie de l'enclos était réservée à l'abbé Carron et aux dames directrices * . »

Le retour de 1 île d'Elbe obligea l'abbé Carron à reprendre le chemin de l'exil ; il se trouvait, en effet, compris dans l'un des nombreux décrets de proscription que Napoléon avait publiés à Lyon, — dans le septième, qui ordonnait aux émigrés rentrés en France depuis le 1er Avril 1814 de sortir sur le champ du territoire de l'Empire, sous peine d'être arrêtés et jugés conformément aux lois portées par les assemblées révolutionnaires. Le 28 Mars, il mit à la voile pour l'Angleterre, et se retira dans l'un des faubourgs de Londres, à Kensington ; il ne revint en France qu'au mois de Novembre 1815. L'Ami de la religion et du roi, du 2 Décembre, annonçait ainsi son retour

« M l'abbé Carron, si connu en Angleterre et en France par ses établissements de charité, vient d'arriver dans sa patrie, qu'il avait quittée de nouveau au printemps dernier. Il a ramené avec lui les jeunes élèves qu'il avait rassemblées à Londres, et occupe la maison qu'il habitait précédemment dans l'enclos des Feuillantines... Il faut espérer que cet homme respectable, qui a honoré son pays, ne sera plus réduit à le quitter une troisième fois, et qu'il pourra donner tranquillement l'essor à cette charité active qui lui a fait faire tant de grandes choses, et qui trouvera à s'exercer au milieu des désastres de la religion et de la patrie. »

La maison des Feuillantines, que l'abbé Carron ne devait plus quitter et où il mourut, le 15 Mars 1821, comprenait, en 1817, deux catégories de pensionnaires :

1 Vie de l'abbé Carron, par un Bénédictin de la congrégation de France. Paris, 1866, chez Douniol, p. 501.

les élèves royales, au nombre de vingt-cinq, puis de trente, pour lesquelles le roi payait une pension de 600 livres, et les élèves surnuméraires, qui étaient une douzaine environ, appartenant presque toutes à des familles bretonnes. « Les pieuses dames qui avaient été, pendant l'exil, les fidèles coopératrices des bonnes œuvres du saint prêtre, au lieu de se fixer, à leur retour en France, dans leurs familles, où leur présence était ardemment désirée, se résolurent, par un généreux dévouement, à ne point quitter leur bon père et à continuer de seconder son zèle '. » C'étaient Mme de Cougnac et sa nièce Mme de Chasteigner, Mlles de Trémereuc, d'Ozonville, de Villiers, et enfin MUe de Luciniôre, femme du plus rare mérite, dont la correspondance avec la Mennais atteste un talent hors ligne 2. Quelques laïques, le chevalier de Rumédon et le chevalier de la Morinais, neveu à la mode de Bretagne de l'abbé Carron, quelques vieux prêtres, l'abbé le Tourneur, l'abbé Lowenbruck, l'abbé Carrissan, le Père Fauvel, les abbés Dumenildot, Mesnou, Levasseur, habitaient également la maison des Feuillantines. C'est là, au milieu de cette famille dont l'abbé Carron était le pèi*e, que la Mennais passa les plus belles et les plus douces années de sa vie (1816-1819). « L'abbé Féli de la Mennais, lisons-nous dans les Notes de Mme Agathe Carron, qui était à cette époque l'une des élèves surnu-

1 Vie de l'abbé Carron, p. 534.

2 V. Correspondance de la Mennais, publiée par M. Forgues, 2 vol. in-8.

tnéraires, habitait aussi sous ce toit béni. D'une chétive santé, d'une vie laborieuse et irréprochable, il ne remplissait aucune fonction sacerdotale autre que sa messe et son bréviaire ; mais il consacrait tous ses instants à l'étude et à la composition. Il avait à son service un petit juif, qu'il instruisit et baptisa dans notre chapelle. Souvent ses travaux lui faisaient sentir le besoin de quelque distraction , et comme il était aussi gai que caustique, il s'abaissait avec nous et ses nièces ' à mille enfantillages... Tout cela était alors pris en très bonne part, et l'on admirait sans cesse le grand homme qui se faisait simple avec les simples 2. » Ecoutons maintenant la Mennais lui-même : « Vous me plaignez donc beaucoup, mon excellente amie ? écrivait-il de la Chênaie, le 27 janvier 1820, à Mlle de Lucinière ; hélas ! vous avez raison, puisque je suis loin de vous, loin de notre père, loin de tous nos chers Feuillantins et Feuillantines. » Et plus tard, quand les jours d'orage sont venus et que la tempête a déraciné la foi dans son âme et brisé toutes ses espérances, avec quels amers regrets sa pensée se reporte vers l'humble et paisible maison du Faubourg Saint- Jacques ! « Comme vous, écrivait-il àMlle de Trémereuc, le 6 février 1836, je me rappelle souvent ces jours heureux de Kensington et des Feuillantines, et je remarque tristement combien la vie, — dans son cours rapide et quelquefois trop lent, — va sans cesse se

* Les filles de sa sœur, Mme Blaize.

a Voy. la Vie de Vabbè Carron, p. 560.

l'année 1817 261

rétrécissant et se colorant de teintes plus sombres. Réunis autrefois auprès d'un si bon père, nous voilà tous maintenant dispersés, tandis que le temps, qui ne s'arrête point, apporte à chacun de nous infirmités, souffrances, misères l. »

On le voit, la communauté des Feuillantines, avec ses « dames, » ses jeunes filles et ses vieux prêtres, revenus de l'émigration, ne ressemblait guère à ce que Victor Hugo appelle un petit comité de séminaristes. Ajoutons que, ni pour les membres de cette communauté, dont il faisait lui-même partie, ni pour aucun de ceux qui s'occupaient à cette époque des questions religieuses, l'abbé de la Mennais ne pouvait être un prêtre inconnu. Ne s'était-il pas déjà signalé par des livres, des brochures et des articles qui attestaient un admirable talent d'écrivain et de polémiste ? Son premier ouvrage, les Réflexions sur l'état de l Église en France pendant le dix-huitième siècle et sur sa situation actuelle (1808), avait été saisi et supprimé parla police impériale, mais une seconde édition avait paru avec le nom de l'auteur, immédiatement après la Restauration. Il avait aussi publié, en 1814, les trois volumes de la Tradition de V Eglise sur l'institution des évêques, fruit de sa collaboration avec son frère, l'abbé Jean. Le succès dépassa les espérances des deux frères, qui écrivaient, le 19 septembre 1814, à l'abbé Brute : « Notre lettre accompagne un exemplaire de la Tra-

1 Correspondance de F. la Mennais, publiée par M. Forgues, i, 85, et n, 446.

262 l'année 1817

dition, qui a pu enfin paraître à 1 époque que nous nous y attendions le moins.... L'impression que cet ouvrage produit ici nous paye assez du travail quil nous a coûté. »

Entraîné vers le jonrnalisme par la fouge de son caractère et l'ardeur de ses convictions, la Mennais publia, de 1814 à 1817, des articles reproduits, pour la plupart, en brochures, et qui eurent un grand retentissement. Nous en citerons quelques-uns : Sur la dotation du clergé ; De V Université impéricle (1814) ; — De l'influence des doctrines philosophiques sur la société (1815) ; — Du Clergé ; Sur V observation du dimanche (1816) ; Du droit du gouvernement sur l'éducation (1817) '. Grâce à tous ces écrits, complétés et couronnés par le premier volume de Vfissai, le prêtre inconnu de Victor Hugo jouissait en 1817 d'une célébrité qui était bien prés d'être de la gloire 2. Son nom était dans toutes les bouches, mais ce nom lui-même, quel était-il ? Selon Victor Hugo, l'auteur de YEssai sur l'indifférence se nommait à cette époque Félicité Robert; ce n'est que plus tard qu'il se serait appelé la Mennais : assertion non moins erronée que les précédentes.

i Tous ces morceaux se trouvent dans les premiers Mélanges religieux et philosophiques de la Mennais, 1819.

2 Dans un article écrit en 1823, et reproduit à la page 226 de Littérature et philosophie mêlées, Victor Hugo constate que « l'abbé F. de la Mennais est parvenu, dès ses premiers pas, au sommet de l'illustration littéraire, » et il ajoute que « l'époque de l'apparition de l'Essai sur l 'indifférence sera une des dates de ce siècle. »

l'année 1817 263

La correspondance des denx frères de la Mennais avec Mgr Brute, recueillie par M. Henri de Courcy, et qui va de 1806 à 1833, comprend presque exclusivement des lettres écrites de 1806 à 1819. Aucune de ces lettres n'est signée Robert ; toutes portent pour signature tantôt l'initiale M., tantôt La M, et plus souvent J.-M. Mennais et F. Mennais. Je trouve dans les Notes et souvenirs de M. Forgues ' une lettre de l'évêque de Rennes, datée du 16 avril 1812, et adressée « à M. l'abbé de la Mennais (le jeune) à la Chesnais, près Saint-Malo. » L'édition des Réflexions sur l'état de l'Eglise, qui parut en 1814, porte le nom de la Mennais. C'est aussi le seul qui figure sur les diverses publications indiquées plus haut et qui prennent place entre les années 1814 et 1818. Ce nom appartenait d'ailleurs bien légitimement à l'illustre écrivain, ainsi que l'établit le texte des lettres de noblesse accordées en 1788, sur la demande même des Etats de Bretagne, à son père le sieur de la Mennais, pour sa généreuse conduite et son admirable désintéressement pendant les deux disettes de 1782 et de 1786 2.

Un jour vint où il ne voulut plus de cette noblesse si honorablement acquise ; à partir de 1834, il ne signa plus que F. Lamennais ; mais il ne crut pas cependant devoir pousser l'esprit démo-

1 En tête de la Correspondance de la Mennais ; elle ne commence, dans ce recueil, qu'en 1818.

2 Voy. Essai biographique sur M. F. de la Mennais, par A. Blaize, p. 16.

264 l'année 1817

cratique jusqu'à se faire appeler Robert, nom qu'il n'a jamais porté, si ce n'est pendant quelques jours et dans une circonstance exceptionnelle. Au mois d'avril 1815, menacé ou croyant l'être par le gouvernement impérial, il se réfugia à Guernesey et y vécut quelque temps sous le nom de Patrick Robertson [Rcberts'son, fils de Robert). l. De Guernesey, il se rendit bientôt à Londres, où il alla trouver l'abbé Carron à Kensington et reprit son nom de la Mennais.

Et maintenant, ne sommes-nous pas en droit de conclure de tout ce qui précède que si Victor Hugo nous a peint, en vers admirables, Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813 2, il a été fort mal renseigné sur ce qui se passait aux Feuillantines vers 1817 ?

A côté de la renommée naissante de la Mennais s'élevait la grande renommée de Chateaubriand, qui était à son apogée et dominait alors toutes les autres : alias inter caput extulit.

Dans cette arène où l'on t'admire, Sois fier d'avoir tant combattu, Honoré du double martyre Du génie et de la vertu.

Poursuis, remplis notre espérance :

Sers ton Prince, éclaire la France,

1 Forgues, Notes et souvenirs.

» Voir, dans les Rayons et les Ombres, la pièce qui porte ce titre.

l'année 1817 265

Dont les destins vont s'accomplir ; L'Anarchie, altière et servile, Pâlit devant ton front tranquille Qu'un tyran n'a point fait pâlir '.

Ainsi chantait Victor Hugo en 1820. Après les Odes et Ballades, les Misérables ; après la poésie, la prose : • Chateaubriand, debout tous les matins devant sa fenêtre du N° 27 de la rue Saint-Dominique, en pantalon à pied et en pantoufles, ses cheveux gris coiffés d'un madras, les yeux fixés sur un miroir, une trousse complète de chirurgien-dentiste ouverte devant lui, se curait les dents, qu'il avait charmantes, tout en dictant la Monarchie selon la Charte à M. Pilorge, son secrétaire. » Singulière fantaisie, il faut en convenir, que celle de Chateaubriand s'amusant à dicter, tout en se curant les dents, des pages depuis longtemps imprimées: ou plutôt ignorance singulière de Victor Hugo, qui aurait dû savoir, ce qui est partout, — dans toutes les histoires de la Restauration, dans les Mémoù'es d'outretombe, dans la préface et le post-scriptum de la Monarchie selon la Charte, — que la publication de cet écrit se rattache à la promulgation de l'ordonnance du 5 septembre 1816 ; que ce sont là deux faits, deux événements inséparables l'un de l'autre et qui ont tous les deux une date commune.

Lorsque parut dans le Moniteur du 7 septembre 1816 l'ordonnance royale signée le 5, aux termes de laquelle la Chambre de 1815 était dissoute, Chateaubriand

1 Le Génie. Ode à M. de Chateaubriand.

266 i/annêe 1817

corrigeait les dernières épreuves de son éloquente brochure, manifeste hardi du gouvernement parlementaire, dans sa première partie, et, dans la seconde, pamphlet véhément dirigé contre le système ministériel et en particulier contre M. Decazes.

Blessé au cœur, comme tous les hommes de son opinion, par la dissolution de la Chambre, il ajouta sur le champ à son écrit un brûlant post-scriptum , où il protestait contre l'ordonnance royale, n'hésitant pas d'ailleurs à révoquer en doute la conformité de la volonté du Roi avec celle de ses ministres.

Le jour fixé pour la mise en vente, — c'était le 18 septembre, — M. Decazes, se fondant sur ce que l'éditeur, M. Le Normant, avait envoyé un assez grand nombre d'exemplaires dans les départements et même en avait laissé circuler quelques-uns à Paris avant de faire le dépôt exigé par la loi du 21 octobre 1814, ordonna la saisie du livre. Prévenu aussitôt, Chateaubriand se transporta dans les ateliers de M. Le Normant, situés rue de Seine, au numéro 8, et s'opposa, en s'autorisant de son titre de pair de France, à la saisie et à l'enlèvement des exemplaires ; les ouvriers, aux cris de : Vive le Roi ! vive la liberté de la presse ! vive M. de Chateaubriand ! brisèrent les scellés apposés sur les volume s, les feuilles et les formes par le commissaire de police et les officiers de paix, et cette petite émeute se prolongea jusqu'à l'arrivée de la gendarmerie '.

1 Au tome 1er de ses Mémoires, pages 437 et suivantes,

l'année 1817 267

• Cédant à la force, Chateaubriand se retira et se rendit chez un notaire, M. Louis-Marthe Mesnicr, qu'il requit de consigner sa déclaration du fait de l'arrestation de son ouvrage.

Une nouvelle édition fut imprimée sans retard ; on satisfit cette fois à toutes les formalités légales, et le ministère, pour empêcher la circulation du livre, dut recourir aux tribunaux ; mais les magistrats rendirent, le 9 novembre 1816, une ordonnance de non-lieu, et la Monarchie selon la Charte, recommandée par le nom de l'auteur et son énergique résistance, par la saisie de la police et les terreurs du ministère, parut enfin avec un succès qu'il est aisé de comprendre et qui eut dans l'Europe entière un immense retentissement. Ce succès ne laissa pas de coûter assez cher à l'illustre publiciste. Le 20 septembre 1816, il fut rayé de la liste des ministres d'État, et la pension attachée à cette place lui fut retirée. « Je fus obligé de vendre mes livres, dit-il, à cette occasion, dans les Mémoires d'outre-tombe ; M. Merlin les exposa à la criée, à la salle Sylvestre, rue des Bons-Enfants. Je ne gardai qu'un petit Homèr egrec, à la marge duquel se trouvaient des essais de traductions et des remarques écrites de ma main '. » La bibliothèque de Chateau-

M. Guizot a publié : 1° le Procès-verbal de saisie de la. Monarchie selon la Charte, pour cause de contravention aux lois et règlements sur limprimerie ; 2° la Correspondance échangée à cette occasion entre le vicomte de Chateaubriand, le comte Decazes, ministre de la police générale, et M. Dambray, chancelier de France.

1 Mémoires d'outre-tombe, vu, 227.

268 l'année 1817

briand fut vendue le 29 avril 1817 et les jours suivants *. Il dut en même temps se résigner à un autre sacrifice, celui de sa maison de campagne, — la Vallée-aux- Loups, — où il avait écrit les Martyrs et Y Itinéraire.

« On vient de mettre en vente, dit le Journal des Débats dans son numéro du 12 avril 1817, une maison de campagne en partie meublée, située à Aulnay. commune de Châtenay, près Sceaux-Penthièvre, appelée la Vallée ou le Val-de-Loup. Cette maison, qui n'était qu'une chaumière avec une vigne et un verger quand le propriétaire actuel en fit l'acquisition en 1807, est aujourd'hui une maison agréable, placée dans un parc de vingt arpens enclos de murs et planté avec soin. On y trouve la collection presque entière des arbres exotiques ou naturels au sol de la France. Le tout présente l'aspect d'une vallée solitaire, environnée de bois qui semblent en faire partie. Nous pouvons parler en connaissance de cause de cette demeure charmante, de ces beaux arbres trop tôt ravis aux mains qui les ont plantés; et nous félicitons d'avance celui qui devra à la faveur du sort la propriété d'une campagne qui, comme celle de Tibur et d'Auteuil, sera à jamais illustrée par le nom et le souvenir de son premier créateur. »

La Vallée-aux- Loups fut acquise par le vicomte de Montmorency. Il ne restait à Chateaubriand, pour se consoler d'avoir perdu les frais ombrages d'Aulnay, que le ruisseau de la rue de l'Université ; c'est, en effet, dans cette rue, au n° 25, qu'il demeura depuis son retour de Gand, en juillet 1815, jusqu'en 1818. A cette époque il échangea le ruisseau de la rue de l'Université contre celui de la rue du Bac, si cher à Mmc de Staël 2,

1 Journal des Débats, 29 avril 1817.

2 Mme de Staël, qui s'écriait, en face du lac Léman : Oh\ le ruisseau de la rue du Bac! n'a cependant jamais habité cette

l'année 1817 269

et il habita pendant deux ans le n° 42 de cette dernière rue ; en 1820 seulement il se transporta au n° 27 de la rue Saint-Dominique-Saint-Germain. On peut suivre, dans les volumes successifs de YAlmanach royal1, ce petit itinéraire de Chateaubriand à Paris et constater que Victor Hugo se trompe une fois de plus lorsqu'il nous le montre en 1817 devant sa fenêtre du n° 27 de la rue Saint-Dominique .

rue. Elle occupait, avant son exil, un hôtel de la rue Grenelle- Saint-Germain, auprès Je la rue du Bac (Sainte-Beuve, Portraits de femmes).

1 Consulter aussi Almanacli du Commerce, années 1815 et suivantes.

270 l'année 1817

Page 1