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et ses bassins sont un peu « couleur », il élimine ces violences, devient savoureux dans ses Vieux murs; ici, la magie d’une note rouge paraît engendrer une vive har- monie entre les éléments de la composition. Les peintures de M. R. Luther sont bien véhémentes, à côté de ces œuvres cependant hautes en tons. Ce Luther est un réformateur du paysage; il en conçoit le métier à sa façon, par touches fines, longues et cependant empâtées, comme dans ses si originaux Oliviers, copiés au cap Martin.
Quelle patte habile et quels dons d'observation possède M. J. Laudy! Son Portrait de vieillard est plein d’une vie intense et profonde qui fait songer aux effigies pénétrantes de Lenbach. Le portrait du sculpteur Kerfyzer est moins poussé; son exécution est brillante et facile. Un charme mélancolique et grave plane sur lEtang de M. Bertus Vander Linden, une toile qui aurait pu être signée par un maître du xvin° siècle. Cette direction esthétique reposée et rétrospective tranche sur la vision vibrante et lumineuse de M.R. Ovyn, qui rappelle à la fois Rodolphe Wytsman et Jean Le Mayeur. M. P. Dillens promène son chevalet entre la forêt de Soigne et la Lorraine, dont il rend les aspects d'une manière un peu grise, un peu fondue. Notre vieille forêt domaniale attire aussi M. René Stevens, qui en exprime les frondaisons serrées avec une louable préoccupation de l’atmosphère vivace; néanmoins, son métier, souvent maigre et méthodique, ne parvient pas à évoquer exactement la matière des arbres, des eaux, de la verdure. En sa Ferme à Bodeg'hem, il y a dans les fonds une lumière irradiante ; une délicieuse poésie champêtre drape ce lointain brabançon.
Des gris chauds coulent de la palette de M. E. Rimbout, épris des paysages aux sites décoratifs. Les tableaux de M. A. Clarys font honneur aux efforts de cet animalier réputé. Voici deux pastellistes : MM. F. Guilleaume et A. Geudens. Le premier a de la nervosité et de l’adresse; Dans les Polders est ce qu’il a envoyé de plus caractéristique. Le second a un talent plus complet; il manie le crayon de couleur avec un savoir plus raisonné. Il se plaît surtout à interpréter, vers le soir, les coins populaires de vieilles villes où les lumières des petites boutiques mettent
des traînées jaunes ou rouges. Le sentiment de ces œuvres est délicat et légèrement mystérieux. Lorsque l'artiste malinois exécute le Portail, il laisse, dirait-on, son émotion elle-même guider son outil. Cet ouvrage est de toute beauté; les pierres de l’antique porche gothique, dans la nuit qu’éclaire faiblement la lueur intérieure des fenêtres ogivales, ont une sorte de vie...
M. J. Wagemackers nous ramène dans la pleine lumière du jour, dont ses aquarelles tentent de proclamer l'éclat; ses wattmann sont prestement touchés. Le Château abandonné est un attirant et exquis morceau; mais il ne fait pas oublier le remarquable tableau de M. Pierre Abattucci, reproduisant la même vénérable et désolée architecture, si admirée au dernier salon du « Vrije Kunst ». Nous avons vu au « Lierre » une sobre Maternité de Jacob Smits, toute pleine des prestigieuses qualités de ce maître célèbre, qu’on est fort étonné de rencontrer là... Il y a aussi, en la salle de la rue du Grand-Cerf, des essais statuaires de M. J. Jeener, un sculpteur encore imbu de l’enseignement académique, mais qui a de quoi percer en travaillant. Signalons, pour finir, les cadres de MM. E. Buggenhout, Ch. Ecrevisse, G. Halsdorff, L. Hellenbrandt, Ch. Manne, A. Van de Wiel et Mignon Windfohrs, la seule femme qui fasse partie de ce cercle et qui, d’ailleurs, n’expose qu’un modeste dessin.
CHARLES HOUBEN o ET PROSPER DE WIT
Mardi 3 avril.
La petite salle du Cercle artistique et littéraire est occupée en ce moment par MM. Charles Houben et Prosper de Wit. Le premier a commencé sa carrière en pratiquant l'architecture, le second fit, pendant de longues années, du théâtre. C’est dire que l’un et l’autre sont des peintres d’instinct, puisque, sans études préliminaires, ils prirent un beau jour la palette, pour abandonner sans retour et le tire-ligne et la scène... Cela ne veut pas dire qu’ils soient des artistes de génie. Ils ont, en effet, encore beaucoup à apprendre; mais ils ont des qualités véritables, et la passion visible qu’ils ont pour leur carrière est capable de donner à leur art une direction très personnelle. L'ancien métier des deux artistes à sur leur vision une influence singulière : l’ancien constructeur qu'est M. Houben se devine à la façon d'établir ses sites, d’édifier solidement ses paysages. M. Prosper de Wit a gardé le souvenir du cadre illusoire où il a vécu, où il s’est mu; malgré tout, il garde dans l’œil l’aspect des décors artificiels où se déroule la vie des joueurs de comédies et de drames. En effet, ses tons sont d’ordinaire forcés et ne donnent point la sensation de plans harmonieux.
Jusqu'à présent, M. Prosper de Wit avait cultivé exclusivement le paysage brabançon, qu'il rendait en vigueur, si pas en violence, mais pourtant avec un charme rustique. Il nous montre certains de ces paysages, où les couleurs sont trop crues, trop fortes, où le bleu du ciel, le rouge des toits, les verts des arbres et des herbes sont trop criards etne se marient point dans l’écrin tamisant de l’espace. Faisons exception à cette critique en faveur de la Vanne, une petite page de belle harmonie puissante. Cette fois, le vaillant artiste nous montre des intérieurs, où il campe
avec une adresse louable et une observation fidèle des campagnards et des campagnardes causant, jouant aux cartes, vaquant à leurs besognes ordinaires. Ici aussi la couleur est trop brutale, trop violente, trop crue; les plans en perdent leur exactitude, car ils ont partout la même force de nuances et la même netteté de lignes. Mais c’est vu d’un œil familier et attentif, qui se plaît à pénétrer le moindre détail pittoresque. Et c’est ce qui fait le charme de ces petits intérieurs curieux et originaux, dont les habitants sont campés en des attitudes naturelles et dessinés avec une verve incontestable. Dans cette voie réaliste, M. Prosper de Wit, armé de sa conviction et de sa belle volonté, est à même d'arriver à de très brillants résultats.
Son compagnon de salle, M. Charles Houben, est aussi en progrès. Il semble vouloir abandonner complètement ces colorations bitumeuses et « anciennes », dont l’avait doté la fréquentation trop admirative de certains «leaders » du Sillon.. Son œil s’est éclairci, et c’est particulièrement sous le ciel normand que s’est opéré cette transformation. Le métier aussi a gagné en saveur ; il est devenu émaillé et doux, et la pâte est chaude et onctueuse, M. Houben fournit le rare exemple d’un artiste wallon qui, par la force d’une éducation raisonnée, joint au sentiment inné de sa race un peu de la vigueur de la race flamande. On peut s’en assurer dans plusieurs de ses toiles : l’Ile de Chaussy, le Pressoir à cidre, les Rochers de Grandville, le Chemin ensoleillé, où règne une claire lumière sur un pays rendu avec vérité. Cependant, toutes les qualités de ce jeune peintre bien doué sont réunies en une série de six esquisses délicieuses rassemblées en un seul cadre; ce sont des sites observés en Flandre, en Ardenne, en Normandie, faits d'impression, exécutés avec une sorte de ferveur heureuse et qui séduisent par l’honnêteté du métier et l’originalité de la vision.
DEUX SALONNETS
Jeudi 5 avril.
Huit artistes, jeunes et vieux, se sont associés pour exposer leurs dernières œuvres à la Salle Boute. C’est un sculpteur, M. J. Lecroart, qui fait preuve du plus d’originalité. Il nous est fort agréable de constater l’ampleur de sa vision décorative; elle se manifeste par des ouvrages dont le style est élégant et harmonieux. Sa figure : Ame des Roses, est d’une beauté grave et d’un mouvement distingué. Ces qualités animent certaines prometteuses esquisses et aussi un sobre buste : Démagogue, où se retrouvent le métier serré et la ligne reposée des productions principales de ce débutant. M. Eugène Canneel, lui, est déjà connu ; il est pluslourd, plus massif, plus véhément, voire jordaenesque, notamment dans sa Mélancolie, où la chair a quelqus chose de plantureux et de sain. Il manque de la distinction en son grand bas-relief de l'Eté, œuvre impersonnelle, mais pleine de dons coloristes. Les plis de la robe de la femme, un peu brutalement dévêtue, sont pesants et raides. Par contre, le buste de M. G. C... est d’une intensité de vie singulière.
Parmi les peintres, il faut citer surtout M. A. Denonne, dont le tempérament ardent met le sceau d’un réalisme pittoresque en beaucoup de toiles intéressantes. La facture est large et grasse, un peu empâtée, il est vrai, mais s'accorde heureusement avec la couleur puissante de cet artiste chercheur. M. A. Denonne ne se contente pas de brosser des choses simples; il a l’ambition d'aborder des sujets importants où il faut allier la science du métier à l'entente de la composition. Cette préoccupation élevée lui a permis de réaliser quelques tableaux de valeur, notamment les Joueurs de cartes ; l'Etude de tête est d’une puissance de tons qui rivalise avec la fermeté du dessin, et la Nature-morte réunissant un poisson et des citrons est d’une couleur vraiment riche et savoureuse.
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De plus en plus, M. Ch. Bougard goûte de la joie à consacrer ses loisirs à exécuter des paysages sans éclat, sans personnalité, mais d’où il tire, sans doute, une satisfaction intense. Des qualités de palette s’avèrent en les cadres de M': Servillé, dont il faut reconnaître la sincérité.
Quant à M. G. Van Wetter, il est d’une abondance plus que prolifique : il expose au moins vingt-cinq cadres. Malheureusement, la quantité prime la qualité... De tout cet ensemble laborieux, terne et malhabile, nous ne retenons qu'un dessin curieux, bien que gauche : Brandstraat, et une petite toile intitulée Coin de Meuse, où le panorama montre des perspectives éthérées et pittoresques. Nous avons en vain cherché les œuvres du second Canneel, M. J.-M., indiquées au catalogue; mais en explorant les salles pour les découvrir, nous avons eu l’avantage de faire une trouvaille compensatrice, celle de quelques jolies productions d’art décoratif de M. A. De Meester. Entre tous ces objets du domaine mineur, nous avons surtout regardé avec attention le joli coffret de bois pyrogravé monté sur cuivre, où il y a de la recherche et une pointe d'originalité.
Bien moins remarquable est le salonnet organisé dans la salle du Rubens-Club toute proche, de l'autre côté de la colonne du Congrès... Ici on peut voir des aquarelles, des pastels, des « huiles » fort médiocres de M'° A. Perrignon, d’Etterbeek. Il y a, certainement, dans toutes les familles au moins une personne qui sait peindre ou blaireauter de cette façon. Il est charmant de passer son temps à produire en intimité, en secret, des machines pareilles; mais à quel mobile peut-on bien obéir en voulant les montrer au public ?.. M1 Ers-Ligny, qui occupe toute seule la seconde salle, est plus artiste et possède aussi plus de talent. Ce talent est encore fortélémentaire, mais-on est tout heureux, dans des aquarelles et des panneaux encore froids, secs et gris, de trouver des coins de paysages exacts d’atmosphère et déjà nerveux de métier. Il y a des dons d’observatrice dans l’Effet de Neige et du charme dans le minuscule tableau des Blés, d’un sentiment poétique.