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choisit selon qu’ils répondent le mieux à l’image synthétique qu'il se fait du pays aimé. En évoquant cette physionomie pittoresque, il appelle à son aide trois éléments essentiels : les eaux, les arbres, les nuages. Il ne les opposera pas les uns aux autres en des antithèses éclatantes ; non, Paul Mathieu donnera de leur matière une perception délicate, extrêmement nuancée, conformément aux principes de Verlaine, ce Paul du paysage moral, pour qui la musique allait avant toute chose :
Pas la couleur, rien que la nuance, Oh ! la nuance seule fiance Le rêve au rève, la flûte au cor.
Ces principes, l’artiste les applique avec une franchise particulièrement heureuse en une série de ses dernières toiles. Les Bouleaux, formant une allée prestigieuse et sauvage, ont des troncs de vieil argent qui s'accordent avec les tons gris du ciel. Les Marais de Kerckhove sont attirants et mystérieux; le vaste horizon subjugue et le ciel qui domine les vennes et les chaumières ne les écrase point sous sa masse formidable, mais paraît au contraire agrandir toute la nature et intensifier l’effarement qu’elle distille en le cœur de celui qui la contemple. Un des meilleursouvrages de Paul Mathieu est sans contredit la Route. Des ormes séculaires, peu inclinés, bordent les deux côtés d’un large chemin de terre, où des ornières inscrivent des rides boueuses; la double rangée de hauts feuillages s’interromptlà-bas,àl’approche du villagede Leffinge, en Flandre occidentale, dont le clocher gothique se dresse parmi les demeures. La mise en page est splendide, le pays interprété dans un style simple, et le sentiment plein d’une quiétude qui séduit. Le meilleur éloge à faire de cette production, c’estde constater que tout en rappelant une œuvre ancienne célèbre, elle est originale et solide. Mieux qu’en ses autres tableaux, Paul Mathieu prouve ici sa filiation avec les petits maîtres néerlandais du xvrr° siècle. En effet, sa Route s'apparente à cette Avenue de Hobbema, qui fait pendant à la Femme au chapeau de paille de Rubens, dans la National Gallery. Cette avenue n’est pas seulement, comme le catalogue la qualifie, la plus belle évoca-
tion de village hollandais d'autrefois, mais le plus merveilleux paysage, selon nous, qu’un artiste ait jamais peint. Et en songeant à ce morceau incomparable, examinant le tableau de Paul Mathieu, nous regrettons que le paysagiste bruxellois n’ait pas exprimé avec plus de vérité matérielle l’écorce de ses arbres, dont les troncs sont certainement trop peu consistants pour supporter l’importantefrondaison qui les couronne.
D'un ensemble plus réussi est Aux bords du fleuve, un vaste cadre où l’on voit des eaux copieuses, lourdes et glissantes, où jouent les reflets de nuages blancs qui s’échevèlent sur un lointain bleu. Toute différente est la Matinée; Paul Mathieu n’a représenté que des arbres, peuplant un pré, les uns précis au premier plan, les autres vaporeux au second plan, mais tous drapés dans le silence d’une heure délicieuse. Après l’orag'e, nous nous retrouvons dans un Coin plus véhément, parmi les herbes d’une prairie inondée dont la désolation est impressionnante. Puis voici le Soir, le moment du repos, l’accueiïllante atmosphère de la fin du jour laborieux; ia lune d’or monte à l’horizon dans un ciel brumeux et sourd à la fois qui enveloppe la lande et rend plus nette la silhouette de deux peupliers poussant derrière une mare et précédant une chaumière où déjà tout dort... On le constate, la vision de Paul Mathieu se prête à l'interprétation la plus diverse de notre pays; s’il excelle surtout à nous familiariser avec les aspects multiples quand brille le soleil ou que rayonne la clarté du jour, il sait aussi saisir l’âme de la contrée lorsque le crépuscule l’a rendue un peu farouche et très somptueuse. Quant au métier du jeune maître, tout comme sa vision, il progresse et se perfectionne; il rend de mieux en mieux la nature des objets du bout d'une brosse légère, attentive, et de plus en plus émue.
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Quel singulier contraste il y a entre le talent du peintre et celui de Jacques Marin, dont les œuvres récentes sont réunies dans la nouvelle et jolie petite salle, que son exposition d’ailleurs inaugure. Pourtant, ce sont deux artistes
du même pays, et, si leur tempérament diffère, ils font preuve de ia même sincérité, de la même conviction et de la même recherche. Le statuaire est plus robuste, plus vigoureux que le peintre, son voisin. La vision de Jacques Marin le pousse vers les réalisations plantureuses et débordantes de santé; bien que près de conquérir sa personnalité, il subit encore des influences trop évidentes. Son groupe en plâtre La Danse fait penser à Jef Lambeaux; mais il y a là moins de brutalité que chez le maître anversois, des contours plus fondus sinon plus gras. Le mouvementen estrythmique et naturel; ces qualités se retrouvent dans le Fragment de Fontaine, esquissé d'une main habile.
On y découvre une nervosité de faire très spéciale, un mariage de lignes hardi, qui, dans sa Réalité terrassant l'énigme, devient tout à fait altier et imposant. En ce groupe aussi nous devinons des réminiscences ; n’évoquet-il pas Milon de Crotone, non pas le personnage michelangesque de Pierre Puget, mais la composition plus distinguée et cependant puissante d’Etienne Falconet, qui est au Louvre? Jacques Marin, sans le vouloir, a conçu la silhouette de son œuvre à la façon de ce marbre formidable, ce qui démontre qu’il à une compréhension superbe de la statuaire et qu’en réalisantson idéalil n’oublie point qu’une sculpture doit constituer un bloc, un tout solide et de coupe musicale, dans la large acception du terme. Les bustes de Jacques Marin ont franche allure; ils sont très vivants et ont de la ressemblance morale. 11 sied surtout d'admirer le portrait en marbre de M. Maurice Lemonnier'; la physionomie pleine de fine bonhomie du député de Bruxelles est excellemment saisie, tout comme son œil observateur et la ligne franche de sa bouche; même franchise d’exécution dans Nounou, marmoréenne effigie d'enfant, à la moue amusante.
La ressemblance aussi s’allie au style dans le beau buste du docteur Faignart, qui est un morceau tout à fait remarquable; et les traits de Me F. D... sont exprimés avec une élégance naturelle. Plus de fermeté est atteinte enle Philosophe de bronze, qui est de la famille du Breydel de Paul de Vigne. D’un caractère aimable et gracieux sont
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deux œuvrettes charmantes en carrare : Zélandaise et Chêne-Laurier, ce dernier comme une transposition sculpturale de certaine avenante et rieuse Bacchante de Reynolds... Citons enfin, dans le domaine de l’art monumental, deux figures décoratives esquissées pour l’arcade monumentale du Cinquantenaire. Ce n’est point ce que Jacques Marin a fait de mieux; cette Force et cette Charité manquent d’ampleur et d'expression. Cependant, il y a une recherche heureuse dans l’agencement des draperies où se reconnaît l'étude convaincue et encore inquiète de ce jeune statuaire au talent solide et vigoureux.
À LA GALERIE ROYALE o o o EXPOSITION WILLEM DELSAUX
Jeudi 29 mars.
Le peintre Willem Delsaux a réuni, dans les salles du Rubens-Club, la collection, extrêmement abondante, de ses dernières œuvres. I1 y a là, en effet, plus de cinquante cadres, dont une dizaine de pastels. Ces ouvrages sont de mérites inégaux; à première vue, leur ensemble produit une impression de labeur hâtif et superficiel. Cette impression ne disparaît pas complètement quand on à visité avec attention le salonnet, car il faut convenir que beaucoup de toiles rapportées par l'artiste de sa récente croisière en Hollande ne sont que de rapides annotations, enlevées avec tant d’impatience que M. Willem Delsaux n’a guère eu le temps d’y mettre le caractère du pays et d'y mettre son sentiment personnel. Mais, par bonheur, il y a dans ce copieux envoi quelques morceaux remarquables ; et on est d'autant plus heureux de les découvrir que ce sont précisément les derniers en date, par conséquent la manifestation d’une évolution dont on souhaite l’épanouissement. On connaît la vision fougueuse de l’artiste, qui lui fait exprimer en violence les contrées septentrionales, d’ordinaire si calmes, si reposées. Mais pour justifier sa vision, il interprétera ces régions par un temps de tempête ou d'orage. Et, impétueux lui-même, il brossera avec exaltation des sites dramatisés, dont il exprimera l’aspect de manière trop décorative et surtout superficielle.
Mais quand l'artiste se laisse pénétrer de la beauté du pays, il atteint à un rendu plein de caractère et d'émotion ; car, alors, il s'établit entre le paysage et lui cette communion intime d’où seule peut sortir une œuvre durable et originale. L’Harmonie vespérale est à ce point de vue une des meilleures pages; il y a de la grandeur, de la quiétude, de la‘poésie, dans ce’vaste paysage maritime. La Pinède
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dans les Dunes a du style; les arbres tordus croissant sur un sol sablonneux se profilent fantomatiquement sur un ciel crépusculaire. Dans les Dunes est un tableau plus poussé, plus complet, où le sol pauvre, le ciel etles maisons s’harmonisent par leurs lignes et par leurs couleurs. Plus loin, un superbe pastel : Soir lunaire sur l'Escaut, séduit vivement par l’allure tragique de son ciel houleux et de ses eaux ténébreuses et attirantes. Ce sont là les tableaux les plus personnels, les plus intéressants de ce peintre qui, nous le répétons, arriverait à une expression généralement plus juste et plus pittoresque, s’il ne se contentait pas des effets faciles surgis d’une brosse trop satisfaite et s’il s’efforçait d’imprégner ses productions d’un sentiment plus profond des choses vivantes ou inanimées.
A LA GALERIE LEROY o o LA CINQUIÈME EXPOSITION DUC ELLERRE >» /0 ‘08 020110
Samedi 31 mars.
Le « Lierre » est le plus jeune de nos cercles d'art; et pourtant, la plupart de ses vingt-six membres ont depuis longtemps doublé la quarantaine. Mais leur association n'ayant point acquis assez de titres à la reconnaissance officielle, ils n’ont pu, jusqu’à présent, obtenir la faveur de jouir des locaux du Musée moderne; ils ont donc installé leurs annuels salonnets successifs dans des salles diverses. Cette fois, ces courageux itinérants ont organisé leur cinquième exposition en la Galerie Leroy, et, aux cimaises du clair hall de la rue du Grand-Cerf, l’ensemble de leurs ouvrages produit une excellente impression. La valeur des productions ainsi réunies est naturellement variée; des choses excellentes voisinent avec des choses médiocres et des choses mauvaises. M. L. de Selliers montre des aquarelles froides et trop précises, parmi lesquelles le Vieux Malines est déjà plus senti; les aquarelles de M. Brouhon, non moins sèches, sont cependant plus lumineuses.
M. Jean Van Looy reproduit avec placidité des intérieurs typiques; c’est le même domaine que cultive M. Pieter Stobbaerts, un des artistes les plus sincères du groupe. En ses coins de demeures rustiques vibre une jolie lumière dorée; un peu plus de poésie, et ces pages seraient tout à fait charmantes, car la matière est excellemment exprimée. Moins heureux est le grand cadre : Le Pont Flamand à Bruges; le site est bien choisi, le pittoresque compris, mais les eaux et les frondaisons des premiers plans sont brossées sans grand souci de la transparence de l'onde et du velouté bruissant du feuillage. À Waelhem est, par contre, un tableau délicieux, de lumière tendre. Autre peintre de talent, M. Antoine Seghers; si ses canaux ruraux
TENS : Automne
IFRANZ COUI
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ADOLDIHE VOX MENZEL : Jardin du palais du prince Albert, à Berlin
ADOLPHE VON MEXNZEL : Auprès de la cheminée
RENÉ JANSSENS : Le déjeuner