PRÉFACE S
l'esprit ce repos, cette sérénité mélancolique qui sort des choses du passé, douce comme le parfum qui s'exhale des fleurs le soir, après les feux du jour.
Il y a plusieurs années, je trouvais dans la succession d'un vieil oncle toute une collection de journaux du temps de la Restauration. Il y avait là le Journal des Débats et la Quotidienne, le Constitutionnel et la Gazette de France, le Conservateur et la Minerve, le Défenseur et le Drapeau blanc. Mes cohéritiers m'abandonnèrent volontiers ce lot, que le notaire, homme d'esprit, avait inventorié sous ce titre: meubles meublants. Les journaux de ce temps-là, du reste, étaient tout petits et je réussis à les caser. J'y jetai d'abord les yeux assez distraitement ; un peu plus tard, j'en vins à les feuilleter avec quelque suite, puis enfin à les lire sans presque en rien passer. Un bonheur n'arrive jamais seul : rien de plus vrai que ce commun proverbe. Et en effet, à mesure que j'avançais dans la lecture de mes vieux journaux, je me déshabituais peu à peu, presque à mon insu, de celle des journaux du jour, si bien qu'il m' arriva une fois de passer tout mon été sans en lire un seul. Je crois bien n'avoir jamais passé un été aussi agréable.
Un jour — il y a déjà longtemps de cela — comme j'achevais de lire mes journaux de 1817, je voulus relire à la suite, dans le premier volume des Misérables de Victor Hugo, le chapitre intitulé /'Année 1817. Ce chapitre a la prétention d'être une page d'histoire. L'auteur y multiplie les faits, les anecdotes, les détails, affirmant